Fenêtre sur Haïti

Vendredi 13 janvier – 19h30 / Tropiques-Atrium

1ère partie : danse contemporaine

TICHÈLBÈ

Depuis les années 90, la danse contemporaine s’est durablement inscrite dans le paysage culturel en Afrique au point de constituer un véritable patrimoine artistique. La transmission d’oeuvres de ce répertoire par une nouvelle génération de danseurs est au coeur de ce programme dont les pièces ont en commun d’avoir marqué leur époque et reçu le Prix Découverte RFI des Rencontres chorégraphiques de l’Afrique et de l’Océan indien, biennale itinérante consacrée à la création du continent.

Tichèlbè

Une femme cherche un équilibre entre ses deux personnalités. Un homme arrive d’un pas décidé: que veut-il, se laissera-t-il happer? Entre les protagonistes commence alors un jeu incessant de rapprochements parfois surréels.

Kettly Noël

Danseuse, chorégraphe et actrice née en Haïti installée à Bamako, elle dirige aujourd’hui le Festival Dense Bamako Danse et le centre culturel Donko Seko, un espace de formation, de création chorégraphique et de développement de la danse contemporaine comme outil de socialisation au Mali.

Distribution

Chorégraphie, scénographie, costumes Kettly Noël
Musique Louise et Patrick Marty
Lumière Samuel Dosière
Avec Ibrahima Camara, Oumaïma Manaï
Production
Production Donko Seko
Coproduction Festival du théâtre des réalités
Avec le soutien de l’Institut français de Paris et de la Fondation BNP Paribas pour la 71e édition du Festival d’Avignon
En partenariat avec France Médias Monde

 

 

2ème partie : musique

AMOS COULANGES ET JAMES GERMAIN : FLORILÈGE DE LA MUSIQUE HAÏTIENNE DES ANNÉES 50 – 60

Amos Coulanges :

Septième d’une fratrie de dix enfants, né en 1954, à Port-au-Prince, Amos Coulanges grandit dans une famille protestante, dans une ambiance de musique et de chants. Il baigne très tôt dans un croisement d’influences, où le classique et la polyphonie baroque des oratorios (la mère du futur artiste chante dans des chœurs de femmes…) le dispute aux rythmes et les thèmes populaires de la rue. Il tient sa première guitare à l’âge de dix ans, travaillant en autodidacte sur de vieilles méthodes de Carulli, Sor et Tarrega. Très vite, il se plongera dans les musiques populaires du patrimoine caraïbe, si riche d’influences africaines, indiennes, créoles, européennes…, et donnera ses premiers concerts en Haïti, concerts qu’il articulera en ajoutant des thèmes de sa composition au répertoire traditionnel de la guitare classique (Aguado, Sor, Villa-Lobos…)

En 1975, sur invitation de Jean-Pierre Jumez, le guitariste de vingt ans participe au tout nouveau Festival Mondial de la Guitare de la Martinique. Il y côtoie des guitaristes d’origines diverses : des artistes camerounais, porto-ricains, etc., et notamment le cubain Leo Brouwer et le vénézuélien Alirio Diaz, qui le reconnaîtront comme leur égal. Après ce passage à Fort-de-France, Amos n’aura de cesse que d’apprendre et de progresser dans la voie qu’il a choisie (la voie qui l’a élu serait tout aussi juste.)

Envolé pour le Canada pour y poursuivre… des études de génie mathématique, il se présente finalement au concours d’entrée au Département de musique de l’Université d’Otawa et intègre la classe de Guitare du Maître Edward Rüsnack. Il s’y confronte à l’harmonie, au contrepoint, à la fugue avec l’américain Edward Philips. Citons Amos Coulanges lui-même : « Ce cours de composition m’a ouvert les yeux sur ce qu’on pouvait faire avec la souplesse et les possibilités de l’écriture classique » . Accessoirement, le voici titulaire d’un Bachelor of Art.

Après un bref retour en Haïti, encouragé par des aînés prestigieux comme Alberto Ponce ou Robert J. Vidal, il se convainc qu’il doit aller parfaire sa formation en Europe. Il fréquentera ainsi l’Académie Chigiana à Sienne avec Oscar Ghiglia, l’École Normale de Musique de Paris, puis obtient une Médaille d’Or dans la classe de Javier Quevedo, au Conservatoire de Saint-Germain-en-Laye. Au delà d’une technique guitaristique très sûre, il finira ainsi de se forger une vaste et solide culture musicale en présentant un mémoire de maîtrise de musicologie à la Sorbonne (« La forme sonate pour guitare chez Sor, Giuliani, Ponce etc. »). Toujours en mouvement, il médite sur la foulée une thèse d’ethnomusicologie sur les musiques haïtienne…

Amos Coulanges se fixe en France où il vit désormais. Il a enseigné au Lycée Fénelon Sainte-Marie et enseigne aujourd’hui au Collège Saint Honoré d’Éylau et Saint Jean de Passy à Paris. Il monte des ensembles vocaux haïtiens : il fonde le groupe Shoublak en 1989, Karikanzo en 1995[1]au Collège Fènelon à Paris. Parallèlement, il poursuit une belle carrière de concertiste international, aussi apprécié à La Havane ou à la Jamaïque qu’aux États-Unis ou au Canada.

Il forme aujourd’hui un duo avec Kécita Clénard au nom de Métiskacao, où ils entament des musiques qui sont montées comme une suite articulée autour des héritages culturels caraïbes, européens et africains pour chant et guitare.

James Germain, « L’amour du chant, cet enfant de Saint-Antoine, un quartier populaire de Port-au-Prince, l’a toujours eu. Benjamin chéri d’une famille de six enfants, où il était d’usage de se réunir tous les soirs autour des parents, qui racontaient des histoires, James Germain se montrait toujours plus sensible à la partie chantée qui, pour lui, constituait des moments privilégiés. 

Albinos de naissance, c’est à l’école, où cet handicap lui valut quelques moqueries (« au moins, on ne me dit pas sale nègre ») ou cajoleries, qu’il s’est essayé au chant public. A dix ans, il chantait à la chorale de l’église avec sa soeur, jusqu’à sa rencontre avec un mécène qui l’a aidé à prendre des cours. James Germain commence donc très tôt sa formation classique à l’Académie Promusica de Port-au-Prince, sous la houlette d’Angel Mendez, qui l’introduit à l’Opéra baroque où il débute comme soliste vocal dans l’ensemble de Sainte-Trinité et guide ses premiers pas à la rencontre de Monteverdi. 

Mais sa passion, les chants vaudou, entendus plus ou moins secrètement durant son enfance, il la redécouvre avec une grande dame de la musique haïtienne, Lina Mathon Blanchet. Remarqué, il obtient en 1989, à l’âge de vingt-deux ans, une bourse de la Coopération française pour un stage en France. Il retourne à Paris en 1990 pour y étudier, pendant près de quatre ans, le chant jazz et classique, successivement au Conservatoire Claude Debussy, au Conservatoire du XVIIe et à l’Ecole de Jazz du Centre d’Initiation Musicale, encouragé par la Haitienne Mimi Barthélemy et les Zaïrois Ray Lema et Rido Bayonne. 

La mémoire créole est présente aussi dans ses chants contemporains, inspirés par la tradition, sur des musiques arrangées par Marco Quesada. » 

texte de Bandiougou DIABATE, maliweb.net

Guitare : Amos Coulanges
Chant : James Germain
Contrebasse : Alex Bernard
Percussions : Daniel Dantin
Saxophone : Jean-Philippe Meyniac
Chœurs : Claudine Pennont, Raymonia Moco