« Quelque chose s’est passé », de Nicolas Kurtovitch


À travers ses pas sur les chemins de la Grande Terre, Nicolas Kurtovitch interroge la mémoire, les paysages et la profondeur de l’expérience humaine.
Chaque marche devient rencontre : avec une ville, une tribu, un silence, une parole ancienne. Chaque souffle est dialogue : entre le visible et l’invisible, entre l’intime et l’universel.
Poète et passeur d’histoires, il inscrit dans ces pages une quête — celle du Do Kamo, de l’humanité en marche, qui cherche à se construire dans le lien, l’écoute et la vérité.
Mais ce livre n’est pas seulement une invitation à la contemplation : il exige vigilance et responsabilité. Reconnaître que « quelque chose s’est passé », c’est accepter de ne plus détourner le regard ; c’est accueillir la parole des anciens, la mémoire des lieux et l’épreuve du présent.
Un texte lyrique et sans concession, qui rappelle que vivre ici, c’est se tenir debout dans le temps et devant l’Histoire.

 

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J’ai pris un réel plaisir à lire Quelque chose s’est passé de Nicolas Kurtovitch, un récit à la hauteur de sa réputation. Pour J’apprécier pleinement, il faut entrer dans son univers, son style, sa poésie. C’est un haïbun, ce mélange de prose et de haïku Qui ouvre la voie à un vagabondage singulier. Nicolas nous entraîne vers des rives inconnues, dans un espace-temps Que lui et les Océaniens habitent naturellement, toujours à la frontière du visible et de l’invisible. En cela, il porte une vision kanak du monde, comme Johnny Clegg pouvait incarner celle des Zoulous – sans l’engagement politique, car Nicolas est avant tout un poète.

L ‘ouvrage est un hymne à sa chère Nouvelle-Calédonie. le sous-titre/ 00 Kamo par les chemins de la Grande-Terre, en dit long: guidé par l’esprit des anciens, il ne voyage pas en touriste. Il évoque son pays, ses fantômes et son rêve d’harmonie, de vivre·ensemble, sa Quête du Do Kama, l’humain vrai. Tel un Diogène moderne arpentant les rues, il poursuit cette recherche jusque dans les sentiers et les squats de Nouméa.

Il n’élude pas la situation politique, Qui a sans doute inspiré le titre.

Dans le chapitre Requiem du 13 mai, après l’épilogue, il exprime sa souffrance. Citoyen du monde aux racines multiples, il écrit: « Je suis Calédonien, je dois le dire, je dois le dire avec hésitation et la peur de ne plus être d’ailleurs. »

Son terrain de jeu – et de mots – c’est la Terre. Ce livre se savoure lentement, parfois uniquement pour la poésie de ses phrases.

J’ai redécouvert mon ami.

Joël Paul

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Nicolas Kurtovitch naît le 20 décembre 1955 à Nouméa, au cœur d’une Nouvelle-Calédonie dont il ne cessera d’explorer les paysages, les fractures et les silences. Héritier d’une double filiation, il porte en lui une histoire traversée par les migrations et les enracinements : du côté maternel, une famille européenne installée dans l’archipel depuis le XIXᵉ siècle ; du côté paternel, une lignée venue de Sarajevo. Son père, Slobodan Kurtovitch, quitte la Yougoslavie en 1945, marquant durablement l’imaginaire du futur écrivain, partagé entre mémoire européenne et appartenance océanienne.

Issu d’une fratrie engagée dans la vie intellectuelle et politique calédonienne, Nicolas Kurtovitch grandit dans un environnement où la culture, l’éducation et le débat public occupent une place centrale. Très tôt, la poésie s’impose à lui. Adolescent, il découvre dans l’écriture un espace d’écho et de liberté. En 1973, à seulement dix-huit ans, il publie à compte d’auteur Sloboda (« liberté »), premier recueil qui révèle déjà l’importance des origines et du questionnement identitaire dans son œuvre.

Après des études de géographie à l’université de Provence, où il obtient une licence en 1980, il choisit de revenir en Nouvelle-Calédonie. Il enseigne d’abord à Lifou, au collège protestant de Havila, avant de diriger, de 1985 à 2010, le lycée Do Kamo à Nouméa. À travers ses fonctions éducatives, il participe activement à la formation de la jeunesse calédonienne, notamment kanak, inscrivant son engagement dans la durée. De 2011 à 2014, il prolonge cette implication en devenant chargé de mission pour la culture et la jeunesse auprès de la Province Sud. Retraité depuis 2015, il continue d’œuvrer au sein du monde associatif, notamment à la Maison du livre de la Nouvelle-Calédonie et à l’Association des écrivains de Nouvelle-Calédonie, qu’il a présidée pendant dix ans.

Si la poésie demeure son territoire privilégié — avec près d’une vingtaine de recueils publiés entre 1973 et 2014 — Nicolas Kurtovitch refuse de se laisser enfermer dans un genre unique. À partir des années 1990, il explore la nouvelle, le théâtre, le roman et la littérature jeunesse. Cette diversité témoigne d’un refus profond des frontières et des assignations, qu’elles soient littéraires, culturelles ou identitaires. Parmi ses œuvres marquantes figurent les recueils de nouvelles Forêt, Terre et Tabac, Lieux et Totem, les romans Good Night Friend et Les Heures italiques, ainsi que plusieurs pièces de théâtre, dont Les Dieux sont borgnes, coécrite avec le dramaturge kanak Pierre Gope et présentée au Festival d’Avignon en 2003.

Écrivain du dialogue, il s’impose comme l’une des premières voix calédoniennes d’origine européenne à interroger explicitement les relations entre les communautés de l’archipel et à affirmer la reconnaissance du peuple premier comme condition du vivre-ensemble. Son travail commun avec des auteurs kanak, notamment Déwé Gorodé, illustre cette volonté de bâtir des ponts par la littérature. Sa plume, attentive aux lieux — montagnes, rivages, villes, chemins — s’attache autant aux paroles qu’aux silences, aux blessures collectives qu’aux tremblements intimes.

Son œuvre, largement étudiée dans le Pacifique, lui vaut une reconnaissance au-delà des frontières calédoniennes. Invité en résidence d’écriture en France, en Nouvelle-Zélande, en Australie, à Shanghai ou encore à Ouessant, il participe à de nombreuses rencontres internationales consacrées aux identités du Pacifique. Plusieurs distinctions jalonnent son parcours : le prix de la prose narrative du Salon du livre insulaire d’Ouessant en 2001, le prix de poésie du même salon en 2003 pour Le Piéton du Dharma, le prix international Antonio Viccaro en 2008 pour l’ensemble de son œuvre poétique, ainsi que le prix Popaï et le prix Vi Nimö en 2011. Il est fait chevalier des Arts et des Lettres en 2004.

Chez Nicolas Kurtovitch, l’écriture naît souvent d’un décalage : les images du monde — catastrophes, injustices, élans de générosité ou éclats de beauté — s’impriment d’abord en silence avant de ressurgir, transformées, dans le poème ou le récit. Il puise « dans le ventre, le cœur et l’esprit », explorant à la fois le tumulte collectif et ses propres paysages intérieurs. À travers cette œuvre multiple, il poursuit une même quête : habiter pleinement le présent sans rompre le fil de la mémoire, et faire de la littérature un espace de reconnaissance et de partage.

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Support Livre neuf
Auteur Nicolas Kurtovitch
Éditeur O éditions Pacifique Sud
Genre Récits
Date 2025
Format Format ;; x ;;; cm, broché, ;;; pages
EAN 13 9791096986415

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