Du 14 décembre 2025 au 15 mars 2026 à !a Fondation Clément
L’exposition Aux origines de la Caraïbe : Taïnos & Kalinagos est la première à proposer une vision aussi complète des premiers peuplements de la région et des deux grandes sociétés amérindiennes présentes lors de l’arrivée des Européens à la fin du XVe siècle. Elle retrace plus de 6 000 ans d’histoire, éclairant les cultures, les savoir-faire et les croyances qui ont façonné les civilisations antillaises.
Elle offre une lecture renouvelée du passé des Taïnos et des Kalinagos, de leur rencontre brutale avec les conquistadors, mais aussi de leur héritage jusqu’à aujourd’hui. Bien qu’ils soient souvent simplifiés par les récits scolaires ou touristiques, ces peuples possédaient des cultures complexes, profondément enracinées dans une histoire longue faite de migrations, d’échanges et d’innovations. Les Taïnos occupaient alors les Grandes Antilles, les Bahamas et le nord des Petites Antilles, tandis que les Kalinagos vivaient dans le sud de ces dernières.
Une histoire millénaire
Les premiers habitants de la Caraïbe arrivent entre le IVe et le Ve millénaire av. n. è., probablement depuis l’Amérique centrale ou en longeant l’arc des Petites Antilles, alors relié au Venezuela par un niveau marin plus bas. Adaptés aux milieux maritimes, ils fondent les premières sociétés insulaires.
Vers le milieu du IIIe millénaire av. n. è., une civilisation amazonienne florissante apparaît dans la vallée de l’Orénoque : elle maîtrise l’horticulture et produit les premières céramiques de la région (style Saladero). Ces groupes se diffusent progressivement vers les côtes, puis migrent vers le nord, colonisant Trinidad, les Petites Antilles, Porto Rico, les îles Vierges et jusqu’à l’actuelle République dominicaine. Pendant deux millénaires, les cultures se multiplient, se transforment et s’organisent en réseaux sociaux et politiques riches, aujourd’hui révélés par l’archéologie.
Des découvertes récentes — notamment le style de la Hueca à Porto Rico et dans le nord des Petites Antilles — laissent penser que d’autres routes maritimes, peut-être venues d’Amérique centrale, ont aussi contribué au peuplement caribéen.
Aux VIIe–VIIIe siècles, une nouvelle expansion atteint Cuba, la Jamaïque et les Bahamas. C’est sur cette base que naissent les grands caciquats taïnos aux Xe–XIe siècles. Peu avant l’arrivée des Européens, les Kalinagos, derniers venus du continent, s’installent dans le sud des Petites Antilles.
Une unité culturelle oubliée
L’exposition rappelle que la Caraïbe précolombienne formait un espace cohérent, bien différent du morcellement issu de la colonisation. Les sociétés autochtones étaient liées à l’aire culturelle amazonienne, partageant des mythes, des échanges et des pratiques économiques communes du Venezuela aux Bahamas. Pour ces navigateurs, la mer n’était pas une frontière mais un lien : les îles formaient un archipel continu, sillonné à travers un vaste réseau d’alliances.
Les grandes thématiques
Plusieurs aspects de ces sociétés sont mis en valeur :
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Économie et échanges, dont la circulation de matériaux rares et d’idées symboliques.
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Organisation politique, avec les chefferies, les espaces cérémoniels, les jeux de balle et les objets de pouvoir.
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Mythes et spiritualité, incarnés par les figures animales, les divinités (zemi), le chamanisme et les rituels comme celui de la cohoba.
La rencontre de 1492 et la destruction des Indes
L’arrivée de Christophe Colomb, d’abord aux Bahamas puis à Hispaniola, inaugure une période décisive. Entre 1492 et 1521, les Antilles servent de laboratoire à la conquête américaine : violences, massacres, mise en esclavage, implantation de villes et d’exploitations. Les Taïnos sont presque anéantis vers 1530–1550, même si des traces culturelles, linguistiques et génétiques montrent leur survivance.
Les Kalinagos, quant à eux, ne sont pas conquis par les Espagnols mais subissent les colonisations française et anglaise au XVIIe siècle. En 1660, un traité les cantonne à la Dominique et à Saint-Vincent.
Héritages, descendants et identités
Malgré la catastrophe démographique, les héritages amérindiens perdurent : traditions culinaires, pratiques artisanales, savoirs botaniques, vocabulaire créole, structures d’habitat… Des communautés issues de métissages entre autochtones et Africains en fuite se forment dans plusieurs îles. Aujourd’hui encore, les Kalinagos de la Dominique, les Garifunas de Saint-Vincent et divers groupes à Cuba ou Porto Rico se réclament de cet héritage.
Des mouvements « néo-indiens » émergent, revendiquant une identité autochtone renouvelée, parfois pour des raisons politiques, comme à Porto Rico où certains appellent à renommer l’île « Boriquén », son nom arawak.
Ces débats traversent les enjeux contemporains postcoloniaux et se reflètent également dans la création artistique présentée dans l’exposition.
