Le botaniste français Francis Hallé est mort le 31 décembre 2025 à Montpellier, à l’âge de 87 ans. Spécialiste reconnu des forêts tropicales humides et ardent défenseur des forêts primaires, il a consacré plus de soixante années à l’étude du monde végétal et à la transmission de ses connaissances auprès du public.
Né à Seine-Port, en région parisienne, dans une famille de sept enfants, Francis Hallé grandit dans un environnement propice à l’observation de la nature. Son père, ingénieur agronome, et sa mère, issue d’une famille d’artistes et passionnée de plantes, contribuent à éveiller très tôt son intérêt pour le végétal. Il entreprend des études de biologie à la Sorbonne, obtient un doctorat en botanique et complète sa formation à l’université d’Abidjan.
À partir de 1960, il s’installe en Côte d’Ivoire, où il séjourne jusqu’en 1968. C’est là qu’il découvre pour la première fois une forêt tropicale primaire, expérience fondatrice de son parcours scientifique. Ses recherches le conduisent ensuite dans d’autres régions tropicales d’Afrique, d’Asie et d’Insulinde, notamment au Congo, au Zaïre et en Indonésie. Il s’attache à étudier les forêts dans leur état le moins modifié par l’activité humaine, considérant qu’elles concentrent l’essentiel de la biodiversité terrestre. Professeur de botanique à l’université de Montpellier, il forme plusieurs générations d’étudiants tout en poursuivant ses travaux de terrain.
Dès le milieu des années 1960, Francis Hallé se spécialise dans l’architecture des plantes, discipline émergente qui vise à décrire les structures constantes propres à chaque espèce végétale. Il met en évidence des modèles architecturaux récurrents chez les arbres, indépendants des conditions locales de croissance, et contribue ainsi à renouveler l’approche morphologique du végétal. Ses travaux l’amènent également à formuler des hypothèses originales sur la nature coloniale de l’arbre, la variabilité génétique au sein d’un même individu ou encore des phénomènes tels que la « timidité » des cimes.
Souhaitant observer les forêts tropicales sans en altérer les équilibres, Francis Hallé impulse dans les années 1980 la création du Radeau des cimes. Ce dispositif aérien, déployé pour la première fois en 1986, permet aux chercheurs d’accéder à la canopée, longtemps restée hors de portée des études scientifiques. Les missions du Radeau des cimes, qu’il dirige pendant près de vingt ans, accueillent des scientifiques du monde entier et contribuent à une réévaluation majeure de la diversité biologique des forêts tropicales.
Parallèlement à son activité scientifique, Francis Hallé s’attache à rendre ses recherches accessibles au grand public. Auteur de nombreux ouvrages, dont Éloge de la plante et Plaidoyer pour l’arbre, il y développe une réflexion critique sur la place accordée aux végétaux dans les sciences et dans les sociétés humaines. Il y rappelle que les plantes constituent la base matérielle de la vie sur Terre, tout en soulignant leur profonde altérité par rapport au monde animal. Défenseur constant des arbres, en milieu naturel comme en milieu urbain, il s’oppose aux pratiques d’élagage excessif et à l’abattage systématique, qu’il juge préjudiciables tant à l’environnement qu’à la qualité de vie.
Francis Hallé est également une figure engagée dans le débat public sur la déforestation. Il alerte de longue date sur la disparition rapide des forêts primaires, en particulier sous l’effet des exploitations industrielles, et sur les conséquences écologiques et humaines de cette destruction. En 2019, il lance un projet ambitieux visant à permettre la renaissance d’une vaste forêt primaire en Europe de l’Ouest, sur un territoire transfrontalier de plusieurs dizaines de milliers d’hectares, convaincu que seule une protection intégrale et de très long terme permettrait de retrouver un écosystème de type primaire.
Illustrateur de ses propres travaux, Francis Hallé accompagne ses livres de schémas et de dessins réalisés dans un style clair et pédagogique. Tout au long de ses voyages, il remplit des carnets de croquis, constituant une œuvre graphique considérable, forte de plusieurs dizaines de milliers de pages, dont une partie a été exposée au jardin botanique de Montréal en 2018. Son travail inspire également le cinéma documentaire, notamment le film Il était une forêt de Luc Jacquet, sorti en 2013.
Marié et père de quatre enfants nés sous les tropiques, Francis Hallé a poursuivi jusqu’à la fin de sa vie une activité de réflexion, de sensibilisation et de transmission. Il laisse l’image d’un scientifique attentif aux formes du vivant, convaincu que la compréhension du monde végétal est indissociable des enjeux écologiques et humains contemporains.
