“La loi de Tibi” d’après « Mieux que nos pères »

DON QUICHOTTE…. ET SANCHO PANZA

 Imaginons un ailleurs au milieu de nulle part,  mais marqué par la misère, par un déterminisme prénatal, cette prédisposition au manque de chance, à une victimisation chronique, où le malheur s’écrit en lettres capitales. Ravages de tous les fléaux qui touchent la société. L’avidité et tous les vices de la condition humaine, qui font de ce monde ce qu’il est, dans son masque le plus ténébreux. A ce moment là entre en scène Tibi en «  habit de lumière. » L’Auguste triste mais encore plus joyeux. La mise en scène nous l’impose déplorable et au bout du compte, relativement attachant. Forgé d’humour noir ou d’ironie féroce. Avec un cœur qui respire la communication. Si Don quichotte transparaît dans sa fibre combative, il y a certainement dans un recoin un Sancho Panza dans sa force d’aimer. Comme dans un traveling de cinéma, revenant sans cesse sur «  le séducteur »pour faire jaillir en gros plan son rôle principal , ce voyage , ce formidable questionnement montre un personnage en constantes métamorphoses mentales autour d’un seul axe ; ce monde qui est le notre et dont on ne peut renoncer au nom de l’humain. Personnage nombriliste, bateleur de foire, idéaliste notoire, sans les moyens de ses ambitions. Nous entrons dans un monde où l’on prend la réalité de face, et ne pouvons opposer la moindre résistance esthétique. Notre sensibilité est piquée au vif, exacerbée à raison, car nous savons bien ce monde essentiellement en adéquation avec le spectre de cette tragédie bouffonne ; capable d’engendrer des monstres d’un enfer plus noir que ceux exprimés et qui figurent ici. : Cet enfant mort dans son cercueil de quatre vingt centimètres de long. L’expression même de la mort est allongée dans le seul but de noircir le tableau et valoriser le discours de Tibi… dans une fluidité uniquement racoleuse de la jubilation d’un rêveur. Loin d’être le monument aux morts triste à mourir qu’elle semble annoncer, la loi de Tibi voudrait nous faire rire, mais parvient-elle seulement à nous faire pleurer ?
A voir le personnage si contrasté qui arrive , ridicule avec sa poussette chargée d’éléments hétéroclites dans un contexte aussi triste et déprimant que celui de la fin, on ne peut s’empêcher de rire jaune sous le laïus pseudo philosophique de ce maître de cérémonie de pacotille cherchant un auditoire à son ego, improvisé poète conteur orateur , tout autant que diseur… traditionnel. Met- pies incontestable parce qu’il porte la tradition donc la transmission en lui. Que nous dit Tibi , vers ce théâtre à l’humanité nécessaire, à nous public complaisant, tout autant que critique, si ce n’est qu’au delà de la mort inéluctable qui touche chacun de nous, tout est toujours possible. Mais ici l’expérimentation du plateau et l’agencement des douleurs décapitées de vie, les profondeurs scéniques auraient du permettre de jouer sur les temporalités et de comprendre ce paysage psychique tangible. Au-delà même de cet étourdissement trop contrôlé, adapté et mis en scène martiale, par Jean-Michel, nous subissons une dialectique qui devait rester vivante et ne pas s’enfermer dans un réel inventé, qui ne soit que le domaine de la mise en scène. Le spectacle perd de la superbe annoncée en tentant de démêler ce nœud d’humanité mêlée, de sombre et de vie. La loi de Tibi, on peut la comprendre, par toute interprétation ou configuration de quelques astres qui font la chimie de tout être, ou par le prisme des tombeaux égyptiens : les pyramides. Images démesurées de l’incommensurable mort « en humanité tout finit par faire pyramide … il est donné à chacun de construire sa propre pyramide. Mettez vos fils au sommet, ils feront mieux que vous » Telle est la Loi de Tibi.
L’espoir est présent malgré la misère et même si nos parents ont fait ce qu’ils ont pu, nous,  leurs enfants, pouvons et devons faire mieux, Mieux que nos pères.

Christian Antourel
Ysa de Saint-Auret

« Texte adapté par l’auteur, d’un article publié dans France- Antilles Magazine »

Autour de la Pièce

Production : Cie L’Autre Souffle
Mise en scène et rôle de Tibi : Jean-Michel Martial
Virginie Emane
Création musicale : Eric Vincenot
Régie son : Alexandra Parabosschi
Costume :Pascal Bordet
Scénographie : Eric Plazza-Cochet

Au Théâtre Aimé Césaire
Vendredi18, samedi 19 Novembre 2011