La source thermale d’Absalon constitue l’origine commune de l’eau chaude naturellement fréquentée par les usagers et de l’eau de Didier, l’une des eaux minérales les plus emblématiques de Martinique. Longtemps reconnue pour ses vertus thérapeutiques, cette ressource exceptionnelle est aujourd’hui au centre d’un vaste projet de réhabilitation et de valorisation porté par la Collectivité territoriale de Martinique (CTM). À travers cette opération, la collectivité entend à la fois préserver un patrimoine naturel unique, sécuriser la ressource en eau potable et relancer une activité thermale à fort potentiel.
Situé sur les pentes des Pitons du Carbet, le bassin thermal d’Absalon est identifié dès 1937 par les géologues. Son eau, naturellement chaude, riche en bicarbonates et en magnésium, légèrement gazeuse, est rapidement reconnue pour ses propriétés bienfaisantes. Des campagnes d’études successives, puis des sondages réalisés au cours de la seconde moitié du XXᵉ siècle, aboutissent à la création de plusieurs forages, destinés à mieux capter et exploiter cette ressource. Toutefois, faute d’investissements durables, ces installations se dégradent progressivement et finissent par être abandonnées.
Malgré cet abandon, le site d’Absalon n’a jamais cessé d’attirer le public. Chaque jour, de nombreux Martiniquais s’y rendent pour se baigner dans la rivière ou profiter d’un bain d’eau chaude capté de manière provisoire, parfois à l’aide de simples tuyaux. Cette fréquentation spontanée, qui s’est maintenue au fil des décennies, témoigne de l’attachement populaire au site et du potentiel toujours intact de la ressource thermale.
C’est cette même eau, issue du même système hydrogéologique, qui alimente la source Didier, située sur les hauteurs de Fort-de-France. Découverte en 1833, protégée par un relief montagneux et un vaste parc forestier tropical, la source Didier connaît un rayonnement considérable dès le XIXᵉ siècle. De 1853 à 1934, elle est exploitée comme véritable station thermale, accueillant des curistes venus de toute la Caraïbe. En 1935, l’eau est officiellement autorisée à l’exploitation et à l’embouteillage sous le nom de « Fontaine Didier », bénéficiant de l’appellation d’eau minérale naturelle gazeuse. Après la Seconde Guerre mondiale, l’évolution des pratiques médicales et l’ouverture de nouvelles destinations thermales entraînent un déclin progressif du thermalisme local, au profit d’une exploitation industrielle de l’eau.
Aujourd’hui, la CTM souhaite renouer avec cette histoire en engageant une opération structurante de réhabilitation des forages d’Absalon. Les travaux, programmés pour le premier trimestre 2026 et prévus pour une durée maximale de neuf mois, débuteront par une phase de diagnostic approfondi. Celle-ci comprendra le nettoyage des forages par air-lift, des inspections par caméra, des analyses géologiques et chimiques, ainsi que des essais de pompage afin d’évaluer l’état réel des ouvrages et leur potentiel de réutilisation. Ce n’est qu’à l’issue de cette expertise que les travaux de remise en état pourront être définis et engagés, pouvant inclure le rechemisage, le développement des forages et la sécurisation complète des installations.
Au-delà de la relance de l’activité thermale, le projet répond à des enjeux majeurs de santé publique et de protection de l’environnement. La réhabilitation des forages est essentielle pour limiter les risques de pollution et sécuriser l’alimentation en eau potable, notamment pour le captage de Dumauzé. Le forage F1 pourrait ainsi jouer un rôle clé dans l’approvisionnement d’un futur centre thermal, tout en garantissant une gestion durable de la ressource.
La réflexion engagée par la CTM porte également sur l’accueil du public, aujourd’hui inexistant, dans un site pourtant très fréquenté par les randonneurs et les visiteurs. Des solutions sont à l’étude afin de concilier sécurité, préservation du milieu naturel et accès maîtrisé pendant et après les travaux. À terme, des projets thermo-ludiques dédiés au bien-être, au sport et au tourisme pourraient voir le jour, permettant à la Martinique de renouer avec son identité thermale et de se repositionner dans le paysage caribéen du tourisme de santé.
Le coût global des études et des travaux est estimé à environ 822 000 euros, financés majoritairement par des fonds européens, avec un complément apporté par la CTM. Ce programme ambitieux marque une étape décisive dans la renaissance d’un patrimoine naturel et historique longtemps sous-exploité. À travers la réhabilitation de la source thermale d’Absalon et la valorisation de l’eau de Didier, c’est une ressource emblématique qui s’apprête à retrouver toute sa place au service du territoire et de ses habitants.
