Me Voilà
Je suis là et las heureux mais vieux plus près de Dieu qu’eux
Je porte mon carcan quand l’écran dépeint le cran des camps
Où l’esclave se lave de la lave que bavent ses blessures graves
Pourtant le temps suspend son vol dérobant le puissant vent
Je suis ici avec mes soucis je prie car je suis pris et incompris
Je porte mes chaînes que je traîne dans la plaine avec peine
Où mes ascendants et mes descendants couleront leur sang
Bien que rien ne les retienne de nos chagrins de sales Africains
Je suis cette bête sans tête un analphabète que le colon guette
Je voyage avec rage vu mon âge comme dit l’adage du carnage
Où les chasseurs sans cœur ne pleurent pas mes amères douleurs
Pourquoi sous le toit de la hutte je bois mes loas sans avoir droit
Jean l’enfant sans maman que l’encens prend et rend aux sacrements
Je suis déraciné dénaturé déshumanisé abusé martyrisé par les abbés
Où l’autochtone s’adonne en automne et donne sa vie pour la madone
L’évolution de la révolution pour l’abolition a la nation en abomination
Jean-Bernard Bayard
Quand
Quand nous serons au bord de cet abîme mortel
De ce regard saint ne verrons-nous pas l’immortel
Qui nous sera cette vision de notre père spirituel
Au seuil du paradis à nous faire un sourire paternel
Quand nous sommes des âmes tristes et désemparées
Un espoir d’une vie éternelle s’offre si belle et parfumée
Je t’aimerai de tout coeur papa merci de ta grande bonté
Dans tes bras je ne serai jamais seul pour toute l’éternité
La mort est un départ et non une fin comme on le pense
L’âme ne meurt pas l’énergie trouve refuge et compense
C’est une reconnexion familiale de toute une ascendance
Et restons avec les survivants dans une correspondance
Le jour viendra pour nous mortels de devenir immortels
De vivre dans un nouveau monde simplement spirituel
Les maux de la vie deviendront des notes immatérielles
Et le pouvoir de l’amour deviendra ainsi inconditionnel
Jean-Bernard Bayard
Engagé
Il nous est si nécessaire de comprendre qu’il y a deux sortes d’engagés
L’un est domestique contracté pendant trois ans de personne colonisée
Et l’autre est un citoyen qui travaille pour toutes revendications innées
Il faut se demander sincèrement lequel des deux il faut nous incorporer
Choisir entre porter un carcan de servitude et avoir la vision de l’intégrité
Se soumettre à l’humiliation du « restavèk » ou se commettre en collectivité
Resterons nous alors sous tutelle sans jamais être des autonomes libérés
Comment reprendre notre réelle souveraineté et défendre notre fière dignité
Devons-nous obéir sans faire face à tous méfaits de notre infecte immoralité
Quand aurons-nous donc le courage d’assumer nos propres responsabilités
Pouvons-nous demeurer sans réticence ce petit peuple avili et bien outragé
Avons-nous le choix d’être une patrie respectée ou cette nation dévalorisée
Engageons nous à retrouver l’honneur de nos ancêtres et de notre maternité
Désengageons nous de l’hypocrisie de l’ignominie et de la vile déshumanité
Retrouvons nos racines et la source originelle dont nous sommes les héritiers
Construisons collectivement la grande maison nationale de notre chère liberté
Jean-Bernard Bayard
Le Regard
Mon regard du passé ne miroite pas mon regard du futur
D’un passé brillant je ne vois qu’un futur plutôt obscur
Suis-je alambiqué sibyllin déprimé ou est-ce un augure
Me faut-il altérer mon regard et trouver la meilleure cure
Vous mes amis et mes parents qui partagez mon héritage
Avez-vous une vision similaire à la mienne et vous enrage
Je vois un monde en constante crise où l’homme fait rage
Avez-vous une différente perspective pour un beau partage
Je crains le pire de tous ces conflits qui ne cessent d’accabler
La misère la faim la maladie ne font qu’opprimer affamer tuer
Est-ce de l’obscurantisme ou suis-je simplement démoralisé
Que faites-vous pour ne pas avoir ce sale regard du dénaturé
Je ne veux pas vivre sans espoir dans un monde sans issue
Vivre en huis clos n’a jamais été une de ces situations prévues
La nature humaine est sociable et collective à tout point de vue
Aidez-moi à réaliser un regard du futur plus vertueux et congru
Jean-Bernard Bayard
