
— Par M’A —
Fort-de-France, vendredi 28 novembre.
Dans une salle presque comble — environ 300 personnes réunies dans l’intimité chaleureuse de Tropiques-Atrium — le quintet parisien Monsieur MĀLĀ a offert un moment de grâce, de puissance et de pure créativité. Un concert comme on en voit peu : d’une précision remarquable, d’une richesse musicale foisonnante, et surtout, de cette magie impalpable qui fait qu’un groupe dépasse la simple addition des talents individuels.
Car si chacun des cinq musiciens est une référence dans son domaine, c’est bien le collectif, soudé, organique, incandescent, qui a transcendé la soirée. Le public, conquis, est ressorti enchanté, un sourire accroché au visage et l’énergie encore vibrante dans le corps.
Un quintet sans frontières, aux identités multiples
Sur scène, Robin Antunes (voix, mandoline), Balthazar Naturel (saxophones), Swaéli Mbappé (guitare, basse), Nicholas Vella (piano, Fender Rhodes, claviers) et Yoann Danier (batterie) ont révélé ce qui fait la signature de Monsieur MÂLÂ : un son immédiatement reconnaissable, à la fois urbain, organique, voyageur et profondément humain.
Leur musique navigue librement entre jazz, funk, Afrique, Caraïbes, électro, rock, pop, sans jamais se perdre. Elle circule, respire, se régénère. Rien ne semble plaqué : tout coule de source.
Cette alchimie tient autant à la virtuosité des musiciens qu’à la complicité qui les unit depuis leurs premières années d’amitié. De cette proximité naît une liberté rare, un art de la narration sans paroles, où chaque morceau est une histoire, chaque montée une émotion, chaque improvisation un souffle partagé.
Un conte musical urbain, vibrant et généreux
Monsieur MĀLĀ , c’est un peu une créature à cinq têtes. Un groupe sans leader, où chacun apporte ses couleurs, son bagage, son imaginaire. Sur scène, cela se traduit par une densité sonore étonnante :
un saxo qui dialogue avec un ukulélé (?), une basse électrique qui s’unit au violon, un Fender Rhodes qui évoque tour à tour la soul, la transe ou le cinéma.
Le résultat :
un melting-pot musical au groove irrésistible, une véritable épopée où le public danse, rêve, voyage — souvent tout à la fois.
Au fil du concert, la salle s’est laissée emporter par cette fabrique du sentiment qui tourne chez eux à plein régime. Tantôt poignants, tantôt carrément dansants, souvent les deux en même temps, les cinq musiciens ont donné un live d’une grande maîtrise, mais aussi d’une grande générosité.
Une machine profondément humaine
« My name is Monsieur MĀLĀ I’m not a human, I’m a machine. »
Cette phrase, qui ouvre leur premier album, pourrait faire sourire.
Mais ce soir-là, à Fort-de-France, la “machine” n’avait rien de mécanique.
Elle vibrait, respirait, improvisait, s’élevait.
Car derrière les rouages — la précision de Yoann Danier, le groove chaleureux de Swaéli Mbappé, les textures fines de Nicholas Vella, le souffle habité de Balthazar Naturel, la grâce nerveuse de Robin Antunes — il y a avant tout cinq musiciens profondément humains. Cinq personnalités, cinq sensibilités, une seule pulsation.
Un premier album salué, une scène déjà mythique
Révélation des Victoires du Jazz 2024 (Prix Frank Ténot), soutenu par des figures comme Gilles Peterson et déjà célébré au Royaume-Uni, Monsieur MĀLĀ s’est imposé en quelques années comme l’une des formations les plus passionnantes de la nouvelle scène jazz-fusion française.
Leur premier album éponyme, publié récemment, pose les bases d’un son nouveau :
un jazz ouvert à 360°, nourri de toutes les cultures — Afrique, Caraïbes, rock, funk, électro — et animé par un amour constant du groove et de la musique improvisée.
Sur scène, cette richesse se déploie avec une intensité rare. Tropiques-Atrium en a été le témoin privilégié. Deux morceaux du prochain album ont été offerts comme cadeau au public martiniquais.
Une soirée réussie, un public sous le charme
Même si la salle n’affichait pas complet, les 300 spectateurs présents ont vécu un moment d’exception. Entre les envolées instrumentales, les paysages sonores quasi cinématiques, les grooves contagieux et les instants suspendus, la soirée a atteint ce point mystérieux où la transe et l’extase se confondent.
Un concert de très haute qualité, inventif, généreux, profondément vivant.
Une réussite totale.
Et une belle promesse : celle de revoir bientôt Monsieur MĀLĀ fouler la scène martiniquaise, tant la rencontre fut intense et lumineuse.
