« La Musica deuxième » de Margueritte Duras, m.e.s. Philippe Baronnet

L’impossible de l’amour,

Ils se retrouvent le jour de leur divorce dans un hôtel de province qui abrita leurs amours débutantes. Pour une dernière danse. Celle de la relation à l’autre, du désir, du rejet, de la haine, des jeux de pouvoirs, de la vie, de la mort et bien sûr de l’amour où « réside le cœur de l’âme humaine ». Ils se sont aimés. Ils se sont déchirés. Ils n’ont pas d’âge. Ils sont une image du public qui assiste à la mise à mort. Architecte et traductrice. La souffrance et la douleur sont ses compagnes à elle. Il s’y expose avec plus de sensibilité. Il élève la voix plus facilement qu’elle. Lui, avait des envies de meurtre, elle, elle voulait mourir. Dès le premier jour il lui dit qu’il voulait la quitter. Il ne supporte pas la part d’ombre, presque secrète, qui la berce. Il l’espionne. il dit : Je vous ai suivie. Je suis rentré dans le cinéma. On jouait un western que vous aviez déjà vu avec moi… Vous étiez seule. Vous étiez assise dans les premiers rangs… personne n’est venu vous rejoindre… Le soir, vous ne m’avez rien dit de ça… et je ne vous ai posé aucune question… C’était le printemps il y a trois ans… vous étiez déjà triste quelquefois… Le lendemain, après le déjeuner, je vous ai demandé si vous deviez sortir. Vous m’avez dit que non, et vous êtes sortie. Je vous ai encore suivie. Vous êtes allée aux courses, vous étiez seule encore une fois. Je n’avais rien soupçonné de pareil… (Un temps.) J’ai commencé à souffrir d’une souffrance que je n’avais jamais encore connue. ». Il a cherché cette souffrance. Elle aussi. Ils ont construit pierre après pierre l’enfermement qui les porte. Il dit :  « Je ne supportais pas votre infidélité alors que moi je vous étais infidèle. Vous le saviez ? » Il aime la douleur qu’il a fait naître en elle pour qu’elle lui revienne avec plus de force. Elle est dans un ailleurs infranchissable. Malgré elle. Malgré lui.

Sur le plateau les tables vides du restaurant de l’hôtel. Ils vont tourner autour la nuit durant. Toujours en s’évitant. Elle c’est Nine de Montal, lui Vincent Garanger. Habités par la musique du texte. Elle joue Duras, dans l’ambiguïté du mot. Duras qui parle comme elle écrit alors que tant d’autre écrivent comme ils parlent.. Ce phrasé, cette fulgurance du mot jeté comme une balle de fusil, ce silence dans la suspension du dire qui se lovent dans la brisure d’un élan retenu, d’une larme aux lèvres blessés. Et toujours cette écriture en creux qui laisse entendre plus qu’elle ne dit. Écriture théâtrale par excellence puisqu’elle laisse le spectateur deviner ce qui est tu, produire un sens dans l’entre deux mots.

R.S.