Serge Letchimy condamné pour concussion : 18 mois avec sursis et cinq ans d’inéligibilité, appel annoncé

Le tribunal correctionnel de Paris a rendu, jeudi 19 février, sa décision dans l’affaire portant sur les conditions de départ à la retraite de Serge Letchimy, actuel président du conseil exécutif de la Collectivité territoriale de Martinique (CTM).

Initialement poursuivi pour détournement et recel de détournement de fonds publics, l’élu martiniquais a finalement été relaxé de ces chefs. Les juges ont toutefois requalifié les faits en concussion,  c’est-à-dire « le fait, par une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public, de recevoir, exiger ou ordonner de percevoir à titre de droits ou contributions, impôts ou taxes publics, une somme qu’elle sait ne pas être due, ou excéder ce qui est dû« , estimant qu’il avait perçu des sommes indues en raison de sa position et de sa parfaite connaissance des règles applicables aux agents publics.

Une condamnation assortie d’un appel

Serge Letchimy a été condamné à 18 mois de prison avec sursis, 150 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité. Le tribunal n’a pas prononcé l’exécution provisoire de cette peine d’inéligibilité. En conséquence, l’appel annoncé par l’intéressé est suspensif : il peut donc demeurer à la tête de la CTM jusqu’au jugement en seconde instance.

Dans un communiqué, il a dit « prendre acte » de la décision tout en dénonçant un « acharnement judiciaire » et une décision « infondée ». Il conteste notamment l’analyse selon laquelle il n’aurait pas dû percevoir certaines sommes lors de sa réintégration à la mairie de Fort-de-France en 2016, alors qu’il était encore député.

Les magistrats ont considéré qu’en raison de sa longue expérience d’élu et d’agent territorial, il ne pouvait ignorer l’irrégularité des montants perçus, notamment environ 23 465 euros correspondant à trois mois de salaire et 67 552 euros au titre d’une prime de départ à la retraite.

Au cœur du dossier : une réintégration express

L’affaire remonte au premier trimestre 2016. Après sa défaite aux élections régionales de 2015, Serge Letchimy avait été réintégré comme ingénieur territorial à la ville de Fort-de-France, un poste qu’il avait occupé par le passé. Il avait ensuite fait valoir ses droits à une retraite anticipée.

Selon l’accusation portée par le Parquet national financier, cette réintégration aurait permis de déclencher le versement de plusieurs sommes : salaires et charges, prime d’incitation au départ et pensions de retraite, pour un total avoisinant les 200 000 euros.

Le tribunal a estimé qu’il n’y avait pas d’emploi fictif ni de détournement de fonds publics, mais a jugé que certaines sommes n’auraient pas dû être perçues dans le contexte du cumul avec un mandat parlementaire.

Relaxe pour les autres prévenus

Les trois autres personnes poursuivies dans ce dossier – dont Didier Laguerre, maire de Fort-de-France, son premier adjoint Yvon Paquit, et l’ancien directeur général des services de la commune Max Bunod – ont été relaxées. Le parquet leur reprochait d’avoir participé à la mise en place du dispositif administratif ayant bénéficié à l’ancien député.

Cette relaxe est immédiate, sauf appel du ministère public.

Une fin de parcours politique annoncée

Lors du procès, tenu en novembre 2025, Serge Letchimy avait indiqué qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat à la tête de la Martinique. La décision de justice, même frappée d’appel, intervient donc dans un contexte de retrait politique déjà envisagé.

L’issue de la procédure en appel déterminera désormais les conséquences définitives de cette affaire, tant sur le plan judiciaire que sur le plan institutionnel pour la Collectivité territoriale de Martinique.