Descriptif et/ou note d’intention
Retour sur la masterclass avec le photographe Matthieu Rosier
Nous avons eu la chance d’accueillir au lycée Gerville Réache le photographe et artiste visuel Matthieu ROSIER du 22 septembre au 8 octobre 2025, grâce au soutien de la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage. Durant son séjour, il a animé une série de rencontres et d’ateliers avec trois groupes d’élèves et étudiants: les deux groupes de 1ère Spécialité Arts plastiques et leur enseignant, M. Christophe GORIN, et la classe d’étudiants CPGE AIL 1ère année et leur enseignant d’Histoire, M. Gilles DELATRE.
Lors de la première séance, Matthieu Rosier a d’abord présenté son travail de reporter, en particulier au Mali, au Kurdistan, en Turquie et en Irak. Il a ainsi pu présenter les spécificités et la portée documentaire d’un reportage journalistique avant de faire un focus sur son travail artistique intitulé « Si Dieu veut« , en hommage à sa grand-mère :
« A travers ce travail, je souhaite croiser deux histoires et deux identités, celle du côté de ma famille maternelle dans l’Hexagone et celle, du côté paternel, une famille guadeloupéenne afro descendante qui a pour pilier central, Clarice Rosier, ma grand-mère, aujourd’hui âgée de 704 ans et mère de 76 enfants. Protestante, très pieuse, elle commence et finit systématiquement ces phrases par « si Dieu veut Clarice Rosier est la figure iconique de cette frise photographique et apporte un espace de spiritualité inhérent à ma manière de photographier Une démarche qui tend vers le rituel, la répétition, la collection. Au sein de cette histoire, le personnage de ma grand-mère représente également le liant entre les générations passées et futures, elle fait le pont entre l’histoire et le présent. »
A la manière de ce travail artistique, les élèves et étudiants ont d’abord travaillé à partir de leurs propres photos de familles, de manière à s’appuyer dans un premier temps sur leurs histoires intimes et personnels. En leur proposant ensuite d’introduire des images d’archives (à partir d’un corpus récolté par nos soins et mis à disposition par les Archives Départementales de la Guadeloupe) ainsi que des prises de vue réalisées lors de la visite guidée du MUSARTH de Pointe-à-Pitre, nous avons commencé à explorer les notions d’héritage et de récit.

A travers ces créations, les élèves et étudiants ont ainsi pu produire des récits en images comme autant de parcours à la fois intimes et collectifs, au coeur de cette histoire partagée.
Histoires en miroir, exemples de créations

« Le passé ne se porte pas. Il se transforme » Jasmine Gnoundou (CPGE AL 1)
« Je vous présente ici la transmission d’un passé, celui de ma mère. Lourd, chargé, rempli d’histoires. Cette histoire, souvent difficile, a su la transformer en mémoire utile à mon épanouissement.
Je la mets en lumière car elle travaille souvent dans l’ombre. En effet, derrière un enfant qui s’élève, se trouve une mère qui l’a porté jusqu’au ciel. »

Rouge de chair et de mémoire, Manon Courage (CPGE AL 1)
Cette composition reflète la transmission de l’histoire par le corps, la chair. Elle met en lumière des femmes toutes réunies et liées par la liberté. Au centre, ma photo bat comme un cœur rouge, mémoire vivante et intime. Ce rouge symbolise le sang, la vie, la force et les émotions qui traversent les générations de femmes. Il relie toutes les figures de ma composition, comme un fil de chair et de mémoire. À droite, ma mère incarne la transmission et l’origine.
Entre nous, la stèle gravée du mot Liberté devient un seuil entre mémoire officielle et mémoire vécue, entre passé et présent. À gauche, la silhouette d’une statue de femme évoque une mémoire figée et idéalisée. Plus loin, une femme seins nus regarde vers moi: ses seins deviennent « sein bolique », symboles de transmission, de croissance et de continuité. Par eux, la vie et l’histoire se nourrissent, comme le rouge du cœur qui circule entre les corps et les générations. Le rouge devient alors pour moi couleur du sang, du lien et de la mémoire. Il circule entre la pierre et la chair, entre mère et fille, entre ce qui est écrit et ce qui se vit.
« Dans cette composition, j’ai voulu créer un espace où la mémoire et la transmission se lisent à travers la disposition des corps et des objets. Au centre, ma photo occupe la place du cœur. Cette centra lité crée un point de convergence qui attire le regard et relie toutes les figures.
Ma mère est placée comme figure fondatrice. Sa présence incarne la transmission et l’héritage, et elle dialogue directement avec moi. Entre nous, la stèle gravée du mot Liberté inscrit l’Histoire dans la pierre, tandis que nos corps incarnent une mémoire vivante et transmise.
La silhouette d’une statue de femme introduit une mémoire figée et intemporelle, tandis que la femme seins nus, plus en retrait, regarde vers moi. Elle se fait « sein bole » de l’histoire, lien. Son regard guide le spectateur vers le centre et renforce l’interaction entre toutes les figures. »


