C’est ici le pays mort pour les jeunes et pour les vieux…

— Par Roland Tell —

Une grande somme de force et de courage est actuellement demandée aux jeunes et aux vieux de la Martinique. En effet, les uns et les autres ne sont plus redevables des politiques de leurs beaucoup-trop-nombreuses collectivités, s’agissant des possibilités offertes de travail et de sépulture. N’est-ce pas symptomatique de l’inertie de certains élus majeurs, dont l’égo, centré sur leur personne, crée délibérément l’émigration hors du pays martiniquais ?
Dans la phase d’évolution où nous sommes, le sens du travail et de la mort entre dans un processus d’expatriation, à la recherche de structures extérieures, pour imprimer décidément sur chacun, qu’il soit jeune ou vieux, la marque de son individualité, de sa personnalité, de sa vie humaine. En effet, l’élu est plus soucieux de construire sa propre image, comme exemplaire de “fonctionnaire” de collectivité au jour le jour, préférant donc utiliser ses prébendes de maire , de conseiller, ou de président, à la libération d’obsessions de pouvoir personnel, qu’à l’entretien du progrès collectif, pour le bien-être de ses mandants. Donc, tout ce désordre dans la gestion commune, tous ces glissements, toutes ces déviations vers le culte de la personnalité, entraînent tout naturellement le départ massif des jeunes en quête d’emploi, la misère morale de la condition des vieux, en quête de cimetières extérieures pour mourir, et être inhumés.
Pour la maladie d’amour de soi, qui saisit aux tripes, dès l’heure de l’élection, il n’y a, certes, nul vermifuge, susceptible d’expulser les vers-à-vanité, si bien plantés au plus profond de soi ! Ainsi vivent les élus, heureux de leur sort ! De quel pouvoir tiennent-ils donc le plein pouvoir d’agir ainsi à leur guise ? De l’amour électoral, qui ne sait rien de la conscience collective, comme le charnel ne sait pas le spirituel, même après passage par l’isoloir. Électeurs sont ceux qui ont créé les élus, afin qu’ils se mettent au service de leur bon vouloir !
C’est pourquoi, sans impatience et sans patience, le destin électif laisse du temps aux uns et aux autres, pour ne pas se presser hors du nécessaire, de l’immédiat. Vivre au jour le jour, tel est le fondement de leur politique ! C’est là l’esprit dont se nourrissent, de plus en plus, les politiques locales, en petite ou en grande collectivité – esprit qui les éloigne de l’usage du futur ! Oui, il faudrait enfin une purification essentielle de cet esprit de gouvernance, une rénovation intérieure, qui n’ira pas sans une sorte d’agonie, à laquelle se refusent la plupart des collectivités. Non, Avenir ! se disent-elles, les jours sont brefs, il importe avant tout de défier le présent, en son incessant tourbillon de discordes identitaires, entraînant bien des façons de gérer et de vivre. Les plans restent courts, courtement escomptés, comme le Conservatoire des Arts, comme le TCSP, comme les cimetières, les jardins de souvenir, comme l’emploi des Jeunes, mais surtout qu’ils attendent, et qu’ils restent hautement politiques. Car il faut vivre politiquement, à contre-pente des programmations à long terme. Enfin, le besoin faisant loi, on cherchera à construire, le jour venu, dans une création totalement nouvelle, totalement inventée par le génie martiniquais.
ROLAND TELL