Rumeurs d’îles : La poésie vers de nouveaux horizons


Jo Ensfelder

par Rodolf Etienne
Jo Ensfelder, comédien, poète, passionné de littérature, après “Solitude cannibale”, nous revient avec un nouveau recueil de poésie inspiré par les Haïkus japonais. Une inestimable douceur à consommer sans modération…
Peut-on imaginer plus douce littérature que celle qui, plus que des mots, charroie des humeurs en autant de correspondances que l’âme peut en supporter ? Peut-on imaginer plus douce musique que celle qui parle à l’âme, lui sussurant à l’oreille des douceurs tellement belle qu’elle ne saurait y résister. Peut-on, enfin, imaginer, l’aurore primordiale comme un beau pays rêvant au soleil ? Oui ! On le peut ! Jo Ensfelder, avec ses 49 Haïkus, tirés du recueil “Rumeurs d’îles”, nous convie à une quasi initiation, tout au moins à une élévation de l’esprit, de l’imaginaire et de l’âme tout ensemble. Écoutons plutôt : “La mangue. Sa dévorante couleur. Patience de l’arbre. Pluie de carême. Une fleur dans la boue. Son parfum intact…” Musique des mots, pulsions de terre, rumeurs de vague, déboulante de tendresse, d’harmonie comme une avalanche d’amour sur le cœur assoiffé.
Je conçois la littérature comme une page simple…
Jo Ensfelder, figure parmi nos littérateurs en digne place des prédécesseurs. “Je ne conçois pas l’auteur en terme de vanité. Je refuse le décorum attaché à l’auteur. Je conçois la littérature comme une page simple”, explique-t-il. Pour autant, la beauté n’a pas que la complexité comme apparat. Elle s’attache aussi parfois aux choses simples, rendant compte d’un Tout complexe et pourtant si simple à aborder. L’esprit à ses contours que seuls les humeurs conjuguent, terrain fertile pour le poète, de prédilection pour le quidam, d’honneur pour le lecteur. Ecoutons encore : “Sur la route seulement. Marcher l’esprit. Comme une étendue”. Musique suave des mots, comme des cliquetis de mémoire et de passion. Jo Ensfelder nous revient avec un recueil qu’il nous fait bon de lire et d’aimer. Le phénomène est assez rare, inédit pour tout dire, pour le signaler et le crier haut et fort.
“Rumeurs d’île : 49 Haïkus”. Jo Ensfelder. Editions Copymédia. Prix éditeur : 10 euros.
Le Haïku ?
Le Haïku terme créé par le poète Masaoka Shiki (1867-1902) est une forme poétique très codifiée originaire du Japon et dont la paternité, dans son esprit actuel, est attribuée au poète Bashō Matsuo (1644-1694). Les haïkus ne sont connus en Occident que depuis le tout début du xxe siècle. Les écrivains occidentaux ont alors tenté de s’inspirer de cette forme de poésie brève. Quand on compose un haïku en français, on remplace en général les mores par des syllabes ; cependant, une syllabe française peut contenir jusqu’à trois mores, ce qui engendre des poèmes irréguliers.
Journaliste – Auteur
Coordinateur Caraïbe OIPC
Secrétaire-Général OIPC – Martinique