Israël Galvan : quand un danseur croit être un penseur

Par Raphaël de Gubernatis

–Si le sujet déclaré de l’ouvrage est profondément tragique, le résultat, lui, n’en est que plus affligeant. Que peut-on bien dire du spectacle intitulé “Le Réel / Lo Real / The Real”, conçu par le danseur de flamenco Israël Galvan et ses compagnons pour tenter d’évoquer l’effroyable génocide perpétré par les nazis sur les tziganes, sinon que c’est un accablant navet ?

Les niaiseries d’un apprenti

De toute évidence, ni ce pauvre Galvan, sans doute sincère dans sa naïveté, ni ses camarades ne possèdent les moyens nécessaires pour porter un sujet aussi lourd à la scène. Alors même que le thème évoqué est carrément illisible, à l’exception de quelques allusions transmises par des images filmées, l’auteur accumule dans son ouvrage toutes les niaiseries d’un apprenti qui se veut à tout prix novateur et téméraire et qui, pour ce faire, croit devoir passer par mille singeries obligées apparaissant sans doute à ses yeux comme des preuves de modernité.

Un “zapateado” sur une plaque en tôle

Il ne suffit pas de se rouler comme un possédé sur une plaque de tôle perforée après l’avoir traînée sur le sol, de passer la tête par l’ouverture qui y est pratiquée, puis d’y essayer un “zapateado” effréné, pour moderniser le flamenco ou lui conférer quelque éloquence. Il ne suffit pas de tirer comme un malade sur ses bretelles pour donner un sens à sa danse. Et moins encore de sauter sur un meuble improbable dont on a fait résonner les tiges de métal qu’il soutient, pour dégager de la chose quelque image propre à évoquer la tragédie.

Bêtise

Le déplorable Israël Galvan fait songer à ces candides créatures qui, pour avoir collé ensemble deux morceaux de carton et trois bouts de bois, s’autoproclament artistes et s’imaginent rebelles et révolutionnaires. Il donne la fâcheuse impression d’avoir glané ses “idées” de mise-en-scène dans des “happenings” de plasticiens de troisième rang ou dans des spectacles de danse contemporaine, de ceux qu’on en voit en Espagne où les productions en ce domaine peuvent être encore plus stupides, plus immatures que ce que l’on fait de mauvais en France.

Tout cela est d’une bêtise crasse, d’une candeur de néophyte qui se croit devenu un créateur engagé parce qu’il ne sait plus remuer un orteil sans imaginer en faire un concept, un naïf qui du coup se campe en audacieux, en penseur, face à un public assez niais pour le contempler avec sérieux.

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