Avec Salves de blues. Lundi 9 mars 1942 au Mont-Valérien, Daniel Maximin signe un roman d’une intensité rare, consacré à une journée tragique et longtemps restée dans l’ombre de l’Histoire. Publié chez Caraïbéditions (354 p., 21,30 €), le livre nous plonge dans le Paris de l’Occupation allemande, au cœur des dernières heures de sept très jeunes résistants condamnés à mort.
Le 6 mars 1942, un tribunal militaire allemand réuni à l’Assemblée nationale – dans une mise en scène voulue pour frapper les esprits – prononce la peine capitale contre sept membres des Bataillons de la Jeunesse. Parmi eux, Tony Bloncourt, étudiant haïtien né de parents guadeloupéens, à peine âgé de 19 ans. À ses côtés : Roger Hanlet, Fernand Zalnikov, Pierre Milau, Acher Semahya, Robert Peltier et Christian Rizo, tous âgés de 17 à 26 ans. Leurs noms, aux consonances étrangères pour certains, ne sont pas entrés dans la mémoire collective avec la force qu’ils méritaient. Le 9 mars 1942, au Mont-Valérien, leur exécution doit servir d’exemple.
C’est cette journée du lundi 9 mars que le roman choisit de suivre, heure après heure, du petit matin jusqu’à la nuit. Cinq protagonistes – mêlant figures fictives et personnalités historiques – tentent l’impossible : obtenir une grâce, un sursis, organiser une évasion, arracher au moins une déportation. Le temps presse. À 16 heures, les fusils doivent parler. Le récit, haletant, épouse l’urgence, l’espoir ténu, l’obstination presque désespérée de celles et ceux qui refusent de se résigner. Jusqu’à cette lucidité terrible : il faut agir, même quand tout semble perdu.
Dans cette fresque tendue comme un compte à rebours, se croisent des figures majeures du monde intellectuel et artistique de l’époque – Jean Paulhan, Jean Guéhenno, Germaine Tillion, Ernst Jünger – aux côtés de militants et de passeurs engagés dans la clandestinité. L’histoire documentée s’entrelace à la liberté romanesque pour restituer une atmosphère, une tension morale, un moment où chaque décision engage une vie.
Né en Guadeloupe, poète, essayiste et grand passeur des littératures caribéennes, Daniel Maximin fait résonner ici les thèmes qui traversent toute son œuvre : la mémoire, la résistance, la dignité face à l’oppression, l’inventivité créole comme force de survie. Avec Salves de blues, il redonne chair et voix à ces « bébés-résistants » dont le sacrifice, au Mont-Valérien, appartient pleinement à l’histoire de France et à celle du monde caribéen.
Un roman puissant, à la fois hommage et acte de mémoire, qui rappelle que l’héroïsme peut avoir vingt ans – et que l’oubli n’est jamais une fatalité.

Caractéristiques
Auteur : Daniel Maximin
Editeur : Caraibeditions
Date de parution :02/07/2025
EAN : 9782373112405
ISBN : 237311240X
Nombre de pages :360
Format : 13 x 23 cm
SKU : 5780775
