“Nous étions assis sur le rivage du monde”

Rendez-vous sous haute tension 19 février au centre culturel de Sonis en Guadeloupe 21 février au Musée de la Pagerie au Trois-Ilets 22 février au Centre culturel de rencontre de Fond Saint-Jacques à Sainte-Marie

—Par Chrisian Antourel & Ysa de Saint-Auret —

vagueUn dimanche, le soleil au zénith. Une femme qui se réjouit à l’idée de retrouver sa  plage de prédilection. Le rivage du monde, connu dans son enfance et lieu de rendez-vous avec des amis qu’elle doit rejoindre. Ses amis sont en retard. Là, un homme prétextant que la plage est à présent privée, lui en interdit l’accès. La femme ne capitule pas. S’ensuit un dialogue de sourds, cadre d’une joute physique et mentale, où l’intensité dramatique ira crescendo jusqu’au dénouement.

Comme  pour comprendre la vie en jouant avec les limites de l’extrême,  pour mieux dire l’étrangeté et l’absurde du refus. Le théâtre selon Pliya est une sorte de mécanique où il pousse ses personnages dans leurs retranchements. On dirait qu’il affute des instruments qui vont trancher les ingrédients d’une formule flamboyante, mais qui flèchent  avec précision  l’implication quasi mystique qu’exige le metteur en scène de ses interprètes. Nelson-Rafaell Madel fait démarrer la  pièce à une hauteur émotionnelle  et vocale si vertigineuse pour atteindre à cette incandescence ressentie, à l’instar de la transe affective  que joue la comédienne  lorsqu’elle donne aux mots de Pliya leur densité et leur fantaisie. Sans issue  de secours, ni pour elle ni pour les spectateurs.

Un théâtre qui évoque un état de guerre
La pièce opère comme le sacrifice  consenti de la comédienne sur l’autel de l’art, lorsque  les interprètes  font de la scène un théâtre qui évoque clairement un état de guerre. Le metteur en scène descend en piqué sur ce jeu de massacre qu’est la vie, ce  thème de l’identité, sujet récurrent aux Antilles que Pliya aborde dans sa préoccupation à l’égard de la violence dans le monde, par un sens dramaturgique solide qui rend ses œuvres remarquables. C’est donc dans une mise en scène « chargée  de tension et d’intrusion » que  l’espace se rétrécit, l’air se raréfie. Tout se fige. Seules les paroles sont en mouvement jusqu’à l’éclatement qui dissèque l’expérience intérieure de chacun. Enfin, ce huit clos est le lieu d’une aliénation où la femme et l’homme déraisonnent, entre foire d’empoigne et cirque des vanités.

 CITATIONS EXPRESS

« De quoi s’agit-il ? Il est question de territoire. Il est question de rapports premiers entre les êtres, il est question de l’autre »
« Quand on me demande d’où je suis, je réponds que je suis de la géographie de ma langue. Et ma question centrale est celle-là : Quelle langue pour dire le monde ? »
« J’écris rarement des personnages en pensant à une couleur. Ou une origine. J’écris des personnages qui vivent un conflit » José Pliya

« Et si on prenait le risque d’aller à la rencontre de l’inconnu » Nelson -Rafaell Madel

Pratique :
Au  Théâtre Aimé Césaire
Jeudi 13, vendredi 14, samedi 15 à 19h30
De :José Pliya
Mise en scène : Nelson-Rafaell Madel
Avec : Jean Christophe Folly
Daniely Francisque
Guillaume Malaslé
Emmanuelle Ramu.

Scénograpie : Aurélien Maillé
Production : Compagnie  Théâtre Les deux saisons.
Tarif tout public : 20 euros
Information/réservation : 05. 96. 59. 43. 29.
06. 96. 22. 07. 27.

Article paru dans France Antilles Magazine le 8/02/2014

Christian Antourel & Ysa de Saint-Auret

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