— Par Gary Klang —Au cours de ma longue vie, j’ai vécu trois expériences de vrai bonheur qui m’ont permis de comprendre qu’il n’y a rien là d’utopique.
La première eut lieu en mai 68, à Paris. Surgi de nulle part, ce soulèvement de jeunes grimpant aux barricades, comme leurs ancêtres de la Commune, fut tellement inattendu qu’un journaliste se plaignait peu de temps avant de ce qu’il n’y avait rien d’intéressant en France, et qu’on s’y ennuyait. Mais voilà que sans crier gare les Parisiens semblaient heureux de vivre. Eux qui hier encore étaient mornes et renfrognés, d’un coup et comme par miracle ils se tutoyaient dans les rues pleines de passants souriants. J’ai vu de vieux messieurs, cravate bien mise et chapeau vissé sur la tête, nous adresser la parole spontanément et nous offrir un morceau du pain qu’ils venaient d’acheter. Bref, tout ruisselait de bonheur dans la Ville Lumière.
Ma deuxième expérience, je l’ai vécue à Montréal en compagnie de mon ami, le poète Davertige. Féru de mysticisme et toujours en quête d’inconnu, Dave m’invita un jour à aller rencontrer un sage hindou dont il avait entendu parler. Ce qui me frappa dès l’abord c’est que cet homme dégageait une telle bonté que s’il nous avait proposé de l’accompagner à l’autre bout du monde, nous aurions répondu oui sans hésiter. Et c’est ainsi que j’ai compris ce qui poussait les disciples de Jésus à tout abandonner pour le suivre.
La troisième illumination – comment l’appeler autrement ? – eut elle aussi pour cadre la ville de Montréal. A l’époque, je pratiquais le yoga et lors d’une séance, pour une raison inexplicable, j’éprouvai ce que je n’avais encore jamais ressenti. Un sentiment de joie absolue. Le Bonheur avec un grand B et si fort que ma femme, me voyant tellement resplendissant, crut que je revenais de chez une maîtresse ou je ne sais quoi. Elle n’arrivait pas à comprendre ce qui m’était arrivé, et moi non plus. Qui peut comprendre le bonheur absolu ?
Tout cela pour vous dire, amis qui me lisez, qu’hélas nous vivotons sans vivre. Et c’est bien dommage.
GARY KLANG
