Buika, noire flamenca, sort un nouvel album

—Par Alexis Campion  —
buikaExplosive sur scène, la chanteuse préférée de Pedro Almodóvar entrelace avec brio musiques afro-cubaine, jazz, soul et andalouses.

“Sa voix me rappelle la rage de La Lupe avec, parfois, un soupçon d’Olga Guillot”, a déclaré Pedro Almodóvar la première fois qu’il a entendu Buika, la comparant d’emblée aux plus grandes voix hispaniques des années 1930 et 1940. En 2009, sur le livret du disque El último trago, le cinéaste ajoutait ceci : “On ne peut pas s’empêcher de croire à un avenir meilleur tant qu’on sera là pour assister aux évolutions imprévisibles de cette interprète sans limites.”

Sans limites en effet. Sur son dernier album, sorti cet été et nommé aux prochains Latin Grammy Awards, La noche más larga, la belle et volcanique Concha Buika a étoffé son répertoire de standards jazz réputés difficiles (Don’t Explain, Siboney, Throw It Away), ainsi que d’une brûlante version de Ne me quitte pas, dont elle ne reprend que deux couplets. “Peut-être un jour serai-je capable de la chanter en entier sans m’effondrer, mais pour l’heure, je ne suis pas sûre d’y arriver sans être brisée en deux”, dit la chanteuse, capable de se rouler à terre en implorant tous les cieux au milieu d’une complainte.
“Petite fille” de Chavela Vargas

Elle est comme ça : ardente, ahurissante, libre, à la merci des émotions qui tourbillonnent dans sa musique. “Pour moi, chanter revient à aller dans un endroit mystérieux où il n’existe plus aucun repère.”
Fille de réfugiés politiques guinéens qui parlent et chantent le bubi, une langue bantoue minoritaire, Buika est née dans les îles Baléares en 1972. Dans le barrio chino de Palma, elle grandit en version espagnole au contact de réprouvés du franquisme, de marginaux et, surtout, de Gitans du cru qui l’imprègnent de flamenco. Un mélange détonant qui convient parfaitement à l’esprit fougueux de la jeune artiste, qui chante et tape des mains dès l’adolescence. “Le flamenco appartient à quiconque veut le ressentir et le vivre. Car à la fin, toutes les musiques ne parlent que de sentiments exacerbés.”

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