L’enlèvement de Nicolas Maduro

La crise actuelle du Venezuela s’inscrit dans une longue dégradation de la démocratie et de l’État de droit, dont Nicolás Maduro porte une responsabilité centrale. Désigné successeur d’Hugo Chávez, il n’a jamais bénéficié d’une légitimité populaire pleine et entière. Son accession au pouvoir s’est faite à l’issue d’élections extrêmement serrées, organisées dans un contexte de déséquilibre manifeste : institutions électorales majoritairement inféodées au pouvoir, usage massif des ressources de l’État à des fins partisanes, accès inégal aux médias et climat de pression politique permanente sur l’opposition. Les scrutins ultérieurs n’ont fait qu’aggraver ces soupçons, notamment lorsque des résultats ont été proclamés sans publication complète des procès-verbaux, vidant l’acte électoral de sa crédibilité démocratique.

À cette fragilité politique s’ajoute un bilan humain et institutionnel alarmant. Les enquêtes menées par les Nations unies font état de violations graves et systématiques des droits de l’Homme, commises dans le cadre d’une répression politique organisée. Selon ces rapports, ces exactions ne relèvent pas de dérives isolées, mais d’une politique d’État, impliquant directement les plus hauts responsables civils et militaires. Arrestations arbitraires, violences lors des manifestations, persécutions ciblées contre les opposants : autant de pratiques qui ont contribué à priver Nicolás Maduro de toute légitimité morale et démocratique aux yeux d’une grande partie de la communauté internationale.

Cependant, cette réalité ne saurait en aucun cas servir de prétexte à une intervention militaire étrangère ni, a fortiori, à l’enlèvement d’un chef d’État en exercice. L’opération menée par les États-Unis sous la présidence de Donald Trump constitue une violation grave de la souveraineté vénézuélienne et des principes fondamentaux du droit international. Présentée comme une action de lutte contre le narcotrafic, elle s’inscrit en réalité dans une logique de force et de changement de régime imposé de l’extérieur, rappelant des pratiques que l’on croyait révolues. En s’arrogeant le droit de capturer un dirigeant étranger, Washington s’affranchit des règles qu’il prétend défendre et affaiblit l’ordre international fondé sur le droit.

Cette intervention apparaît d’autant plus préoccupante qu’elle intervient dans un contexte mondial déjà marqué par la multiplication des conflits et des violations de souveraineté. Elle alimente l’idée que la puissance militaire peut se substituer aux mécanismes juridiques internationaux, qu’il s’agisse de la Cour pénale internationale ou des instances multilatérales compétentes. Elle renforce également les soupçons selon lesquels les immenses ressources naturelles du Venezuela, en particulier ses réserves pétrolières, constituent un enjeu central de cette escalade.

Il est donc impératif d’affirmer une position claire et cohérente : condamner sans ambiguïté les dérives autoritaires et les crimes commis sous le régime de Nicolás Maduro, tout en rejetant avec la même fermeté toute intervention militaire illégale et tout enlèvement d’un chef d’État par une puissance étrangère. La défense des droits humains et de la démocratie ne peut passer ni par la loi du plus fort ni par des opérations de prédation déguisées. La force ne remplacera jamais le droit ; y renoncer, c’est ouvrir la voie à un monde où les relations internationales seraient régies par la violence et l’arbitraire, au détriment de la paix et des peuples.

 Jean Samblé

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Les réactions en Martinique

« Le narcotrafic est un poison pour nos sociétés : il tue, il corrompt, il déstabilise. Le combattre avec détermination est une obligation. Mais cette lutte ne peut se faire ni au détriment du droit, ni au prix de l’insécurité pour les populations civiles. »
« Sécurité, coopération et diplomatie doivent avancer ensemble »
« Derrière chaque décision, il y a des femmes, des hommes, des familles, des enfants qui aspirent simplement à vivre en paix, à travailler, à se projeter dans l’avenir. La force doit être au service de leur protection, jamais d’une escalade qui ferait peser de nouvelles peurs et de nouvelles souffrances sur les peuples de la Caraïbe. Sécurité, coopération et diplomatie doivent avancer ensemble. »
Serge Letchimy, président du conseil exécutif de la CTM (Collectivité Territoriale de Martinique)

« Gendarmes du monde »
« Si, en tant que démocrates, nous pouvons et devons porter un regard critique sur la lente dérive autoritaire du gouvernement de Nicolas Maduro et sur la crise politique qui secoue ce pays voisin, ces considérations ne sauraient en aucun cas justifier l’injustifiable. Au nom de quel droit les États-Unis s’arrogent-ils, une fois de plus, le rôle de « gendarmes du monde ? »
Catherine Conconne, sénatrice et secrétaire générale de La Martinique Ensemble

« Péyi-A condamne avec la plus grande fermeté, l’arrestation du président élu de la République bolivarienne du Venezuela, Nicolas Maduro, par les autorités des États-Unis d’Amérique. Ce crime politique, constitutif d’une agression internationale, viole gravement la souveraineté d’un État et foule aux pieds le droit international. Ce qui frappe aujourd’hui le Venezuela, menace l’ensemble des peuples libres. »
Les députés Marcelin Nadeau et Jean-Philippe Nilor, co-présidents de « Péyi-A »

Pour le PPM (Parti Progressiste Martiniquais), il s’agit d’une « violation manifeste des principes fondamentaux du droit international ».
« Les situations politiques et économiques du Venezuela sont une réalité que nous ne saurions faire mine d’ignorer. Nous ne pouvons ignorer non plus que le Venezuela possède les plus importantes réserves prouvées de pétrole brut au monde. Mais la lutte contre le narcotrafic déclarée par le président Trump, ne peut en aucun cas justifier une intervention militaire étrangère, ni l’arrestation extraterritoriale d’un chef d’État en exercice. »
Didier Laguerre, président du PPM

« Les députés socialistes et apparentés condamnent toute forme d’ingérence étrangère dans les affaires internes du Venezuela. Nous avons toujours dénoncé le régime de Nicolas Maduro, mais ces pratiques unilatérales, qu’elles soient politiques, judiciaires, militaires ou coercitives, affaiblissent l’ordre international fondé sur le droit, et compromettent durablement la stabilité régionale. »
Béatrice Bellay, députée

« Energique condamnation » des communistes
« Ce comportement n’est pas nouveau. Il n’est que l’expression actuelle d’une politique colonialiste, de barbarie, de pillage, de rapine, de piraterie, de viol des droits humains, des droits des peuples, de la souveraineté des nations, du droit international, qui sont des crimes contre l’humanité. »
Jean-Pierre Etilé pour le PKLS (Pati Kominis pou Lendépandans Ek Sosyalizm)

« L’impérialisme américain instaure sa dictature dans le monde entier. L’Amérique latine et les Caraïbes sont l’arrière-cour des USA depuis plus d’un siècle. D’autres pays sont menacés comme la Colombie, le Mexique. »
Gabriel Jean-Marie pour Combat Ouvrier