« Pillowgraphies », par le Cie La BaZooKa

Les 9, 10 & 11 avril à 19h30 au T.A.C. (Théâtre Aimé Césaire)

— Par Hélène Lemoine —

Pillowgraphies, conçu par la compagnie La BaZooKa, propose une exploration chorégraphique originale fondée sur le jeu d’illusion et une approche accessible de l’histoire de la danse. Imaginé par Sarah Crépin et Étienne Cuppens, il s’adresse à un public large, en particulier familial, en combinant simplicité visuelle et richesse de références.

La pièce repose sur un dispositif scénique minimal : des interprètes recouverts de draps blancs, plongés dans une lumière noire. Ce procédé efface les appuis au sol et donne l’impression que les corps flottent dans l’espace. L’illusion, volontairement rudimentaire, renvoie à une imagerie enfantine du fantôme, tout en permettant un travail précis sur le mouvement. Par de légères variations – inclinaison, rythme, posture – les danseurs parviennent à individualiser leurs présences et à suggérer des émotions, malgré l’absence de visages visibles.

La chorégraphie, élaborée en collaboration avec les interprètes, s’organise comme une suite de tableaux sans parole. Elle alterne des moments collectifs (défilés, compositions géométriques, effets de groupe) et des séquences plus individuelles où se dessinent des caractères distincts. Le spectacle mobilise ainsi des ressorts à la fois chorégraphiques et théâtraux, proches de la pantomime, et joue sur des situations simples — déplacements en file, jeux de poursuite, interactions physiques — qui facilitent la lecture pour les plus jeunes.

Au-delà de son aspect ludique, Pillowgraphies s’inscrit dans une réflexion sur l’histoire de la danse. La pièce convoque, de manière allusive ou explicite, plusieurs figures et esthétiques marquantes. Des références au répertoire classique, notamment aux « ballets blancs » comme Giselle ou La Sylphide, côtoient des clins d’œil à des chorégraphes tels que Maurice Béjart, Merce Cunningham ou encore Michel Fokine. Ces emprunts apparaissent sous forme de citations gestuelles ou de structures chorégraphiques reconnaissables, intégrées dans un ensemble cohérent.

La musique, empruntée notamment à Maurice Ravel, Bernard Herrmann et Jacques Offenbach, participe à la diversité des ambiances, entre évocations dramatiques et tonalités plus légères. Elle accompagne une progression qui fait évoluer les figures fantomatiques d’une présence abstraite vers des entités expressives et identifiables.

À un moment du spectacle, la lumière révèle les interprètes sans leurs costumes, mettant à nu les mécanismes de l’illusion. Cette séquence introduit une mise à distance et permet de comprendre concrètement le travail chorégraphique sous-jacent. Elle souligne également le lien entre perception visuelle et construction du mouvement.

Sans recourir à une narration explicite, Pillowgraphies propose ainsi une forme hybride, entre fantasmagorie et démonstration chorégraphique. Le spectacle articule un imaginaire simple, immédiatement lisible, avec une structure plus élaborée qui engage une réflexion sur les codes et les évolutions de la danse.

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Conception La BaZooKa (Sarah Crépin et Etienne Cuppens)
Interprétation (suivant les représentations) Nicolas Chaigneau, Sarah Crépin, Aurore Di Bianco, Flore Khoury, Claire Laureau-Renault, Sakiko Oishi, Matthieu Patarozzi, Marie Rual, Léa Scher, Taya Skorokhodova, Julien-Henri Vu Van Dung
Chorégraphie Sarah Crépin, en collaboration avec les danseurs
Mise en scène Etienne Cuppens
Création lumière Christophe Olivier et Max Sautai
Réalisation costumes Salina Dumay et Elsa Gérant
Musiques Maurice Ravel, Bernard Herrmann et Jacques Offenbach

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