Donnons-nous les moyens d’agir contre le harcèlement sexuel

— Par un collectif —
Les députés de La France insoumise saluent le courage des femmes qui dénoncent le harcèlement sexuel. Ils estiment que le ” budget d’austérité ” ne permet pas de combattre ce fléau

Le fait n’est plus divers mais social, culturel, politique. C’est une rupture majeure. La libération massive de la parole contre le harcèlement sexuel et les violences sexistes marque une étape décisive pour que cessent, dans la réalité, tous ces actes qui humilient, agressent, violentent les femmes par millions. Après les affaires DSK puis Baupin – ce dernier a obtenu un non-lieu – , les révélations concernant Harvey Weinstein et, dans la foulée, le flot impressionnant de témoignages dans les médias et plus encore sur les réseaux sociaux constituent un point d’appui exceptionnel. Des femmes osent parler, précisément, massivement, là où le silence était la norme. Cette parole est rendue possible parce qu’elle devient collective, publique. Nous saluons le courage des femmes qui mettent au jour des comportements inadmissibles dans une société qui prétend viser à l’égalité et à la liberté.

Ce qui se dénoue concerne toute la -société : les violences sexuelles ne sont évidemment pas réservées à l’univers politique ou aux stars de cinéma. Les hôtesses de caisse, les femmes cadres d’entreprise ou, plus simplement, toutes celles qui se promènent dans la rue connaissent la banalité du harcèlement, la menace voire la réalité concrète des agressions sexuelles, du viol.
les mots ne suffiront pas

A la machine à café ou dans les repas de famille, la question du désir et du corps féminins non respectés, des normes en matière de séduction et de sexualité est débattue. Des femmes se sentent entendues, des hommes se remettent en question. Nous avançons. Et ce faisant, la honte est en passe de changer de camp – et ce n’est pas un slogan. La tolérance sociale fond comme neige au soleil à l’égard de pratiques aussi banales que massives. Enfin. Il faut maintenant que les faits répréhensibles par la loi puissent être jugés. Il ne faut pas en rester à la seule parole libérée sur les réseaux sociaux. Le débat politique sur la façon dont nous devons agir pour prévenir les violences sexistes et sexuelles doit s’ouvrir. Députés de La France insoumise, nous portons la volonté d’une rupture en matière de politiques publiques dans le domaine de l’égalité entre les hommes et les femmes. En effet, même s’ils sont essentiels, les mots ne suffiront pas.

Nous avons besoin de moyens sonnants et trébuchants pour que les plaintes puissent être recueillies dans des conditions satisfaisantes, pour que la justice puisse faire son travail dans un délai raisonnable, pour que les personnels éducatifs ou les travailleurs sociaux soient sensibilisés aux stéréotypes sexistes ou aux mécanismes de la sidération. Nous avons besoin de moyens pour que les associations qui œuvrent dans ce domaine puissent vivre et non survivre, pour que les lieux d’écoute aient les moyens de fonctionner et d’accueillir le grand nombre des femmes victimes. Nous avons besoin de moyens pour que la médecine du travail ne disparaisse pas, car c’est l’une des portes d’entrée pour beaucoup de femmes dans les cas de harcèlement sexuel au travail.

La domination masculine s’articule toujours, pour le pire, avec les rapports de supériorité professionnelle, économique, symbolique. C’est pourquoi les politiques publiques incitatives en matière de mixité dans tous les domaines participent de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Elles supposent des moyens. Elles supposent aussi de ne pas céder devant les intégristes de tout poil comme l’a fait le précédent gouvernement en renonçant aux ” ABCD de l’égalité ” à l’école.
la sacro-sainte ” règle d’or “

Pour mener le chantier concret de la lutte contre les violences sexuelles et sexistes, il aurait déjà fallu un véritable ministère des droits des femmes et non un secrétariat d’Etat. Marlène Schiappa propose une modification de la loi pour étendre le délai de prescription ou définir un âge minimal en matière de -consentement. Ce type d’ajustements légaux va dans le bon sens. Nous soutiendrons tout ce qui relève de progrès du droit pour l’émancipation des femmes.

Mais ne nous leurrons pas. Dans le cadre de l’austérité budgétaire et de la dérégulation néolibérale, les avancées seront mineures, les reculs certains. Quand on réduit sans cesse comme peau de chagrin les budgets et les moyens de l’intervention publique, il n’est pas vrai que les violences sexuelles puissent substantiellement être combattues.

Aujourd’hui, on estime que seuls 10 % environ de ces violences débouchent sur une condamnation. On peut toujours durcir la loi, mais si les moyens de son application restent introuvables, voire reculent, la puissance publique passe à côté de son devoir, de sa parole sur l’égalité et la liberté. Et si le développement des outils pour porter largement une autre vision des rapports hommes-femmes se trouve en contradiction avec la sacro-sainte ” règle d’or “, nous n’arriverons pas à lever la chape de plomb de l’impunité et des comportements sexistes. Pour notre part, nous défendons une tout autre logique. Nous voulons dégager des marges de manœuvre financières pour les mettre au service de politiques visant l’émancipation. La seule voie qui permette de mener sérieusement le combat contre les violences faites aux femmes. A condition qu’elle soit alliée à une farouche volonté féministe. Nous l’avons !

Collectif
Les députés de LFI