“La crise vénézuélienne interpelle !” et “Les raisons de l’impasse au Venezuela”

— par le GRS —

La complexité de la situation de ce grand pays proche ne saurait justifier un quelconque silence des internationalistes en plus du fait qu’il s’agit de notre Caraïbe. On ne peut comprendre grand chose ni exprimer sa solidarité avec les masses Vénézuéliennes si on ne fait l’effort de chercher l’information en particulier auprès des progressistes et révolutionnaires sur place. Rarement on a assisté à une opération de désinformation d’une telle ampleur. Les forces réactionnaires locales et l’impérialisme mondial sont à la manoeuvre : l’opposition serait composée de gentils manifestants pacifiques tandis que le gouvernement serait une dictature féroce et sanguinaire. En déclarant que le Venezuela menacerait “la sécurité intérieure des USA” (excusez du peu !) Obama puis Trump avaient déjà vendu la mèche. Le sieur Michael Richard Pompeo, directeur de la CIA, vient de confirmer : plusieurs réunions ont été tenues avec le Mexique et la Colombie pour évaluer ” les manoeuvres qui pourraient être appliquées pour obtenir de meilleurs résultats dans la lutte pour changer le gouvernement du Venezuela”. Le mensonge des médias dominants, découle de ce projet. Les violences putschistes qui s’exercent depuis des années contre le pouvoir bolivarien sont passées sous silence et il n’est question que de la répression des manifestants ” pacifiques” ! Le tout récent sondage d’un institut privé nommé Hinterlaces indique que 56% des gens sont peu ou pas du tout disposés à participer à des manifestations, que 71% pensent pareil concernant les blocages de rues, que 74% sont contre la privatisation de PDVSA (pétrole), 69% de CANTV ( communication) et que 75% sont pour un modèle économique de production socialiste avec un caractère mixte, que 84% sont pour un dialogue entre le pouvoir et l’opposition. Mais celle-ci, en particulier sa composante d’extrême droite activiste, n’en veut pas et préfère exploiter le mécontentement réel de la population face aux pénuries et à l’inflation énorme qui sont pourtant en grande partie le fruit du sabotage économique de la bourgeoisie traditionnelle encore bien en place dans la finance et l’économie du pays. L’élection d’une nouvelle assemblée constituante organisée par Maduro est une tentative de déplacer le terrain de la lutte pour éviter la guerre civile et maintenir les chances de “la révolution bolivarienne ” dont le souffle est affaibli à cause de la baisse considérable du prix du pétrole et donc des ressources qui sous Chavez avaient réellement commencé à être redistribuées mais aussi à cause du refus d’assumer jusqu’au bout l’affrontement avec la bourgeoisie qu’aurait signifié la mise en place, en s’appuyant sur la mobilisation des masses, d’un autre modèle productif que celui de la seule redistribution de la rente pétrolière. C’est sans doute ce que même le MST (mouvement des sans terre brésiliens ferme soutien du processus) appelle ” les inerties conservatrices du gouvernement bolivarien”. Aujourd’hui l’espoir soulevé par la “révolution bolivarienne” est en grand danger. L’important n’est pas de jouer à distance au pronostiqueur savant. Il est de comprendre l’ampleur des enjeux pour le pays et bien au delà, d’exprimer une ferme condamnation des menées de l’impérialisme et de la bourgeoisie locale. Il est d’exprimer une solidarité totale avec les travailleurs, les paysans, les masses populaires vénézuéliennes dont l’intervention politique et sociale indépendante et critique est sans conteste la clé d’une issue progressiste et démocratique à la crise dans le sens d’un approfondissement radical de la transformation sociale. Peu avant sa mort Hugo Chavez parla de la nécessité d’un ” coup de barre”. La situation n’est pas idéale pour le donner mais il n’y a jamais de situation idéale.

Résistons à la propagande de l’Empire U.S !
Gardons le cap de l’internationalisme prolétarien !

Gilbert Pago, Philippe Pierre-Charles, Marcel Sellaye.
GROUPE RÉVOLUTION SOCIALISTE (G.R.S)

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« Les raisons de l’impasse au Venezuela »

— par Frédérique Langue,directrice de recherche au CNRS

Alors que le Venezuela est secoué par une crise politique et humanitaire, la position du pays sur la scène internationale reste ambiguë analyse la directrice de recherche au CNRS Frédérique Langue, dans une tribune au « Monde ».

Les mobilisations et la grève générale lancées par l’opposition ont été marquées par une répression démesurée et des violences meurtrières. Après trois mois et demi d’affrontements entre les partisans du président vénézuélien Nicolas Maduro et ses opposants, on déplore plus d’une centaine de morts, des opposants assassinés, des étudiants jugés par des tribunaux militaires, des médias contraints à l’autocensure ou à la fermeture, des journalistes et même des magistrats arrêtés.

On pourrait gloser à l’infini sur les raisons de ce qui apparaît désormais comme une impasse, aussi bien au niveau national qu’à l’échelle internationale. Dégradation d’un pouvoir aux mains d’un leader dépourvu de charisme, téléguidé depuis Cuba, pénuries alimentaires et de médicaments, auxquelles s’ajoutent des divisions au sein du « chavisme », comme en témoigne la défection de la procureure Luisa Ortega.

Lire aussi : Au Venezuela, un deuxième jour de grève nationale pour maintenir la pression sur le président Maduro

Depuis la décision prise par la Cour suprême dans la nuit du 29 au 30 mars de s’octroyer les pouvoirs de l’Assemblée nationale élue fin 2015 – majoritairement antichaviste pour la première fois en dix-sept ans –, l’opposition appelle à l’organisation d’une élection présidentielle anticipée, avant la date prévue par le calendrier officiel en décembre 2018.

Cette crise politique survient dans un contexte d’effondrement économique lié à la chute des cours du pétrole et à l’inflation, à la fois héritage du régime précédent et garantie de sa politique sociale et de son système de prébendes, et résultat de la gestion calamiteuse du « successeur » de Chavez.
Etroite marge de manœuvre étroite

Les forces armées, arbitre en puissance d’un système politique caractérisé par des conspirations prétoriennes récurrentes – le cas de Chavez lui-même en 1992 puis de la tentative de coup d’Etat à son encontre en 2002 –, pratiquent l’attentisme, tout en régnant sur une partie de l’économie, voire de l’exécutif. Des communiqués viennent toutefois rompre ce silence, tel celui diffusé récemment sur les réseaux sociaux par le mouvement Anonymous Venezuela….

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