CTM : “Arrêtez, Monsieur le Président…”

— Les ContreChroniques d’Yves-Léopold Monthieux —

Fort-de-France, le 30 mars 2026

En ce siècle qui vient d’épuiser son premier quart-temps, on peut se demander quel est ce bout de terre où il est impossible d’apporter toute la lumière sur le BUMIDOM, le bureau de migration des départements d’Outre-Mer créé en 1963 et supprimé 18 ans plus tard. Quel est ce peuple où, au motif de faire prospérer le nationalisme, s’est trouvée une minorité pour empoisonner la vie de frères et sœurs partis pour France à la recherche d’un avenir meilleur ?

Quel est donc ce pays qui permet à son assemblée, dans un silence de mort, d’avaliser un faux grossier qui touche les propres parents de pratiquement tous les membres de la CTM. On peut comprendre qu’un autocrate, voyant sa toute-puissance trébucher, s’invente un coupable afin de se transformer en victime d’une situation ou d’un mauvais pas. Le scandale réside dans le calme d’une assemblée où aucun élu ne se lève pour s’opposer à l’énoncé d’éléments de langage d’un autre temps, qui furent fabriqués de toutes pièces au début des années 1960 par les nationalistes du Quartier Latin (Lire Edouard Delépine). C’est très certainement la plus grande escroquerie intellectuelle inventée par des Martiniquais au détriment d’autres Martiniquais. Un souci de vérité permettrait de confondre ce fake en consultant l’internet, à la rubrique INSEE.

Les renseignements suivants y sont parfaitement accessibles :

  1. Les départs encadrés par le BUMIDOM ont été d’environ 900 par an. (Non compris les départs libres).

  2. La progression annuelle de la population martiniquaise est passée de 3 800 habitants environ par an au cours des années 1950, à environ 2 800 au cours des années suivantes (dont les 18 ans du BUMIDOM).

  3. De 1962 à 1982 (20 ans) la population est passée de 270 000 habitants à 326 000.

  4. Qu’en conséquence, en 20 ans (dont les 18 ans du BUMIDOM), la population a connu une augmentation 56 000 habitants,

  5. Soyons plus complets : 239 000 habitants en 1954, et 397 000 en 2000.Soit 158 000 habitants de plus en moins de 50 ans

Ces chiffres permettent de démontrer que la Martinique avait gardé pendant la période du BUMIDOM l’un des taux d’accroissement démographique les plus élevés de la planète.

L’instrumentalisation du BUMIDOM a pour but que de faire oublier la totale déconfiture de la CTM et d’en imputer à l’État une fumeuse responsabilité. C’est le désarroi d’un système qui, en 40 ans de pouvoir sans partage, n’a connu que l’échec. Échec de l’économie et de l’attraction économique, échec du tourisme, échec des transports publics, échec de l’eau, échec du traitement des déchets, échec de la politique culturelle et sportive, échec à gagner la confiance de la jeunesse qui s’en va. Mais le grand sujet qui a monopolisé toutes les intelligences martiniquaises pendant 40 ans fut l’évolution institutionnelle de la Martinique. Les promesses se sont heurtées au réalisme des faits, à la méfiance des Martiniquais et à la souplesse du système départemental. La décentralisation puis la collectivité unique étaient l’apprentissage de l’autonomie. Mais les élus n’ont rien appris.

Au bout de 10 ans la collectivité territoriale est déjà en pleine déconfiture. Ce résultat ne peut être imputé à un organisme soixantenaire, sous l’empire duquel la population restée au pays augmentait à un rythme supérieur à celui du baby-boom. Contrairement à la situation actuelle où on assiste à une diminution de 30 000 habitants tous les 10ans, essentiellement due à la fuite des cerveaux.

Yves-Léopold Monthieux

Les années BUMIDOM en Martinique – 2018