L’éphéméride du 19 mai

Inauguration de la prison Mazas le 19 mai 1850

La maison d’arrêt cellulaire, appelée couramment prison Mazas, est une ancienne prison de Paris, construite par l’architecte Émile Gilbert entre 1845 et 18501 pour remplacer le dépôt des condamnés de la Force.
Historique
Située en face de la gare de Lyon, elle est utilisée de 1850 à 1898 essentiellement à l’internement des prisonniers de droit commun. La prison occupe l’emplacement du pentagone limité par les voies aujourd’hui dénommées boulevard Diderot, rue de Lyon, rue Traversière, avenue Daumesnil et rue Legraverend.

Cette « maison d’arrêt cellulaire » s’inspire des modèles du régime carcéral américain en vogue dans le milieu du siècle, le système cellulaire, dans l’esprit de la prison de la Petite Roquette construite en 1836.

L’entrée de cette prison était située initialement 23-25 boulevard Mazas, qui donne donc son nom à la prison (avant d’être rebaptisé boulevard Diderot en 1879).

Mais ce boulevard (partant des abords du pont d’Austerlitz) portait le nom du colonel Jacques François Marc Mazas, mort à la bataille d’Austerlitz : sur réclamation de la famille, l’administration dû renoncer en 1858 à l’appellation primitive au profit de Maison d’arrêt cellulaire2.

Inaugurée le 19 mai 1850, elle reçoit les 841 prisonniers de l’ancienne prison de la Force. Elle est ainsi surnommé prison de la nouvelle Force3.

L’édifice est démoli en 1898 à l’occasion de l’Exposition universelle de 1900 afin d’épargner la vue d’une prison aux visiteurs arrivant par cette gare. Une rue Émile-Gilbert, ouverte sur l’emplacement de l’ancienne prison, perpétue le nom de son architecte.

Destruction de la prison Mazas.
Elle est connue notamment pour avoir été le lieu de détention provisoire d’Arthur Rimbaud, arrêté a la Gare du Nord pour ne pas avoir payé son billet (Lettre a Georges Izambard, 5 septembre 1870 : « Arrêté en descendant de wagon pour n’avoir pas un sou et devoir treize francs de chemin de fer, je fus conduit à la préfecture, et, aujourd’hui, j’attends mon jugement à Mazas ! »)*.

Construite pour accueillir 1 200 détenus5, la prison comportait six bâtiments de trois étages, rayonnant autour d’une tour centrale de 45 mètres de hauteur, au niveau de laquelle se situait une rotonde vitrée donnant vue sur tout l’intérieur de la prison6. Au-dessus se tenait une chapelle où se donnaient des messes dominicales pouvant être vues par l’ensemble des détenus. On y trouvait également un parloir et une bibliothèque. Six couloirs de 80 mètres convergeaient vers la rotonde. Chacune comportait deux cents cellules sur trois étages. Mazas était gardée par soixante-dix surveillants. Aucune tentative d’évasion n’y a abouti.

Fondée sur le principe de l’isolement des détenus, rompant ainsi radicalement avec les principes de détention commune de droit commun habituels, la prison n’accueillait que des condamnés à de courtes peines. L’isolement permettait aux délinquants d’éviter les promiscuités et un apprentissage du crime au contact d’autres détenus parfois plus expérimentés et violents.

Les cellules individuelles mesuraient 2,60 m de haut sur 1,85 m de large et 3,85 de long avec un plancher en briques. Le mobilier néanmoins sommaire était composé d’un hamac suspendu à des crampons à 50 cm du sol, une table, un tabouret en bois, d’un bidon à eau, de deux gamelles en fer battu, d’un siège d’aisance inodore à ventilateur, d’un bec de gaz et de quatre supports en bois placés aux angles. L’air chaud, en hiver, était distribué par ventilation, de même en été avec de l’air frais. La vie y était rythmée par le service des repas, de menus travaux et un lever à l’aube. Chaque porte pouvait s’ouvrir faiblement, tout en interdisant la sortie du condamné, afin de lui donner une vue sur l’intérieur de l’édifice.

La stricte géométrie du bâtiment et le régime carcéral spartiate et solitaire correspondent aux principes hygiénistes associé à un modèle d’architecture utopique.

Détenus connus
Ivan Aguéli ;
Jules Allix ;
Zo d’Axa ;
Émile Beaussire ;
Charles-Louis Chassin ;
Georges Clemenceau (73 jours en 1862) ;
Monseigneur Georges Darboy, archevêque de Paris (avant son exécution par la Commune de Paris) ;
Félix Fénéon, d’avril à août 1894, pour anarchisme ;
Maximilien Luce, en 1894, pour anarchisme ;
Arthur Rimbaud ;
Jules Vallès, incarcéré du 16 juillet au 30 août 1853 ;
Arthur Ranc ;
Hippolyte de Villemessant.
Bruno Braquehais