Tous les jours à 14h, 16h30, 19h et 21h30 | Madiana | Dimanche & Mercredi séance supplémentaire à 11h15
De Abd Al Malik | Par Etienne Comar
Avec Makita Samba, Romain Duris, Ana Girardot | 14 janvier 2026 en salle | 1h 48min | Biopic, Drame, Historique, Judiciaire
Séances (14)
Un film puissant.
Une histoire vraie.
Un combat qui résonne encore aujourd’hui.
La projectionen, avant première, le 11/12/25, du film a été suivie d’un échange avec le public en présence du réalisateur
L’affaire de l’esclave Furcy
Mohammed Aïssaoui
EAN : 9782070128679
208 pages
Gallimard (18/03/2010)
À propos du livre L’Affaire de l’esclave Furcy de Mohammed Aïssaoui
En publiant L’Affaire de l’esclave Furcy, Mohammed Aïssaoui exhume un épisode majeur mais longtemps méconnu de l’histoire de l’esclavage français. Tout part d’un événement contemporain : le 16 mars 2005, à l’hôtel Drouot, sont mises aux enchères les archives complètes d’un procès exceptionnel – une centaine de documents manuscrits, comptes rendus d’audience et plaidoiries, retraçant la plus longue procédure intentée par un esclave contre son maître, plus de trente ans avant l’abolition de 1848. Pour l’auteur, journaliste au Figaro littéraire, la découverte de ces archives agit comme une révélation et fait naître un désir impérieux : retrouver la trace de cet homme nommé Furcy, le comprendre et le faire revivre.
Un combat judiciaire sans précédent
Au cœur du livre se trouve l’histoire authentique de Furcy, esclave âgé de trente et un ans, qui, en octobre 1817, dans l’île de Bourbon (aujourd’hui la Réunion), prend une décision inimaginable pour l’époque : se présenter volontairement au tribunal de Saint-Denis pour exiger la reconnaissance de sa liberté. Il affirme être un affranchi de naissance. Son maître refuse, les autorités locales l’ignorent ou le combattent, et commence alors une bataille juridique de vingt-sept ans.
Rejetée par les tribunaux de l’île, l’affaire parvient jusqu’à Paris, devant la Cour de cassation, qui finit par lui donner raison le 23 décembre 1843, cinq ans avant le décret d’abolition rédigé par Victor Schoelcher. Ainsi, Furcy est rétabli dans ses droits d’homme libre après une lutte acharnée qui défie l’ordre esclavagiste.
Un récit d’enquête, d’émotion et de mémoire
Aïssaoui mène une enquête de quatre ans, entre la Réunion et la France, pour reconstituer le parcours fragmentaire de Furcy. Car malgré le volumineux dossier judiciaire, très peu d’éléments personnels subsistent : Furcy n’a laissé presque aucune trace de lui-même. L’auteur comble alors ces silences en adoptant une écriture sensible et habitée, revendiquant l’émotion comme moteur de son récit. Il s’imagine son personnage, interroge ce qui pousse un homme à refuser sa condition, et tente de comprendre l’élan intérieur qui mène un esclave à revendiquer sa liberté contre l’ordre établi.
Cette dimension intime s’accompagne d’un important travail historique. Les archives insérées entre les chapitres – extraits de Bernardin de Saint-Pierre, cartes anciennes, rapports officiels sur les suicides d’esclaves, annonces publiées dans la presse de l’île – rappellent que l’histoire de l’esclavage n’est pas une histoire sans traces. Elles incarnent de manière brute et directe la violence du système esclavagiste.
Le portrait d’une société esclavagiste
À travers le destin de Furcy, Aïssaoui dresse un tableau vivant et nuancé de l’île Bourbon au début du XIXᵉ siècle, une société où la Déclaration des droits de l’homme commence à fissurer les certitudes des planteurs, sans toutefois entamer leur détermination à protéger leurs privilèges. Le livre montre l’avidité, les stratégies et parfois la cruauté des colons face à la montée de l’abolitionnisme, mais aussi le courage, la ténacité et la soif de justice des esclaves.
Une figure essentielle émerge : celle de Madeleine, la mère de Furcy, femme d’origine indienne qui passa sa vie à collecter patiemment les documents nécessaires pour prouver que son fils était libre de naissance. Son obstination constitue le socle de tout le procès et révèle le rôle capital des résistances individuelles au sein du système esclavagiste.
Une œuvre engagée et nécessaire
Au-delà du récit historique, le livre d’Aïssaoui s’inscrit dans une démarche mémorielle forte. Il redonne vie à un homme effacé par l’histoire coloniale et contribue à la reconnaissance d’un passé longtemps occulté. À l’heure où se multiplient les appels à un enseignement plus complet de l’histoire de l’esclavage et à la dénonciation de ses prolongements contemporains, ce récit apparaît comme un acte de justice symbolique.
Aïssaoui conclut, en écho à l’expérience de Furcy :
« Les hommes ne naissent pas libres. Ils le deviennent. »
Une phrase qui résume la portée universelle de ce combat singulier, devenu emblématique de la lutte pour la dignité et la liberté.
Mohammed Aïssaoui est un écrivain et journaliste français né à Alger en 1964. Il est actuellement journaliste au Figaro littéraire. Depuis mai 2023, il est membre du jury du Prix Renaudot.
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- L’Affaire de l’esclave Furcy a été adaptée au théâtre et mise en scène par Hassane Kouyaté et Patrick Le Mauff, en coproduction avec Le Tarmac – La Scène internationale francophone, à Paris, où elle a été jouée du 20 novembre au 15 décembre 2012, avant de l’être en 2013 à La Réunion, puis à Chambéry dans le cadre du Festival du premier roman. Voir + =>
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Abd al Malik, né Régis Fayette-Mikano en 1975 à Paris, est un rappeur, écrivain, metteur en scène et réalisateur français. Il grandit entre Brazzaville et Strasbourg, dans un environnement difficile, marqué par la délinquance avant qu’il ne se tourne vers la lecture, les études et la création artistique. Converti à l’islam puis engagé dans le soufisme, il puise largement dans cette spiritualité pour nourrir son œuvre, centrée sur la paix, la tolérance et le vivre-ensemble.
En 1988, il fonde avec son frère et son cousin le groupe New African Poets (N.A.P.). Il se lance en solo en 2004 avec Le Face à face des cœurs, suivi de Gibraltar en 2006, succès critique et commercial. Il multiplie ensuite les projets : albums (Dante, Scarifications), collaborations artistiques, et création du collectif Béni-Snassen contre l’illettrisme.
Abd al Malik diversifie ensuite son travail : publication du récit autobiographique Qu’Allah bénisse la France, qu’il adapte au cinéma en 2014, mise en scène de Les Justes de Camus en 2019, création de formats innovants comme la mini-série Cités sur TikTok (2021) ou la série 9.3 BB en 2024. Marié à la chanteuse Wallen depuis 1999, il est père de quatre enfants.
Son style mêle rap, slam et jazz, porté par des textes engagés et littéraires. Très apprécié par une partie de la critique, il est parfois jugé trop consensuel. Sur le plan public, il s’engage notamment pour des causes sociales et environnementales, et prend régulièrement position dans le débat public.
Edouard Glissant : « Les mémoires des esclaves ne cherchent pas à raviver les revendications ou les réclamations avant toutes choses. Dans le monde total qui nous est aujourd’hui donné ou imposé, la poétique du partage, de la différence consentie, de la solidarité des devenirs naturels et culturels, qui décide d’une communauté de politiques appropriées à mettre en oeuvre, (de manière singulière mais concordante), dans les diverses situations du monde, nous incline vers un rassemblement, des mémoires, une convergence des générosité, une impétuosité de la connaissance, dont nous avons tous besoin, individus et communautés, d’où que nous soyons.
Conjoindre les mémoires, les libérer les unes par les autres, c’est ouvrir les chemins de la relation mondiale. »
