« On a des fenètres” la photographie en liberté

— Par Christian Antourel —
chailley_photo-3Le titre de cette exposition le dit sans ambages c’est bien des fenêtres que l’œil découvre une liberté de voir. Ces deux là photographient avec les yeux d’hommes épris et ceci transparait dans leurs clichés. Visiblement c’est là que se jouent la sensualité et la vulnérabilité de ces images. Le portrait est beau, à la fois classique et moderne. Il laisse l’imagination s’envoler.

Ce que l’on perçoit au travers de ces images, c’est une honnêteté, une vision qui ne dégrade, ni ne sanctifie les lieux ni les gestes créatifs. Mais simplement les rend réelles, loin des leurres et des faux-semblants de l’imagerie plasticienne. Burrichango & Piego ont fait ensemble l’école de la rue à Montréal à Hochelaga, quartier populaire par excellence, nid de l’art urbain et depuis, semblent avoir développé une identité artistique, une sensibilité gémellaire a moins qu’ils ne soient frères siamois dans leurs expositions. Les frontières existent mais évoluent discrètement à travers les temps, les lieux et les contingences. Et au final leurs œuvres affichent un aspect très « pro » Un univers baroque et décalé où chacun joue un rôle. Dans un terrain herbeux, des voitures hors service, des vestiges de gloires passées, une femme en short exposée de dos à la place du moteur d’une carcasse. L’artiste avait repéré les lieux et voulait utiliser ce contexte « déglingué » pour cette prise de vue. Il peut sortir ses éclairages et ses astuces fétiches. Les images sont presque toutes relativement statiques. Il semble les aimer assez posées et apprécie les faibles profondeurs de champ, il s’amuse des bascules de couleurs. Retravaille t-il tout cela sur son P C ? Cet autre visuel, montre le visage d’une femme qu’un rouge à lèvre ambrase, sur fond noir. Sa figure qu’un clair-obscur barre dans sa longueur, semble guetter quelque chose qui ne vient pas.

La charge émotionnelle inhérente aux choses

Alors comme ça un cliché ne serait qu’une image brute et ne pourrait pas provoquer la beauté, où la lumière se transforme en caresse…le charme passerait forcément par l’utilisation d’accessoires ? Que nenni. Burrichango et Piego ont leur manière très personnelle de faire jaillir la lumière de l’obscurité, d’extraire le visible de la gangue d’une sensibilité polymorphe, leurs photographies donne à l’œil la sensibilité du toucher, ils excellent à rendre la charge émotionnelle inhérente aux choses. Ils savent trouver une écriture personnelle où le graphisme et l’esthétisme l’emportent sur la crudité des situations. Ces chevaliers de l’instant décisif, photographes compulsifs, possèdent un art consommé du cadrage et de la lumière et un talent de la mise en scène contôlée. Bon nombre de leurs images ressemblent, à s’y méprendre à des photos naturelles, intimes, voire amoureuses, non volées par le photographe, mais offertes par ces sujets dont ils sont fous. Certaines n’ont pas la même force graphique, mais l’éclat de chacune dépend des histoires que l’on se raconte Comme pour les phantasmes, c’est l’imaginaire qui compte, et on peut en déduire que les vraies grandes photographies, sont celles qui nous font rêver, fantasmer et qui stimulent notre imagination.

Pratique ;

Exposition photos du 18 février au 19 mars 2016.
Burrichango & Piego Rivebois

ATRIUM TROPIQUES
Entrée gratuite
Information/réservation : 05 96 60 78 78
05 96 70 79 29.

Christian Antourel

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