Tag Archive for Robert Berrouët-Oriol

Retour sur le droit à la langue maternelle créole dans le système éducatif haïtien

— Par Robert Berrouët-Oriol, linguiste-terminologue —

Est-il juste et équitable de faire le plaidoyer pour le droit à la langue maternelle créole dans le système éducatif haïtien ? Est-il cohérent de plaider à la fois pour le droit à la langue maternelle créole dans notre système éducatif et pour l’aménagement simultané, dans l’École haïtienne, de nos deux langues officielles, le créole et le français ?

Le débat d’idées sur la brûlante question de l’introduction du créole comme langue d’enseignement et langue enseignée ne date pas d’hier. En réalité il remonte aux années 1970-1980 avec la réforme Bernard de 1979 qui, pour la première fois dans l’histoire du pays, fixait les termes de l’introduction du créole, dans l’École haïtienne, comme langue d’enseignement et langue enseignée. La réforme Bernard n’a pas été menée à son terme et la plupart des observateurs ont noté qu’elle a été conduite avec des lacunes au plan didactique et qu’elle fut torpillée par les barons de la dictature duvaliériste.

Pour mieux situer le débat d’idées et se prémunir des ornières idéologiques, il importe de bien comprendre en quoi consiste le droit à la langue maternelle.

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Les grands défis de l’État haïtien en matière d’aménagement linguistique

— Par Robert Berrouët-Oriol, Linguiste-terminologue —

L’État haïtien, de 1804 à nos jours, est-il intervenu de manière explicite dans le champ linguistique ? En a-t-il d’ailleurs eu le projet, dès le 1er janvier 1804, à la création de la République d’Haïti ? Des premiers débats sur la graphie du créole au cours des années 1940 en passant par la réforme Bernard des années 1980, peut-on parler de tâtonnements, de mutations culturelles significatives ou de conquêtes ? Quels sont aujourd’hui les grands défis de l’État haïtien en matière d’aménagement des deux langues officielles du pays ?

Dans le livre de référence paru en 2011, « L’aménagement linguistique en Haïti : enjeux, défis et propositions » (Berrouët-Oriol et al, Cidihca et Éditions de l’Université d’État d’Haïti), il est démontré que l’État haïtien, au cours des ans, est intervenu a minima dans le champ linguistique mais qu’aujourd’hui il souffre d’un ample déficit d’intérêt et de leadership en matière d’aménagement linguistique

Selon Louis Auguste Joint, auteur du livre « Système éducatif et inégalités sociales en Haïti » (L’Harmattan, 2006), l’État est intervenu explicitement de la manière suivante :

Structures gouvernementales pour la promotion du créole et de l’alphabétisation

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Maigre bilan de l’Académie du créole haïtien (2014-2019) : les leçons d’une dérive prévisible

— Par Robert Berrouët-Oriol, linguiste-terminologue —

La « Lwa pou  kreyasyon Akademi kreyol ayisyen an » (« Loi portant création de l’Académie du créole haïtien »), publiée uniquement en créole dans Le Moniteur, est datée du 7 avril 2014. Cette micro structure est donc vieille de cinq ans et les éléments de bilan public de son action appellent une sereine réflexion. Selon la « Loi portant création de l’Académie du créole haïtien », sa mission consiste, entre autres, à « c) faire tout le nécessaire pour assurer un grand prestige et un très haut rayonnement du créole auprès du peuple haïtien et à d’autres populations dans le monde ; e) faire en sorte que les institutions de l’État appliquent la Constitution en publiant tous les documents officiels dans la langue créole ; f) soumettre des propositions quant aux façons d’utiliser la langue créole dans les communication publiques au pays ».

Il importe de souligner, en amont, que les termes mêmes de la mission de cette micro structure consignée dans la « Loi portant création de l’Académie du créole haïtien » définissent son statut : il s’agit d’une instance « déclarative » destinée à formuler des « propositions » et des « recommandations » sans pouvoir légal contraignant.

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Plaidoyer pour la première loi sur les langues officielles d’Haïti

Par Robert Berrouët-Oriol, Linguiste-terminologue —

Dans le contexte où la population haïtienne manifeste massivement, depuis plusieurs semaines, contre la cherté de la vie, contre la corruption et l’impunité et pour un État de droit, est-il justifié de faire un plaidoyer pour la première loi sur les langues officielles d’Haïti ? La résolution des problèmes de vie et de survie en Haïti laisse-t-elle place à une réflexion sur les langues officielles ? D’évidence, la réponse à ces taraudantes questions est oui puisque c’est dans la dynamique même de l’édification d’un État de droit que doit prendre place une réflexion linguistique rassembleuse et sur le long terme. Les manifestations contre la cherté de la vie, contre la corruption et pour un État de droit n’oblitèrent pas les brûlantes questions relatives à la santé, à l’éducation, aux droits humains fondamentaux et également au recouvrement de la dignité citoyenne : c’est dans la langue et par la langue qu’elles se conçoivent et s’expriment. Dans l’édification d’un État de droit, les droits linguistiques sont un droit premier qui mérite d’être posé en amont.

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Le droit à la langue maternelle créole dans la Francocréolophonie haïtienne

Journée d’études sur le bilinguisme créole français organisée par le Collectif Haïti de France

— Par Robert Berrouët-Oriol, linguiste-terminologuev—

Avec la publication du livre «L’aménagement linguistique en Haïti : enjeux, défis et propositions» (Cidihca et Éditions de l’Université d’État d’Haïti), l’année 2011 marque un tournant dans l’étude de la configuration linguistique d’Haïti. C’est en effet en 2011 que la configuration linguistique de ce pays de la Caraïbe multilingue a été explicitement abordée pour la première fois –dans un livre consacré de manière spécifique à l’aménagement linguistique d’Haïti–, en termes de «droits», de «droits linguistiques» et de «droit à la langue» alors même qu’elle avait été auparavant abordée sous d’autres angles (approches historique, comparative etc.). La mise en perspective du «droit à la langue maternelle» constitue le pivot autour duquel s’articule une vision novatrice et conséquente d’intervention inclusive de la Francocréolophonie haïtienne dans le champ éducatif comme dans l’espace public des relations entre l’État et les citoyens. La présente communication s’attachera à expliciter la vision du «droit à la langue maternelle» au regard de «l’équité des droits linguistiques» et des défis à l’œuvre dans le système éducatif haïtien où se donne à mesurer l’efficience des droits linguistiques en Haïti.

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Haïti : une avancée dans l’aménagement linguistique?

— Par Robert Berrouët-Oriol, Linguiste-terminologue —

La circulaire de janvier 2019 du ministère de l’Éducation nationale d’Haïti annonce-t-elle une mesure d’aménagement linguistique ?

Publiée sur Facebook le mercredi 23 janvier 2019, une circulaire du ministère haïtien de l’Éducation nationale annonce que ce ministère a décidé que « (…) le créole sera objet d’évaluation dans toutes les séries du secondaire rénové, au terme des quatre années d’études du secondaire rénové, à partir de l’année académique 2018-2019. » En effet, « C’est à travers une circulaire rendue publique [sur Facebook] en date du 23 janvier 2019, que le ministre de l’Éducation nationale et de la formation professionnelle (MÉNFP), Pierre Josué Agénor Cadet, a annoncé que l’épreuve du créole est désormais obligatoire en classe terminale du secondaire rénové. Selon le ministre, cette décision prend effet à partir de cette année académique 2018-2019. » (Le National, 24 janvier 2019). Cette circulaire, qui n’était pas accessible sur le site du ministère de l’Éducation nationale au moment de la rédaction de cet article, marque-t-elle une avancée significative dans l’aménagement linguistique en salle de classe et plus largement dans le système d’éducation en Haïti ?

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Le droit à la langue maternelle créole dans le système éducatif haïtien

Par Robert Berrouët-Oriol, linguiste-terminologue —

Publié dans Le National du 5 décembre 2018, l’article « À quand une réforme du système éducatif en Haïti ? » donne la parole à des enseignants et spécialistes de l’éducation qui réclament une fois de plus la réforme du système d’enseignement en Haïti.

Les éléments de diagnostic consignés dans cet article sont éclairants mais ne sont pas nouveaux. Ils ont déjà été étayés dans plusieurs études approfondies, notamment par l’ample analyse du GTEF (Groupe de travail sur l’éducation et la formation, 2009-2010) contenue dans le document intitulé « Façonnons l’avenir » de mars 2009 (voir aussi « Les 33 recommandations du GTEF » et son rapport synthèse « Pour un pacte national pour l’éducation en Haïti » d’août 2010).

L’un des mérites de l’article « À quand une réforme du système éducatif en Haïti ? » consiste à mettre en lumière les préoccupations linguistiques de nombre d’enseignants aujourd’hui en Haïti. Ainsi, « Selon Charlot Jean Baptiste, normalien, la première problématique [de] l’enseignement en Haïti, c’est la langue [d’enseignement] choisie.

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Le « nègre littéraire » parle-t-il créole en Haïti ?

— Par Robert Berrouët-Oriol, linguiste-terminologue —

Les sociolinguistes, toutes écoles de pensée confondues, soutiennent que la langue est une institution sociale historiquement articulée et qu’elle exprime sur des registres différenciés les réalités de son époque. À ce titre, les mots du lexique peuvent être « marqués », objets d’une singulière connotation (au sens de : « Ensemble de significations secondes provoquées par l’utilisation d’un matériau linguistique particulier et qui viennent s’ajouter au sens conceptuel, fondamental et stable, qui constitue la dénotation. Ainsi, cheval, destrier, canasson ont la même dénotation, mais ils diffèrent par leurs connotations : destrier a une connotation poétique, canasson une connotation familière » (Larousse). Il en est ainsi du sens connoté, en anglais comme en français, des termes « nigger » et « nègre ».

Suite au massacre de Charleston le 17 juin 2015, aux États-Unis, on a pu voir Barak Obama monter au créneau et se faire le chantre d’un discours rassembleur durant lequel il a ouvertement employé le terme « nigger ». La presse américaine l’a amplement souligné et le magazine français NouvelObs s’en est fait l’écho par deux articles publiés successivement les 24 et 25 juin 2015 : « Nigger : pourquoi le « N word » rend fou aux Etats-Unis (1) », et « Le N-word pour « nègre », mot le plus tabou des États-Unis (2) ».

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Haïti : à propos de la refondation du système éducatif

— Par Robert Berrouët-Oriol, linguiste-terminologue —

La politique linguistique éducative doit être, en Haïti, au cœur de la refondation du système éducatif national

Faut-il maintenant, en Haïti, « réformer » ou refonder le système éducatif national ? La politique linguistique éducative doit-elle être au centre de la refondation du système éducatif national ? Ces questions majeures ont été abordées par notre article paru dans Le National le 6 septembre 2018, « La question linguistique en Haïti et la « réforme » du système éducatif national ». Plusieurs correspondants nous ayant demandé de mieux préciser notre vision, nous le faisons volontiers en tenant compte d’un article fort intéressant paru le 13 septembre 2018 dans Le National, « La réforme de l’éducation, un chantier réalisable selon Guy Étienne » qui nous vaut également aujourd’hui de revenir sur le sujet.

L’article « La réforme de l’éducation, un chantier réalisable selon Guy Étienne » consigne que « Le directeur du collège Catts Pressoir, Guy Étienne, soutient qu’il est urgent pour le ministère de l’Éducation nationale et de la formation professionnelle (MENFP) de lancer la réforme du système scolaire haïtien.

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La question linguistique en Haïti et la « réforme » du système éducatif national

— Par Robert Berrouët-Oriol —

« L’ancien ministre de l’Éducation nationale et de la formation professionnelle, Nesmy Manigat, attire l’attention sur des défis immenses qui [sont en lien avec] les problèmes fondamentaux du système éducatif haïtien. Deux ans après son départ du ministère de l’Éducation nationale (…), M. Manigat, actuel président du comité de gouvernance du Partenariat mondial pour l’éducation, constate avec déception qu’aucune réforme n’est en marche malgré l’engagement pris par d’importantes personnalités de la société en faveur du « Pacte national pour une éducation de qualité » (« Éducation : la réforme ne doit pas attendre », Le National, 30 août 2018).

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Plaidoyer pour les droits linguistiques en Haïti : entrevue avec le linguiste Robert Berrouët-Oriol

Le nouveau livre du linguiste Robert Berrouët-Oriol, « Plaidoyer pour les droits linguistiques en Haïti / Pledwaye pou dwa lengwistik ann Ayiti », sera en vente-signature à Montréal le 18 août 2018 lors de la Journée du livre haïtien du Centre N a rive. Pour l’occasion Le National a interrogé l’auteur qui répond aux questions de Jean-Euphèle Milcé.

Le National (LN) : Robert Berrouët-Oriol, quel est le projet éditorial du « Plaidoyer pour les droits linguistiques en Haïti » ?

Robert Berrouët-Oriol (RBO) : Le « Plaidoyer pour les droits linguistiques en Haïti / Pledwaye pou dwa lengwistik ann Ayiti », qui fait 133 pages, paraît le 18 août 2018 au Canada et il sera disponible en Haïti à la rentrée. Cette nouvelle publication est une coédition du Cidihca (Canada) et des Éditions Zémès (Haïti). Pour mémoire je rappelle que ces deux maisons d’édition ont coédité, en juin 2017, le livre que j’ai coécrit avec le linguiste Hugues Saint-Fort, « La question linguistique haïtienne / Textes choisis ». En versions française et créole, le « Plaidoyer pour les droits linguistiques en Haïti » est un livre de vulgarisation et il s’adresse à des lecteurs d’horizons divers intéressés par la problématique linguistique haïtienne et l’impératif de l’aménagement linguistique en Haïti.

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Le créole haïtien n’est pas « un produit de développement durable »

— Par Robert Berrouët-Oriol, Linguiste-terminologue —

L’article de Pierre-Yves Roy, « Comment transformer le créole haïtien en un produit de développement durable » (Le National, 26 juin 2018) mérite que l’on s’y arrête pour plusieurs raisons. Car à le lire avec la meilleure attention il s’agit manifestement d’un texte confus, verbeux, farci d’impropriétés lexicales et grammaticales et qui ne présente pas d’argumentation rigoureuse capable d’enrichir le débat linguistique.

Une première observation s’impose. De manière générale, on conviendra que tout citoyen a le droit de s’exprimer sur la problématique linguistique haïtienne : celle-ci n’est pas la chasse gardée des linguistes et les spécialistes des sciences du langage doivent être à l’écoute de l’opinion des sujets parlants. En revanche, lorsque des non linguistes estiment être capables de proposer une manière de voir sinon des « solutions » relatives à l’aménagement linguistique en Haïti, ils doivent à leur tour être réceptifs aux enseignements comme aux perspectives formulées par les professionnels de la langue. Mais en ce qui a trait à l’aménagement du créole aux côtés du français, l’amateurisme, il faut en convenir, est une bien mauvaise boussole…

Pour mieux situer le propos responsif de Pierre-Yves Roy, il est utile de rappeler que son point de départ est l’article « Le créole, « seule langue officielle » d’Haïti : mirage ou vaine utopie ?

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Le patrimoine linguistique bilingue d’Haïti : promouvoir une vision rassembleuse

— Par Robert Berrouët-Oriol, Linguiste-terminologue

Depuis la publication en 2011 du livre de référence « L’aménagement linguistique en Haïti : enjeux, défis et propositions » (par Robert Berrouët-Oriol et al, Cidihca et Éditions de l’Université d’État d’Haïti), les notions-clé du domaine de l’aménagement linguistique font lentement leur chemin chez nombre de personnes qui s’intéressent à la question des langues au pays. Parmi les neuves notions étayées dans ce livre figurent les « droits linguistiques », le « droit à la langue », le « droit à la langue maternelle créole », « l’équité des droits linguistiques » ainsi que la notion de « patrimoine linguistique bilingue ». Ces neuves notions de jurilinguistique et d’aménagement linguistique se retrouvent également dans plusieurs articles que nous avons depuis lors publiés, entre autres dans le quotidien Le National, et au moyen de ces publications nous avons amplement partagé notre vision du futur aménagement simultané des deux langues officielles du pays. Retour sur la notion de « patrimoine linguistique bilingue ».

Le terme « patrimoine », dans les dictionnaires usuels de la langue, s’entend au sens de « Ce qui est transmis à une personne, une collectivité, par les ancêtres, les générations précédentes, et qui est considéré comme un héritage commun. [Ex. :] Patrimoine archéologique, artistique, culturel, intellectuel, religieux; patrimoine collectif, national, social; patrimoine d’une nation, d’un peuple.

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Le créole à la CARICOM : utopie ou mal-vision persistante ?

Par Robert Berrouët-Oriol, linguiste-terminologue —

L’idée de voir le créole haïtien accéder au statut de langue officielle ou d’une langue usuelle de travail à la CARICOM est défendue par plusieurs personnes depuis un certain temps. Ainsi, « Alors qu’Haïti assure, depuis ce mois de janvier 2013, la présidence de la Communauté caribéenne (CARICOM), le rectorat de l’Université d’État d’Haïti et le comité de mise sur pied d’une académie de la langue créole appellent le chef de l’État, Michel Martelly, à demander que le créole, plutôt que le français, soit l’une des langues officielles de l’organisation régionale » (« Le créole haïtien plutôt que le français comme langue officielle, plaident deux institutions », AlterPresse, 29 janvier 2013). Dans la Francocréolophonie haïtienne, cette idée est-elle fondée et productive ? Est-elle compatible avec le plaidoyer pour l’aménagement de nos deux langues officielles ?

 La Communauté des Caraïbes (ou Marché commun des Caraïbes, la CARICOM) « a été créée le 4 juillet 1973 à Chaguaramas (Trinité-et-Tobago), par un traité signé par la Barbade, le Guyana, la Jamaïque, Trinité-et-Tobago. Ce traité institue un marché commun entre les États membres, définit les instruments de l’intégration économique de la région, précise les bases des relations avec les autres États et les organisations internationales.

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Crise majeure à l’Académie du créole haïtien : la « Note publique » de l’AKA sème la confusion

 — Par Robert Berrouët-Oriol —

À la suite de la publication le 17 février 2018, sur le site Potomitan, de la lettre ouverte du linguiste Michel Degraff (« Lèt tou louvri pou akademisyen nan Akademi kreyòl ayisyen »), l’Akademi kreyòl ayisyen (AKA) a fait paraître à Port-au-Prince, le 8 mars 2018, une « Note publique » rédigée en créole et portant la signature du pasteur Pauris Jean Baptiste président du Conseil d’administration de l’AKA. Cette « Note publique » d’une seule page, loin de répondre au long réquisitoire de 17 pages de Michel Degraff, n’apporte aucun éclairage sur la crise majeure que traverse l’AKA ; elle sème la confusion et écarte la possibilité d’un débat serein et rigoureux au sein de cette instance para-étatique en lourd déficit de crédibilité. Quels sont donc les principaux points contenus dans le réquisitoire de Michel Degraff ? Et que cible en réponse la « Note publique » de l’AKA ?

Plagiat, conflits d’intérêt, népotisme, corruption, etc.

Dans le texte « Crise majeure à l’Académie du créole haïtien » que nous avons publié le 2 mars 2018, à Port-au-Prince, dans le quotidien Le National, nous avons présenté les principaux sujets du réquisitoire de 17 pages de Michel Degraff :

–des publications sans consultation de la « Commission scientifique » de l’AKA ;

— un article dans Le Nouvelliste au nom de l’AKA et qui comprend un plagiat ;

— une demande de l’AKA, sur Facebook, de voter pour un concours de beauté…;

— des contrats accordés à des firmes où travaillent des académiciens : conflits d’intérêt, népotisme et corruption ;

— des « djòbs » au secrétariat de l’AKA pour la parenté des académiciens ;

— d’inquiétantes menaces qu’aurait reçu Michel Degraff relatives à sa sécurité et à celle de sa famille en raison de la publication de sa lettre ouverte à l’AKA.

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« J’essaie de vous parler de ma patrie » – Jacques Viau Renaud, poète haïtiano-dominicain

— Entrevue réalisée par Robert Berrouët-Oriol—

Le 21 février 2018 est paru à Montréal, aux Éditions Mémoire d’encrier, le livre « J’essaie de vous parler de ma patrie » – Jacques Viau Renaud », sous la direction de Sophie Maríñez et Daniel Huttinot, avec la collaboration de Raj Chetty et Amaury Rodríguez. Un lancement du livre est prévu à New York le 20 avril 2018 au Graduate Center, City University of New York.  Pour éclairer cet événement littéraire de premier plan, notre collaborateur Robert Berrouët-Oriol propose aux lecteurs du National une entrevue exclusive avec les responsables éditoriaux du livre, Sophie Maríñez et Daniel Huttinot, qui vivent et travaillent à New York.

Le National (LN) : Sophie Maríñez et Daniel Huttinot, voulez-vous, pour les lecteurs du National, présenter le poète Jacques Viaud Renaud qui ne semble pas connu en Haïti ?

Sophie Maríñez et Daniel Huttinot (SM/DH) : D’abord, merci, Robert, pour cette entrevue. Nous sommes heureux de faire connaître Jacques Viau Renaud parmi le public de son pays natal. Jacques est né à Port-au-Prince en 1941 et sa famille a dû partir en exil en 1948, peu après l’assassinat du frère de Jacques, Gérard, sous le gouvernement de Dumarsais Estimé.

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« Plan décennal d’éducation et de formation » en Haïti : la montagne va-t-elle encore accoucher d’une souris ?

— Par Robert Berrouët-Oriol, linguiste-terminologue —

Paru à Port-au-Prince, dans Le National du 19 janvier 2018, l’article « Plan décennal d’éducation et de formation » en Haïti : inquiétudes quant à l’aménagement du créole et du français dans le système éducatif national » a suscité l’intérêt de nombre de lecteurs. Plusieurs d’entre eux nous ont fait part d’une communauté de vue et de commentaires qui justifient le prolongement de la réflexion sur un sujet qui concerne l’avenir du système éducatif national.

Consultations présumées ou réelles ?

Dans le document publié le 15 janvier 2018 sur le site du ministère de l’Éducation nationale, « Tenue d’un atelier de travail autour de la première version du Plan décennal d’éducation et de formation », il est précisé que ce « Plan décennal » serait « (…) le fruit de consultations auprès de divers secteurs de la vie nationale, des cadres et techniciens du MÉNFP et des partenaires techniques et financiers ». L’information dont nous disposons ne permet pas de confirmer qu’il y a effectivement eu des consultations avec « divers secteurs de la vie nationale », notamment avec les syndicats d’enseignants ou la Faculté de linguistique appliquée.

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L’aménagement du créole et du français en Haïti : modalités de mise en oeuvre par l’État

— Par Robert Berrouët-Oriol, linguiste-terminologue —

De manière générale, quelles doivent être les modalités de mise en oeuvre par l’État de l’aménagement simultané du créole et du français en Haïti ? Poser la question des modalités de l’aménagement des langues officielles d’Haïti revient à poser, en amont, celle de la politique linguistique de l’État. La prise en compte de la nécessité d’une politique linguistique d’État s’avère d’autant plus essentielle qu’en Haïti l’État est démissionnaire dans le domaine linguistique.

Dans sa remarquable étude, « É́laboration et mise en œuvre des politiques linguistiques », le linguiste québécois Louis-Jean Rousseau, spécialiste de l’aménagement linguistique, nous enseigne avec hauteur de vue qu’ « (…) on entend par « politique linguistique » toute forme de décision prise par un É́tat, par un gouvernement ou par un acteur social reconnu ou faisant autorité, destinée à orienter l’utilisation d’une ou de plusieurs langues sur un « territoire » ( réel ou virtuel ) donné ou à en régler l’usage. La politique linguistique se situe au niveau de la détermination des objectifs généraux visés et elle peut couvrir toutes les catégories d’activité ou de situations de communication existant dans une société.

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Politique linguistique éducative en Haïti : surmonter l’inertie, instituer l’aménagement simultané du créole et du français

— Par Robert Berrouët-Oriol, Linguiste-terminologue

 

En 2017, la république d’Haïti dispose-t-elle, au ministère de l’Éducation nationale, d’une politique linguistique éducative mise en œuvre à l’échelle nationale ? En a-t-elle d’ailleurs le projet sinon la volonté politique ou encore le souci ? Pour répondre adéquatement à ces questions il faut à la fois observer/analyser les faits et se référer aux données consignées dans des sources documentaires fiables.

Dans un premier temps, on prendra toute la mesure du poids démographique de la demande massive de scolarisation au pays depuis les années 1964. Car si les statistiques semblent parfois se contredire, elles ont au minimum la vertu d’indiquer des pistes d’analyse à explorer. Ainsi, la direction de la Planification et de la coopération externe (DPCE) du ministère de l’Éducation nationale a publié les résultats du «  Recensement scolaire 2010-2011  » [document de 200 pages non daté, consulté le 10 novembre 2017 sur le site du MÉN]  : dans le secteur public qui comprend environ 20% des écoles du pays, «  Le recensement de 2010-2011 a permis (…) de dénombrer dans l’ensemble des 10 départements scolaires 3 477 écoles et 624 095 élèves pour le niveau secondaire. » Le lecteur attentif demeure pantois devant l’abondance des chiffres consignés dans ce document… On y trouve, par exemple, la « répartition des écoles du 3 ème cycle fondamental et du secondaire par secteur, selon le milieu et la nature du toit, du parquet, des murs, du nombre de vacations, des années d’études, des sexes », etc.

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Faut-il exclure le français de l’aménagement linguistique en Haïti ?

— Par Robert Berrouët-Oriol, Linguiste-terminologue —

L’idéologie, en tant que superstructure et mode de représentation symbolique, traverse le corps social et elle est présente dans tous les domaines de l’activité humaine. Elle est à l’oeuvre à l’école, dans les églises, les manuels scolaires, dans les sciences dites « dures » ou dans les sciences humaines comme elle est présente en linguistique, notamment dans la façon dont le sujet parlant perçoit et se représente sa langue maternelle ou seconde. Il arrive qu’un discours se voulant de haute scientificité emprunte les venelles les plus scabreuses de l’idéologie, tel le discours médical nazi rabaissant les Nègres, les Juifs et les Tsiganes au rang de sous-humains. Tel aussi le délire mortifère de François Duvalier justifiant, au nom de « la classe moyenne » et du noirisme, le terrorisme d’État pratiqué à grande échelle. L’Histoire a montré qu’aucune activité humaine n’échappe à l’idéologie et il est illusoire de croire que l’on peut mener une activité scientifique « pure » en dehors des idéologies tissées et reproduites dans le corps social.

Dans un retentissant article publié par la revue « La Pensée » (no 151, juin 1970) –« Idéologie et appareils idéologiques d’État.

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L’État haïtien et la question linguistique : timides mutations, grands défis

— Par Robert Berrouët-Oriol, Linguiste-terminologue —

L’État haïtien, de 1804 à 2017, est-il intervenu de manière institutionnelle dans le champ linguistique ? En a-t-il d’ailleurs eu le projet, dès le 1er janvier 1804, à la création de la République d’Haïti ? Des premiers débats sur la graphie du créole au cours des années 1940 en passant par la réforme Bernard des années 1980, puis à la création hors-État, prématurée et fort discutable au plan jurilinguistique de l’Akademi kreyòl ayisyen, peut-on parler de tâtonnements, de mutations significatives ou de conquêtes ? Quels sont aujourd’hui les grands défis d’Haïti en matière d’aménagement des deux langues officielles du pays ?

Dans le livre de référence « L’aménagement linguistique en Haïti : enjeux, défis et propositions » (Cidihca et Éditions de l’Université d’État d’Haïti, 2011) –comme dans celui coécrit avec le linguiste Hugues Saint-Fort, « La question linguistique haïtienne / Textes choisis », Éditions Zémès, juin 2017–, nous avons posé que les données de la configuration sociolinguistique d’Haïti doivent être comprises à la lumière du mode de constitution de l’É́tat en 1804.

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Créolistique et aménagement du créole et du français en Haïti : les défis actuels de l’État haïtien

— Compte–rendu de lecture de Lyonel Icart —

 

« La question linguistique haïtienne / Textes choisis »

Robert Berrouët-Oriol et Hugues Saint-Fort

Éd. Zémès/Cidihca, juin 2017

Par Lyonel Icart, Ph.D.

Montréal, le 3 août 2017

Des heures durant, après la lecture du livre de Berrouët-Oriol et Saint-Fort « La question linguistique haïtienne / Textes choisis  », je suis resté pensif. D’innombrables souvenirs de mon enfance au pays natal plongée dans le bilinguisme créole français de la nation ont refait surface. Et mon engagement en alphabétisation auprès de mes compatriotes à Montréal dans les années 1980 a ordonnancé mon appréhension de ces vingt-huit textes qui nous sont offerts. Au premier abord, je craignais un ouvrage de spécialistes émaillé de termes techniques qui auraient rendu la lecture fastidieuse. Fort heureusement, les auteurs ont su trouver le niveau de langue approprié pour séduire, accrocher et captiver le lecteur profane sans sacrifier la précision conceptuelle. Ils nous offrent un ouvrage qui ancre à sa juste place la langue injustement forclose de tous les Haïtiens, le kreyòl, sans congédier le français et l’héritage culturel qui l’accompagne.

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Le « monolinguisme » créole est-il une utopie ?

— Par Robert Berrouët-Oriol, linguiste-terminologue —

« Le monolinguisme du ridicule » (Verly Sylvestre, Le National, Port-au-Prince, 26 juillet 2017) expose un corps d’idées intéressantes notamment en ce qu’il pointe du doigt le refoulement discriminant de la langue créole dans nombre d’écoles en Haïti où des enfants sont encore punis lorsqu’ils s’expriment de façon tout à fait légitime en créole. Avec justesse, l’auteur de l’article rappelle que la minorisation institutionnelle du créole est une pratique anti pédagogique jusqu’à présent largement assumée en Haïti dans le corps professoral en dépit des aspects positifs de la réforme Bernard des années 1980. Cela étant, il y a lieu toutefois d’apporter un certain éclairage sur l’un ou l’autre volet de l’article de Verly Sylvestre.

Haïti appartient-il à la Francophonie ou à la Créolophonie ? Haïti est membre de la Francophonie institutionnelle depuis 1970 mais il est conforme à la réalité historique de le qualifier de pays FRANCOCRÉOLOPHONE au sens où deux langues, le français et le créole, coexistent depuis 1804 dans les appareils d’État, dans le système éducatif et dans la population selon un usage différencié et inégalitaire.

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La question linguistique haïtienne : Textes choisis

— Par Robert Berrouët-Oriol et Hugues Saint-Fort —

Éditions Zémès
288
Port-au-Prince, juin 2017

L’observateur : En 2011, vous avez co-rédigé, avec le linguiste Hugues Saint-Fort et al, le livre de référence «L’aménagement linguistique en Haïti : enjeux, défis et propositions » (Éditions de l’Université d’État d’Haïti et du Cidihca). Aujourd’hui, à Livres en folie, vous publiez « La question linguistique haïtienne / Textes choisis » (Éditions Zémès). Qu’apporte de nouveau cette publication aux lectorats d’Haïti et de la diaspora ?

Robert Berrouët-Oriol – Le livre « La question linguistique haïtienne / Textes choisis » prolonge l’état des lieux et les propositions contenues dans « L’aménagement linguistique en Haïti : enjeux, défis et propositions » et, également, il innove. Il mûrit en l’approfondissant le diagnostic posé dans « L’aménagement linguistique en Haïti : enjeux, défis et propositions ». Cette nouvelle publication accorde une large place à la créolistique avec des textes de haute facture de Hugues Saint-Fort, et ma contribution éclaire mieux la situation linguistique du pays à l’aune de la jurilinguistique. Ce livre étaye davantage les notions centrales de « droits linguistiques », de « droit à la langue maternelle créole », d’« équité des droits linguistiques », de future « parité statutaire entre le créole et le français », de « politique linguistique d’État » et de « loi contraignante d’aménagement linguistique » ciblant simultanément le créole et le français.

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Un corpus de discours scientifiques sur le créole

— Par Leslie Péan, économiste et historien —

« LA QUESTION LINGUISTIQUE HAÏTIENNE / TEXTES CHOISIS »

Robert Berrouët-Oriol & Hugues Saint-Fort

Éditions Zémès

288 pages

Port-au-Prince

Juin 2017

Au fil des années, nous sommes intervenus sur les questions linguistiques et sur le créole en quelques occasions. D’abord en écrivant un texte d’économie en créole pour la revue Sèl intitulé « Kèk nòt sous balans-péman pandan diktati Divalié yo (1957-1975) » (SÈL, jounal ayisyin aletranje, no 30-31, Brooklyn, New-York, 1976). Par la suite, nous avons publié douze articles sur cette question entre 2013 et 2016.     

  •  Économie d’une langue et langue d’une économie, Le Nouvelliste, 25 février 2013.
  •  Retour sur l’article « Économie d’une langue et langue d’une économie » (Première partie), AlterPresse, 25 mars 2013.
  •  Retour sur l’article « Économie d’une langue et langue d’une économie » (Deuxième partie), AlterPresse, 26 mars 2013.
  • Marasme économique, transmission des savoirs et langues (texte en sept parties), AlterPresse, 23, 25 mai, 1, 3, 7, 9, 11 juin 2013.
  • Le danger d’une approche superficielle d’une question complexe, (Première partie), Le Nouvelliste, 14 avril 2016.

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