Journée de rencontre avec les femmes agricultrices du Morne-Rouge

Dimanche 29 mars 2026 | Providence, Morne-Rouge

Organisatrices : Association Culture Egalité et la DIPA (Société de Défense des intérêts des petits agriculteurs)

Public concerné : Femmes agricultrices, habitantes du territoire, membres, militantes, sympathisantes

Contexte et objectifs

Cette journée qui se veut festive et militante, est organisée par Culture Egalité et la DIPA. Elle s’adresse spécifiquement aux femmes agricultrices du Nord de la Martinique.

L’objectif est d’aller à leur rencontre, sur leur territoire, afin de mieux comprendre leurs conditions de vie et de travail, leurs réalités quotidiennes, ainsi que les difficultés qu’elles rencontrent. La démarche repose sur l’écoute, le respect et l’enrichissement mutuel.

Déroulé de la journée

La journée s’articule autour de plusieurs temps complémentaires :

Randonnée conviviale : moment de partage favorisant les échanges informels et la découverte du territoire.

Femmage : un temps spécifique sera consacré à la mémoire de Thérèse Page, femme agricultrice, en reconnaissance de son parcours et de sa contribution au territoire.

Temps d’échange collectifs : un déjeuner, des discussions ouvertes permettant aux femmes agricultrices d’exprimer leurs vécus, leurs besoins et leurs attentes.

Jeux et activités : outils de dialogue et de cohésion, pensés pour faciliter la parole et renforcer les liens.

Thématiques abordées

Les échanges permettront d’aborder des sujets qui concernent directement les femmes, notamment :

● conditions de travail agricole,

● charge mentale et physique,

● accès aux droits,

● reconnaissance du travail des femmes,

● solidarités et transmission.

Ces thématiques seront abordées à partir de l’expérience des participantes, sans format imposé.

Une démarche de proximité

Cette initiative s’inscrit dans une volonté d’action de terrain. Il ne s’agit pas d’un événement descendant, mais d’un espace de rencontre et de dialogue, construit avec et pour les femmes agricultrices, dans une logique de respect, d’écoute et de co-construction.

Femmage à Thérèse Page

Thérèse Page est une des jeunes agricultrices à l’initiative de l’occupation des terres de Providence, au Morne-Rouge.

Née le 19 avril 1956 de parents agriculteur et agricultrice, elle est l’aînée d’une fratrie de 9 frères et

soeurs.

À l’école primaire, c’est une élève brillante, surtout en calcul.

Dès l’âge de 12 ans, elle va récolter et vendre des légumes afin d’assurer une vie meilleure à ses frères et sœurs. Elle confectionne également des gâteaux sur un feu de bois!

Très impliquée en même temps par la lutte collective, elle milite dans les 3 syndicats agricoles de la Martinique – le CDJA, l’OPAM et la FDSEA.

Quand elle se lance dans l’occupation des terres de Providence, elle est la mère de 4 enfants, dont 2 jumeaux encore au

biberon. Elle les confie à sa sœur, elle-même déjà chargée de famille, et part au combat!

Cette femme courageuse, militante dynamique et travailleuse acharnée est malheureusement fauchée, le 13 mai 2004, par un cancer du sein.

Elle laisse à ses enfants, à ses camarades de combat, aux femmes de la Martinique et à toute la population martiniquaises l’exemple de son parcours très riche et très inspirant!

Providence

Au début des années 1980, dans plusieurs communes de la Martinique, un mouvement d’occupation des terres est initié par de jeunes agriculteurs-trices dont certain.es ont reçu une formation et souhaitent utiliser celle-ci pour promouvoir une agriculture maraîchère et vivrière qui produise pour les marchés de proximité, qui s’oppose aux monocultures d’exportation, à la dilapidation des terres pour la spéculation, et qui donne du travail aux jeunes tout en nourrissant la population martiniquaise, lui assurant ainsi l’autonomie alimentaire. C’est possible parce qu’il ya de nombreuses terres maintenues en friches dans le pays et qu’il existe une loi (loi du 2 août 1961) par laquelle le préfet peut autoriser « la mise en valeur agricole des terres incultes, laissées à l’abandon et des terres insuffisamment exploitées de la Guadeloupe, de la Martinique, de la Réunion et de la Guyane ».

L.:habitation Providence, du Morne Rouge, en particulier, répond à ces critères. Elle comporte environ 100 Ha, tous mécanisables et laissés en friches depuis plusieurs années par le propriétaire, Luc PINGRAY.

En juin 1983, deux jeunes du MorneRouge, suivis d’une douzaine d’autres, hommes et femmes, décident d’occuper ces terres pour les mettre en culture et de demander au Préfet l’application de la loi sur les friches.

S’ensuit une longue bataille des occupant.es au cours de laquelle leurs cultures sont saccagées, leur matériel détruit et leur bétail volé par les hommes de main du propriétaire. t..:un d’eux est gravement blessé par Pingray lui-même. Le préfet les accuse de troubler l’ordre public, les menace d’expulsion et refuse d’appliquer la loi tant qu’ils n’auront pas … désoccupé !

Enfin, Pingray meurt, et son fils accepte de négocier: une dizaine des ex-occupant. es forment un GIE (Groupement d’Intérêt Economique) qui peut bénéficier d’un bail à ferme à tacite reconduction sur 27ha de PROVIDENCE.

Une vingtaine d’années de lutte ont été nécessaires, pendant lesquelles elles et eux ont reçu l’aide d’un comité de soutien qui a réuni les mouvements anticolonialistes (syndicats, partis, personnalités … ) et a organisé des interventions auprès des pouvoirs publics, pétitions, koudmen, manifestations diverses (galas) …

Au bout de plus de 40 ans de luttes et de travail acharnés, les occupants du Morne Rouge ont construit une véritable exploitation agricole toujours mise en valeur de façon collective (au moins en partie) et dont les produits (le dachine) sont aussi reconnaissables que renommés.