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Lettre de Gary Klang à Marco Rubio

Mon Cher Marco,

Tu as 55 ans et moi 84. Vu la différence d’âge, je t’écris comme un père écrirait à son fils. Sans haine et sans colère, car je pense que notre monde a besoin de beaucoup d’amour, surtout par les temps qui courent. Je ne vais donc pas ajouter du négatif à une situation qui en a déjà trop.

Tu voudrais, semble-t-il, renverser le régime cubain. Je ne connais pas l’histoire de ta famille mais tout porte à croire que tu voudrais te venger de la Révolution castriste. Cependant, tu n’ignores sûrement pas ce qu’elle a apporté à la patrie de tes parents en réalisant ce que aucun gouvernement américain n’a jamais fait pour son peuple.

Fidel a éliminé le préjugé de couleur qui pourrissait le pays. Il a aussi donné à tous les Cubains l’éducation et les soins gratuits au point que certains Américains viennent se faire soigner à la Havane. Son système universitaire forme des milliers de médecins qui vont partout dans le monde. J’en ai vu en Haïti, mon pays de naissance. Ils vont dans les coins les plus reculés pour soigner les malades, là où les médecins haïtiens ne se rendent pas.  Lire Plus

« Parlons bonheur « , de Gary Klang

— Par Gary Klang —
Au cours de ma longue vie, j’ai vécu trois expériences de vrai bonheur qui m’ont permis de comprendre qu’il n’y a rien là d’utopique.
La première eut lieu en mai 68, à Paris. Surgi de nulle part, ce soulèvement de jeunes grimpant aux barricades, comme leurs ancêtres de la Commune, fut tellement inattendu qu’un journaliste se plaignait peu de temps avant de ce qu’il n’y avait rien d’intéressant en France, et qu’on s’y ennuyait. Mais voilà que sans crier gare les Parisiens semblaient heureux de vivre. Eux qui hier encore étaient mornes et renfrognés, d’un coup et comme par miracle ils se tutoyaient dans les rues pleines de passants souriants. J’ai vu de vieux messieurs, cravate bien mise et chapeau vissé sur la tête, nous adresser la parole spontanément et nous offrir un morceau du pain qu’ils venaient d’acheter. Bref, tout ruisselait de bonheur dans la Ville Lumière.
Ma deuxième expérience, je l’ai vécue à Montréal en compagnie de mon ami, le poète Davertige. Féru de mysticisme et toujours en quête d’inconnu, Dave m’invita un jour à aller rencontrer un sage hindou dont il avait entendu parler.
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« J’en ai marre », de Gary Klang

— Par Gary Klang —
J’en ai marre vous dis-je
Marre de la mer que l’on dit morte
Et de celle qui se retire sans crier gare
Marre de voir interdire à certains le droit de vivre
Comme si cela allait de soi
Comme si ce n’étaient pas des hommes des femmes et des enfants qui ne demandent qu’à jouir de la tendresse du jour et de la nuit
Sans l’affreux bruit des bombes et de la mort
Oui triste triste était mon âme
Même si jamais je n’ai connu ni le fracas des bombes
Ni l’odeur âcre de la mort
O Dieu des hommes
Faites que les murs et que la haine s’effacent
Tout comme le désir de tout avoir
Tout posséder
Sous prétexte que ces lieux n’appartiennent pas à ceux qui pourtant y ont toujours vécu
L’autre soir
un ami me disait que Judas Iscariote s’était pendu sur la terre de ses ancêtres
Dépossédés par ceux qui se croyaient chez eux
Au point que sa famille se retrouva sur une île des Antilles
Mais au lieu de trouver le repos
Il vit un jour sa maison brûler telle une torche maudite
Avec ses parents rendant l’âme devant lui impuissant
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« Les mots », de Gary Klang

— Par Gary Klang —
Les mots

Les mots sont fatigués mes frères

Tous ces grands mots qu’on nous jette à la face

Ils ont un goût de vomissure

 

Comme ces sources puantes

Près de la mer caraïbe

Où enfant je plongeais joyeusement

Malgré l’odeur de soufre

 

Les mots sont fatigués mes frères

Les mots en ont assez

Et plus personne n’y croit

 

Les mots divisent

Les mots séparent  Lire Plus

Voyage féérique au Macoutistan, le « pays » du grand poète et romancier Gary Klang…

—  Par Robert Lodimus —
     Le 27 février 2025, les parents, les collègues et les lecteurs de Jean-Pierre Basilic Dantor Franck Étienne d’Argent, alias Frankétienne, l’ont accompagné à sa dernière demeure avec une profonde tristesse. L’enfant de « Ravine-Sèche » allait célébrer sa quatre-vingt-neuvième année d’existence le 12 avril prochain, dans une capitale en lambeaux, méconnaissable, pariatisée, livrée pieds et mains liés, – comme le Fils de l’Homme à Hérode Antipas –, aux lycanthropes d’Hadès et de Perséphone, le dieu et la déesse des enfers. Franck Étienne a traversé, – pour reprendre le jargon utilisé dans le vaudouisme –, sans avoir accompli son rêve : obtenir le prix Nobel de littérature. Peut-être, entrera-t-il dans l’histoire à l’instar de l’écrivain suédois nobélisé à titre posthume en 1931, Erik Axel Karlfeldt, – quoique celui-ci l’eût refusé de son vivant en 1918 –,  pour son ouvrage Cor d’Automne (Höstorn), paru pour la première fois en 1927. Car, dans bien des cas, la mort n’est pas arrivée à gommer l’opiniâtreté des « obsessions subjuguantes ». Et puis, « mieux vaut tard que trop tard !»
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« Ma pauvre île », par Gary Klang

Ma pauvre île

Ma pauvre île
Tu connus la douceur amérindienne
La reine Anacaona
Et le cacique Henri
Les caresses de la lune
Et le rire du soleil
Lorsqu’un jour
Débarquèrent les conquistadors
Avec leurs lances et leur violence

Commencèrent alors
La traite et l’esclavage
Les nez les bras coupés
Les hommes enfouis sous terre
Avec du miel sur la tête
Pour attirer les abeilles

Puis ce furent
Les présidences en cascade
Et des êtres
Avides de pouvoir
Et sans cesse renversés
Telles des quilles folles  Lire Plus

Voyage féérique au Macoutistan, le « pays » du grand poète et romancier Gary Klang…

— Par Robert Lodimus —

Le 27 février 2025, les parents, les collègues et les lecteurs de Jean-Pierre Basilic Dantor Franck Étienne d’Argent, alias Frankétienne, l’ont accompagné à sa dernière demeure avec une profonde tristesse. L’enfant de « Ravine-Sèche » allait célébrer sa quatre-vingt-neuvième année d’existence le 12 avril prochain, dans une capitale en lambeaux, méconnaissable, pariatisée, livrée pieds et mains liés, – comme le Fils de l’Homme à Hérode Antipas –, aux lycanthropes d’Hadès et de Perséphone, le dieu et la déesse des enfers. Franck Étienne a traversé, – pour reprendre le jargon utilisé dans le vaudouisme –, sans avoir accompli son rêve : obtenir le prix Nobel de littérature. Peut-être, entrera-t-il dans l’histoire à l’instar de l’écrivain suédois nobélisé à titre posthume en 1931, Erik Axel Karlfeldt, – quoique celui-ci l’eût refusé de son vivant en 1918 –, pour son ouvrage Cor d’Automne (Höstorn), paru pour la première fois en 1927. Car, dans bien des cas, la mort n’est pas arrivée à gommer l’opiniâtreté des « obsessions subjuguantes ». Et puis, « mieux vaut tard que trop tard !»  Lire Plus

« Les Merveilleuses Années 60 », de Gary Klang

— Par Gary Klang —
Rien ne remplacera les années 60. J’ai eu la chance de vivre Mai 68 aux premières loges, habitant au 34 de la rue Gay-Lussac, à l’endroit même où fut érigée la première barricade. Je revois encore Dany le Rouge passant devant chez moi et haranguant ses troupes. Dans mon appartement, se trouvaient plusieurs de mes amis ainsi que des habitants de l’immeuble dont une fille que nous appelions Tête de Poisson, une communiste endurcie qui nous chantait des airs de balalaïka. Mon copain Bobby Labrousse, alias Brebis Galeuse, enfonça rageusement dans le nez de Jules Badeau – autre surnom – une plume qu’il tira d’un coussin, n’en pouvant plus de l’entendre déconner. Ce soir-là, Jean-Claude O’Garro resta dormir chez nous de peur d’être arrêté par les CRS. Je dus le faire asseoir sur une chaise n’ayant pas assez de lits. Soulignons que, juste en dessous de chez moi, vivait mon amie, Madame Paul Fort, la femme du poète, qui me parlait des célébrités qui venaient autrefois la visiter, tels Paul Valéry ou Georges Brassens.
Les années 60 me donnèrent également l’occasion de voir le Général de Gaulle, accompagné de André Malraux lors de l’hommage rendu à Jean Moulin sur la place du Panthéon, à deux pas du 34 de la rue Gay-Lussac.
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« Lorsque le monde prend goût de cendre », par Gary Klang

Lorsque le monde prend goût de cendre
Par Gary Klang

Lorsque le monde prend goût de cendre
Et que tout semble
Si lourd
Si vain

Lorsque le monde prend la couleur du gris
Malgré le soleil rouge et dur
On se demande
Pourquoi le pin auprès de la rivière
L’oiseau qui chante
Et à quelle fin le jour

Le sens se perd et l’on voudrait dormir à tout jamais du sommeil de l’enfant
Ne plus souffrir
Quitter un lieu de leurres et de mensonges
Où seul compte ce droit que l’on dit du plus fort
Masqué du beau nom d’hommes
Qui ne savent plus à quelle porte frapper
Dans un monde
Où la loi est mirage
Et la fausseté la loi
Un monde où les pièces du puzzle ne trouvent jamais leur place

Le sens s’est effondré sous les chars et les balles
Comme si tout cela n’était qu’un film et qu’on va ouvrir l’œil
Pour quitter un cauchemar qui n’a lieu qu’à l’écran
Mais le cauchemar traverse l’écran et prend pied dans les
cœurs

Y a-t-il quelque part une terre où habiter

GARY KLANG  Lire Plus

« Fidel Castro » par Gary Klang

Fidel Castro (tout comme le Che) représente à mes yeux l’un des plus grands héros de tous les temps.
— Par Gary Klang —

Avant la prise du pouvoir, j’habitais à Port-au-Prince, dans le quartier de Bourdon, et à côté de chez moi se trouvait une pension de famille qui appartenait à ma grand-tante et où logeait l’ambassadeur de Batista, un certain Valdivia. Comme à l’époque il y avait couvre-feu, car le vieux fou de Duvalier jouissait de terroriser son peuple et que tout le monde s’ennuyait, Valdivia venait tous les soirs s’entretenir avec mes parents. La zone étant isolée, il n’y avait aucun danger. Les deux voisins, qui habitaient de l’autre côté, venaient eux aussi se joindre à nous. Il s’agissait de l’avocat Georges Rigaud et d’Hubert Legros, deux opposants à Duvalier qui tuaient le temps en ourdissant des complots qui, hélas, furent tous des échecs. Je revois encore Valdivia disant en souriant malicieusement que Fidel était un hurluberlu qui n’avait aucune chance de vaincre. Mais le Destin fit mentir Monsieur l’Ambassadeur qui fut rappelé à la Havane et fusillé.  Lire Plus

« Adieu Aylan », un poême de Gary Klang

A l’heure ou souffle un vent de haine aux États-Unis contre les Haitiens, je leur dédie mon poème pour le petit Aylan Kurdi mort d’avoir voulu trouver une terre d’accueil

Le grand responsable
celui que je nomme come mierda
l’épouvantail a la tignasse blonde

Adieu Aylan

Plus rien
Que l’ombre de la mer
Et l’enfant
Qui paraît endormi
A jamais seul
La tête bercée par cette eau calme
Comme une dernière caresse
Sa mère
N’est plus là pour le faire

Adieu Aylan

Je ne t’ai pas connu
Mais c’est tout comme
Tu es l’enfant du monde
L’enfant de tous les hommes
De toutes les femmes
L’enfant qu’on n’a pas eu

Adieu Aylan

Même allongé dans cette eau calme
Telle une poupée de chair
Tu te dresses à jamais
Contre tous ceux qui t’ont tué
Ces petits hommes
Vautrés
Dans leur démence
Et leur insignifiance

Adieu Aylan

Bonne route
Ton petit corps a fui le bateau ivre
Pour les terres de lumière
Qu’il repose à jamais dans les étoiles

Gary Klang

 

 

Le corps d’Alan Kurdi, trois ans, a été retrouvé sur la côte turque, à Bodrum.  Lire Plus

L’écriture inclusive terrassée par le verdict sans appel du poète et romancier montréalais Gary Klang

— Par Robert Berrouët-Oriol, linguiste-terminologue —

Originaire d’Haïti, le poète et romancier Gary Klang vit à Montréal depuis une soixantaine d’années. Il est un écrivain majeur de la littérature francophone haïtienne contemporaine et son œuvre comprend des recueils de poésie, des romans, des nouvelles, des essais et une pièce de théâtre (voir son dossier d’auteur sur le site île en île). Je l’ai rencontré pour la première fois à Montréal au domicile d’Anthony Phelps à la fin de mes études secondaires et depuis lors je lui voue une belle amitié et un grand respect. Attentif aux « bruissements de la langue » dont parle le sémiologue et essayiste Roland Barthes et à l’écoute du tumulte entourant divers corps d’idées sur la langue française, Gary Klang vient de faire paraître en France, dans le magazine Le Point daté du 12 mai 2024, une remarquable « Tribune » intitulée « L’écriture inclusive, connerie suprême, selon Gary Klang ». L’accroche introductive de ce texte est ainsi formulée par la rédaction du magazine : « Du Québec, l’écrivain haïtien Gary Klang nous livre sa consternation devant la « défiguration » de la langue française et la « moraline » qui le désole.   Lire Plus

« À tous les enfants qui souffrent », Klang & « La cogida y la muerte », Lorca 

—Par Gary Klang —

Il y a la main tendue
Qui ne sait pas comment gagner le cœur
Il y a les yeux hagards
De l’enfant qui n’a jamais souri
Il y a tous ceux
Pour qui la terre est un grand astre mort

Il y a la haine et la misère
la geôle et la maison de boue
Il y a tous ceux qui ont
Et tous ceux qui n’ont pas

Il y a enfin
Dans la mer Caraïbe
Une île sans arbre
Qui se perd dans la mer  Lire Plus

« Deux arbres rouges »

Deux arbres rouges
Deux arbres rouges me regardent par la fenêtre
Deux arbres tels des gardes rouges
Ils me fascinent par leur beauté
Leur calme
Et me font oublier toutes les laideurs du monde
Je pense à la Révolution
Je pense à ce surhomme
Qui traversa fleuves et montagnes
Tout en combattant l’ennemi chinois
Et l’ennemi japonais
Qui dit mieux mes amis
Sans oublier le docteur Béthune
L’immense docteur Béthune
De Montréal
Qui accompagna le président Mao au nom de la Révolution
Je pense également à Fidel
Et au Che
Qui donna sa vie pour les misérables
Comme aurait dit Victor Hugo
Eux aussi firent une épopée
Et c’est un devoir de mémoire que je veux ici leur rendre
Pensons à eux
Car aujourd’hui où l’argent est roi
Il nous faut
Pour ne pas mourir
Respirer l’air des hauteurs
Et de la grandeur
GARY KLANG
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Thélyson Orélien

— Par Gary Klang —
Je connais Thélyson Orélien depuis son exil d’Haïti et son arrivée à Montréal. Il était venu à la maison, accompagné d’un ami écrivain et éditeur afin de discuter d’un manuscrit qu’il nous avait soumis.
Je comprends ce qu’il a pu ressentir en quittant la mère patrie à cause du séisme de 2010. Mon séisme à moi était d’une autre nature et avait pour nom Duvalier. Je sais donc, tout comme lui, ce qu’est l’exil que j’ai nommé ex-île – le titre de mon premier recueil de poèmes, paru en France.
Si j’évoque aujourd’hui Thélyson c’est que je voudrais pouvoir l’aider et que son cas m’intéresse à un double point de vue : d’une part, parce que je le connais et aussi en tant qu’auteur intéressé par tout ce qui touche à la littérature, étant moi aussi écrivain – j’ai écrit une bonne vingtaine d’ouvrages dans tous les genres et j’ai été président de la Société des Écrivains Canadiens.
Il faut aider Thélyson et ne pas tirer sur un homme qui se trouve par terre et sans défense.
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Mes chers Trompinou et Rubicon,

— Par Gary Klang —

Je me fais l’avocat, non pas du diable, mais d’un pays que j’aime beaucoup : Cuba. Pourquoi nuire à ce pays qui a fait l’une des plus belles révolutions du monde avec à sa tête un certain Fidel Castro, accompagné d’un dénommé Che Guevara ? Révolution qui a permis de donner l’éducation et les soins gratuits à tout un peuple et d’envoyer des médecins partout dans le monde pour soigner les plus pauvres. J’en ai vu en Haïti. Sans oublier l’envoi de troupes en Angola par ce même Fidel, afin d’aider Nelson Mandela à se libérer de l’apartheid. A-t-il eu tort ? Bien sûr que non. Alors, Trompinou et Rubicon, pourquoi ne pas imiter ce que font les Cubains au lieu de vouloir les détruire? J’avoue avoir du mal à vous comprendre. Est-ce parce que Rubicon en veut au pays de ses parents que la Révolution aurait chassés ? Cela ne le grandirait pas. Alors, un conseil : changez votre fusil d’épaule. Soyez l’ami des Cubains. Laissez-les libres de choisir leur régime et tout ira pour le mieux.  Lire Plus

« La vie est la farce à mener par tous », « Lettre d’amour à Haïti

La vie est la farce à mener par tous
— Par Gary Klang —
La vie est la farce à mener par tous
Il faut rire les amis
Rire à n’en plus pouvoir
Rire à la mer et aux étoiles
Rire au mal et à la mort
Rire
Car la vie est une farce
Rien qu’une farce
Comme dit le poète
Qui s’en allait
Les mains dans les poches crevées
Oui mes amis
Quelle farce la vie
Sortir d’un trou
Pour finir dans un autre
Nous sommes tous des migrants
Mais refusons de voir
Prenant tout au sérieux
Trompant
Tuant
Au lieu de rire
Rire au soleil
Et à la lune
Rire à l’absurde
Rire à n’en plus pouvoir
Alors
Ce serait joie sur terre
Qui ne serait plus vallée de larmes
Mais océan de bonheur
Où chacun se donnerait la main
Noirs Blancs Jaunes Rouges
Le soleil brillant enfin pour tous
O Oui mes frères
Tendons-nous tous la main
Afin d’être joyeux
Et de rire
Car la vie est une farce à mener par tous
Rien qu’une farce
Non rien n’est jamais sérieux
GARY KLANG
*****
***
*
Lettre d’amour à Haïti
Par Gary Klang
Ma chère île
Qu’est-ce qui t’arrive
Toi jadis si belle
Si fière
Au point que l’on t’appelait Perle des Antilles
Te voilà maintenant la proie des gangs et des malfrats
Même le soleil détourne le regard
Tu n’es plus que l’ombre d’un grand passé défunt
L’ombre d’une grande histoire
L’ombre d’une ombre
Et tes bougainvilliers
Que sont-ils devenus
Eux qui jadis grimpaient si joyeusement aux murs
O terre aimée
Terre de rêve au goût d’amande
Qu’est devenue la ville où je suis né
Je ne la reconnais plus
Ni le Champ-de-Mars tant de fois parcouru
Aujourd’hui champ de boue
Qu’est-ce qui t’a pris ô mon île
Tu fais peur maintenant par ta violence
Et les lieux que j’ai connus jadis n’existent plus
Ces lieux où il fit si bon vivre
Je me rappelle ces marchandes descendues des montagnes
Venues pieds nus
Dans la poussière et sur les cailloux
Avec leur panier sur la tête
Afin de vendre quelques légumes
Je revois également les amis
Passant sans s’annoncer
Nous discutions de tout et de rien
Surtout de rien
Histoire de passer le temps
Il y avait aussi les promenades du dimanche soir au front de mer
Autour de la fontaine
Avec son doux murmure d’enfant heureux de vivre
Quelle tristesse d’y penser
Je ne te reconnais plus ô ma terre
Depuis la venue d’un médecin fou
Qui tuait au lieu de soigner
Celui par qui tout le mal est arrivé
Non rien n’est plus comme avant
Mais je garde espoir
Réveille-toi ô mon île
Et sors de ta léthargie
Redeviens celle que tu étais
La fierté de tout un peuple
N’oublie jamais que là où Spartacus a échoué
Toi par tes seules forces
Tu t’es défaite des chaînes de l’esclavage
Sois un modèle ô ma terre pour l’humanité tout entière
GARY KLANG
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La mort n’existe pas

— Par Gary Klang —

Il y a plus de choses dans le ciel et sur la terre, Horatio, que n’en rêve votre philosophie (Shakespeare, Hamlet)

Je vais vous raconter une histoire qui semble tout droit sortie d’un roman de Stephen King ou d’Edgar Poe, et pourtant tout y est vrai. Elle met en scène le soussigné en compagnie de ses amis Georges Anglade et Gérard Aubourg, sauf qu’à l’époque
Georges était déjà mort et enterré. Certains vont en rire mais j’en prends le risque. Riez, riez, belles âmes ! Cela dit, je peux fort bien comprendre que lorsque Gérard et moi racontions ce qui nous arriva, les amis souriaient d’un air de dire que notre
place était à l’asile de fous de Pont Bedète. Mais tant pis, je prends le risque de passer pour cinglé, car je tiens à partager avec vous ce qui nous arriva par un bel après-midi d’été à Montréal.

Nous étions installés dans le café La Brûlerie, Gérard et moi, à une table où je faisais face à l’entrée, tandis que Gérard regardait le fond de la salle.  Lire Plus

Je vais au gré du vent

Je vais au gré du vent
— Par Gary Klang —
Je vais au gré du vent
Et ne sais où aller
Les chemins ne mènent nulle part
Et tout s’embrouille
La lune ne brille plus comme avant
Même le soleil paraît maussade
On dirait
Un feu d’enfer surgi pour nous narguer
Et c’est alors qu’une voix venue d’ailleurs murmure
Voici le temps des petits hommes
Tous les grands sont partis
Nous laissant seuls
Oui triste triste est ma pauvre âme
Ami
Alors que faire me diras-tu
Les guerres surgissent à tout propos
Tels des feux fous
Accompagnées de bombes aveugles
Et moi je vais
Au gré du vent mauvais
Ne sachant où aller
Pareil à l’homme
Laissé seul dans un désert de sable
Pas d’autre choix qu’attendre
J’attendrai donc
Qu’une porte s’ouvre
Et que quelqu’un m’accueille
Car je n’ai plus
Ni parents
Ni amis
Je suis
Comme un enfant que sa mère abandonne
O oui Ami
Triste triste est mon âme
Et j’attends
GARY KLANG
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Lettre à un raciste

— Par Gary Klang —
Salut raciste,
Tu me détestes parce que j’ai la peau noire, mais bizarrement, pour les grands jours, tu revêts un smoking noir. Va comprendre. Tu te crois supérieur aux autres parce que t’as la peau blanche, comme ce cinglé d’Hitler qui, soit dit en passant, était plus proche du méditerranéen que du Danois. Plus cinglé que ça tu meurs et il l’était tellement que dans sa haine il décida un jour sans crier gare d’éliminer tous les juifs de la terre. Et le pire dans cette affaire est qu’il n’a trouvé personne pour lui dire qu’il divaguait. A quoi pensaient donc les Germains ? Reprends-toi, Adolf. Reviens sur terre. Est-ce parce que les juifs se disent le peuple élu, et que tu penses que cet honneur te revient de droit ? Tu vois bien que nous nageons dans l’absurde, car il n’y a personne d’élu. Qui les aurait élus ? Sache qu’on se sent tellement mieux en accueillant l’autre, en lui ouvrant les bras, au lieu de le repousser. Tellement heureux en choisissant le bien au lieu du mal.
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Les Chiens des ténèbres

— par Gary Klang —
«Prends les poils de la queue d’un chien noir, qui n’aura rien de blanc, avec un peu de sa graisse, qu’on fera fondre; ensuite que l’on fasse une mèche de quelques morceaux d’un drap mortuaire et qu’on frotte avec ce que l’on a composé; si on l’allume sur une lampe verte avec de l’huile de sureau, dans une chambre où il n’y aura pas d’autre lumière, on verra des choses admirables et surprenantes» (Le Grand Albert)
Port-au-Prince dormait encore lorsque le président Faustin se réveilla à 5 h du matin en pensant à
une phrase de Robespierre :
« On conduit le peuple par la raison et les ennemis du peuple par la terreur.» 
 
Certes, il fallait conduire les ennemis par la terreur, leur couper les couilles, la tête et la parole, mais aucun peuple ne méritait d’être conduit par la raison. Robespierre était naïf mais lui, Faustin, n’avait qu’un but : éliminer tous ses ennemis.
Pour ne plus être humilié.
Il n’oublierait jamais ce petit homme, pourtant noir lui aussi, qu’il avait eu pour prof à la fac de médecine dans les années 40.
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Tout s’en va à vau-l’eau

— Par Gary Klang —

Tout s’en va vau-l’eau
Tout ce qui est ne sera plus
La mer se retire
Et moi
Je pense au temps passé
Au temps défunt
A la maison tombée dans la poussière
Un soir où tout semblait si calme
Et je me dis
Pourquoi tout va si mal
Qu’est-ce qui pousse à mal faire
Tel ce médecin soignant le pian
Et qui une fois élu
Ne guéris plus personne
Mais tua ceux qui jamais ne lui ont fait de mal
Tout comme ces petits hommes en pantalons flottants dans la forêt
Éliminant leur propre peuple à coups de barres de fer
Puis vidant toutes les villes
Leur chef aimait pourtant Verlaine
Sans oublier ceux qui un jour voulurent éliminer le peuple de la Bible
Les cheminées crachant la chair humaine
Et tuant à qui mieux mieux
Pourquoi donc ô mon Dieu
Pourquoi le mal
Pourquoi certains prennent-ils les chemins creux
Alors que la grand-route apporte la lumière
Comme une nuit calme baignée d’étoiles
Une nuit parfumée au jasmin
Allez comprendre

Gary Klang  Lire Plus

Algérie, ce pays presque mien

En l’honneur de mon ami-frère Karim Akouche
— Par Gary Klang —
Lorsque mon ami-frère Karim Akouche m’incita à écrire un texte sur l’Algérie, j’ai su tout de suite que j’allais remuer beaucoup de souvenirs et de points sensibles car, bien que n’y étant jamais allé, ce pays presque mien me tient autant à cœur qu’Haïti, la France ou le Canada.
Je suis né en Haïti. Ma mère et mes grands-parents maternels sont eux aussi nés dans cette île, ce qui fait de moi un vrai natif natal, comme on dit là-bas. Tandis que mon grand-père paternel a vu le jour à Bône (Annaba) en Algérie, le 6 septembre 1883. La guerre de 1870 chassa Napoléon le Petit, mais aussi mon arrière-grand-père de Metz, en Alsace-Lorraine. Voici ce qu’en dit mon grand-père, Charles Klang, dans ses Mémoires :
« Pieds nus dans la neige et sous la rigueur du froid en hiver, c’est ainsi qu’il (son père Louis-Arthur) s’est battu. A la reddition de Metz, où il se trouvait alors, les Allemands lui offrirent le choix : ou demeurer à Metz et devenir Allemand, ou laisser la ville dans les 24 heures.
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Ode au Che

Prévisualiser (ouvre un nouvel onglet)— Par Gary Klang

O Che
Un jour
Par haine de l’injustice
Tu partis à la défense des opprimés
Sur les routes de poussière et dans la jungle
Malgré l’asthme qui ne t’a jamais quitté

Tout allait bien
Tout prenait sens
Mais tout prit fin dans un village perdu des Andes
L’homme de main te croyait vaincu
Mais ce qu’il ignorait
C’est que tu vivrais éternellement dans la mémoire des hommes

Adios Compañero Heroico
Je te salue de tout mon cœur
De toute mon âme
Repose en paix
Car ton corps
Allongé presque nu sur une table de campagne
A vaincu la mort à tout jamais  Lire Plus

Ma belle langue créol,

—Par Gary Klang —
O mon créole,
Tu es peut-être la seule langue au monde où la notion de faute n’existe pas. Mais au pays où je suis né, dans cette île jadis nommée Perle des Antilles, les gens qui se disaient de bien pensaient que tu ne devais être parlée que par les gens du peuple. Je me souviens qu’à l’école quiconque osait s’exprimer en créole était puni.
Et pourtant, comme tu es belle et comme tu rayonnes. Tu portes en toi ce qu’aucune autre langue au monde ne possède : l’absence de faute et de culpabilité. Toute voum sé do. Personne ne sera jamais pointé du doigt.
Tu portes en toi tous les parfums de l’île, toutes ses odeurs. La beauté des bougainvillées, la saveur de la mangue, l’inoubliable ilang-ilang qui parfumait les nuits de mon enfance.
Je revois l’oiseau-mouche sautant de fleur en fleur, heureux de vivre; la marchande descendant des montagnes en portant sur la tête un amas de légumes; pieds nus, sourire aux lèvres et sans jamais se plaindre.
Oui, j’aime le créole, j’aime ce peuple courageux si digne dans sa souffrance.
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