Le génie et la conscience collective des artistes piétinés

— Par Habdaphaï —

Je suis représentant du syndicat national des sculpteurs et plasticiens, nous faisons partie de ces artistes qui dénoncent la destruction des deux statues de Victor Schœlcher, le jour du 22 mai 2020.
Le vandalisme et la destruction d’œuvre, que l’on aime ou n’aime pas, ne peut pas être un acte de militantisme. Le militantisme est une lutte politique, utilisant des moyens démocratiques, honorables et pacifiques….
J’ai vu la vidéo, postée sur internet, des deux jeunes filles faisant partie des vandales expliquant pourquoi il était important pour elles de prendre part à cette destruction. Mais elles n’ont jamais su s’exprimer clairement, aveuglées par le manque de savoir. Je pense qu’elles ne savaient pas qu’elles détruisaient l’œuvre d’une grande artiste martiniquaise.
Ces jeunes, comme d’autres, sont instrumentalisés par les mentors qui voudraient changer la vie des Martiniquais, changer son système de consommation. Ils voudraient que nous devenions leur jouet pour asseoir leur pouvoir politique et émotionnel, cela n’a rien à voir avec l’hommage aux ancêtres africains, ni avec le Covid ou le chlordécone. Ils surfent sur tout, pour nous faire adhérer à une haine ressentie par une partie des Martiniquais, ce qui est grave. Les vrais extrémistes de cette affaire se cachent derrière ces deux jeunes filles ignorantes pour faire passer leur discours de haine. Et ces extrémistes-là, que les institutions de Martinique connaissent bien, s’approprient régulièrement des faits de notre société ou un événement ou l’autre, pour semer la pagaille.

Le génie et la conscience collective des artistes piétinés
Ces vandales pensent qu’ils vont soi-disant sauver le peuple, en piétinant le génie et la conscience collective des artistes.
Et comme tous ces jeunes manquent de savoir et de références historiques, ils souffrent d’une rupture intergénérationnelle. Dans ce fossé des générations, la seule solution qu’ils perçoivent est d’effacer le passé, qu’ils méconnaissent, pour en construire un nouveau, comme ils le sentent, avec leurs émotions, qui est simplement une action politique.
La destruction d’une statue classée au titre des monuments historiques constitue un délit sanctionné par l’article 322-3-1du code pénal et une amende bien élevée. Il faudrait que les ayant droits déposent plainte.
La statue dite Victor-Schœlcher a été réalisée par Marie Thérèse Julien-Lung-Fou. Née en 1909 et morte en 1980, artiste martiniquaise qui a beaucoup travaillé sur le patrimoine de la Martinique. Le bas-relief de Victor Anicet, artiste martiniquais, membre du groupe Fromajé, céramiste, a été créé en 2004, intitulé liberté.
Nous, membres du syndicat de sculpteurs et plasticiens, dénonçons ce comportement de destruction sur une œuvre au-delà de sa représentation symbolique… C’est comme cela que commence le fascisme.
On souille les valeurs martiniquaises.
Qu’est-ce qu’un Martiniquais ? La question est posée
C’est une personne, issue de différentes cultures, de différents peuples, issue de rencontres multiples, dont les petites et grandes histoires se sont croisées dans un des espaces de la Caraïbe, qui est la Martinique. La Martinique est ici l’île qui est devenue le creuset où tous les mélanges se sont réalisés.
Les Martiniquais ont créé un langage, sont devenus un peuple, à travers une histoire complexe, bousculée de tragédies.
Aussi, j’estime qu’un Martiniquais est une personne qui a dépassé toutes les notions de couleur de peau. C’est un homme arc-en-ciel. C’est un homme de dialogues et de résiliences.
La problématique est que tant que l’individu ne s’approprie pas sa martinicanité, pour faire corps avec sa culture, son espace, son histoire, son passé… il sera toujours en errance (…) Tant qu’il n’aura pas fait ce travail, il va continuer à chercher un bouc émissaire, une illusion de justice, pour calmer sa douleur des entrailles, là où il ressent confusément que tout n’est pas à sa place.
Toutes ces choses montrent que les manipulateurs de l’Histoire n’ont pas compris que l’histoire évolue et qu’en 2020, on doit avancer vers une autre logique.
Je trouve amoral et inadmissible de sacrifier une jeunesse martiniquaise en manque de repères, en perdition, amorales et inadmissibles les manipulations mentales comme ce qui a été fait avec ces deux jeunes filles.
Il y a des dirigeants à la Martinique qui, de par leur éducation, ont transmis à la jeunesse la haine d’une partie du peuple martiniquais. Cette jeunesse haineuse se sent injustement traitée, et devient extrémiste. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que les extrémistes deviennent des vandales : quand les parents sont des militants fanatiques, leurs enfants vont naturellement vers les extrêmes. Nous demandons un vrai respect pour le travail de nos artistes vivants ou disparus…