“Jaz” de Koffi Kwahulé, m.e.s. de Jandira Bauer

25, 26, 27, 28 janvier 2017 à 19h 30 au T.A.C.

L’histoire de A à « JAZ » 

 « Au théâtre, la fiction peut avoir, ou pas, un compromis avec la réalité .

Le vrai du théâtre est le monde des secrets.

Je ne pense pas qu’il soit possible de raconter l’histoire de Jaz avec précision et sincérité sans qu’il en ressorte un caractère politique et polémique »  J. Bauer

 La voix du personnage, JAZ, est entre parenthèses, et son existence se cogne dans l’espace où l’auteur la confine en 1998. Elle vit complètement marginalisée dans « la cité crasseuse ». Séduite par « l’homme au regard de Christ », elle se retrouve trahie, violée, traumatisée, lotus mortifère.

JAZ, personnage anonyme se meurt seule dans l’abandon. Les paroles du texte coulent dans l’espace , tout comme la musique soul purifie l’âme, le blues berce le corps, et l’improvisation dans le jazz favorise les performances.

La mémoire est sujette à une réécriture. Le conflit entre mémoire des victimes contre mémoire des oppresseurs, entre mémoire des minorités et mémoire de la nation, entraîne souvent une compétition, comme si une seule de ces mémoires avait la dimension de la vérité.

Alors l’axe de lecture de cette dramaturgie est de permettre l’émergence d’une mémoire ouverte sur l’avenir, qui accepte la multiplicité des mémoires, et construise un récit partagé, toujours ouvert à une réinterprétation.

Aux Etats Unis, des événements politiques, sociaux et artistiques importants ont contribué au développement du jazz, tels que la lutte contre la ségrégation raciale en Louisiane, dans les années 1890. Marginalisés, les musiciens professionnels de couleur ne furent plus autorisés à se produire en compagnie de musiciens blancs ; en revanche, ils trouvèrent facilement du travail parmi les fanfares et les orchestres noirs, qu’ils firent profiter de leur expérience de conservatoire. C’est ainsi que le Jazz est né.

Soul Train était une émission de variétés créée par l’animateur et producteur Don Cornelius en 1970. Tout d’abord diffusée sur une chaîne de télévision locale de Chicago, elle a rapidement eu un tel succès qu’elle a été diffusée sur une chaine nationale. Le show présentait des artistes Afro-Américains, chanteurs de Jazz, soul et rythm’n blues, qui se produisaient en direct sur le plateau entourés de nombreux danseurs et d’un public électrique. Soul Train a été le premier programme américain de variétés visant principalement le public noir. En 2005, Soul Train devient l’émission la plus ancienne diffusée en syndication aux États-Unis. Elle restera à l’antenne jusqu’en 2006.

On pourrait entendre battre Le cœur de l’écriture de Koffi Kwahulé, comme battait le cœur des artistes afro américains lors de chaque émission Soul Train en 1970 : les artistes, à chaque performance, menaient un véritable combat, un combat personnel certes, mais engagé pour la défense de la cause noire. Si les cris des artistes noirs opprimés ont secoué l’Amérique noire en leur donnant l’envie et la force de se lever et de franchir les murs de l’oppression, ils ont aussi secoué certains artistes de l’Amérique blanche en besoin de reconnaissance. Voilà la « bonne réussite » de ce combat. L’art s’est mis debout, la tête levée !

Un des aspects frappants dans l’écriture de JAZ, c’est l’immatérialisation du personnage. JAZ dans un rituel de mort (puisqu’elle s’apprête à donner fin à sa vie ?) cède son corps, sa voix, sa vérité et sa vie à Oridé, un autre personnage absent, ailleurs, mort. On parle donc du dédoublement d’un corps visible sur le plateau. De la transcendance métaphysique, d’une transe, d’une hantise. La parole est transportée, saccadée, réduite à des flashes d’une mémoire lointaine, de l’au-delà.

Le verbe se bat pour être incarné !

Dans la plupart des sociétés africaines, on valorise le mort. Alors qu’on a été absent lors de sa maladie, les funérailles constituent l’occasion pour la famille éprouvée de préparer un voyage digne dans l’autre monde à leur fils ou fille.

Les funérailles constituent des lieux privilégiés de réjouissance où les nantis cherchent à impressionner dans l’espace du deuil, en montrant de façon ostensible leur richesse. C’est également le lieu des séductions de tout genre. Or, en Afrique, les funérailles sont des cérémonies publiques où tout le monde est invité. Chez Koffi Kwahulé les personnages meurent seuls et dans un dénuement total.

« IL N’Y A PAS DE THEATRE SANS POLITIQUE » A. Mnouchkine

Le théâtre de protestation permit aux auteurs dramatiques

et, moins souvent comiques,

de condamner, à leur façon, le système d’oppression.

Souvent la mémoire des groupes marginalisés s’est transmise oralement et par gestes, inscrivant dans le vécu la trace du passé. La mémoire orale et gestuelle est dépositaire d’histoires, et le rôle des femmes dans sa transmission est primordial.

POURQUOI JOUER «JAZ»

Chaque projet est en rapport avec des questionnements sur le fonctionnement de la société, de toute société.

La Compagnie ACTIV’ART2 propose une création inédite qui trouve sa source dans le creuset de créativité que nous propose la Martinique.

Le choix de la pièce :

Découvrir et redécouvrir des textes dramaturgiques contemporains écrits pour le théâtre, avec une dimension dramatique universelle, tels que «JAZ». Ces œuvres permettent d’aborder le VECU sans frilosité, et sans la facilité d’éluder toute considération politique en proposant une dimension narcissique complaisante.

Proposer au public martiniquais une réflexion sur le théâtre contemporain, et sur l’ouverture qu’il nous propose, au-delà des limites insulaires.

AVEC QUI JOUER «JAZ »

La vocation de la Compagnie ACTIV’ART2 est de promouvoir le vivier artistique théâtral de la Martinique. Dans cette création, il sera fait appel à Jeanne Baudry, comédienne professionnelle et jeune talent martiniquais.

LA MISE EN SCENE

Nous nous débattons, nous trébuchons à travers le chaos de notre conscience, nous luttons pour atteindre une lucidité, même si ele est réduite et passagère. C’est cette lutte qui donne valeur et exaltation à celui qui la poursuit et qui donne quelque sens à l’existence.” J. BAUER

Le but primordial de cette mise en scène est de rendre hommage

aux Jazz Women, Divas ou méconnues.

L’histoire du jazz au féminin est celle d’un long parcours d’obstacles, de pauvreté, de violences et de viols… histoires déchirantes mais étouffées par l’essentielle fierté de continuer à vivre : être débout sans plier, chanter et danser au swing séduisant, chaloupé, déhanché, velouté ou écorché, sophistiqué ou sobre, sensuellement dénudé du Jazz. Ainsi Jazzaient elles… ces musiciennes, ces chanteuses , qu’on écoute encore et encore maintenant. Honneur à ces femmes ! issues de cités crasseuses et qui nous ont laissé un monde enjazzé: Abbey Lincon, Bailley Mildred, Bessie Smith, Billie Holiday, Dinah Washinton, Ella Fittzgerald, Etta Jones, Josephine Baker, Nina Simone …

L’intérêt de la mise en scène réside principalement dans la performance du travail des comédiens.

Le parti pris du travail de création repose sur : la notion de théâtre dans le théâtre, la notion de personne et personnage, l’importance de la transitivité des rôles, le pôle réel et le pôle imaginaire, la dimension chamanique du jeu dans le dédoublement du corps visibles.

L’importance de proposer ce jeu de travestissement à des comédiens comme exercice pédagogique de la représentation : le théâtre au service du défi initiatique, à la fois formateur et audacieux.

La question pertinente dans la façon d’aborder le jeu est : Comment apprendre à jouer à « jouer le jeu » ?

La comédienne doit assurer une tension dans le jeu, de manière à impliquer les spectateurs en tant que témoins privilégiés des faits. Nul ne doit ainsi échapper à tous les bouleversements qui font le spectacle.

Ce que j’appelle : la dimension chamanique sur le plateau, sous les yeux du public.

 

SPECTACLE « JAZ »

Compagnie ACTIV’ART 2
Metteure en scène : Jandira DE JESUS BAUER

Comédienne : Jann BEAUDRY
Avec la participation de : Giovanny GERMANY
Voix OFF : Michel DURAL
Scénographie et costumes : Jandira BAUER
Création Lumière : TORRIEP
Maquettiste : Jonathan CAPALLERE
Webmaster : Yannick BAUER
Chorégraphie : Micheline ARDES
Collaboration culturelle : Anne GRANDHOMME, Maryvonne BRISSON

Durée du spectacle : 1h20