— Tribune Du C.N.C.P. —
C’est entre 1950 et 1954 que le Maccartisme s’est abattu sur les USA. Il sagissait d’une guerre totale menée contre les communistes états-uniens, leurs sympathisants et tous ceux qui ne se soumettaient pas à la pensée unique capitaliste. Le fascisme décomplexé de Donald Trump en est la stricte continuité.
Au lendemain de la deuxième Guerre Mondiale, gagnés par une peur panique que le modèle soviétique n’inspire leurs propres Peuples, les dirigeants occidentaux ont mené une offensive de grande ampleur pour désinformer massivement ceux-ci et pour réprimer cruellement tous leurs opposants. Dès 1946, le Président Harry Truman avait instauré une commission chargée d’enquêter sur la «loyauté» des fonctionnaires fédéraux. Une institution créée par la Chambre des Représentants en 1938, afin de poursuivre les personnes accusées «d’activités anti-américaine»*1, a été réactivée pour exclure du monde du cinéma tous ceux soupçonnés d’être membre ou sypathisants du Parti Communiste. Ceux qui, au nom du V° amendement de la Constitution états-unienne, refusaient de déclarer leurs convictions étaient envoyés en Prison. En 1947, des «listes noires» ont été établies par Hollywood pour interdire d’embaucher des communistes ou des personnes soupçonnées de l’être.*2
Le 9 février 1950, le sénateur Joseph McCarthy déclare qu’il possède une liste de plus de deux cents personnes du «Département d’Etat» qui seraient des agents infiltrés du communisme. Au moyen d’une intense campagne de désinformation, il déclenche une véritable paranoïa dans l’opinion publique. En 1952, nommé Président d’un sous-comité sénatorial permanent d’enquête, il lance sa «chasse aux sorcières». Pendant deux ans (1953-1954), plusieurs millions d’Américains sont soumis à des enquêtes judiciaires et policières. La terreur maccartiste atteindra son paroxysme avec l’exécution des époux Rosemberg, le 19 Juin 1953. Ils avaient été accusés d’avoir livré des secrets nucléaires à l’URSS.
Finalement Mc Carthy tombe en disgrâce pour avoir refusé de comparaître devant une sous-commission sur les privilèges et les élections et pour avoir publiquement diffamé un Général de l’armée américaine. Après avoir reçu un blâme du Sénat, le 2 décembre 1954, il sombre dans l’alcoolisme et meurt, isolé, en 1957.
Pour autant, la disparition de McCarthy n’a jamais empêché à la hargne viscérale contre le communisme de se perpétuer aux USA. Celle-ci est, en effet, ancrée dans l’obsession des grands capitalistes de maintenir l’oppression des Peuples par tous les moyens, afin que perdure leur système d’exploitation. D’ailleurs, cette politique, exacerbée par Mac Carthy aux USA, a prévalu dans tous les pays capitalistes et alliés.

Illustration de l’article de Fredrik deBoer «1953—2002—2016: Syria and the Reemergence of McCarthyism» paru dans «Current affairs» (2 novembre 2016).
En France, c’est la puissance du PCF, qui avait été un moteur de la Résistance contre le Nazisme ainsi que la force et le niveau idéologique de syndicats, comme la CGT, qui ont permis que le «maccartisme» ait pu être contrecarré. Ceci dit, il y a quand même eu répression des communistes. Ceux qui faisaient partie du Centre National de la Cinématographie (CNC) ont été révoqués à l’initiative du ministre de l’Intérieur Raymond Marcellin. Les militants opposés à la guerre d’Indochine ont été persécutés. Des militants de la CGT ont été licenciés par milliers et des dirigeants emprisonnés, pour s’être mobilisés en faveur de causes internationalistes. Toutefois, les mobilisations populaires ont pu empêcher au «maccarthisme à la française» d’atteindre la même ampleur qu’aux USA. Sauf dans dans les colonies françaises où il a pu se donner libre cours : L’ordonnance du 15 octobre 1960 prise par le Premier ministre de l’époque, Michel Debré (!) autorisait, par exemple, les Pouvoirs Publics à procéder à l’exil forcé en France de tout fonctionnaire accusé de «troubler l’ordre public» (par ses seules idées !). Cela, sur simple proposition du Préfet et sans autre formalité.
Le Trumpisme, stade suprême du Maccartisme
Ce qui a changé aujourd’hui avec Donald Trump, c’est que les USA ne se cachent plus derrière le faux-prétexte de la «défense de la démocratie», pour imposer leur dictature. L’actuelle chasse au sorcières concerne les universitaires, les artistes, les chercheurs, les juges, les responsables d’institutions financières, bref, tout ceux qui, même sans être communistes, pourraient faire obstacle au dogme de l’ultralibéralisme et à la prédation des grands capitalistes. Dans ce contexte, où le fascisme planétaire est parvenu à s’instaurer, les mouvements populaires sont, partout, sauvagement réprimés, le droit international est systématiquement piétiné, la souveraineté des pays violée et le brigandage économique généralisé.
Combattons cette aliénation qui désarme les mouvements populaires
En tout cas, ce qui doit absolument nous interpeler, c’est que les 75 ans de désinformation massive et de maccartisme forcené ou camouflé, ont laissé des traces profondes dans l’opinion publique. Même de larges fractions de ceux qui se revendiquent être de «gauche», «anti-capitalistes», «anti-colonialistes» ou «anti-impérialistes» sont profondément gangrenées par cette aliénation anticommuniste dont le maccartisme les a imbibés. Profondément soucieux de mériter une médaille de démocrate authentique ou de défenseur de la liberté, ils tachent de dénigrer le marxisme (souvent sans l’avoir lu ou compris). Formatés par les conceptions de l’économie, du développement et de la réussite enseignées par les maîtres du système, ils émettent des jugements sans appel déclarant «l’échec des expériences socialistes» et attribuent les pires notes aux pays qui osent remettre en cause la domination des impérialistes occidentaux et, surtout, leur système libéral. Dans le même temps, ils restent désespérément sourds et aveugles face aux atrocités commises par le système capitaliste, à la misère et aux souffrances dans lesquelles celui-ci jette des milliards d’êtres humains.
Pour notre part, nous savons que ce système et son idéologie sont une lèpre qui ronge l’Humanité, qu’il faut lutter pour les éradiquer. Nous savons aussi que, pour y parvenir, nous devons nous appuyer sur une théorie et un projet révolutionnaires. Précisément, ce sont ceux que les profiteurs du système combattent avec tant d’acharnement. Le Marxisme et le Socialisme sont l’avenir de l’Humanité. N’en déplaise à tous les maccartistes du monde, nous restons profondément communistes.
*1 HUAC (House Un-American Activities Committee)
*2 Ces listes ont eu cours jusque dans les années 1960. Bertholt Brecht, Charlie Chaplin et Orson Welles, par exemple, ont dû quitter les USA du fait de persécutions. Hollywood est depuis l’outil principal de propagande de la propagande capitaliste et suprémaciste occidentale.
