« Je suis blanc et je vous merde », texte et m.e.s. de Sœuf Elbadawi

Jeudi 5 mars – 19h30|  Salle Frantz Fanon Tropiques-Atrium

Polar politique à Moroni !
A Moroni, Gaucel aux Comores, un blanc, se fait cueillir à la Rose Noire – une boîte de nuit – par les forces de l’ordre. On l’accuse d’être un espion à la botte de la France. Dans ce pays où les intrigues se tissent au rythme de la rumeur, les nuances de gris achèvent de tout emmêler, derrière les murs sombres du commissariat.
Ils sont six à y tutoyer l’improbable récit d’un coup d’Etat, au lever du jour. Six à rompre avec la routine du colonisé dans toute sa démesure. Mais qui peut dire qui est qui derrière ces figures transfigurées ? Blanc n’est jamais tout à fait blanc. Et la couleur n’est parfois qu’un leurre.

Lire aussi : Soeuf Elbadawi, musique et paroles en partage

Scénographie et costumes : Margot Clavières
Lumières : Matthieu Bassahon
Création son et régie : Maxime Imbert
Conception et construction décor : Benoit Laurent
Régie générale : Corentin Thomasset
Avec : Yaya Mbilé Bitang, Diariétou Keita, Fargass Assande, Dédé Duguet, Sœuf Elbadawi, Philippe Richard

Le texte, disponible aux. Éditions Passage(s), collection Quartiers intranquilles, est lauréat de l’Aide à la création de textes dramatiques-ARTCENA et lauréat ex aequo du prix international 2023-2024 du comité de lecture Quartier des Autrices et des Auteurs (QD2A), accueilli au Théâtre des Quartiers d’Ivry – CDN du Val de Marne.

Tarif E 25€ 20€ 8€
À partir de 14 ans

Soeuf Elbadawi : Un Pilier de la Culture Comorienne

Biographie et Engagement Culturel Soeuf Elbadawi, né en 1970 à Moroni, s’affirme comme une figure emblématique de la scène culturelle comorienne. Ancien journaliste ayant fait le saut vers le théâtre, il dirige aujourd’hui la compagnie de théâtre BillKiss* I O Mcezo* ainsi que le groupe musical comorien Mwezi WaQ. Auparavant, il a œuvré pendant plusieurs années au sein de Radio France Internationale à Paris.

Écriture et Thématiques Abordées Auteur reconnu tant en France qu’aux Comores, son œuvre s’attache à explorer la complexité des relations humaines, marquées par les fantasmes et les fictions collectives. Ses écrits interrogent la mémoire et les expériences politiques de ses concitoyens. Par ailleurs, il conçoit des installations pluridisciplinaires, mêlant image, son et spectacle vivant.

Parcours Professionnel

Retour au Théâtre Après une carrière journalistique s’étalant sur plusieurs années (Radio Comores, RFI, Africultures, Al-Watwan, Kashkazi), Soeuf Elbadawi choisit en 2005 de renouer avec sa passion de jeunesse : le théâtre. Initié par Michel Charles (la Rue Blanche, Paris) en 1990, il avait déjà dirigé la troupe Les Enfants du théâtre à l’Alliance franco-comorienne de Moroni. Son départ pour Paris en 1992 l’a éloigné de son pays, mais il ressent un besoin pressant de retrouver les planches, se considérant alors comme « partie prenante » d’une réalité longtemps occultée.

Création et Expérimentation Théâtrale S’installant à l’université des Comores, il est encouragé par l’écrivain Mohamed Toihiri à explorer ses aspirations théâtrales. En 2006, il fonde un laboratoire de recherche théâtrale (laboresvik), et en 2008, il établit sa compagnie, désormais connue sous le nom de BillKiss* I O Mcezo*. Depuis cette époque, il s’efforce de repousser les limites d’un théâtre engagé et populaire. Sa compagnie a acquis une notoriété aux Comores grâce à des productions telles que La Fanfare des fous, une pièce traitant de la dépossession, et par la promotion du concept de gungu la mcezo, un détournement d’une tradition de justice populaire, présenté sous la forme d’un théâtre de rue. Soeuf Elbadawi a bénéficié du soutien de la Fondation du Prince Claus aux Pays-Bas pour ses travaux.

Engagement Politique et Censure

Le premier gungu la mcezo, réalisé le 13 mars 2009, lui vaut une censure des autorités culturelles françaises aux Comores. Cet événement, organisé en collaboration avec des militants du mouvement maWatwaniya, vise à dénoncer l’occupation de Mayotte par la France, une situation condamnée par les Nations Unies à travers 22 résolutions, dont celle du 21 octobre 1976, soulignant la « violation de l’unité nationale, de l’intégrité territoriale et de la souveraineté de la République Indépendante des Comores ». Le succès croissant de ses initiatives a permis de raviver le débat sur le rôle des artistes dans son pays.

Art, Controverse et Mémoire

Soeuf Elbadawi, qui en 2007 avait été critiqué à Moroni pour ses écrits contre le repli communautaire (Moroni Blues/ Chap. II), est un artiste qui suscite des controverses dans l’archipel. Son installation Pays de lune présentée au Festival des Arts Contemporains aux Comores (FACC) en 2014 a permis d’interroger la mémoire collective et de mettre en lumière des « fragments d’histoire coloniale dissimulés sous le lit de nos ancêtres ». En tant que fondateur de la Muzdalifa House à Moroni (2009-2015), un espace de citoyenneté et d’expérimentation artistique, il œuvre également sur le concept de shungu, qui s’ancre dans la tradition comorienne et aborde les questions du vivre-ensemble.

Projets Artistiques et Culturels

Actif sur plusieurs fronts, Soeuf Elbadawi développe divers projets entre Paris et Moroni, ses deux points d’ancrage. Il dirige Mwezi WaQ., un groupe musical qui revisite la mémoire musicale de l’archipel, ayant récemment sorti son deuxième album, Le blues des sourds-muets, sous le label Buda. Parallèlement, il continue d’œuvrer dans le paysage médiatique comorien en fondant deux publications : Uropve, un support citoyen (2015), et Mwezi, une publication culturelle (2018), tout en animant le site internet Muzdalifa House depuis février 2013.