Droit de critique, devoir de respect : réponse à une chronique « polémique »

Madame, Monsieur,

Nous n’apprécions pas la polémique, mais avons pris connaissance de votre critique (« Je suis blanc et je vous merde » de Soeuf Elbadawi, signé Selim Lander, 07/03/2026).

Nous estimons que chacun est libre de démolir un spectacle, qu’on a le droit également de ne pas saisir les codes empruntés par son auteur. On a surtout le droit de ne pas apprécier ce qui y est raconté, au point d’imaginer que le public trouve son propos folklorique, voire dépassé. Mais critiquer l’embonpoint chez une ou un artiste nous semble scandaleux, par rapport à une pièce exigeant entre autres le respect de la dignité humaine. Nous trouvons votre propos méprisant et violent.

Nous pouvons admettre qu’un spectateur se trompe à l’écoute d’un texte volontiers exigeant, voire qu’il entende des voix lui soutenant le contraire de ce qui y est dit, lorsque la fatigue le gagne. Cela arrive : nos neurones ne sont pas toujours au rendez-vous. Mais permettez-nous d’avoir une autre perception des événements. La phrase, apparemment citée, dit exactement ceci : « Quand un blanc – le Blanc – entre en toi, il peut te ronger le cerveau jusqu’à l’os ». Le personnage qui la prononce, explique aussitôt après à son camarade de cellule (le « mzungu ») qu’il ne le trouve pas assez « blanc » pour son histoire. Une parole qui est certainement à méditer, pour ceux qui s’intéressent au sens d’une œuvre, dont les inspirations martiniquaises (Césaire, Fanon, Glissant) apparaissent, sans ambiguïtés aucunes. La question de la domination n’est pas liée à une couleur. Cela nous rappelle d’ailleurs une vieille chanson de Bollywood : « Ni aux blancs, ni aux noirs, le monde appartient à ceux qui ont un cœur ». Mais peut-être que ces questions sont dépassées pour vous…

Une chose est aussi à noter dans cette chronique (à notre avis) maladroitement écrite. À Tropiques Atrium – encore une histoire de perception – nous sommes persuadés d’avoir rencontré un public acquis au spectacle, qui ne s’est pas contenté d’applaudir, mais qui y a trouvé des échos à sa propre situation, malgré les spécificités liées à nos terrains coloniaux respectifs. Les retours de ce public nous ont émerveillé, par moments. Il y a eu notamment ce « bord de scène », le vendredi 6 mars, suivi d’un échange fort intéressant avec le public scolaire (collégiens, lycéens ou encore élèves de la seconde chance), qui nous a agréablement surpris. Enseignants comme élèves ont souhaité poursuivre la conversation, malgré le temps qui nous narguait, et nous avons cru, ne serait-ce qu’un instant, avoir apporté notre contribution au « commun ».

Ce qui nous amène à supposer que soit un effet d’IA est passé par là, soit la personne, signataire de l’article, s’est lâchée dans l’idée de faire entendre ce qu’elle n’a point vu ou qu’on lui a peut-être rapporté. Il n’est probablement pas interdit de s’en tenir à ce qui a été présenté. Les artistes font ce pari impossible de demeurer à l’endroit du sensible. Le public, lui, est appelé à apprécier ou non cet effort, car rien ne l’empêche d’exister à son tour. Néanmoins, il est permis d’user de nuances dans les analyses avancées. Nous considérons par exemple que nous avons eu droit à l’une des meilleures écoutes que ce spectacle – un effet probablement trompeur, à en croire vos écrits – n’ait jamais eu à vivre depuis sa création. Penser l’inverse ne nous dérange pas. Nous, on sait ce qui s’est réellement passé : on l’a ressenti, on l’a vécu, ce 5 et 6 mars, devant le public du Ceiba festival, à qui nous renouvelons notre reconnaissance.

De là à attaquer les acteurs sur leur physique… Nous trouvons vos propos honteux et extrêmement tendancieux. Votre article est indigne, insultant, condamnable.

Cordialement.

Cie BillKiss* I O Mcezo*

*Nous aurions pu trouver l’article déphasé et toxique, voire exprimer un avis définitif sur l’auteur (qui se prétend amateur). Nous ne le ferons pas. Les goûts et les couleurs étant ce qu’ils sont…

 

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