Éruption de la montagne Pelée en 1902

L’éruption de la montagne Pelée en 1902 est une éruption volcanique, la plus meurtrière du xxe siècle ; sa nuée ardente (ou nuage pyroclastique) du 8 mai 1902 reste célèbre pour avoir en quelques minutes : entièrement détruit ce qui était alors la plus grande ville de l’île française de la Martinique, Saint-Pierre, décimé ses habitants — plus de 30 000 personnes soit 1/5e de la population de l’îlea,1, seulement trois rescapés certifiés — et coulé une vingtaine de navires marchands. Cette éruption explosive est la catastrophe la plus meurtrière du xxe siècle en France et l’éruption volcanique la plus meurtrière au monde depuis celle du Krakatoa en 1883. La destruction de la ville et de ses alentours était inévitable, mais ses habitants et de nombreux marins ont été les victimes de décisions politiques et administratives sur instructions ministérielles : refus par le gouverneur de la Martinique, Louis Mouttet, de faire évacuer la ville et de laisser appareiller les navires ancrés dans la rade afin d’assurer le second tour de l’élection législative du 11 mai.

L’éruption type de 1889/1905 dont la nuée ardente catastrophique du 8 mai 1902 n’était qu’une phase, est une référence fondamentale de volcanologie : c’est la première éruption volcanique qui ait été scrupuleusement étudiée et décrite scientifiquement (par Lacroix, Heilprin, Jaggar, Perret et beaucoup d’autres). Pour désigner ce type d’éruption Lacroix a utilisé l’expression « éruption péléenne » et pour ses événements destructeurs, l’expression « nuée ardente »b.

De par les conséquences humaines et matérielle de la sous-estimation d’un danger « naturel » imminent, cette éruption montre aussi l’importance de l’évaluation et de la prise en compte par les autorités, des risques naturels et notamment du risque volcanique. La nuée du 30 août 1902 a encore fait un millier de victimes; par contre, l’éruption de 1929/1932 n’en a pas fait, car toute la population du Nord de l’île avait été évacuée à la suite du retour d’expérience des événements précédents.

Cadre et contexte
Saint-Pierre

La ville de Saint-Pierre s’étendait en bordure de sa rade bien protégée, sur environ 3 km de long et 400 m de large, aux pieds du flanc sud-ouest du volcan ; elle était entourée de plusieurs hameaux et villages ; le tout était directement exposé aux effets des éruptions.

Saint-Pierre, surnommée le Petit Paris des Antillesc, avait été le chef-lieu de la Martinique jusqu’en 1692 et en était restée jusqu’à l’éruption de 1902 la capitale économique et culturelle. Elle avait une cathédrale, un théâtre, un lycée, un hôpital, une prison, une chambre de commerce, des consulats étrangers, un journal (Les Colonies), etc. Son port, en fait un simple mouillage dans la rade, à environ 100 m du rivage, accueillait de nombreux navires marchands internationaux pour exporter le sucre et le rhum fabriqués dans ses usines.

Volcan

Située au milieu de l’arc de subduction des petites Antilles qui compte une dizaine de volcans actifs2, à l’extrémité nord de la Martinique, la montagne Pelée est un stratovolcan gris calco-alcalin, empilement subconique de blocs et de pyroclastites plus ou moins cimentés, enrobant un axe subvertical d’andésite, racine de deux dômes juxtaposés, celui de 1902 au nord-est et celui de 1929, le sommet le plus élevé : 1 397 m. Les dômes occupent l’est de la demi-caldeira de l’étang Sec, ouverte au sud-ouest vers Saint-Pierre qui s’étend à son pied. Le cône volcanique a une surface d’environ 120 km2. Il est strié par un réseau dense de ravines rayonnantes dont la principale est la rivière Blanche qui part de l’étang Sec et se jette dans la rade, au nord de Saint-Pierre.

L’activité de la montagne Pelée, de type éruptif péléen, est modérée, avec des éruptions peu fréquentes, courtes, relativement faibles et lentes. Cependant, son dynamisme magmatique peut être violent et son évolution, difficilement prévisible.

En éruption, son magma d’andésite à labrador et hypersthène, très gazeux et très visqueux, produit des nuées ardentes par explosions violentes de dégazage, des lahars par pluies de condensation de vapeur d’eau volcanique et vidange d’étangs temporaires, construit des dômes ou des aiguilles plus ou moins vacuolaires instables, mais pas de coulées de lave. En décembre 2020, les scientifiques ont observé « une reprise de certaines formes d’activité sur la montagne Pelée », sans émission de fumerolles3.

Activité volcanique
La première phase d’activité de l’arc antillais se serait produite il y a 50 à 25 millions d’années (Ma). La phase actuelle aurait débuté vers −5 Ma, d’abord au morne Jacob (environ −5 à −2 Ma), et aux pitons du Carbet (environ −2 à −1 Ma), puis au piton Conil (plus récent que −0,5 Ma).

La montagne Pelée se serait formée il y a environ 300 000 ans sur le bord nord de la dépression de Saint-Pierre entre le morne Jacob et le piton Conil. Lors de l’épisode actuel qui aurait débuté il y a environ 13 500 ans, elle aurait eu une trentaine d’éruptions pliniennes ou péléennes, en groupes alternants plus ou moins longs et nombreux, non cycliques.

Vers 300, le volcan aurait produit une éruption qui aurait freiné le peuplement caraïbe de la Martinique. Peut-être à la suite d’une éruption au xvie siècle, les Caraïbes auraient appelé le volcan « montagne de Feu ».

Lors de l’arrivée des Français le 15 septembre 1635, le volcan venait de produire une éruption péléenne — dôme dans le cratère sommital, plusieurs nuées ardentes, destruction de la végétation sur toute la surface du volcan d’où la dénomination de « montagne Pelée ».

Depuis, le volcan a eu quatre éruptions documentées en un peu plus de 200 ans : dynamisme phréatique en 1792 et 1851/1854 (paroxysme le 5 août 1851) ; dynamisme magmatique péléen en 1889/1905 (paroxysmes les 8 mai et 30 août 1902) et 1927/1932 (paroxysme le 18 octobre 1929).

Chronologie d’événements précurseurs à l’éruption de 1902 dans le cadre de l’éruption de 1889/1905

Le jeudi 8 mai, jour de l’Ascension, une explosion se produit dans le cratère de l’étang Sec, dont le flanc était largement échancré depuis la coulée du 5 mai. Un souffle puissant, suivi en trois minutes par un immense nuage pyroclastique, la nuée ardente, bloquée vers le nord et l’est par la falaise de la caldeira et le dôme, emprunte la brèche de l’étang Sec vers la rivière Blanche, déferle à plus de 500 km/h sur la ville et, à 7 h 52f la détruit en grande partie en moins de deux minutes, incendiant les navires ancrés dans la rade.

L’explosion du bouchon provoque un embrasement du cratère et une onde de choc atmosphérique supersonique (environ 450 m/s, 30 hPa de surpression instantanée) ; puis une épaisse émulsion brûlante (environ 1 000 °C)g de gaz, d’eau et d’éléments solides en suspension s’échappe d’une bouche au pied du dôme, produisant un panache noir en forme de champignon haut de plus de 4 km au-dessus du volcan, visible à plus de 100 km à la ronde ; il s’effondre sur lui-même et la nuée descendante axée sur la rivière Blanche, couvre de boue, de blocs et de cendres une zone triangulaire définie par étang Sec, Le Prêcheur et Saint-Pierre, de plus de 40 km2h et s’arrête au milieu de la rade à plus de 1 500 m du rivagei.

Des incendies et des lahars aggravent les destructions. Selon l’endroit où elles se trouvent dans la zone ravagée par la nuée ardente, les 30 000 victimes9,A 4 succombent à l’onde de choc atmosphérique, à l’inhalation de gaz brûlants, à de profondes brûlures, à des chutes de blocs volcaniques, à des écroulements de bâtiments… Le gouverneur Louis Mouttet et son épouse Hélène de Coppet périssent dans la catastrophe. Il y a trois survivants parmi les habitants de Saint-Pierre : Louis-Auguste Cyparis et Léon Compère qui doivent leur salut à la solidité ou à l’éloignement des bâtiments qu’ils occupent, mais sont gravement brûlés, et Havivra Ifrile, une fillette qui est dans la barque avec son frère et qui est sauvée par le croiseur Suchet. Il s’agit de la catastrophe la plus meurtrière du xxe siècle en France et l’éruption volcanique la plus meurtrière au monde depuis celle du Krakatoa en 1883.

Premier secours venant de Fort-de-France, ce navire se présente à l’entrée de la rade à 12 h 30, mais la chaleur l’empêche d’y entrer avant 15 h ; il peut secourir des marins et des passagers du navire marchand Roraima puis des autres navires10 en feu au mouillage dans la rade ; la plupart sont morts à terre, une vingtaine ont survécu.

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