Rôle des élus politiques et souveraineté Populaire

—Tribune du CNCP —
L’échéance des élections municipales de mars 2026 approche. Des candidats de tout acabit appellent à se faire élire, affirmant leur ferme intention de résoudre tous les problèmes quotidiens rencontrés par la population. Dans tous les cas, les prétendant aux mandats assurent être les seuls capables de porter les meilleures réponses à tous les graves problèmes du pays.

Le soubassement idéologique de cette propagande est que les élus politiques seraient les seuls capables d’assumer le Pouvoir d’agir sur la société, son économie, sa sécurité et même sur son futur. Bien entendu, cela relève de la forfaiture. Suffrage après suffrage, les électeurs s’en rendent bien compte. C’est l’une des explications du caractère structurel de l’augmentation du taux d’abstention. Mais, malgré tout, la conviction, très largement exprimée par les «citoyens», selon laquelle «Les élus ne font rien pour nous» manifeste la croyance, profondément ancrée dans l’opinion générale, que c’est exclusivement à ceux-ci d’exercer le Pouvoir.

Dans cet article, nous examinerons la question suivante : la démocratie dite représentative, garantit-elle l’expression de la souveraineté du Peuple ?

Un rapide rappel de l’histoire de la démocratie représentative nous semble nécessaire à la compréhension de la problématique. Les occidentaux revendiquent fièrement leur filiation avec la forme de démocratie qui prévalait dans la Grèce antique (Celle qui excluait, les femmes, les métèques et … les esclaves). De fait, toutes les institutions qui ont été mises en place après les Révolutions Bourgeoises en Europe ont été conçues pour garantir que les classes dominantes continuent à imposer leur Pouvoir. La bourgeoisie et l’aristocratie se sont vite réconciliées pour partager le Pouvoir. Il existe encore 12 Monarchies dans ce bloc impérialiste qui entend donner au monde des leçons en matière de «Droits de l’homme». D’ailleurs, leurs «Républiques» accordent à leurs élus de nombreux privilèges monarchiques. En France, à l’origine, c’est le système «censitaire» qui excluait les classes dominées*1. Il a été contraint d’évoluer sous les coups de boutoir des luttes populaire, mais aujourd’hui, plus que jamais, leur dite «démocratie représentative» est structuré de telle manière que les élections et les compétences confiées aux institutions garantissent le maintien des classes dominantes au Pouvoir. Celles-ci disposent d’une puissance financière qui leur permet de soudoyer les plus faibles et d’étouffer leurs adversaires. Elles s’appuient aussi sur des empires médiatiques (dont les services publics) qui rendent impossible toute compétition équitable*2. Leur «démocratie représentative» est une démocratie de façade. La mascarade à laquelle on a assisté au Parlement Français et qui a abouti à ce qu’un budget ultralibéral lui soit imposé, illustre parfaitement cette vérité. Nous ne prendrons pas la peine d’insister sur les obstacles mis à la présentation des candidats génants pour le système, à la trituration des listes électorales en Kanaky et autres découpages malhonnêtes de circonscriptions.

Est-ce à dire que la participation aux élections doive être définitivement rejetée ? Une telle position reviendrait à insulter les courageuses luttes populaires menées pour que les dominés imposent que leur voix soient entendues. Nous pensons, par exemple, au combat des «Suffragettes» pour revendiquer le droit de vote pour les femmes*3 ou encore à celui mené pour la participation des immigrés aux élections. Ce serait aussi mépriser l’expérience de tous les mouvements révolutionnaires qui se sont engagés sur ce front là et faire injure à leurs dirigeants en signifiant ainsi qu’ils y auraient participé par naïveté.

Quand on se penche sur l’histoire des mouvements révolutionnaires prolétariens ou de Libération Nationale, on apprend qu’ il n’y a aucune forme de lutte qui soit révolutionnaire en soi. Lutte armée, participation aux élections, grève générale, mobilisations populaires de masse peuvent servir ou pas la Révolution. Ce sont le niveau de conscience et d’organisation du Peuple, l’objectif politique visé et l’aptitude à combiner les fronts de lutte, en prenant lucidement en compte le rapport de forces sur le terrain, qui sont déterminants pour la victoire.

Les illusions électoralistes et l’opportunisme politicien sont des obstacles à la Révolution.

Ceci dit, les politiciens opportunistes ont toujours développé des pratiques électoralistes pour détourner les Peuples de la voie révolutionnaire. Nous vivons dans un pays colonisé par la France qui, aujourd’hui, mène une offensive frontale pour contrecarrer notre émancipation (génocide par substitution, destruction de l’économie endogène, recentralisation à outrance, oppression culturelle et répression). Nous sommes aussi dans un contexte international où s’est instauré un fascisme planétaire qui piétine la souveraineté des pays et s’attaque directement à leurs autorités légales. Cela n’empêche pas que des candidats, se prétendant nationalistes ou indépendantistes, appellent à voter pour eux, afin qu’ils «revitalisent le bourg» et règlent les problèmes «d’insécurité». Précisant bien qu’il ne s’agit pas d’une élection pour l’autonomie ou l’indépendance ! Il n’est surtout pas question pour eux de parler des compétences permettant de réaliser leurs programmes mirifiques, des budgets contraints, du désengagement de l’état, de l’ultralibéralisme, des normes et législations, des orientations imposées par la Cour des Comptes. Leur principal objectif est de chasser tel ou tel Parti politique, pour arriver «aux affaires» à leur place, quitte à faire alliance avec le diable !

La véritable question est celle du Pouvoir

Pour ceux dont l’objectif est de contribuer à l’émancipation du Peuple Martiniquais et à la décolonisation de notre Pays – des conditions indispensables à la résolution de nos problèmes – la responsabilité est de développer une stratégie globale visant à la conquête de l’Indépendance et de la Souveraineté. C’est la question du Pouvoir qui est posée ici.

Parlant de pouvoir, il convient de distinguer :

a) le Pouvoir institutionnel imposé par l’État colonial. C’est lui qui fixe la marge de manœuvre dont disposent les élus (dans le cadre cadenassé que nous avons évoqué plus haut). Cependant, même si les compétences de ceux-ci sont limitées, il n’en demeure pas moins vrai que leur action a des incidences sur les conditions de vie de la population. Ainsi, dans le cas des municipalités, il ne saurait être question de sous-estimer le rôle des CCAS. On ne peut nier, non plus l’impact des décisions prises par les élus des Communautés d’agglomération ou de la CTM concernant des domaines importants, par exemple, celui de l’aménagement du territoire. D’où l’importance de s’opposer à ceux qui défendent une politique libérale et assimilationniste dans ces Collectivités.

b) le pouvoir objectif qui réside entre les mains de notre Peuple. Ce pouvoir là est puissant, même si la majorité des gens n’en est pas consciente. Ce Peuple colonisé et opprimé a toujours porté les réponses les plus significatives à tous ses problèmes quotidiens. Pour en être convaincu, on peut penser à la question du logement et à l’édification des quartiers populaires. On peut rappeler aussi, en ce mois où nous commémorons les événements de Chalvet, que par la grande grève de Janvier-février 1974, les ouvriers et ouvrières agricoles ont pu s’arracher au semi-esclavage qui régnait sur les «habitations». Il est certain qu’en surmontant les divisions et l’autodénigrement que les classes dominantes n’ont de cesse de répandre en son sein, qu’en s’organisant solidement et en se mobilisant, notre Peuple peut obtenir beaucoup plus que par les suppliques d’élus.

Rendre effective la Souveraineté Populaire

Atteindre les objectifs de décolonisation et d’émancipation, demande prioritairement de contribuer à l’organisation des masses populaires. Participer à des élections ou pas, soutenir des candidats ou pas, cela ne peut se concevoir en dehors d’une stratégie globale qui vise à jeter les bases d’une démocratie directe*4 et à consolider la cohésion de notre Peuple.

– Jeter les bases d’une démocratie directe implique la nécessité de mener la lutte contre l’aliénation qui pousse beaucoup à n’envisager la lutte que par procuration et à penser que les solutions ne peuvent venir que d’un leader*5. Cela pose aussi l’exigence , d’une part, de développer des espaces où la parole est réellement donnée à la base et où les décisions collectives sont effectivement prises en compte, d’autre part, de porter à tous les éléments de connaissance et d’information nécessaires à des prises de décisions éclairées.

– Consolider la cohésion du Peuple, c’est combattre toutes les divisions propagées par nos ennemis. Puisque notre article concerne les élus politiques, commençons par dire qu’il n’est pas vrai que tous les élus Martiniquais sont irresponsables et corrompus*6 ! Certains font du mieux qu’ils peuvent avec les moyens dont ils disposent. La généralisation abusive qui est faite a leur égard a pour effet, premièrement, de détourner le Peuple de la réflexion concernant les positionnements idéologiques, la position de classe et les choix politiques des uns et des autres et, deuxièmement, de le priver des courroies de transmission dont il pourrait disposer pour que ses revendications soient relayées dans les institutions*7.

Au bout du compte, à la question posée en début d’article, nous répondons que la démocratie représentative occidentale est un leurre et qu’il nous appartient de construire la démocratie directe alternative sans laquelle notre Peuple ne pourrait résoudre aucun de ses problèmes. Le devoir de chacun et de chacune d’entre nous est de contribuer à la réalisation de ce grand chantier.

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*1 Seuls ceux qui pouvaient payer le Cens avaient le droit de voter !

*2 Deux exemples significatifs : a) Après une campagne de diabolisation intensive de LFI et de «l’extrême Gauche» en France et, à quelques semaines des élections municipales, le Ministre Français de l’Intérieur vient d’annoncer que LFI serait désormais classé dans la rubrique «extrême gauche» de la nomenclature officielle. b) Chaque soir à l’heure du journal télévisé, le service public offre à la population martiniquaise une page censée lui permettre de s’exprimer : «Si vous étiez Maire, que feriez-vous pour votre commune? ». Façon d’entretenir les mythes relatifs au Pouvoir des élus. Dans une véritable démocratie, on aurait choisi d’offrir une page pour expliquer les compétences réelles du Maire.

*3 Rappelons au passage qu’en France, les femmes n’ont eu le droit de vote qu’en 1945 !

*4 Notons ici, que pendant des millénaires, bien avant que n’existe la «démocratie» occidentale, l’harmonie sociale et le respect des libertés individuelles étaient effectifs dans les communautés précoloniales et traditionnelles. Il serait inspirant de redécouvrir leurs principes.

*5 les élus et les leaders ne sont utiles à la lutte du Peuple que dans la mesure où ils entretiennent une liaison saine et permanente avec celui-ci et qu’ils en sont d’authentiques porte-parole.

*6 A cet égard, nous considérons que la légitimité des élus qu’une partie de la population a désignés doit être respectée et que, ceux-ci, comme tout être humain ont droit au respect de leur personne, même quand on ne partage pas leurs opinions.

*7 Le très large soutien accordé par les élus Martiniquais au Collectif des Ouvriers et Ouvrières Empoisonnés par les Pesticide a permis à celui-ci d’obtenir des résultats non négligeables. Cela montre la nécessité de développer la cohésion nationale à tous les niveaux.