“Bonjour”, un film de Yasujirô Ozu

Avec Keiji Sada, Yoshiko Kuga, Chishu Ryu
Nationalité Japonais
12 janvier 1994 / 1h 34min / Comédie dramatique
Date de reprise 19 août 2020

Synopsis :
Dans une ville de la banlieue de Tokyo, la vie suit tranquillement son cours : les mères de famille s’occupent de leur intérieur tout en jalousant celui des autres, les pères se croisent au café du coin et s’inquiètent de leur retraite à venir, tandis que les fils passent leur temps à regarder la télévision chez un voisin jugé trop excentrique. Un soir, les jeunes Minaru et Isamu pressent leurs parents pour avoir leur propre poste de télévision, en vain : l’aîné se met alors en colère face à l’hypocrisie des adultes et décide de faire une « grève de la parole », aussitôt suivi par son jeune frère…

Le public en parle :
Un visiteur :
Un film des plus rafraîchissants. Drôle à souhait. Qui survole le temps sans prendre une ride. Les sujets qu’on y aborde sont universels et seront à jamais d’actualité. Que l’on soulève déjà en 1959 des questions sur les effets abrutissants de la télévision est étonnant. Quoique que les avènements technologiques en communication nous font toujours s’interroger sur les effets pervers qu’ils peuvent engendrés sur la condition humaine. Le commérage de voisinage tout comme l’utilisation des formules de politesse sont des phénomènes datant de l’âge de pierre. La beauté du film d’Yasujirõ Ozu ne repose donc pas sur l’originalité des sujets comme sur la manière de les traiter. Le génie du film réside dans le mariage de la direction artistique et de la prise de vue. Chaque cadre (4:3) est un tableau en soit, enrichi par les lignes du décor. La facture visuelle rappelle étrangement celle de Mon oncle réalisé par Jacques Tati un an plus tôt. Mais contrairement à l’univers caricatural de ce dernier, le jeu des comédiens dans Bonjour est des plus naturels. Les acteurs qui interprètent les enfants sont tout simplement savoureux, notamment celui qui incarne le plus jeunes des deux frères. La structure du scénario est sans bavure. À travers les dialogues et le ton humoristique présent tout au long du film se glisse avec légèreté le commentaire de l’auteur. Intelligent et sans moral. On en redemande.

gimliamideselfes
Il me semble que j’ai vu mon dernier Ozu il y a plus de six ans suite à un film de lui que j’avais moyennement apprécié alors que j’avais adoré tous les autres et ça m’avait stoppé net dans mon élan. Aujourd’hui je redécouvre donc ce cinéaste que j’ai beaucoup aimé par le passé et c’était un petit bonheur. Alors oui, moi aussi les blagues sur les pets ça ne me fait pas foncièrement rire, mais s’il y a que ça à reprocher à ce film ça va, surtout que les jeunes jouent vraiment à ce genre de jeu, donc pourquoi ? Surtout que là l’humour scatologique est quand même traité avec beaucoup de finesse, peu de réalisateurs peuvent en dire autant. Donc c’est l’histoire de deux jeunes qui veulent la télé chez eux. On est à la fin des années cinquante et c’est un changement d’époque. Une période plus faste économiquement s’ouvre alors et on peut consommer, acheter des biens de consommation, machine à laver, mais surtout la fameuse télévision qui fait tant envie et qui permet de voir des combats de Sumo ! La chance ! Bref, le nec plus ultra. Mais en même temps la société reste assez traditionnelle, les femmes ne travaillent pas, s’occupent de leur maison et médisent sur les autres femmes de la cité. Et là c’est sans doute la plus belle illustration de ce que pouvait dire Schopenhauer sur les femmes en disant qu’elles sont d’abord ennemies, mais c’est aussi peut-être un plaidoyer, involontaire, pour autoriser le travail des femmes, histoire qu’elles arrêtent leurs histoires et qu’elles s’occupent autrement, avec quelque chose de plus productif. Et donc c’est assez jubilatoire de les voir comploter pour un rien, un gamin qui ne dit pas bonjour semble bien vite être la fin du monde pour ce petit microcosme. Puis, il y a ces jeunes, très vrais, notamment le plus jeune frère que je trouve mignon tout plein avec ses petites mimiques, ses façons de faire, ses manières et puis on parle quand même du seul de personnage de cinéma qui est tellement heureux qu’il fait du hula hoop ! C’est tellement absurde que ça en devient immédiatement très beau et très vrai. Dans le beau, on a cette histoire d’amour toute simple, avec quelques regards pudiques, pas du tout appuyés entre la grand sœur et un jeune prof qui fonctionne super bien également. Bref, j’y ai cru moi à ce petit monde fermé qui fait vivre 1h30 de pur bonheur, où le plus grand drame est l’acquisition ou non d’un téléviseur.