Hugues Leforestier, l’auteur et interprète de Danton, est lui-même un personnage haut en couleur passé par d’improbables métiers pour un comédien (professeur de sport, banquier…) avant de se tourner vers le théâtre. En scène, avec son allure à la Portos (comme un critique l’a déjà fait remarquer) il impose la figure d’un Danton amoureux de la vie, de l’humanité et des femmes (à mettre dans l’ordre qu’on voudra). En face de lui c’est une comédienne, Nathalie Mann, qui a été choisie pour interpréter Robespierre. Mince, costume austère et visage que le maquillage a rendu blafard, elle campe un « Incorruptible » obstiné dans son rêve d’un bonheur égalitaire qu’il faudra imposer aux hommes par la terreur : « le despotisme c’est la liberté », un fanatisme contre lequel le bon sens de Danton ne peut que se briser. Mirabeau (le fils) aurait dit de Robespierre : « il ira loin car il croit ce qu’il dit » !
Dans un bord de scène à l’issue de la représentation, l’auteur explique qu’il a voulu coller le plus près possible à la réalité en situant dans une réunion qui a bien eu lieu entre les deux révolutionnaires, le 22 mars 1794, soit moins d’un mois avant la décapitation de Danton (le 5 avril), des propos tirés pour l’essentiel de leurs discours. Il a glissé néanmoins çà et là quelques anachronismes – seuil de pauvreté, fracture sociale, démocratie participative – sans qu’on en saisisse bien l’intention.
La pièce met bien en évidence pour les spectateurs le mécanisme de la terreur, la peur – ici celle de Danton – d’être la prochaine cible dès qu’on manifeste la moindre réticence. Qu’une poignée d’hommes au nom du « Salut public » ait pu faire régner pendant de longs mois (1) un tel régime, envoyer tant de soi-disant traîtres à l’échafaud, en dit long sur la nature humaine. Quant à Robespierre, s’il était, certes, clairvoyant – il redoutait la confiscation de la Révolution par un général – il ne l’était pas au point de prédire que sa cruauté finirait par se retourner contre lui.
Si l’opposition entre les deux hommes est bien marquée, il n’est pas sûr que le choix d’une interprète pour le rôle de Robespierre fût le meilleur. Face à un Leforestier bête de scène, Nathalie Mann paraissait un peu falote. On entendait bien le discours de Robespierre, on voyait bien son fanatisme glaçant mais ou aurait aimé voir un personnage plus imposant, plus autoritaire alors qu’il apparaissait constamment sur la défensive face aux arguments de bon sens de Danton. Si le texte y était bien sûr pour quelque chose, un autre interprète aurait pu donner plus de poids aux propos terrifiants de Robespierre.
(1) Du 5 septembre 1793 au 28 juillet 1794, le jour où Robespierre fut guillotiné sur la place de la Révolution (actuelle place de la Concorde).
M.E.S. Morgane Lombard
Théâtre municipal, Fort-de-France, 8 au 10 janvier 2026.

