Honoré, l’humanité par le dessin

— Par Caroline Constant —

la_mort_apres_la_retraitePetite anthologie du dessin politique, d’Honoré. Éditions de la Martinière, 25 euros. Hélène Honoré Hélène Honoré, avec les éditions de la Martinière, sort une anthologie politique de l’œuvre de son père, assassiné le 7 janvier 2015 à Charlie Hebdo. Une œuvre puissante et originale.

Il avait un trait reconnaissable entre tous, en noir et blanc, nimbé d’élégance et de férocité. Il avait aussi une signature très originale, les six lettres de son prénom, Honoré, réunies dans un petit carré. Philippe Honoré est mort assassiné, le 7 janvier 2015, à Charlie Hebdo avec les journalistes et dessinateurs qu’il côtoyait depuis la recréation du journal, en 1992. Les éditions de la Martinière ont sorti hier un très bel ouvrage, une Petite anthologie du dessin politique, préfacé par François Morel. Et surtout par sa fille, Hélène Honoré, qui affirmait dans nos colonnes, une semaine après le drame, sa volonté de « faire connaître son travail, pour que les gens s’en emparent avec leurs yeux ».

Quel bonheur de parcourir, de 1995 à 2015, tous les dessins de cet artiste. Dans sa précision du détail. Dans sa capacité à utiliser l’histoire de l’art : comme ce premier dessin qui reprend le célèbre tableau de Gauguin Parau Api, à l’annonce de la reprise des essais nucléaires : les deux protagonistes ont des têtes de mort. Idem sur l’Angélus, de Millet, pour décrire les lieux de stockage, laissés inconnus, des farines animales, en 2000. Ou la Liberté guidant le peuple, de Delacroix, Marianne recouverte d’un tchador intégral, quand le ministère turc a interdit Delacroix. Sa grande érudition était combinée à un vrai amour de la langue et une véritable acuité politique. Pour défendre les plus faibles, toujours. La révolte de cet homme si doux, d’après tous ses amis, passait par le dessin : quand Bush décide d’injecter 700 milliards pour sauver les banques, il le représente, par exemple, les mains jointes avec en légende : « Merci, Seigneur, de nous permettre de renflouer les banques avec les impôts de ceux qu’elles ont ruinés. » Sa fille Hélène Honoré l’écrit : « S’il lui arrivait de dessiner ceux qui étaient attaqués ou humiliés, c’était pour leur redonner la parole et qu’ils aient l’occasion de répondre à leurs oppresseurs. Le mépris pour le peuple, la haine des pauvres, c’est ce qu’il détestait le plus. » C’est ce qui ressort de chacun de ces dessins, pétris d’humanité, dont aucun n’a pris une ride.

« L’humour au service de son indignation. Le dessin pour révéler l’injustice. »

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