Étiquette : Izae Etifier

De la poétique des strates

— Par Marie Gauthier —

« Lorsque je regarde attentivement les pierres,
je m’applique parfois, non sans naïveté,
à en deviner les secrets. Je me laisse glisser à concevoir
comment se formèrent tant d’énigmatiques merveilles… »

Roger Caillois, L’écriture des pierres, Gallimard, 1978

À son retour en Martinique, Izae Etifier raconte avoir été impressionnée, au cours de ses promenades, par les roches de l’île : présences denses, chargées d’histoires tues. L’écrivain Roger Caillois regarde les pierres comme « l’aboutissement d’un tâtonnement millénaire ». Leurs transformations par l’érosion, la fusion, la dissolution, les secousses, les ruptures, les jaillissements, les ruissellements, les sédimentations, sont les sources géologiques de la démarche géopoétique d’Izae Etifier.

Cette perception des pierres lui fournit sa première inspiration à des œuvres abstraites et sobres, à partir de ce qu’elle renonce à représenter. En effet, sans l’imitation du réel, le travail du matériau plastique s’impose. Antérieurement, avec l’argile et le papier recyclé, l’artiste créait des sculptures et aussi des bas-reliefs granuleux, souvent de format carré, qui exprimaient un retour au territoire et au symbolisme de la terre.

Pour reprendre la métaphore des œuvres de cette première période de l’artiste, les superpositions font penser aux strates géologiques où s’inscrivent les différents âges de la formation de la croûte terrestre.  Lire Plus

« Pierre-Monde, l’œuvre au noir » d’Izae Etifier

— Par Selim Lander —

Après Fonds Saint-Jacques, c’est au tour de Saint-Pierre d’accueillir la nouvelle exposition d’Izae Etifier et elle vaut le détour. Pour qui découvre cette artiste, c’est une vraie et très bonne surprise. « L’œuvre au noir », c’est d’abord ces gros cailloux suspendus dans l’espace ou déposés sur une table, voire posé carrément sur le plancher comme le gros rocher qui nous accueille en haut de l’escalier (comme toujours, au Créole Art Café, c’est en effet à l’étage avec son balcon sur la rue que se tient l’exposition, là où jadis se trouvaient les chambres des clients, puisque ce lieu agréablement ou mieux artistement décoré fut jadis un hôtel). L’artiste qui se dit en quête de la pierre philosophale (voir infra) l’a trouvée avec ses cailloux, des artefacts qu’elle a fabriqués elle-même dans la tradition des alchimistes dont elle semble vouloir se revendiquer.

Les tableaux accrochés sur les murs ne sont pas noirs mais ils demeurent dans des teintes généralement sombre, rouille ou vert profond, des abstractions traversées parfois de grandes lignes verticales, ou qui dans de rares cas, comme dans le tableau à dominante verte qui apparaît ici derrière l’artiste, confine au réalisme (on peut y voir l’image d’une mer verte avec des nuances de bleu, sur un fond corallien).  Lire Plus