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« L’Histoire du soldat – Listwa solda a » de Rodolf Étienne

Vendredi 31 ocotbre à 18h à la bibliothèque Schoelcher (FdF)

A l’occasion de la présentation de l’ouvrage de traduction créole « L’Histoire du soldat/Listwa solda a« , de Charles Ferdinand RAMUZ et Rodolf ETIENNE, paru aux Editions L’Harmattan en février 2024, le vendredi 21 octobre 2025, à partir de 18h30, à la Bibliothèque Schoelcher, 1, rue de la liberté à Fort-de-France, voici une présentation par le traducteur de la fameuse pièce. Une présentation que vous redécouvrirez lors de cette rencontre.

Histoire du soldat

Première création : Théâtre de Lausanne, 28 septembre 1918

Sous la direction musicale d’Ernest Ansermet (Suisse)

« Mon vrai besoin, c’est d’agrandir… »

Charles-Ferdinand Ramuz, Lettre à Henry Poulaille, mai 1924.

« Cette époque, la fin de l’année 1917, fut une des plus dures de ma vie… »

Igor Stravinsky, Chroniques de ma vie, 1935.

L’HISTOIRE

Joseph Dupraz, soldat pauvre qui rentre chez lui, pour quinze jours de congé qu’il a, vend son âme, représentée par son violon, au Diable, contre un livre qui lui prédit l’avenir.

Après avoir suivi le Diable, et lui avoir montré comment se servir du violon, Joseph retourne dans son village.

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« Histoire du soldat », de Charles Ferdinand Ramuz traduit en créole par Rodolf Étienne

Préface de Jean-Louis Pierre
L’Histoire du Soldat est un conte de Charles Ferdinand Ramuz sur une musique d’Igor Stravinsky.

Un soldat pauvre vend son âme (représentée par son violon) au Diable contre un livre qui prédit l’avenir. Après un séjour offert par le Diable, il revient dans son village. Mais au lieu de durer trois jours, le séjour a duré trois ans. Lorsqu’il revient dans son village, personne ne le reconnaît. Le soldat utilise alors le livre pour devenir riche. Mais incapable d’être heureux avec sa fortune, il joue aux cartes contre le Diable, son argent contre son violon. Le Diable se laisse voler le violon et le soldat peut s’enfuir. Il arrive dans un royaume où une princesse malade est promise par son père le Roi à qui la guérira. Il réussit cette épreuve et épouse la princesse. Malheureusement, cette dernière cherche à connaître son passé. Le soldat quitte le royaume et sa protection et il est emporté par le diable.

« Étrange rencontre » que celle de ces deux immenses créateurs ; profitable à l’un comme à l’autre. Précieuse pour Stravinsky à une étape particulièrement difficile de sa vie, marquante pour Ramuz dont l’écriture va se faire encore plus audacieuse et novatrice comme en témoignent les textes écrits entre 1917 et 1920.

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Rodolf Étienne : « Aujourd’hui encore, nous avons affaire à un lectorat créole quasi analphabète… »

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A l’occasion de la publication du Traité sur la tolérance » de Voltaire qu’il a traduit en créole Rodol Étienne nous a accordé un entretien.

Madinin’Art : Le Traité sur la tolérance connaît un succès de librairie non démenti à ce-jour, suites aux attaques terroristes qui ont bouleversé la France en 2015. Vous publiez aujourd’hui une traduction en créole. La première question qui vient est : quelle nécessité avez-vous éprouvée pour ce faire?

Rodolf Étienne : Ce texte est une commande de l’éditeur Idem Editions. Son directeur, qui est un ami personnel et pour qui j’ai un grand respect pour son engagement littéraire et éditorial, m’a présenté le texte en me demandant si cela m’intéresserait. Et c’est à partir de là que tout semble provenir de la magie. Parce que ce texte, après ma première lecture, répondait parfaitement aux questionnements liés à la langue, sur plusieurs aspects essentiels, que je me posais justement. J’étais justement en pleine réflexion et écriture d’un colossal exposé sur les problématiques de traduction créole que je devais présenter à l’Université Birmingham en Angleterre. Le projet n’a pas abouti, je me suis consacré à la traduction du Traité sur la Tolérance.

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Aimé Césaire Précurseur d’une métamorphose. Tracé d’une aliénation par Rodolf Etienne

 

Aimé Césaire

 

Précurseur d’une métamorphose
Tracé d’une aliénation

 

 par Rodolf Etienne

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 I. Tracé d’une aliénation

 Eléments de définition

 

Puisqu’il en faut une pour ouvrir le débat, considérons la définition suivante du terme créole, tirée du dictionnaire Larousse,

 

n. et adj. d’abord attesté sous les formes hispanisantes crollo (1598), criollo (1643), puis francisé en créole, en 1670. Il est emprunté à l’espagnol criollo (1590), lui-même emprunté au portugais crioulo, seulement attesté en 1632 au sens de « métis noir né au Brésil ». Ce mot est dérivé, avec un suffixe mal éclairci, de cria, dérivé régressif de criar « élever » (espagnol criar), issu du latin creare, signifiant « créer ».

 (…)

L’expression  langue créole, attestée en 1688 et reprise au XIXème siècle, est probablement un emprunt direct au portugais, à en juger par la localisation de la première attestation relative au créole portugais parlé au Sénégal1. Et jusqu’à la fin du XIXème siècle, les créoles étaient considérées comme une simple altération du français, de l’anglais, du néerlandais, du portugais ou de l’espagnol.

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Mumia Abu Jamal : « Les couloirs de la mort doivent disparaître ! »

— Propos recueillis par Rodolf Etienne —

mumia_abu_jamal-325Mumia Abu Jamal est né le 24 avril 1954 à Philadelphie (Pennsylvanie), journaliste, écrivain et militant afro-américain. Il a été condamné en 1982 à la peine de mort pour le meurtre de Daniel Faulkner, un policier de Philadelphie. Une mobilisation internationale a eu lieu en faveur de sa libération. Il est devenu un symbole pour beaucoup d’opposants à la peine de mort.
Le 9 décembre dernier, pour marquer l’anniversaire de l’emprisonnement de Mumia Abu Jamal, une série de manifestations étaient réalisées dans le cadre d’une campagne intitulée « Bring Mumia Home – Ramenez Mumia à la maison » , lancé par plusieurs organisations de soutien à Mumia Abu Jamal. Dans leurs discours ces organisations déclarent : « Demandons au Ministre de la Justice, Eric Holder, de reconsidérer le dossier de Mumia Abu-Jamal et au Gouverneur Tom Corbett de procéder à sa libération immédiate en raison du fait que sa condamnation à mort a été jugée contraire à la loi en 2011 et qu’il est malgré tout condamné à la prison à vie pour le meurtre présumé du policier Daniel Faulkner en 1981 à Philadelphie ».

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La pan-créolité ou la dynamique d’une identité créole internationale. Le rôle des grandes capitales

par Rodolf Etienne

 

Introduction

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L’exposé qui suit s’inscrit en droite prolongation des arguments énoncés en préface de l’ouvrage Les Indes/Lézenn, traduction créole de Les Indes d’Edouard Glissant, publié en version bilingue français/créole, aux Editions « Le Serpent à Plumes » en septembre 2005.

Il s’attache à démontrer le rôle des grandes capitales dans la pleine valorisation de l’identité pan-créole.

Un peu d’histoire

En soi, l’affirmation d’une volonté pan-créole n’a rien de nouveau. En 1950 déjà, pour parler de la Martinique, le créoliste Gilbert Gratiant auteur de Fab Compè Zicaq (Désormeaux. 1976) affirmait sa volonté (son rêve !) de voir un jour « tous les créoles du Monde réunis ». Plus tard, à la suite de Gilbert Gratiant (qui n’a d’ailleurs jamais cessé d’être un militant pan-créole), la pan-créolité et les réflexions qu’elle soutient ont mobilisé de nombreux créolistes, engagés dans des études avisées en matière d’identité créole.

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Passion d’artiste : 2026, année Constantin Brâncuși

Quand l’Europe célèbre l’un de ses fondateurs

— Par Rodolf Étienne —

En proclamant 2026 « Année Constantin Brâncuși », la Roumanie, sa terre natale, ne se contente pas seulement de célébrer un anniversaire. Elle réaffirme avec éclat une évidence trop souvent oubliée : la modernité artistique européenne ne s’est pas construite uniquement autour des grandes capitales, à Paris, Berlin ou Rome, mais aussi depuis ses marges, depuis l’Europe orientale, rurale, spirituelle, parfois reléguée hors du grand récit occidental.

Né en 1876, Constantin Brâncuși aurait eu 150 ans en 2026. Un siècle et demi après sa naissance, son œuvre continue d’irriguer la sculpture, l’architecture, le design, la photographie et même la pensée contemporaine de la forme.

Un geste politique et culturel fort

La décision, adoptée par la Chambre des députés roumaine, d’inscrire 2026 comme « Année Brâncuși » engage l’État, les collectivités, les institutions culturelles et éducatives autour d’un programme national et international de manifestations : expositions, restaurations patrimoniales, actions pédagogiques, coopérations muséales. Ce geste n’est pas neutre, tandis qu’il s’agit pour la Roumanie de réinscrire Brâncuși dans son histoire nationale, dans sa géographie, tout en assumant sa dimension universelle.

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Mike Fédée : De l’écriture à la scène, une même respiration

Mike Fédée ou l’art d’être multiple

— Par Rodolf Etienne —

Comédien, acteur, auteur et comédien de doublage, Mike Fédée incarne une génération d’artistes martiniquais dont le parcours se déploie entre la Martinique et l’Hexagone, entre écriture intime et scène collective, entre visibilité et travail de l’ombre.

Nourrie par un métissage culturel assumé, Mike Fédée dessine une trajectoire où la voix, le corps et le texte deviennent des espaces de transmission, d’humanité et de lien.

Rodolf Etienne : Tu as commencé très jeune par l’écriture avant de t’orienter vers le théâtre et la voix. Comment ces différentes formes, écrire, jouer, dire, dialoguent-elles aujourd’hui dans ton travail d’artiste ?

Mike Fédée : Quand on regarde bien, c’est fou les directions que la vie nous fait prendre… L’écriture a été pour moi un bond dans la vie d’adulte, dans l’exercice de l’expression de l’écrit à l’oral. Écrire, c’était déjà dire tant de choses. Il n’y a que mes parents, je crois, qui ont cerné l’essence de ce que je tentais d’exprimer à travers les aventures de mes personnages : l’Amour triomphe toujours. Un message dont on a énormément besoin dans le monde actuel.

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Les sargasses en Martinique : vivre avec l’invivable

Quand les sargasses deviennent une expérience vécue
Par Rodolf Étienne

Après le temps de l’analyse scientifique et celui des réponses politiques, reste la réalité vécue par les habitants. Odeurs persistantes, santé fragilisée, habitat dégradé, activités perturbées : la crise des sargasses s’invite dans le quotidien et marque durablement les territoires. Ce troisième volet donne voix aux riverains et aux travailleurs exposés, pour comprendre ce que signifie réellement vivre avec un phénomène devenu permanent.

La crise dans nos foyers

Ce troisième volet interroge la parole, parole du territoire, parole des habitants, parole des travailleurs exposés. Non pas pour opposer émotion et raison, mais, plus simplement, pour nous rappeler à une évidence trop souvent oubliée : celle que la politique publique ne vaut que par ses effets sur les vies réelles, sur le quotidien des uns et des autres.

Après la science, après les politiques publiques, il nous reste à considérer ce que les chiffres ne disent pas. Ce que les cartes satellites ne montrent pas. Ce que même les plans nationaux peinent à mesurer : la vie quotidienne, altérée, déformée, parfois brisée par les sargasses.

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Les sargasses en Martinique : gouverner l’urgence, construire l’avenir

Quand la crise nous impose de repenser collectivement l’avenir

Par Rodolf Étienne

Face aux échouements massifs de sargasses qui touchent régulièrement la Martinique, la réponse ne peut plus se limiter à l’urgence.

Entre coûts économiques croissants, enjeux sanitaires et défis environnementaux durables, la crise des sargasses impose désormais de repenser l’action publique et la gouvernance des territoires littoraux.

Quand science et politique se rencontrent

Après avoir compris ce que sont les sargasses, d’où elles viennent et pourquoi elles prolifèrent, une question s’impose avec force : que fait-on, concrètement, face à ce phénomène ?

Depuis 2011, la Martinique et ses îles voisines sont confrontées à une situation inédite : une pollution naturelle d’origine globale, aux effets locaux massifs, récurrents et durables. Cette situation met à l’épreuve les politiques publiques classiques, pensées pour des crises ponctuelles, et non pour un risque environnemental chronique.

Le phénomène des sargasses agit comme un révélateur : révélateur des limites de l’action publique, des tensions entre État et collectivités, des inégalités territoriales, mais aussi des capacités d’innovation, de coopération et d’adaptation. Ce deuxième volet propose une analyse critique et structurée des réponses institutionnelles mises en place, de leurs réussites comme de leurs insuffisances, et ouvre des pistes pour une gouvernance plus efficace, plus juste et plus durable.

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Les sargasses en Martinique : comprendre pour agir

Quand une crise écologique devient un enjeu de santé publique et de territoire
Par Rodolf Étienne

Depuis plus d’une décennie, les échouements massifs de sargasses rythment la vie du littoral martiniquais. Loin d’un simple désagrément saisonnier, le phénomène révèle un basculement écologique global aux conséquences sanitaires, environnementales et sociales durables.

Comprendre les mécanismes scientifiques à l’œuvre est aujourd’hui indispensable pour passer de la réaction à l’anticipation.

Une crise devenue structurelle

Cela fait maintenant plus de dix ans que la Martinique et ses îles voisines vivent au rythme d’arrivages massifs de sargasses. Dès lors, ce qui aurait pu être un épisode écologique ponctuel s’est transformé au fil du temps en une crise durable, multiforme, touchant autant la santé publique que l’environnement, l’économie ou l’habitat.

À chaque nouvelle saison, les mêmes images nous reviennent : plages envahies, odeurs suffocantes, habitants évacués, écoles fermées, pêche à l’arrêt, électroménager rongé par la corrosion. Et derrière ces images, il existe une réalité scientifique complexe, aujourd’hui encore partiellement comprise.

Les sargasses ne sont pas « un fléau naturel » au sens commun du terme : elles sont le produit d’un basculement écologique global, à l’interface du climat, de l’océanographie, des apports anthropiques, des dynamiques biologiques.

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Marine-Pétroline Soichot : Déconstruire le sexisme au travail : un guide nécessaire, concret et salutaire

Former, sensibiliser, agir : des clés concrètes contre les inégalités professionnelles

— Par Rodolf Étienne —

Voilà un ouvrage et une auteure que l’on a indéniablement envie de connaître et de faire connaître. Marine-Pétroline Soichot, avec Guide de déconstruction du sexisme au travail : 25 idées reçues démontées, nous propose un ouvrage à la fois accessible, rigoureux et profondément ancré dans la réalité quotidienne des organisations professionnelles, au cœur même du monde général du travail.

Pour permettre une prise de conscience durable et des changements concrets, loin des discours abstraits ou strictement militants, ce guide s’inscrit dans une démarche pédagogique qui se veut assumée : nommer, pour expliquer, pour déconstruire.

Une auteure engagée, entre terrain et pensée

Marine-Pétroline Soichot, formatrice, conférencière et consultante spécialiste des questions de sexisme et d’inégalités de genre dans le monde du travail, docteure en sciences sociales, intervient auprès d’entreprises, d’organisations et d’institutions pour sensibiliser, former et accompagner les acteurs, managers, professionnels des ressources humaines, personnels d’encadrement ou membres de comités sociaux, sur les mécanismes souvent invisibles de discrimination sexiste au travail. Elle est également créatrice du podcast Chroniques du sexisme ordinaire, un espace médiatique qui décrypte avec pédagogie, et sur le ton de l’humour, les formes subtiles du sexisme dans la vie quotidienne et les environnements professionnels.

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Jean-Marc Templet : « Il ne s’agit pas de faire renaître le Zouk, il s’agit de l’aider à évoluer »

Grand Show Zouk Live, samedi 24 janvier 2026 à 19 h, au Parc Culturel Aimé Césaire

—Entretien avec Rodolf Étienne —

De la création musicale à la codification de la danse, du local à l’international, Jean-Marc Templet retrace un parcours où l’artistique se mêle au culturel, au pédagogique et au militant. À travers concepts, concours, réseaux et nouveaux projets, il défend une vision : le Zouk comme patrimoine vivant, en mouvement, à protéger… sans l’enfermer.

Rodolf Étienne : Depuis un moment qu’on ne s’est pas vu, qu’est-ce qui a changé, quelles ont été tes activités principales, tes actions majeures ces dernières années ?

Jean-Marc Templet : Il s’est passé énormément de choses, et surtout il y a eu un vrai changement de posture dans mon travail. Je ne suis plus seulement dans la logique de produire des morceaux ou de monter sur scène pour performer. Je suis entré dans une phase beaucoup plus globale, plus stratégique, où je travaille sur des concepts, des dynamiques collectives, des projets pensés sur la durée, avec une vision culturelle plus large.

Le premier grand tournant, musicalement, c’est la création du concept “Unity 4 Zouk” avec Patrick André.

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Martinique : Réapprendre à faire société ou quand la fatigue sociale abîme le lien humain

Entre héritages historiques, tensions quotidiennes et soif de dignité relationnelle

— Par Rodolf Étienne —

Violences sexistes, homicides, rapports sociaux tendus, en Martinique, nombreux sont ceux qui ressentent confusément que quelque chose a changé dans les relations sociales, dans les relations humaines, au cœur même de notre société.

De fait, sans qu’il soit toujours possible de le formuler clairement, un malaise diffus semble traverser les échanges du quotidien : paroles plus sèches, conflits rapides, jugements hâtifs, climat de méfiance généralisée, le ton monte, le climat social se dégrade. Ce n’est pas tant par leur gravité que ces actes nous interpellent, c’est surtout qu’ils marquent les esprits, que leur répétition ordinaire, leur banalisation nous convoquent toutes et tous, autant individuellement que collectivement.

Cependant, ce phénomène nouveau ne peut pas être réduit à des défauts individuels, à des attitudes isolées, à des cas particuliers. Il s’inscrit plutôt dans un contexte social, historique et psychologique collectif qu’il faut accepter de regarder et de juger avec lucidité plutôt qu’avec déni ou colère.

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Abishag ou le féminin comme matrice du vivant

Artiste plasticienne, créatrice textile et passeuse de sens, Abishag développe une œuvre plurielle où peinture, matière, bijou et vêtement dialoguent autour d’un même fil intérieur : la transmission.

Nourrie d’un héritage familial métissé, d’une formation artistique entre l’Afrique et l’Europe, et d’un engagement profond auprès des publics fragilisés, Abishag explore le féminin comme matrice du vivant, espace de réconciliation, de guérison et de transcendance. Dans cet entretien, elle évoque sa dynamique créatrice, sa relation à la couleur, à l’Afrique, à l’amour et à l’énergie, et interroge, au-delà des clivages, ce qui relie l’art à l’essence même de l’être.

Entretien avec Rodolf Étienne

Rodolf Étienne : Ce qui est fascinant quand on découvre ou redécouvre ton rendu artistique, c’est la richesse de ses tonalités et la diversité de ses formes d’expression. Chaque approche semble portée par une véritable profondeur, une recherche singulière. Comment expliquer cette dynamique presque kaléidoscopique de la création ? Est-elle le fruit d’une longue maturation intérieure, d’une réflexion qui s’affine autour d’un message singulier à transmettre ? Relève-t-elle plutôt d’un choix esthétique assumé, d’une volonté de donner à voir la pluralité des regards et la diversité de l’expérience humaine ?

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“Ce que Mumia Abu Jamal révèle des démocraties occidentales”

— Philippe Yerro (Ali Babar Kenjah) sur Mumia Abu-Jamal. Entretien avec Rodolf Etienne —

Plus de quarante ans après son arrestation, Mumia Abu-Jamal demeure l’un des noms les plus emblématiques de la lutte contre la répression d’État et le racisme structurel.

Philippe Yerro (Ali Babar Kenjah) nous livre une lecture caribéenne et postcoloniale : de la justice américaine comme prolongement historique de la domination, jusqu’au rôle des figures assignées au statut de martyr de la cause.

Entre références à Fanon, Glissant, Foucault, Deleuze et une méditation sur la spiritualité comme ressort de résistance, Philippe Yerro interroge aussi la Martinique : mémoire, clivages, responsabilité et devoir de ne pas détourner le regard.

Q : En tant qu’anthropologue et intellectuel martiniquais, comment lisez-vous la trajectoire de Mumia Abu-Jamal : affaire judiciaire singulière ou plutôt symptôme profond d’un système politique et racial ?

R : Se mêlent en moi au moins deux registres quand je m’évoque le destin singulier de Mumia : il y a le logos militant, panafricain, frotté aux Frères de Soledad depuis mes années de collège, familier du regard myope de Malcom et de la réalité théorique de ce qu’est le Ku Klux Klan (KKK)… C’est l’approche de l’ancien combattant sans illusions sur la cruauté de Babylone.

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« De l’OJAM à aujourd’hui, nos luttes dialoguent avec celles des peuples noirs »

La Martinique et le combat international pour Mumia Abu-Jamal

Gilbert Pago, historien et militant. Un entretien avec Rodolf Étienne

Historien, enseignant, militant infatigable des luttes anticoloniales et des droits humains, Gilbert Pago revient ici sur l’affaire Mumia Abu-Jamal et sur les liens profonds qu’elle entretient avec l’histoire politique de la Martinique. Cet entretien, réalisé dans le sillage de la grande marche de 146 kilomètres organisée en Pennsylvanie en soutien à Mumia Abu Jamal (28 novembre – 9 décembre 2025), met en perspective l’actualité brûlante de cette mobilisation internationale. À travers un regard ancré dans la mémoire des luttes noires, Gilbert Pago éclaire la manière dont la Martinique s’est mobilisée, dès les années 1990, aux côtés du journaliste américain condamné à mort puis à perpétuité.
Entre héritage de l’OJAM, solidarités de la diaspora afro-descendante et montée des forces réactionnaires, son analyse rappelle combien l’île reste connectée aux combats internationaux pour la justice.

Selon vous, en quoi l’affaire Mumia Abu-Jamal résonne-t-elle avec les grandes luttes politiques, sociales et anticoloniales qui ont marqué la Martinique au XXᵉ siècle ?

La lutte des Noirs aux États-Unis a toujours marqué l’opinion martiniquaise.

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Alex Saturnin – Artiste-peintre : « Je m’émerveille toujours quand mon travail est accompli, quand une toile est terminée ! »

— Un entretien avec Rodolf Étienne

Installé à la campagne de Ducos en Martinique, Alex SATURNIN, après avoir longtemps vécu au Canada en qualité de peintre, développe un art enraciné dans la nature, la mémoire et la lumière. Loin des effets de mode comme des « réseaux » du marché de l’art, il revendique une pratique intérieure, lente et sensuelle : une peinture qui se nourrit d’odeurs, de végétations, de couleurs exagérées et transposées. Rencontre avec un artiste pour qui peindre n’est pas représenter — mais tout simplement être.

Propos recueillis par Rodolf ÉTIENNE

Rodolf ÉTIENNE : Depuis ton installation en Martinique, il y a forcément eu une évolution, un changement dans ton rendu artistique. Mais qu’est-ce que la Martinique a amené à ta peinture ? Certains parlent de couleurs, d’autres de thèmes, de traditions, de retour aux sources.

Alex SATURNIN : Pour moi, c’est le sentiment du retour aux sources, à la nature, à l’exotisme. C’est-à-dire retrouver tout ce qui a bercé mes rêves, intérieurement, comme mes cocotiers, mes mangots, ce que je ne retrouvais pas là-bas. Là-bas, pour moi, ça a été une étape.

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« Sortir des villes des contraintes et du compte-à-rebours ! »

Véronique Bédague (Nexity)
Huit convictions pour transformer et aimer à nouveau la Ville.
Entretiens avec Madani Cheurfa (Cabinet 2017)

« Sortir des villes des contraintes et du compte-à-rebours ! » : c’est par cette exclamation simple au demeurant, inspirée par une profonde analyse et une expertise consommée, que Véronique Bédague, directrice générale du plus grand groupe immobilier de France, Nexity, promeut sa vision du monde et singulièrement de la ville de demain.

L’objectif 11 des 17 objectifs présentés par l’Agenda 2030 (ex Agenda 21), programme de développement durable adopté en 2015 par les 193 États membres des Nations-Unies, touchant aux villes et à leur devenir, dans un contexte de changement de paradigmes, préconise que les villes et les établissements humains soient ouverts à tous, sûrs, résilients et durables. Véronique Bédague, dans ce cadre précis de réorganisation de la société et de ces espaces de vie, introduit une analyse éclairée.

Rodolf Étienne

« Nous sommes capables ensemble de transformer la Ville… »

« La Ville est le creuset de notre avenir. Elle exige des décisions de long terme, à l’échelle de plusieurs générations.

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Rediscovering Fanon de Rico Speight : Un regard contemporain sur l’oeuvre de Fanon

Pendant dix-sept ans, le réalisateur new-yorkais (USA) Rico Speight a sillonné le monde – de la Caroline du Nord à Fort-de-France, en passant par l’Algérie – pour réaliser Rediscovering Fanon, un documentaire profond, humaniste et exigeant, qui interroge la persistance du racisme, les fractures postcoloniales et l’actualité brûlante de la pensée fanonienne. Le film était présenté au François en Martinique en juillet 2025 dans le cadre du Centenaire de Frantz Fanon organisé par l’Association Caribéenne de Philosophie (ACP). Rencontre bilingue avec un cinéaste engagé, entre héritage, conscience et transmission.

(Rediscovering Fanon by Rico Speight : A Contemporary Look at Fanon’s Work. Frantz Fanon, revisited through the African American gaze of Rico Speight. For seventeen years, the filmmaker travelled the world—from North Carolina to Fort-de-France—to create Rediscovering Fanon, a profound, humanist, and demanding documentary exploring racism, postcolonial fractures, and the enduring relevance of Fanon’s thought. A bilingual conversation with a committed filmmaker, where legacy meets awareness and transmission.)

Propos recueillis par Rodolf ETIENNE

Rodolf ETIENNE : Pour revenir à la genèse du projet documentaire — pourquoi Frantz Fanon ? Que représente, ou que représentait, Frantz Fanon pour vous, au point que vous ayez choisi de lui consacrer une œuvre entière — une œuvre qui est devenue, en soi, un véritable voyage de découverte ?

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Claude Henry, la poésie en couleurs au Diamant

— Propos recueillis par Rodolf Étienne —

Installé au Diamant, Claude Henry, artiste peintre martiniquais, a ouvert son atelier-galerie « Aux Couleurs Locales » face à la mer. Anciennement installé à Gallochat, il a choisi ce nouveau lieu « séduit par la sérénité et la solidarité des habitants ».

Rodolf ETIENNE : Tu as entamé ta carrière d’artiste peintre en France, avant de t’installer en Martinique. Pourrais-tu nous présenter ton parcours ?

Claude HENRY : Oui, j’ai tenu un atelier-galerie d’abord en France, à Biot, dans l’arrière-pays de Nice. Je l’avais ouvert avec un ami. Nous y avons travaillé ensemble. C’était un village artisanal, qui est devenu un village de souffleurs de verre réputé. Puis, les choses se sont enchaînées et je suis rentré au pays, ici, en Martinique.

R.E : Et quelque chose s’est passée en Martinique, quelque chose qui a changé ton style ?

C.H : Ah ben là, j’ai retrouvé, justement, une Martinique riche en culture. Oui, il y avait de quoi faire. Il suffit d’observer autour de soi pour découvrir toute la richesse identitaire. Il faut que nous soyons tous fiers de cette identité, qui est riche, riche en couleurs, mais aussi riche en joie de vivre.

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« Nanmkonoko » : Bambouman à Tropiques-Atrium, vendredi 30 mai à 19h30

Laurent Phénis, alias« Bambouman » « La musique permet la communion avec l’univers… »

Entretien de Rodolf Etienne avec « Bambouman », artiste, musicien, sculpteur de sons et de liens cosmiques

Dans une réalité globale saturée de sons formatés, la musique de Laurent Phénis, alias « Bambouman » ouvre une large brèche vers le sensible, en droite et légitime quête de l’universel. À la croisée des mondes et des traditions, ce génial musicien, profondément martiniquais, nous invite à un voyage sonore sans frontières, où chaque note résonne d’humanité, de nature et de liberté.

Avec sa musique, Bambouman trace un sillage singulier. Un chemin d’écoute, de résilience, de liberté. Un souffle nouveau, venu de la forêt tropicale martiniquaise, qui murmure à l’oreille du monde que l’harmonie est possible.

De la musique, oui, mais aussi de l’amour et une grande humanité en partage…

Rodolf Étienne : Lors de ton dernier concert, il y a quelques semaines sur la scène du centre culturel Marcé, à Saint-Joseph, tu as rendu compte d’une très nette évolution dans ton imaginaire musical, comme un aboutissement, par une grande présence scénique, une aura particulière.

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Hippolyte Morestin (1869-1919) : le chirurgien des « gueules cassées »

— Par Rodolf Etienne —

Conférence – Mairie de Fort-de-France – Les rendez-vous du jeudi

Xavier Chevallier, Conservateur en chef des bibliothèques : Hippolyte Morestin (1869-1919) : le chirurgien des « gueules cassées »

Xavier Chevallier, Conservateur en chef des bibliothèques, à consacré plus d’une décennie à effectuer des recherches, écrire des articles, animer des conférences ou organiser des colloques, dans le but de remettre le patrimoine, l’œuvre, l’engagement et l’histoire d’Hippolyte Morestin à la place méritée dans le panthéon de la science et de la médecine française, notamment de la médecine faciale du début du XXème siècle.

Jeudi 16 janvier 2025, dans le cadre de « Les rendez-vous du Jeudi », le 6ème étage de la mairie de Fort-de-France accueillait Xavier Chevallier pour une conférence consacrée à Hippolyte Morestin, Eminent chirurgien martiniquais né à Basse-Pointe en 1869, et mort à Paris en 1919. L’occasion de mettre à l’honneur ce pionnier de la chirurgie esthétique qui a inscrit haut son nom au patrimoine de la science du XXème siècle.

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À propos de « Suzanne Césaire. Archéologie littéraire et artistique d’une mémoire empêchée »

— Par Rodolf Etienne —

Le vendredi 10 janvier dernier, la médiathèque de Sainte-Luce accueillait une rencontre littéraire autour de l’œuvre de Suzanne Césaire proposée par le Club Soroptimist Diamant les Rivières et accueillant l’universitaire Anny-Dominique Curtius, auteure de l’ouvrage « Suzanne Césaire. Archéologie littéraire et artistique d’une mémoire empêchée ». Un moment riche d’enseignements et de partage autour d’une œuvre et d’un patrimoine qui subjugue et passionne de plus en plus et qui tend, au fil des études et des recherches, à retrouver sa place dans le panthéon littéraire martiniquais.

Pour ceux et celles qui s’intéressent à la littérature antillaise et singulièrement à la littérature martiniquaise, la figure de Suzanne Césaire pose de nombreuses interrogations. Son œuvre, brève, fulgurante, empêchée, a posé tout de même les bases du renouveau de la littérature antillaise et martiniquaise. Trop longtemps méconnue, masquée par l’aura quasi démiurgique de son mari, Aimé Césaire,  son legs suscite aujourd’hui, plus d’une cinquantaine d’années après sa mort, un regain d’intérêt de la part de nombreux universitaires, artistes ou critiques littéraires. Pour le plus grand bonheur des autres passionnés, heureux de s’enrichir de cette quête inaboutie vers la mémoire retrouvée, quête encore à mûrir, encore à satisfaire, encore à explorer.

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Kannari ! Ou « Moun isi, la suite… « , une comédie d’Hervé Deluge

Les 15,16 & 17 novembre au Centre Culturel Marcé, à Saint-Joseph

— Par Rodolf Étienne —

Un Vendredi sur deux chez la famille Mounici, la coutume veut que l’on mange tous ensemble. Manman, ses fils, sa fille et ses belles filles. Ce vendredi est particulier car la famille va recevoir quelques invités. Hautement professionnel pour Louis Philippe, familial pour Lyas. Trois invités étrangers au reste de la famille… Une soirée toute en tensions, attisée par la petite dernière, Léonie qui se veut rebelle et non conventionnelle. Madame Mounisi « poto mitan de la famille » risque d’avoir bien du mal à passer une soirée ou tout devient « mutation » au sein de cette famille martiniquaise. Voilà pour un aperçu de l’histoire. Hervé Deluge, le metteur-en-scène explique que c’est « le succès fulgurant du spectacle « Moun Isi », variation créole tiré de la pièce de théâtre de Bacri-Jaoui « un air de famille » qui a vu huit représentations à guichet fermé à La salle Marcé de Saint Joseph, et deux au grand Carbet du Parc floral Aimée Césaire, à Fort-de-France, soit plus de 3 000 spectateurs en un mois, l’accueil de ce spectacle et la reconnaissance du public qui le soutient, tant pour la distribution que pour les auteurs », qui lui ont donné l’envie, comme une continuité demandée par la troupe et par le public, de créer un deuxième volet de l’histoire de cette famille.

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