Ce que le 22 mai nous rappelle…

Ce dimanche 2 juin 2024 sur RCI

— Par Antoine Maxime —

Dimanche dernier ma réflexion portait sur les différentes marches qui sont organisées dans notre pays spécialement à l’occasion du 22 Mai/ en soulignant que cela pouvait    signifier que la Martinique est un Pays en marche, en voie de construction, en mouvement, en changement. Nou po ko mo. A nous de reconnaître les pas que nous avons faits et    faisons. Rappelons nous qu’il n’y a pas de petit pas, comme le dit Césaire. Aux adultes d’aider nos enfants et petits enfants à savoir d’où nous sortons /et à reconnaître tout au long de notre histoire / de génération en génération/ le chemin parcouru/ avec ses tâtonnements, ses contradictions, ses échecs et ses avancées/    Le 22 Mai nous invite à nous remettre en mémoire/ que nos ancêtres étaient réduits à l’état d’ esclaves/ n’étaient pas reconnus comme des personnes/ mais considérés comme des « objets »sans âme »/ comme des machines à fournir du travail/ obligés de se soumettre à la volonté de maîtres auxquels ils appartenaient/Avec la plupart du temps la complicité d’un clergé qui,    prêchait « l’obéissance et la soumission à ces maîtres »en    promettant une récompense éternelle dans un autre monde. Nous rappeler cela est-ce inutile, un retour en arrière    ?

Nous rassembler, ou être en communion de pensée/ le 22 mai/ pour nous rappeler cet événement fondateur pour notre peuple, et capital pour notre humanité. Est-ce un retour en arrière ?    Nous rappeler que, si des hommes de loi ont tout fait de leur côté pour que soit votée l’abolition en 1848/ C’est bien parce que sur le terrain / chez nous et ailleurs dans les habitations/    des hommes et des femmes nos ancêtres/ réduits en esclavage /se sont révoltés/ ont mené des luttes avec les moyens qu’ils avaient et malgré les traitements odieux dont ils ont été victimes / ont précipité l’application de cette loi /jusqu’à    ce que soit sapé et aboli ce système inhumain de l’esclavage/

Pour certains tout cela est qualifié d’inutile, superficiel, sinon folklorique/ Pourquoi pensent-ils revenir sur un passé qui est derrière nous. Derrière nous ? Et bien la réponse    nous est donnée dimanche dernier, aux Trois-Îlets dans un lieu de culte en présence de pratiquants venus célébrer la Pentecôte. Un prêtre d’origine étrangère/    du haut de son ambon/ annonce entre autres aberrations/ avec conviction/ que l’esclavage est une grâce ! et que Dieu s’en sert pour notre plus grand bien. Parole d’Évangile, en tout cas de Paul !    Voilà    ce qui nous explose à la figure en plein chœur d’une    église/ pas dans n’importe quelle commune/ et en pleine période du 22 mai 2024/ devant une assemblée muette/ dont certains faisaient corps sans doute avec ces propos du célébrant/ d’autres heureusement en étaient    outrés/ qui se sont levés/ ont quitté les lieux en colère/ et n’ont pas hésité à dénoncer ce scandale sur les réseaux ! Mais d’autres de nos compatriotes se sont tus pour ne pas choquer/ ne pas dire du mal de sa religion/ ne pas critiquer le clergé/ D’autres encore ont tenté de minimiser l’événement/ en se taisant, en excusant ou en couvant l’ accusé. Mais personne n’a osé ce jour là sur les lieux    interpeller directement ce prêtre, par respect sans doute    du lieu dit sacré. Ce sera sans doute a prochaine fois ! Car nous risquons d’avoir d’autres fois…

Car/ au sein de notre population en 2024/ semble revenir en force /ce virus    bien connu qualifié de « raciste et paternaliste » / qui colle à la peau de ceux et celles qui cherchent par tous les moyens à dominer, à coloniser exploiter d’autres de leurs semblables/ s’imaginant supérieur par leur origine , leur couleur de peau, ou leur fonction/    Et on en voit une illustration avec ce prédicateur blanc en l’occurrence,( mais il aurait pu être noir hélas)/ dans un lieu de culte/ qui est convaincu que tout    ce qu’il dit/ étant parole d’évangile/ les fidèles n’ont qu’à y adhérer en disant AMEN. Mais voilà, cette fois ci/ ce n’était pas le cas pour tous/    Ce qui nous montre qu’il y a un pas de plus dans la prise de conscience/ Alors les 22 Mai    ont porté leurs fruits !

Je suis de ceux qui affirment que des propos racistes sont intolérables dans la bouche des humains / qui que nous soyons ou que nous soyons/    « adjigé wè an bouch an étranjé adan an l’égliz Twa Zilé«     où l’on est censé se considérer comme des frères, des fils du même Père ! Ce prêtre avait perdu l’Esprit dans un espace où le spirituel aurait du régner.

En tout cas,    le 22 Mai c’est le jour où nous nous rappelons que « nou tout’ sé moun’/qu’ il n’y a pas de race supérieure ni inférieure. Les humains que nous sommes/ne doivent pas considérer leurs semblables comme des sous-hommes parce qu’ils sont noirs ou comme des moins que rien/C’est le premier message fondamental de l’abolition et du 22 mai/    Dans le monde actuel cela prend toute sa dimension ! Car on voit comment l’humain est maltraité ! Et pourtant, il semble que l’on voyage de plus en plus/ il n’y a plus de frontières entre les pays, les continents/    On nous dit que    les touristes viennent de plus en plus nombreux en Martinique/ Mais quand ils débarquent chez nous/ C’est pour découvrir notre pays dans ce qu’il a de différent, d’original/ non seulement pour ses paysages, ses plages, mais pour sa population, sa culture, son histoire propres / À nous d’être nous-mêmes différents des autres et conscients de l’être.

Dans le même temps, dans ces aléviré/ Pran gad! Car parmi les personnes qui cherchent à s’installer    temporairement    ou   définitivement chez nous/ Certaines y viennent en pays conquis ou à conquérir / nous prennent de haut/ en soulignant nos imperfections, nos tares et nos retards/ et prétendent nous donner des leçons de civilisation, de modernité/ Et là / nous retrouvons des comportements de colons paternalistes et racistes/ qui constituent    les ingrédients qui risquent de mettre le feu aux poudres à la longue dans différentes communes/ On a eu des exemples dans une certaine entreprise/ Mais ça mijote dans certains quartiers, dans certaines écoles, dans certaines communes/ / Mais sachons le il y a de plus en plus de gens qui veillent au grain/ Car cela est bien inquiétant    pour l’avenir de notre pays minant notre projet de réussir notre vivre ensemble en tenant compte de nos différences/

Je signalais aussi dimanche dernier qu’il nous fallait tirer des leçons de ce qui se passe en Nouvelle Calédonie. D’aucuns avancent que ce qui s’y passe risque de nous arriver plus vite que l’on croit. A savoir de nous sentir un jour étrangers dans notre propre pays/ au point d’aller chercher à vivre ailleurs / Or on voit bien ce qu’engendre la politique qui consiste à annexer, coloniser,    par intérêts/à savoir : racismes, révoltes, guerres, destructions, la mort, la pauvreté, la misère, les mouvements de migrations avec leurs lots de drames. Annou pran gad !

Le 22 Mai nous rappelle que tout système/toute politique basé sur l’exploitation de l’homme par l’homme/ sur ce principe : « le plus fort doit dominer les plus faibles qui doivent accepter d’être dominés et exploités » pour ne pas être la proie des armes à feu /engendre la révolte, la guerre et finit par aller à sa perte. Le 22 Mai l’a montré. Mais la lutte n’est jamais finie.

Nous ne sommes pas à l’abri de l’exploitation, de la soif de dominer, de profiter des autres quand on est puissant/ en cherchant à avaler les plus petits et les plus faibles/ comme ces baleines ou ces requins qui ouvrent la gueule pour avaler les plus petits poissons ou les algues microscopiques qui n’ont pas les moyens de se défendre/     

Que d’année en année, nos 22  mai/ soient autant d’    occasions d’amener, de renforcer la conscience que nous devons avoir de former un peuple/ avec notre histoire, notre culture, toujours en marche ouvert au monde/ Notre jeunesse qui parcourt le monde / a la lourde responsabilité de poursuivre ce travail de renforcement de nos racines, de notre identité propre toujours en transformation / De défendre notre patrimoine qui reste fragile / de le protéger et de le développer/ Nous savons qu’ aucun peuple ne peut vivre indépendant des autres/ Mais chaque peuple a le droit et le devoir de se faire respecter en tant que tel/ Nous disons oui à l’ouverture aux autres peuples des autres continents/ sans pour cela nous perdre, perdre notre âme, notre terre, nos avantages/ donc disparaître. Le 22 mai veut dire tout ça !

Le défi commun    consiste à nous montrer responsables, capables de mettre en commun les avantages, les moyens humains, matériels, que nous avons/ de dénoncer ce qu’il y a à dénoncer/ de régler ces divisions, liées souvent à ce souci qu’ont certains de nos compatriotes de rechercher avant tout le pouvoir et des intérêts particuliers/ avant le bien de tous/ Le défi est de nous montrer capables de régler nos difficultés, nos conflits nous-mêmes/ comme par exemple autour de l’eau, du transport, de la terre/ Nous avons suffisamment de femmes et d’hommes, intelligents, compétents et responsables/ porteurs de projets innovants/ Que le 22 Mai nous rappelle que notre pays, son avenir, son développement/ sont entre nos mains/ A nous de nous mettre ensemble/ d’être vigilants par rapport à toutes ces divisions entre nous/ pour ne pas nous identifier à des rapaces qui avancent masqués/cyniquement/ en profitant souvent de la situation/ pour mieux nous dévorer.

22 Mai va de pair avec respect mutuel,    de la différence, justice et équité, solidarité et pleine conscience et toutes les valeurs qui font qu’un Peuple comme le nôtre/ peut et doit    trouver sa place dans ce monde en apportant sa pierre à sa construction.

ACO

Ce qui fait avancer le monde/ Ce ne sont pas les armes de destruction et de domination/ mais les armes de la conscientisation/et d’humanisation/