Du 24 janvier au 7 mars au Cabinet Médical Etang Z’Abricot FdF
Le temps n’a qu’une réalité, celle de l’instant.
Autrement dit, le temps est une réalité resserrée sur l’instant
et suspendue entre deux néants.
Gaston Bachelard, L’intuition de l’instant, 1932
— Par Marie Gauthier —
Sur le thème de la danse, l’artiste plasticienne Valérie H. Biegel présente des œuvres plus graphiques que picturales, des dessins délicats où se mêlent sur le même support encre, peinture, collages sur papier, le tout souvent marouflé sur toile. Son intention est de partager avec nous lumière et joie de vivre.
Les surfaces organisent des graffiti qui immédiatement font penser à des écritures. Notre regard s’attarde et reconnaît alors des silhouettes graciles, des corps humains en mouvement réduits à des signes, accompagnés parfois de points, de virgules, d’apostrophes, en un mot d’arabesques colorées, heureux repentirs sur des fonds clairs qui donnent un effet de lumière, de légèreté, au-dessus ou à l’intérieur du vide. Parfois des bribes de poèmes, des bleus doux, des rouges toniques, accompagnent ces mouvements dansants rythmés de noirs intenses.
Outre l’influence évidente des idéogrammes de la calligraphie orientale, l’artiste nous révèle aussi son goût pour le papier artisanal : papier aquarelle, papier de soie, papier coton, papier de riz, papier Jaipur ou Wenzhou. Utilisés comme fond unitaire ou fragmenté, ces papiers enrichissent, par juxtaposition et superposition, les partitions graphiques, colorées, et de matières, tour à tour opaques, légères, granuleuses, soyeuses, transparentes, selon une alternance du vide et du plein.
L’œuvre fait la part belle au temps de sa fabrication. Si intuition, hasard, spontanéité sont des maîtres mots de cette démarche artistique, comme les plongeurs des fonds sous-marins avant leur performance, l’artiste s’implique dans un rituel de préparation physique, mentale, émotionnelle, afin de faire jaillir par la justesse de son geste, la pure expression de la beauté qu’elle cherche. Selon le philosophe Gaston Bachelard et comme nous pouvons le voir chez Valérie H. Biegel, la beauté est un art de l’instant.
Sous la pulsion de sa musique intérieure, l’artiste nous fait percevoir à la fois la liberté et la maîtrise de sa pratique. Le pinceau chargé d’encre ou de couleur glisse, tourbillonne, s’apaise dans une parfaite souplesse du geste. Expression directe de ses émotions, ses chorégraphies libres rythment l’énergie des danses primitives, frénétiques ou extatiques, le corps, la respiration, le geste, en harmonie.
Valérie H. Biegel nous offre une ode à la danse, à la danse de la vie. Le souffle, le silence, le calme de l’esprit engendrent un geste souple, spontané, un mouvement dansé du pinceau qui imprime une trace sans retouches, où le corps et son empreinte s’harmonisent. Selon l’artiste, l’œuvre n’est pas une image, mais une expérience, une méditation sur la légèreté de l’être, une offrande à la beauté éphémère. Concept partagé par les artistes de l’Abstraction lyrique, tels Hartung, Degottex, Zao Wou Ki et plus près de nous Fabienne Verdier.
Le silence féconde l’audace
omme l’eau l’encre
Le rouge le vivant
Le bleu le ciel
Le vent la danse

Marie GAUTHIER
15 janvier 2026
ADAGP
L’exposition commence ce samedi après-midi 24 janvier 2026 15h-18h.
Portes ouvertes le samedi 21 février de 15h-18h.
Finissage le samedi 7 mars 2026 de 15h-18h.

