La politique alliée à la folie des grandeurs …

—Par Roland Tell —

La règle première de l’action politique concerne le mouvement horizontal de la vie martiniquaise – mouvement de progression vers la liberté d’épanouissement du Martiniquais, et vers la réalisation d’une vie sociale de progrès et de bonheur, conçue telle une oeuvre de civilisation et de culture, à faire en commun. Il s’agit donc de garantir le bien commun du peuple, par les garanties économiques du travail, les droits politiques, les vertus civiles, et la culture de l’esprit. C’est pour avancer vers un tel idéal, que les Martiniquais votent d’élection en élection, pour l’accomplissement de sa destinée de peuple caribéen, au sein du monde moderne, compte tenu des trois égalités citoyennes, à savoir l’égalité politique, l’égalité devant la loi, l’égalité aux emplois. Telle est la conception du travail politique à faire, selon un esprit sans entraves partisanes ou idéologiques, appliqué donc à servir les besoins humains et citoyens au sein de la communauté. N’est-ce pas là les caractéristiques essentielles de la politique, prise en elle-même ?

Certes, aucune gestion politique ne peut évidemment vivre isolée ! Au contraire, il importe qu’elle communique et coopère, tant avec les autres collectivités de la Martinique, qu’avec le gouvernement français, l’Union Européenne, et bien sûr l’environnement caribéen. Le climat normal de la politique martiniquaise est la coopération avec tout ce système intégré d’expériences et d’échanges, ô combien profitable à l’évolution de la Martinique elle-même ! Ce sont là autant d’aliments de son propre progrès…

Ce serait un évènement tout nouveau, dans l’histoire de la Martinique, qu’il y ait quelque renversement de toutes ces modalités d’évolution et d’émancipation, de ces diverses coopérations, en vue de la production d’un semblant d’indépendance dans la gestion politique – une nouvelle Martinique, devenue pays qui s’ennuie, diamétralement détachée des réalités, que l’on vient de rappeler. Le zèle amer vers une administration séparée, dissidente, comme substitut de la solidarité, ne nourrit que les esprits faibles, cherchant à se réfugier dans l’irréalisme, où l’essentiel de la vie citoyenne serait négligé, sans possibilités d’observation attentive des besoins et des attentes du peuple martiniquais. Car ce désir d’être libéré de la raison et de la tutelle historiques est, en réalité, liée à une aspiration, en direction d’une Martinique nue et sauvage. Et c’est là, la véritable cause de son éloignement progressif de l’Etat Français, notamment par les effets produits par l’actuelle Collectivité territoriale, dont l’essence est la duplicité, avec, comme corollaire, la mutilation de la démocratie à la française.

Faut-il décrire, encore une fois, l’évolution, fort éclairante du président de celle-ci, dans le trafic ordinaire de sa pensée politique, dans le lieu caché de ses attentes virtuelles ? Conscient de sa liberté d’agir à l’égard de tout ce qui n’est pas sa propre loi personnelle, conscient aussi de sa fidélité à la cause séparatiste, et donc à la vision fort singulière de son rôle, ne s’est-il pas auto-proclamé “Président des Martiniquais”? Inepte et affligeante revendication, pour faire surgir ici une réalité politique, plus apparentée à ses illusions, à ses colères, voire à sa mélancolie. De là, la transformation des rapports politiques, et même du langage politique, selon des alliances utilitaires, travaillant secrètement dans les sous-sols de l’imposture, trahissant donc l’idéologie, pour faire dire à sa gouvernance autre chose que ce qu’elle veut dire. N’est-ce pas que celle-ci se trouve déjà sur des voies de garage ? Car, en agissant de la sorte, le dit président a beaucoup crétinisé le peuple martiniquais. Et, comme dit Lautréamont, n’est-ce pas là le meilleur professeur d’hynoptisme que la Martinique connaisse ?

L’illusion devient la loi fondamentale, c’est-à-dire l’utopie, le dérangement, l’inattendu, la surprise, comme caractéristiques de la trahison, où toutes les sources du pouvoir sont touchées à la fois, selon un jaillissement d’images télévisées, fort complaisantes, par exemple lors de l’intervention à la récente élection municipale de Sainte-Marie, ou lors de l’inauguration du Pont de la Concorde au Prêcheur, donc loin de toute cohérence intelligible, dans de tranquilles profondeurs démagogiques, s’agissant notamment des personnalités politiques étrangement absentes ( députés, sénateurs, maires du secteur ). Même sur ce pont, particulièrement illuminé, la politique martiniquaise a continué de pénètrer plus avant dans les régions de l’obscurantisme ! Certes, le Président de la Collectivité est obscur comme l’ombre de ses pensées !

De plus en plus, en effet, on se trouve en présence d’un homme sur le qui-vive, exposé à des hantises politiciennes, d’origine émotive. C’est, pour la Martinique, entrer plus profondément dans l’empire nocturne d’une gestion personnaliste, bien au-delà de toute logique de démocratie. Telle est aujourd’hui la signification pure du travail politique, tel que progressivement accompli au sein de la Collectivité territoriale ! Un processus, comme celui-ci, est naturellement plein de sérieux dangers. Déjà, il coûte cher. Ensuite, il s’accomplit dans une diversité de voies d’exécution, où, selon les Conseillers Exécutifs, les influences se croisent, s’entrecroisent, se mêlent, dans l’économie, dans le transport, dans l’éducation, sans véritable orientation, ni évolution, mais avec, ici ou là, tous les genres d’assujettissement, soit vigilance ombrageuse et superbe de territoire ( cf. à propos du Parc Naturel Régional), soit réaction sans douceur à l’égard du Président de l’assemblée, sans compter tout le flot confus de visites sur le terrain, et presque partout en France, pour obéir à la nécessité de croissance électorale.

Obstiné dans son sillon de démagogie, le Conseiller (ou la Conseillère), à l’instar du président, se recherche soi-même à travers sa fonction, en un effort fervent à l’exultation subjective, au narcissisme, au bénéfice de l’esprit prométhéen du président, privilège incontesté de la Collectivité. Il s’agit là d’une politique déviée, tendant à la libération effrénée de la toute puissance de celui-ci, et donc à la conquête de la Martinique tout entière. Quelle illusion ! Certes, le but visé est au-delà du domaine de la gestion politique. En fait, l’alliance politique est devenue un instrument de propagande électorale, mise au service des ambitions personnelles et d’une forme d’économie de la sollicitude. Et pourtant, aujourd’hui, ce qui reste de ce remue-ménage, c’est un vide affamé, une quête de reconnaissance à son niveau zéro, sans possibilités de développement. La gestion est déjà une débâcle au plan électoral. En effet, chaque conseiller est enfermé dans son soi éxécutif, incapable d’entrer en communication créatrice avec le citoyen martiniquais de base, à révéler vraiment à quoi il occupe son temps, ainsi que sa vision de l’avenir. Comment lutter, en effet, contre le pouvoir personnel, contre les présences et les certitudes du président ? D’où cet état de séparation, où se trouvent de plus en plus les dits conseillers, vis-à-vis même de leur propre fonction. Tous ces dossiers en conflit, qui les font souffrir, ils ne peuvent pas les mener à bien tout seuls, sans l’aval présidentiel, vers lequel, tel un attelage assoiffé, ils vont étancher leur soif d’apprendre, de savoir, pour se refaire des forces d’agir, vivre enfin, et se désaltérer !

Ce qu’il faut retenir de tout cela, en conclusion, c’est le charlatanisme d’une politique surréaliste, où le retour au primat du président, reste une imposture idéologique, abolissant, pour un temps, les valeurs suprêmes de démocratie et de progrès, si chères au peuple martiniquais.

ROLAND TELL