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Lire les chroniques culturelles de Christian Antourel
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Madinin'Art a pu voir au théâtre
Aimé
Césaire
de
Fort-de-France
dans le cycle Shakespeare " Roméo
et Juliette" dans une mise en scène qui flirte allégrement
avec le burlesque à la limite de la dérision;
et si quelques libertés
sont prises avec le texte elles rencontrent une large approbation dans le public jeune. Dommage que la salle soit pliée en deux de rire dans certaines scènes qui relèvent
de la tragédie.
Mais bon il est mal venu de faire la fine bouche devant une programmation de qualité qui relève d'une nécessité
de service public et que le théâtre
foyalais
assure avec bonheur auprès des générations
montantes et des autres.
Dans
un tout autre genre l'Atrium nous a présenté
une
adaptation
de "Ce soir on improvise" mise en scène par Philippe Adrien, qui cette fois semble avoir réellement
contribué
à la prestation fournie. Le résultat est plaisant, même si le rythme est encore un peu lent avec quelques longueurs et si les comédiens paraissent quelques fois perdus sur le plateau vide de la grande salle du CMAC. Aurélie Dalmat truculente et gouailleuse à souhait est dans un registre qui lui va comme un gant, mieux en tout cas que celui de la tragédie, Aliou Cissé égal à lui-même confirme pièce après pièce
la palette de ses talents, Orlane donne l'impression de découvrir
un potentiel insoupçonné en elle de comédienne
et les apports " extérieurs"
s'agrègent
plutôt
bien au noyau martiniquais. Le texte de Pirandello est, on le sait, une belle leçon de théâtre
avec ses mises en abimes, de théâtre
dans le théâtre
qui parle du théâtre
etc. Une pièce à voir donc, par tous les amateurs de... théâtre. M'A |
Comment
tuer sa mère ?
"Le complexe de Thénardier"
de José Pliya : une variation moderne et réussie de la dialectique du maître et de l'esclave par Roland Sabra
 La
fin est au début. De façon plus claire le dénouement
de l'histoire qui va nous être contée est posée sur scène dés les premières phrases : « Vido
s'en va. Voilà je m'en vais. Vous dormez. Je n'aurai pas votre bénédiction.
Ce n'est pas grave. Je reviendrai. »
Une
manière
de
débarrasser
l'esprit du spectateur d'une question inutile, quelle issue pour ce drame ? pour qu'il puisse se concentrer sur l'essentiel :
la langue et sa structure poétique, sa découpe au scalpel, le tranchant des mots et la finesse de leur lame, dans une joute verbale qui décline une variation moderne de l'antique et toujours actuelle thématique
du maitre et de l'esclave. « Dans
un lieu hors du temps et de l'espace, la mère a recueilli Vido qui fuyait le génocide. Pour se rendre utile Vidomégon,
c'est son vrai nom, devient servante, femme à tout faire. Un jour, une nuit, peu importe, Vido décide de s'en aller. Mais voilà comment faire ? Lire
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Expériences théâtrales. Par Selim Lander.
 L’amateur de
théâtre qui se trouvait par hasard à
Aix-en-Provence à la mi-janvier se voyait
proposer un programme éclectique qui invite
à quelques commentaires. Découverte, en
premier lieu, d’un « match d’improvisation
théâtrale ». S’affrontaient deux équipes de
six comédiens : la LIPAIX (ligue
d’improvisation du Pays d’Aix, puissance
invitante) contre les Bouffons de Marly.
Devant une salle remplie par un public
plutôt estudiantin, à en croire les
apparences, les comédiens devaient
improviser sur les thèmes fixés par un
arbitre, dans un temps limité et le plus
souvent sur un mode « mixte », c’est-à-dire
les deux équipes mélangées, ce qui les
obligeait à réagir face à des partenaires
qu’ils ne connaissaient pas et avec lesquels
ils n’avaient pu s’entendre à l’avance. A la
fin de chaque brève séquence (quelques
minutes), le public désignait le vainqueur
en brandissant un carton de la couleur de
l’équipe de son choix. L’ambiance festive
n’était pas sans rappeler celle des matches
de boxe, autant pour la brièveté des rounds,
que pour la présence d’un arbitre
bouc-émissaire, bombardé de projectiles
(chaussettes nouées) par les spectateurs, et
pour le jeu stéréotypé des acteurs.
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CYCLE WILLIAM
SHAKESPEARE.
Roméo & Juliette
Le théâtre "audiovisuel"
Par Christian
Antourel
 Un
pas de plus a été accompli dans le
prolongement d’un théâtre idéal, pris comme
unique modèle, en voulant être « la
nouvelle vague » et qui est devenu une des
caractéristiques psychologiques d’un théâtre
contemporain.
Dominique Serron
et la Compagnie des Mutants n’hésitent pas à
s’engager au service d’une dimension qui
fait aujourd’hui référence en matière
d’audace très structurée, auprès de laquelle
même notre jeunesse doit pouvoir
s’identifier. Ainsi est envisagé de nouveaux
rapports entre une mise en scène,
jusqu’alors improbable et un théâtre ancien
du XVIème siècle. S’il faut sans cesse se
confronter aux « grands ainés »comme on dit,
à leur toujours éclatante jeunesse ; l’art
et la manière ont brusquement évolué ; nous
entrons de plain-pied dans l’ère de
l’Internet, comme un langage en marche, une
matière vivante du théâtre. La préoccupation
de Dominique Serron est ici toute orientée
vers ce mélange, cette métamorphose des
genres, pour une impression saisissante. Le
renversement qui s’opère est d’abord un
effet d’écriture. L’écriture devient
l’espace d’un réaménagement des positions
subjectives, une fête pour l’imagination
entre le théâtre de toujours et les
techniques actuelles. L’écrit devient
écriture, la parole devient gravure, le
corps se fait livre, et Roméo recherche
Juliette sur son blog, via Google sur
Internet pour un amour connecté webcam.
Quand la vidéo impose l’ambiance et son
décor avec des balayages de plans
panneautés : qui combinent des prises de
vues panoramiques et des travellings,
lorsque la caméra s’introduit dans le décor
et ici, au plus proche de costumes qui
mélangent les époques
« Les
histoires d’amour finissent mal…en général »
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A voir au CMAC le 1er et le 2 février 2012
Congre et Homard, production guadeloupéenne d’une pièce de Gaël Octavia. Joël Jernidier et Dominik Bernard
Par Selim Lander.
Gaël Octavia, comme son nom ne l’indique pas, est une jeune femme d’origine martiniquaise. Congre et Homard n’est pas son premier essai d’écriture théâtrale mais sa première pièce montée. Elle y révèle une étonnante maîtrise. Construction parfaite (dans le genre des pièces à tiroir avec des rebondissements successifs qui relancent l’action), langue brillante avec quelques rares pépites empruntées à un vocabulaire plus populaire, voire créole puisque nous avons affaire respectivement à deux représentants du petit peuple antillais : un pêcheur et un « jobeur » (c’est-à-dire un chômeur « officiel » faisant des petits boulots).
On ne racontera surtout pas l’histoire. Disons simplement que le pêcheur a une bonne raison d’en vouloir au jobeur et qu’il lui fera passer de très mauvais moments. Le premier, Dominik Bernard – qui a également assuré la mise en scène – mène le jeu avec un bagout et une autorité sans faille. Joël Jernidier, son comparse, qui endosse le rôle plus ingrat d’une victime presque tout le temps passive, démontre une belle intériorité.
Ce spectacle est exemplaire parce qu’il réunit toutes les qualités que l’on attend du théâtre : 1) un vrai texte, écrit pour le théâtre, utilisant de manière magistrale les techniques propres à l’écriture théâtrale. 2) des comédiens talentueux. 3) une mise en scène rigoureuse et une scénographie au service du texte. En l’occurrence, le parti retenu par le metteur en scène et le décorateur (Pascal Catayee) fut de placer les deux hommes (tous deux vêtus d’une combinaison de travail) face à face de part et d’autre d’une table qu’on pourrait imaginer dans un bistrot branché, cubique de forme et d’où surgit par moment une lumière bleutée. Le bleu est d’ailleurs la tonalité dominante et cette lumière froide n’est pas sans contribuer à la tension qui domine le spectacle de bout en bout. Lumière bleue qui contraste avec le rouge qui accompagne le tout début du spectacle lorsque le pêcheur, seul en scène, esquisse une valse. Première fausse piste ; il y en aura bien d’autres !
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Opération de déstabilisation au CMAC :
après Manuel Césaire, Josiane Cueff ?
Le débrayage du 06-12-2011
par Roland Sabra

Le 30 avril 2010 Claude Lise, alors Président du Conseil Général mettait fin aux fonctions de Manuel Césaire, administrateur de l’éphémère regroupement CMAC-Atrium et qui de toute façon ne souhaitait pas s'aventurer davantage sur une planche savonnée. Ce n'était là que l'épilogue, provisoire et non définitif, on va le voir, d'un énième épisode de la guerre picrocholine qui agite le vaisseau amarré rue Cazotte à Fort-de-France. Manuel Césaire avait estimé que les entraves du Conseil Général de l'époque à l'accomplissement de ce pourquoi il avait été nommé, « filialement » relayées à l'intérieur de la structure par des enjeux de pouvoir lui rendaient impossible l'accomplissement de sa mission, en conséquence de quoi il préférait jeter l'éponge. Parmi les chausse-trappes, on assista à une grève minoritaire, sept grévistes en tout et pour tout, se conclure en quelques heures par une augmentation de salaire de 150 Euros. Officiellement le conflit avait la forme d'une
opposition entre deux projets de fusion des structures du CMAC et de l'Atrium. Claude Lise soutenait la création d'un Établissement Public Administratif ( EPA) qui confortait et renforçait la tutelle politique du Conseil Général sur le nouvel ensemble. Manuel Césaire était favorable à la création d'un Établissement Public à Caractère Industriel et Commercial qui privilégiait l'autonomie et l'indépendance de la culture vis à vis du pouvoir politique.
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"La vocifération des chrétiens de Civitas"
par Alain Didier-Weill, psychanalyste
 La semaine dernière, un nombre appréciable de "restaurateurs" de "Civitas" – la cité catholique – s'était réuni dans l'enthousiasme, place de l'Alma, pendant qu'à quelques pas de là , au Théâtre du Rond-Point, se jouait la pièce de Rodrigo Garcia "Golgotha picnic" .
Un des prêtres qui animait le cortège, disciple de monseigneur Lefèbvre, tenait des propos qui permettaient de comprendre enfin, en toute clarté, qui était le responsable du malaise effrayant accablant la France, fille ainée de l'Eglise. Ce responsable avait un nom, connu depuis des millénaires, qui retrouvait hier sa fraicheur d'antan : ce nom était celui de "Satan". C'était lui qui était responsable du fait que le Théâtre du Rond-Point puisse recevoir des subventions du ministère, afin de monter et de montrer des œuvres diaboliques visant à blasphémer le Christ. Naturellement, expliquait ce prêtre, Satan était également responsable de Descartes, de Rousseau, et de toute la clique de penseurs qui, au nom d'une liberté soit disant donnée par Dieu (le libre arbitre), considérait que l'homme pouvait être un créateur. Pourquoi ne pas sourire devant ce discours, qui, après tout, pourrait sembler comique ? Pour plusieurs raisons. La première apparaît quand nous apprenons que le mentor de ces catholiques de Civitas est Alain Escada qui a toujours eu des liens politiques avec l'extrême droite, et qui se vantait d'avoir reçu un mail du député UMP, Pierre Remiller, lui apprenant l'existence d'une liste de 56 députés signataires d'une pétition contre la christianophobie.
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Robert
Wilson et sa magie noire
par
Jean-Pierre Léonardini

La venue à Paris de Lulu, production
du Berliner Ensemble, musique et chants de
Lou Reed, mise
en scène, décors et lumière
de Robert Wilson, prouve
à l’envi que ce
dernier demeure, à ce jour,
le plus
fastueux inventeur de formes scéniques
de
notre temps (1). À partir de la fable noire
que Frank Wedekind (1864-1918) mit des
années à composer
et qui donna lieu au
sublime opéra d’Alban Berg,
voici comme la
quintessence, mise en jeu par des espèces de
marionnettes humaines à déchiffrer ainsi que
des hiéroglyphes, au milieu d’un incessant
combat entre l’ombre et la clarté. On sait
que Wilson prémédite d’abord son cadre
visuel à partir de la lumière. C’est plus
tard que les acteurs trouvent place dans le
projet.
Cette fois, beaucoup mieux que dans
l’Opéra de quat’sous, par exemple, vu en
2009, où l’esthétique
de Wilson devait par
force en découdre avec les attendus
dramaturgiques de Brecht, on peut s’avouer
comblé devant l’harmonie chromatique d’une
réalisation
en tous points fidèles à
l’esprit de Wedekind, apôtre
d’un éternel
féminin constamment bafoué et bouleversant,
à travers la figure de la femme-enfant
sans
fin désirée et possédée sans qu’elle se
donne.
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L’Ange
de la faute
de Marco Antonio de la Parra.
Par Selim Lander.

Le théâtre du Guichet Montparnasse
pourrait être l’avatar parisien d’une scène
du Off avignonnais : petite salle dans
laquelle se succèdent plusieurs spectacles
quotidiens, souvent des créations,
programmation éclectique, scénographie
réduite a minima. Comme à Avignon, la
qualité est inégale mais le théâtre présente
toujours un risque que compense largement
ici le plaisir de la découverte d’auteurs,
d’interprètes inconnus.
Marco Antonio de la Parra n’est pas, pour sa
part, complètement inconnu en France.
Psychiatre, auteur d’une vingtaine de pièces
de théâtre, sa Lettre ouverte à Pinochet –
Monologue de la classe moyenne chilienne
avec son père a été traduite et publiée en
français. L’Ange de la faute est un
autre monologue qui joue sur le même
registre, celui de la culpabilité, non plus
celle du peuple chilien et de l’auteur en
particulier pour avoir toléré avec trop de
complaisance la dictature, mais celle d’un
individu ordinaire, inspecteur de police qui
ne peut s’empêcher, à l’occasion d’une
enquête criminelle, de ressasser la faute
impardonnable qu’il a lui-même commise.
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Les humoristes contre la dépression
sociale
par José Alpha

La chaleur humaine qui se dégageait de
la salle Aimé Césaire de l’Atrium
provoquée par le talent des humoristes
martiniquais et guadeloupéens conduits
par le comédien Alex Thobor, était
palpable jusque sous l’immense ciel du
théâtre. Plus de 800 personnes se sont
déplacées, et c’est un fait social, un
dimanche soir à 19h vers le Centre
culturel départemental de Fort de France
pour rire d’eux-mêmes, de leurs
frustrations et de leur impuissance face
aux dérèglements sociaux et
civilisationnels qui écrasent la société
martiniquaise.
Les martiniquais sont venus nombreux se
détendre comme l’a développé « le
philosophe corrosif » de la scène
comique locale, et aujourd’hui
nationale, Jean Yves Rupert revenu d’une
grande tournée des communes de la
Martinique après son succès au Zénith de
Paris.
Se détendre, oui ! « Se détendre avant
tout » comme l’ont martelé les
humoristes Thierry Adèle qui atteste
d’un parcours professionnel très
prometteur, et comme l’ont souligné
aussi Prospère et les étonnants frères
Bostik de la Guadeloupe.
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LA LOI DE
TIBI
D’après « Mieux que nos pères »
Don Quichotte…. & Sancho Panza
par
Christian Antourel &
Ysa de Saint-Auret
 Imaginons
un ailleurs au milieu de nulle part, mais
marqué par la misère, par un déterminisme
prénatal, cette prédisposition au manque de
chance, à une victimisation chronique, où le
malheur s’écrit en lettres capitales.
Ravages de tous les fléaux qui touchent la
société. L’avidité et tous les vices de la
condition humaine, qui font de ce monde ce
qu’il est, dans son masque le plus
ténébreux. A ce moment là entre en scène
Tibi en « habit de lumière. » L’Auguste
triste mais encore plus joyeux. La mise en
scène nous l’impose déplorable et au bout du
compte, relativement attachant. Forgé
d’humour noir ou d’ironie féroce. Avec un
cœur qui respire la communication. Si Don
quichotte transparaît dans sa fibre
combative, il y a certainement dans un
recoin un Sancho Panza dans sa force
d’aimer. Comme dans un traveling de cinéma,
revenant sans cesse sur « le
séducteur »pour faire jaillir en gros plan
son rôle principal , ce voyage , ce
formidable questionnement montre un
personnage en constantes métamorphoses
mentales autour d’un seul axe ; ce monde qui
est le notre et dont on ne peut renoncer au
nom de l’humain..
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Le solitaire de Ionesco
L’expérience de l'illumination
par
Christian Antourel &
Ysa de Saint-Auret
« A trente cinq ans, il est temps de
se retirer de la course. J’en avais
par-dessus la tète de mon emploi. Je serais
mort d’ennui et de tristesse si je n’avais
pas fait cet héritage inattendu »
 Ionesco
prince de la dérision et de l’absurde
nous plonge sans ménagement dans
l’étonnement, car en opposition à la
profusion de ses pièces de théâtre dont
il nous a abreuvé, il se fend d’un
moindre ouvrage, insignifiant, inaperçu
, inexistant….. en apparence. . À
l’image de son personnage principal,
affublé du nom de « solitaire »
personnage a la fois original, piètre,
en constat d’échec, qui passe en revue
son passé vide de sens. Le metteur en
scène nous propose une démonstration
remarquable de l’irrationalité, ou l’art
d’habiller le vide. Jean louis
Martinelli cherche à dépeindre les
affres d’un homme englué dans sa
médiocrité existentielle, à travers un
tableau épuré, limpide et contrasté.
Entre une vie ratée, un écroulement de
l’être et de l’âme dans l’ambiance
dédalesque d’un chaos instinctif, et un
héritage providentiel, coup de théâtre
qui nous bascule ensemble dans un huis
clos sartrien. La mise en scène
s’approprie la pièce dans une
dramaturgie alternative et lumineuse,
pour l’éloge d’une imagination à fleur
de peau. L’immobilisme nous saute au
visage en amples sinuosités et
certitudes, par les méandres de
l’incongru restitué : l’antre névrotique
d’une chambre à coucher. Lorsque l’homme
devient objet de ses délires et ose des
regards, une philosophie de derrière ses
paupières closes, comme une fêlure, pas
bien dans sa tête pas bien dans sa vie.
Il n’est pas seul dans sa peau et assume
ses propres contradictions. L’existence
est toujours compliquée. Mais en ce lieu
de théâtre la précision implacable et
affolante d’une mise en scène finement
articulée , parée d’une tonalité
savamment désaccordée, veut démonter la
complexité qui atteint des sommets où
l’absolu des situations doit être une
évidence.
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Du théâtre avant toute chose!
Au CMAC
les 16 et 17 novembre 2011
par
Roland Sabra

« Le théâtre populaire engagé,
orienté, dirigé, dicté par les
représentants de l'Etat, par les
politiciens, n'est pas un théâtre
populaire, mais un théâtre
concentrationnaire, impopulaire. Le
théâtre populaire, c'est le théâtre
d'imagination, le véritable théâtre
libre. Les idéologues de la politique
ont voulu faire main basse sur le
théâtre et l'utiliser à leur profit
comme un instrument. Mais l'art n'est
pas ou ne doit pas être l'affaire de
l'Etat. C'est un péché contre l'esprit
que d'entraver la spontanéité créatrice.
... » Eugène ionesco dans un
Message pour la Journée Mondiale du
Théâtre le 27 mars 1976
A cette
déclaration d'intention, ce
positionnement très clair sur le théâtre
politique on opposera Ionesco lui-même,
ou plus exactement une de ses pièces les
plus célèbres « Rhinocéros » et pour
être encore plus précis la lecture qu'en
a fait Emmanuel Demarcy-Mota dans sa
mise en scène cette année au Théâtre de
la Ville. Il s'agissait là ni plus ni
moins d' un pamphlet politique contre
l'obscurantisme sarkozyste ! Comme quoi
une œuvre publiée n'appartient plus
totalement à son auteur. C'est toujours
cette thématique d'une insuffisance de
la politique à répondre aux seules
questions qui vaillent : «
que sommes-nous, d'où venons-nous, où
allons-nous »1
qui traverse l'œuvre de Ionesco et que
l'on retrouve donc dans «Le solitaire »
présenté les 16 et 17 novembre 2011 dans
la salle Frantz Fanon du CMAC.
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Entre
acculturation et butin de guerre, la langue
par
Rosa Moussaoui

L’auteur, comédien
et metteur en
scène congolais Dieudonné Niangouna
présente le Socle des vertiges,
aux
Amandiers,
à Nanterre.
Brazzaville, années 1990. Un homme surgit de
nulle part, un seau de boue à la main. Il
s’en vide le contenu sur le corps, puis se
jette dans un soliloque que rythment les
gestes rageurs de quatre personnages
pétrissant la glaise, démiurges en échec.
Préambule d’un récit effréné, circulaire,
polyphonique, qui croise conte individuel et
drame collectif.
L’auteur, comédien et metteur en scène
Dieudonné Niangouna, artiste associé au
Festival d’Avignon en 2013, crée le Socle
des vertiges, fable racontée par deux
frères, Roger et Fido, l’un légitime et
l’autre pas, amoureux d’une même femme,
hantés par le secret de leur naissance. Au
point de départ de leur quête d’origines, la
mort de leur père, criblé par les balles
d’un Magnum 44. Où l’on plonge dans l’enfer
d’une guerre civile sponsorisée par Elf avec
la bénédiction d’une oppressante « mère
partie / mère patrie ».
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"L’Iceberg" :
un brûlot contre le capitalisme financier
par Roland Sabra
 Comment
parler d'un spectacle qui échappe à toute
classification, qui broie les repères
tranquilles de nos repères catégoriels ?
Est-ce du cirque ? de la danse ?, du
cinéma ? des marionnettes ? du théâtre ? du
chant ? De la poésie ? C'est bien sûr à la
fois tout ça et bien autre chose, quelque
chose qui dépasse l'entendement, quelque
chose qui relève de l'hypnose et du cours
d'économie politique.
Quand les portes s'ouvrent ils sont déjà là
sur scène, huit à s'échauffer autour d'une
immense poutre métallique, totem théâtral
qui traverse le plateau de part en part et
qui sera hissé pour des numéros de haute
voltige. En fond de scène un écran, sur
lequel sera projeté des documentaires, des
interviews, des listings d'ordinateurs, des
slogans, des citations, des tableaux d'un
des co-auteurs du spectacle, plasticien à
temps perdu et surtout de magnifiques ombres
chinoises.
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"Le cœur d’une mère"
Le bon bout du Théâtre créole
Par José Alpha
 Face à la scène où se déroulait le drame familial que m’invitait à voir au Théâtre municipal de Fort de France la pièce « le cœur d’une mère » de Jean Michel Dubray du « Théâtre-du-bon-bout » de la Martinique, j’entendais les commentaires murmurés, les rires, les approbations et les soupirs d’une salle immergée par la douleur d’une jeune mère durement confrontée au protectionnisme maternel exercé sur le père de sa fille, par celle qui aurait pu être sa belle mère.
Une situation bien connue dans toutes les familles du monde et particulièrement dans les Antilles, les pays latins d’Europe, des Amériques et de la Caraïbe. La mère protège tellement son fils qu’elle en fait un lâche, un profiteur, un « coq en pâte » immature et manipulateur comme ont pu le souligner, avec l’auteur de la pièce, les cliniciens qui tentent encore d’éclaircir le rôle du père dans la famille antillaise. En fait, la mère courage (Solange) qui a élevé seule son fils (Roger), répète son propre échec affectif et conjugal en jetant l’opprobre sur la jeune « intrigante » (Brigitte) qui a tenté de lui dérober par la maternité, ce fils trop « bien aimé ». Sa belle fille devient sa rivale surtout qu’elle estimait son fils trop jeune pour être père; elle détourne donc avec autorité Roger qu’elle vénère et qu’elle a élevé « au prix de lourds sacrifices », de Brigitte, la jeune adolescente enceinte à l’époque, indigne de son fils, qui a cherché à lui enlever l’amour de sa vie.
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Dans « Le cœur d'une
mère » : de l'amour et de la haine !
Deux
protagonistes, Brigitte et Roger, de la
pièce de Jean-Michel Dubray
par Roland Sabra
C'est
ce que déclarent au milieu de la pièce
l'ensemble des personnages réunis pour la
cause sur le plateau. La mère ? Un homme
comme les autres ! Qu'il y ait besoin de
rappeler que la mère est un être humain,
c'est dire ce qu'il en est de l'« utérococratie »
aux Antilles. Un constat que le célèbre
pédiatre Aldo Naouri, fidèle auditeur du
séminaire de Lacan, ne désavouerait pas.
Voilà le beau sujet de comédie que nous
propose le T.B.B, Théâtre du Bon Bout
celui-là, crée il y cinq ans et animé par
Jean-Michel Dubray. Le metteur en scène à
longtemps trainé ses basques du coté du
SERMAC avant de voler de ses propres ailes.
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Théâtre – Retour en Martinique.
 De retour en Martinique après un été chargé, en Avignon, où le théâtre se porte bien, peut-être trop (le festival n’est-il pas au bord de l’apoplexie à force de grossir d’année en année ?) mais les artistes moins bien. Comme chacun sait, l’excès en tout est un défaut et plus précisément, comme l’enseignent les économistes, l’excès de l’offre par rapport à la demande s’avère catastrophique pour les offreurs qui se retrouvent avec des stocks inutiles sur les bras. En l’occurrence, des places vides dans les salles que les comédiens louent à grand prix. La plupart des troupes qui se produisent dans le Off acceptent d’entrée l’idée qu’elles perdront de l’argent et misent sur le fait qu’elles seront remarquées par un ou plusieurs programmateurs et qu’elles récupèreront dans des tournées futures l’argent investi en Avignon. Un pari risqué où beaucoup se retrouvent perdants.
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Théâtre : Octobre aixois.
Un Malade imaginaire « moliéresque »
 On peut traiter le Malade imaginaire de bien des façons. Nous avions vu cette année en Avignon une mise en scène remarquablement dynamique par le Théâtre du Kronope, en forme de comedia del arte, avec masques et costumes d’époque. Le hasard nous a conduit à assister au Théâtre du Jeu de Paume, à Aix-en-Provence, à la même pièce montée dans un esprit complètement différent par une compagnie marseillaise, Didascalies and Co. Exercice passionnant puisqu’il visait à rendre compte de l’ensemble des intentions de Molière dans cette pièce.
Le Malade imaginaire est d’abord une pièce comique : nous ne serions pas, sinon, chez Molière. Mais c’est une comédie dramatique. Lorsque Molière l’écrivit, il était lui-même malade et l’on se souvient peut-être qu’il fut pris d’une sorte de convulsion au moment de prononcer le mot « juro » (« je jure ») dans la dernière scène, celle de la cérémonie farce au cours de laquelle Argan, le malade joué par Molière lui-même, est intronisé médecin. Molière termina la comédie comme il put et mourut dans les heures qui suivirent. Son point de vue sur la médecine n’était donc plus tout à fait celui des pièces précédentes où il avait moqué la fausse science médicale. À Béralde, son frère, qui ne cesse de brocarder les médecins de son temps, Argan-Molière oppose désormais un argument de bon sens : « Il est aisé de parler contre la médecine quand on est en pleine santé » ! Enfin cette pièce poursuivait un objectif politique : il s’agissait pour Molière de rentrer en grâce auprès de Louis XIV après sa brouille avec Lulli qui était, lui, resté le favori du roi. C’est ce dernier point qui explique le prologue grandiloquent à la gloire du monarque. Exemple :
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Déraisons de la colère
Yna Boulangé dans "Folie"
de Marie Vieux-Chauvet
Mise en scène José Exélis
dans une adaptation de José Pliya
par
Christian
Antourel & Ysa de Saint-Auret.
 Dans
cette adaptation de José Pliya, José Exélis
monte à cru tendu l’ultime volet de la
trilogie: Amour, Colère et folie et réussit
la mise en scène qui voltige sur le corps,
le souffle et la voix que Marie Vieux
–Chauvet a lancé dans une exclamation
exacerbée d’écriture abrupte, sèche et
volontairement subversive. Elle participe
d’un au-delà des mots qui échappent au
langage indicible, de ces maux qui ont la
couleur du vide et reflètent jusqu’au
silence des choses par la quête d’un dire,
d’un bien dire qui émerge au milieu du
désordre quand la perte n’est plus l’absence
mais la dimension même de l’absolu, de la
vie. C’est que la chose démontrée, l’est
dans une harmonie inversée qui à travers la
douleur vise le beau. L’épreuve du bien est
ici l’épreuve du mal. Les idéologies
totalitaires, les tyrannies, les intégrismes
sont parfaitement compris et sur le voile de
cette histoire se peint l’amour, la colère
la résistance, l’espoir et la folie. Cécile
est ainsi confrontée à un double rapport au
manque ; d’abord l’absence, bien sûr, et
elle incarne également les traits de l’union
entre guerre et paix, pour mieux rester
captive d’une image que nul ne pourra
altérer. Kant fait de la raison l’unique
argument de la survie de l’homme,
identifiant celle-ci a la loi et perçoit
dans la douleur une limite à l’oppression,
aux renoncements et au maintient du bien
dans son inaccessibilité.
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"Folie" de corps et d'âmeYna Boulangé dans une mise en scène de José Exélis du
troisième volet de l'œuvre de Marie
Vieux-Chauvet

« Folie » le troisième volet de
l'œuvre de Marie Vieux-Chauvet nous est
proposé dans une adaptation de José
Pliya et une mise en scène de José
Exélis avec pour unique comédienne Yna
Boulangé. Il y a toujours cette
difficulté de l'adaptation d'un texte
romanesque au théâtre. José Pliya,
spécialiste en la matière, en connait
les affres et les tourments avec d'assez
belles réussites quoique toujours
limitées par la structure du texte qui
quelques fois fait résistance. Adapter
sans trahir, telle est la gageure. Pour
« Folie » le pari est gagné, dans la
mesure où l'on croit, par instant,
reconnaître le texte en l'entendant. La
fidélité est d'esprit. C'est la plus
sûre.
Le plateau est nu comme à l'accoutumé chez Exélis, une ronde de terre
rouge occupe une grande partie de
l'espace, un fil avec deux rideaux
blancs, la traverse sur la partie
arrière-gauche, deux petits ilots de
cette même terre sur le coté droit et en
toile de fond, une immense photo d'astre
lunaire qui bougera peu, juste remplacée
un moment par un mur d'images de guerres
immémoriales.
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Un beau
spectacle à l’Atrium : le Tartuffe de Deluge
par
F. Cuvillier

Pas facile, d’apporter
quelque chose d’innovant à l’une des pièces
les plus jouées du répertoire français ; ni
de remettre au goût du public néophyte
moderne un texte de trois siècles et demi,
ni de faire monter sur les planches des amis
dont ce n’est pas le métier premier, même
s’ils connaissent la scène : les stars
modernes qui se piquent du grand écran ont
pour elles des micros, des prises à refaire,
et non un direct devant des ados prompts à
la dérision…
Hervé Deluge relève pourtant ce défi avec
succès, audace et cohérence. Des choix
courageux mais pertinents offrent au jeune
public des émotions restaurées et un texte
dépouillé des longueurs scabreuses
auxquelles Molière, en son temps, avait été
contraint pour se dépatouiller des dangers
de la censure et satisfaire in extremis les
nécessités du genre par un coup de théâtre
ultime qui rétablissait une affaire pourtant
bien sombre…
S’il fallait plaire à la cour en 1665, et ne
pas dévoyer au code, Hervé Deluge préfère
s’attacher à la signification humaine du
texte, métaphoriser le train hypocrite et
sans fin du monde, ne pas laisser les
pudeurs du verbe classique cacher aux mœurs
modernes l’arrogance provocante de Molière,
qui lui coûta bien des soucis… (et le
metteur en scène moderne de subir à son
tour, comme si cette pièce était frappée de
malédiction, les turpitudes de la critique,
puisque toute action profonde entraîne une
réaction équivalente, et que l’adaptation de
la mise en scène est stupéfiante du début à
la fin.)
Quelle invention ! quel mariage de Molière
aux découvertes ultérieures du théâtre !
comme Jean Baptiste Poquelin aurait été
enthousiaste d’utiliser un espace aussi
vaste, un décor aussi poétique et
chorégraphié, des objets qui, inattendus,
s’intègrent pourtant avec astuce dans le jeu
signifiant et varié des personnages, sans
être de simples fioritures formelles,
superflues ou gratuites : des trouvailles
riches en finesses, en poésie, en humour, en
nuances approfondies, non des effets de
style hétéroclite ; elles répondent à
l’intention première du texte, à la
compréhension la plus avancée de
l’objet-actant, du corps étendu de l’acteur,
et dans l’olympe de la littérature, au
cénacle des géants du théâtre, la rencontre
de Molière et de Beckett, l’apparition d’un
classicisme absurde, est un rêve que
n’aurait pas renié Cocteau, qui lui aussi
mêla l’ancien au moderne en cherchant ce
sublime troublant de l’enfantin-désabusé.
Quand aux personnages, ils bénéficient d’une
distribution judicieuse, et les menues
imperfections du jeu instaurent un caractère
tendre, familial, complice, tolérant,
pédagogique avec le public. Le métissage
dédoublé de la bonne est une belle réussite
; la fragilité adolescente correspond aux
personnages de jeunes gens, tandis que sonne
la maîtrise académique de l’oncle censeur ;
la grand-mère a un relief époustouflant tant
elle fait corps avec sa machine. Bien sûr,
le public est curieux de voir ses « stars »,
et leur accorde un crédit de tolérance
sympathique pour cet exercice nouveau. Il y
a sans doute quelque chose d’encourageant de
voir tenter l’expérience même si le vaste
espace acoustique est impitoyable pour les
voix, une touchante humilité à s’exposer
sans garantie au public.
Mais surtout, surtout, il y a cette
délicieuse appropriation antillaise des
rapports amoureux, une ambiguïté préservée
du personnage éponyme, et pour celle qu’il
convoite, soucieuse de sa progéniture ou
toréador à ses heures, toute la maturité
d’une dignité malicieuse : la réalité de
cette fanm-doubout met presque le texte en
sourdine.
On espère qu’Hervé Deluge, nouveau shopper-rider-cul-de-jatte
de la scène, n’est pas las de célébrer la
fête du théâtre ; et l’on dit à sa troupe
qu’elle a fait aimer aux jeunes martiniquais
ce bel art qu’on voudrait enterrer. Un grand
merci au théâtre national.
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Une
comédie introuvable
Par José Alpha

L’inspiration comique des évènements,
des situations et des personnages portée à
la scène théâtrale répond généralement au
besoin de détente et de distanciation que
nous procurent par exemple les humoristes en
général, ou les talentueux comiques
antillais de plus en plus présents sur les
scènes locales et nationales.
Nous avons plaisir à les voir se débattre à
notre place, dans des situations de
conflits, de frustration, de mensonges, de
mauvaises fois et d’impuissance.
Alors quand on annonce « le Tartuffe » de
Molière, même si on ne connait pas
l’histoire, on s’attend à découvrir comme
tout le monde, des développements
suffisamment comiques servis par la
réputation de l’auteur et surtout par la
jeunesse du metteur en scène, de surcroit
martiniquais donc bien au fait des relations
humaines volcaniques et passionnelles qui
nous constituent malgré tout.
Créée à partir de la combinaison du comique
et de l’art théâtral, la comédie est avant
tout, aujourd’hui, un régulateur des
tensions quotidiennes. Tout le monde le
sait, tout le monde l’a bien compris. Et
c’est en ce sens que les situations
sociales, les conflits interpersonnels et
les frustrations trouvent dans ce genre
théâtral, l’antidépresseur bienfaisant qui
favorise le rire de soi, de ses travers, de
ses manquements et de ses erreurs. Le
personnage ridicule de la comédie, loin
d’émouvoir, justifie chez le spectateur la
satisfaction de soi-même et autorise la
détente comique qui maintient la relation
avec le public.
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suite
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Les triporteurs de la
discorde
Par Christian Antourel« Notre
intention, c’est aussi établir un pont
entre l’Education Nationale et le
théâtre professionnel, qui puisse
nourrir les espoirs d’une action
culturelle soutenue » (Hervé Deluge)
 Le
Tartuffe est une comédie de mœurs. La
pièce étudie et fait la satire appuyée
des dévots. C’est dans Tartuffe que
Molière définit le mieux son but qui est
de peindre les hypocrisies religieuses,
l’aveuglement et les problèmes de
l’extrême dévotion. L’analyse se veut
fine et également met en relief les
rapports maîtres/serviteurs. La pièce a
été le plus grands succès de Molière.
C’est l’histoire d’une famille aux
prises avec un prédateur. Les
personnages qui doivent occuper le
devant de la scène sont Orgon, Elmire et
Tartuffe. Selon le schéma hérité de la
farce médiévale avec la femme, le mari,
et l’amant : ce personnage intrus qui
s’immisce dans le couple. Mais la pièce
est bien plus sophistiquée qu’elle le
semble .Passions, rires, larmes et
rebondissements, doivent en faire une
comédie divertissante. Hervé Deluge dans
des proportions qui prennent toujours le
risque de l’audace cherche derrière la
farce et la bouffonnerie de la pièce, un
plus délirant, excentrique même, dans
cette famille qui est un champ de
bataille ou stratégies, ruses, attaques
et coups d’éclat se succèdent. C’est
dans ce décor qu’apparaît Tartuffe,
hypocrite à son tour, manipulé par ceux
qu’il croyait soumettre à son pouvoir.
Son passage comble les non-dits, révèle
les antagonismes exacerbés. Les tensions
laissent finalement chacun face à une
nouvelle vie où les masques tombent.
Hervé cherche toujours à créer un
théâtre holistique (qui considère les
différents éléments en présence, comme
constituant un tout cohérent) Ainsi il
veut, que les comédiens, l’action, le
décor soient inextricablement liés.
|

Tartuffe n'est peut-être pas le
personnage principal de la pièce éponyme
de Molière. C'est sans doute Orgon que
l'auteur interprétait lui même. On
pourrait même présenter Orgon comme un
homme amoureux d' un faux dévot auquel
il est prêt à tout sacrifier par
entêtement, ou plutôt par amour. On
pourrait. Hervé Deluge aurait pu...
Disons le d'emblée il y a des trouvailles de mise en scène, une belle
scénographie, de très belles lumières
dues, une fois de plus à Dominique
Guesdon. On se souviendra du clin d'oeil
à la célèbre photo de Marylin Monroe sur
une grille de métro avec Elmire, la
femme d'Orgon, robe offerte au vent tout
comme on aura photographié Madame
Pernelle icône agenouillée dans la
troisième dimension d'un vitrail collé
au sol. Moments de pure beauté
plastique. La musique de Alfred Fantome
à une petite tonalité « orientalisante »
qui in-temporalise ingénieusement la
pièce, Le recours à des tricycles pour
le déplacement des personnages sur
l'immense plateau nu du CMAC est aussi
une bonne idée, qui tourne parfois au
procédé mais qui pouvait signifier une
distance maitrisée avec le texte. Le
plateau est vide à l'exception d'une
grande cage grillagée sur la partie
gauche, à l'intérieur de laquelle les
comédiens n'apparaissent qu'à mi-corps.
Les entrées et les sorties de scènes se
font par des trappes dissimulées sur le
sol. La modernité de bon aloi de la
scénographie pèche par insuffisance, par
manquement notamment en matière de micro
vhf. Il y a des scènes notamment celles
qui se déroulent sous le plancher de la
scène quand les comédiens passent d'une
trappe à une autre qui sont totalement
inaudibles !
|
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Hervé Deluge monte
Le tartuffe

Pourquoi monter le tartuffe ici et
maintenant en Martinique ?
Tartuffe est l'une des pièces qui a fait
l’objet du plus grand nombre de mises en
scène au monde. C'est dire si cette dernière
pose des questionnements universels.
Pour une équipe artistique martiniquaise se
confronter à cette œuvre c'est poser
concrètement un défi : celui de nous
l'approprier de manière vivante,
contemporaine et sans complexe.
C'est aussi établir un pont entre
l’éducation nationale et le théâtre
professionnel, qui puisse nourrir les
espoirs d’une action culturelle soutenue.
Jouer une pièce classique en Martinique 15
fois dans la grande salle de l'Atrium est
une gageure et constitue une première. C'est
surtout offrir à notre jeunesse
l’opportunité d’assister aux représentations
d’un spectacle qui ouvre aux enseignants
comme aux élèves une large sphère
d'investigation. Ainsi qu'à tout amoureux du
théâtre classique ou du théâtre tout court.
L'hypocrisie n'est-elle pas nécessaire au
maintien de la religion et de ses lois?
-Pourquoi la religion serait-elle
nécessairement liée à l'hypocrisie?
Il me semble qu'il existe des gens qui ont
réellement la foi et qui l'appliquent avec
sincérité, c'est à dire dans l'amour du
prochain. Sans exclusions définitives de
l'autre et surtout en dehors de ce phénomène
de mutation qui a fait des religions, des
partis politiques. Et l'on sait tous que la
politique engendre la violence.
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Hamlet
décapé
d'épée!

par
Roland Sabra
La
saison du
Théâtre
Aimé
Césaire
de
Fort-de-France
s'est ouverte
avec
«Hamlet»
dans une mise-
en
scène
décapante
du jeune Igor
Mendjisky.
Décapante
en effet
d'abord par
les costumes,
sans
âge,
modernes,
vaguement
destroy des
comédiens,
par la superbe
bande son,
très
jazz
très
blues, les
lumières
très
sombres, par
le jeu
très
électrique,
très
survolté
même du
personnage
principal et
aussi par la
lecture que
nous propose
le metteur en
scène.
Igor Mendjisky
part du
principe que
la
pièce
de Shakespeare
pose des
milliers de
questions et
qu'il serait
réducteur
de vouloir y
répondre.
Il faudrait
rester dans le
doute,
l'incertitude.
Parti pris de
mise en
scène
qui n'est pas
un
évitement
de lecture
mais un refus
de choisir.
Position par
excellence de
l'hystérique;
elle; (lui);
qui refuse de
se voir
assigner une
identité
sexuée
et qui se
complait dans
l'entre-deux
sexes.
Lire
la suite
|
|
Atelier
théâtre des Trois-Ilets
 Il
ya trois ans la compagnie les Enfants de la
mer" du metteur en scène martiniquais José
Exélis ouvrait aux Trois-Ilets un atelier
théâtre ouvert ç tous? C'est Arielle Bloesch,
elle aussi metteure en scène, on lui doit
notamment le travail intéressant autour
d'une création martiniquaise "La nuit
caribéenne", très appréciée au Festival
Mondial des Arts Nègres (FESMAN) de Dakar
l'an dernier, qui était en charge de
l'animation. Trois ans plus tard donc, c'est
sa propre compagnie "Les Berlick" qui
reprend le flambeau, José Exélis étant tout
entier à régler la mise en scène du
troisième volet, tant attendu de "Folies",
l'adaptation de José Pliya du roman de Marie
Vieux-Chauvet. Ecoutons Arielle Bloesch nous
parler du nom de sa compagnie ! : "Berlick
est le nom d'un personnage du théâtre de
Guignol que fréquentait la mère d'Alexandre
Dumas. Un diable noir et facétieux qui a
donné sa naissance le surnom de l'auteur
des Trois Mousquetaires. Un diable d'auteur
dont le sang caribéen bouillonnait d'une
imagination qui a passionné des générations
de lecteurs dans le monde entier."
Le 17
septembre avait donc lieu une reprise d'un
spectacle de fin d'année de juin qui
présentait les travaux de l'année., soit un
ensemble de cinq courtes pièces de
Jean-Claude Grumberg, auteur et metteur en
scène connu et reconnu par ses pairs,
notamment lors de la cérémonie des Molières
pour Zone Libre et l'Atelier entre autres.
Le premier
mérite d'Arielle Bloesch est d'avoir eu
l'audace de proposer des textes de cet
auteur qui tournent autour d'une
problématique peu souvent abordée ici dans
notre belle ile, celle des conséquences de
la Shoah sur la construction identitaire
d'un enfant juif miraculeusement épargné,
parce que recueilli par des Justes peu après
sa naissance. Les esprits chagrins, étroits
ou les deux à la fois diront qu'en matière
de construction identitaire, il y a ici
déjà beaucoup à faire pour s'intéresser à
celle de l'Autre..
Les
prestations sont certes inégales comme
toujours dans les ateliers amateurs, et
hélas pas seulement amateurs, mais la
représentation laissait voir un véritable
travail de direction de comédien, qui est la
patte d'Arielle Bloesch. C'est le second
mérite de ce travail soutenu par la
municipalité des Trois-Ilets et son
directeur de la Culture et des Sports,
Bruno Mariette. Cet Atelier de la Cie Les
Berlicks est aussi l'occasion d'un brassage
ethnique, reflet de la population de la
commune. Ce qui n'est pas rien.
Pour les
dates et horaires contacter Arielle Bloesch
au 0696 22 58 63. 2 rue du Quadrille (
ex-école Sixtain)
lesberlick@hotmail.fr
Madinin'Art
|

1143 spectacles différents en un peu
plus de trois semaines, 969 compagnies,
6000 artistes, presque autant de
« professionnels » (producteurs,
diffuseurs, journalistes) : ces chiffres
donnent le tournis et signalent qu’on ne
peut bien sûr rendre compte de
l’ensemble du Off. Après une petite
semaine seulement en Avignon, il est
tout au plus possible d’évoquer
quelques-uns des spectacles du
programme.
Il convient de souligner tout
d’abord que cette surabondance est loin
d’être favorable à tous. Certes, elle
permet à de parfaits inconnus de se
faire connaître, mais à côté de ces
quelques-uns qui seront bénis par la
Fortune, combien qui présentent des
choses remarquables ne parviendront
jamais à remplir la salle – pourtant de
dimension réduite – où ils se produisent
et ne rentreront pas dans leurs fonds
(les propriétaires des salles ne faisant
aucun cadeau). Et combien, aux
prestations tout autant dépourvues de
texte que de talent, sont venus attirés
par un miroir alouettes, alors qu’ils
n’auraient pas passé la barrière de la
moindre sélection. Car tel est le parti
et le pari du Off, de donner à tout le
monde sa chance, y compris à ceux qui
n’en ont aucune. Pour notre part, nous
ne parlerons ici que des spectacles qui
nous ont plu, pour une raison ou pour
une autre.
|
"D’un
retournement l’autre."
Comédie
sérieuse sur la
crise financière

Economiste, Frédéric
Lordon est connu
pour ses essais
critiques sur la
mondialisation
financière,
qui ont rencontré un
grand succès public.
Il a ici choisi une
forme singulière,
celle du théâtre,
pour
mettre en scène la
crise de la finance
mondiale. Le rideau
s’ouvre : Messieurs
les Banquiers, son
Altesse le président
de la République
française, Monsieur
le Premier ministre,
Monsieur le
Gouverneur de la
Banque centrale et
le petit peuple des
conseillers de la
Cour. La pièce peut
commencer :
complètement
lessivés par la
crise des désormais
célèbres «
subpraïmes » (sic),
les Banquiers vont
bientôt sonner à la
porte de l’Etat pour
lui demander de
mettre la main au
porte-monnaie…Frédéric
Lordon se révèle un
versificateur
virtuose, qui a fait
le choix de
l’alexandrin pour
raconter la
déconfiture d’un
système qui a tous
les traits de
l’Ancien Régime.
Mais si la forme
évoque la tragédie
classique, D’un
retournement l’autre
est aussi une farce
sinistre qui dresse
un portrait
dévastateur de notre
élite (le lecteur
reconnaîtra sans
peine ses plus
célèbres
représentants). On
rit jaune, à écouter
cet aréopage de
beaux parleurs
affolés par
l’interminable
maelstrom qu’ils ont
provoqué, mais qui
jamais n’abjureront
leur foi dans les
vertus du marché.
Crise de la finance,
sauvetage public,
Explosion de la
dette et rigueur
hystérique. Et comme
d’habitude, à qui va
l’addition ? Qui
donc de la farce
pour être le dindon
? On l’aura compris
: le « retournement
» à venir n’aura
rien à voir avec
celui d’un cours de
bourse (Présentation
de l’éditeur)
D’un retournement
l’autre. Comédie
sérieuse sur la
crise financière. En
trois actes et en
alexandrins, de
Frédéric Lordon.
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Girouette et
pisse-vinaigre
par Christian
Antourel

Le point de départ de Girouette et Pisse-
Vinaigre de Syto Cavé et Alain Blondel est
le texte« Voisin Voisine » d’abord monté a
Barcelone en 2004 pour le Forum des cultures
puis a Port -au- Prince , New York, Fort de
France et Paris. C’est une réflexion écrite
de leur parole mixée que le poète et
dramaturge haïtien et le plasticien on muri
dans un questionnement sur l’enfermement de
la langue contemporaine, ou en panne dans
notre société. Ils ont suivi des courants de
pensées sur la distinction entre lecture et
écriture entre cris et chuchotement,
révolution et silence. Jusqu’à cet autre
texte, d’une littérature de l’émotion
introduite par une volonté arrogante d’une
parole plus franche encore, pour échapper
aux règles des conversations jouées dans un
certain ordre social, par habitude ou
lassitude. Pour changer l’image et le son.
Déplacer la syntaxe, en obtenir d’autres
musicalités dans l’apparente cacophonie,
d’un bric à brac de grammaire architecturale
libérée. Un jeu de mots croisés
structurés/déstructurés, assemblés/cassés.
Action violente dans les termes mais qui
utilise toujours la poétique de Syto Cavé
dans cette mathématique bleue qui enrichie
l’écriture de la langue tout en réduisant
jusqu'à les confondre l’architecture et
l’artisanat des lignes directrices dictées
et l’orthographe des espaces de lumières et
de sons Dans ce fracas de combinaisons
grammaticales éclectiques et fantaisistes la
mise a mal des diversités d’expression
contemporaines est parfois sidérantes
toujours au-delà du possible et provoque un
plaisir intellectuel intense. De cette
jubilation naissent des pistes pour Syto
Cavé et Alain Blondel qui deviennent
chercheurs. La pièce est un exercice
périlleux. Un objectif commun relie le poète
au plasticien : créer la dimension humaine
d’un discours réinventé, dans une appétence
pulsionnelle de découvreurs de dictionnaire.
Loin très très loin des maladies de la
Norme, dans le champ social où la parole s’éssoufle
dans le carcan des règles de conjugaison.
Lire la suite
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Mix'Art à
l'école
par Christian Antourel

Toutes les bonnes
choses ont une fin.
C’est en apothéose
dans le décor
mythique du cirque
d’hiver Bouglione
que l’Association
Ariana a l’origine
de « MIX’ART à
l’école » référence
incontestée, en
terme de promotion
de la diversité
culturelle, qui
s’adresse aux
collégiens et
lycéens au travers
de la bande dessinée
et des arts urbains
a choisit de lancer
le bouquet final de
ce périple aux
couleurs de la
diversité
culturelle. C’est la
dernière image qui
restera gravée dans
les mémoires elle se
devait d’être
merveilleuse.
Ariana a véhiculé
les valeurs de
partage, d’échange,
de transmission et
d’enrichissement par
la connaissance et
l’ouverture aux
autres. Soutenue par
les principaux
Ministères concernés
(Ministère de
l’Education
Nationale, Ministère
de la Culture,
chargé à
l’Outre-mer,
Secrétariat d’Etat à
la Jeunesse), par
l’Agence Nationale
pour la Cohésion
Sociale et l’Egalite
des Chances, et par
la Direction de
l’Accueil, de
l’Intégration et de
la Citoyenneté. Fort
du partenariat avec
la Délégation
Académique, avec les
groupes France
Télévisions et
Lagardère Active, et
du concours de
mécènes renommés.
« L’opération
« MIX’ART à
l’école » est une
réponse forte et
innovante de
l’Association Ariana
à l’enjeu de la
promotion des
valeurs
républicaines chez
les jeunes. » Cette
opération
associative permet
en classe d’étudier,
d’échanger et de
révéler le talent
autour du thème de
la diversité
culturelle par la
bande dessinée et le
street art. Le
concours MIX’ART a
donné la parole aux
élèves de manière
dynamique et
participative. Un
travail collégial où
chacun s’est renvoyé
la balle par le
dessin et par
l’écrit, sur des
thèmes fondamentaux
tels que la lutte
contre la violence,
le décrochage
scolaire, et la
tolérance.
Lire la suite
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Girouette et
pisse-vinaigre
par Christian
Antourel

Le point de
départ de Girouette
et Pisse- Vinaigre
de Syto Cavé et
Alain Blondel est le
texte« Voisin
Voisine » d’abord
monté a Barcelone en
2004 pour le Forum
des cultures puis a
Port -au- Prince ,
New York, Fort de
France et Paris.
C’est une réflexion
écrite de leur
parole mixée que le
poète et dramaturge
haïtien et le
plasticien on muri
dans un
questionnement sur
l’enfermement de la
langue
contemporaine, ou en
panne dans notre
société. Ils ont
suivi des courants
de pensées sur la
distinction entre
lecture et écriture
entre cris et
chuchotement,
révolution et
silence. Jusqu’à cet
autre texte, d’une
littérature de
l’émotion introduite
par une volonté
arrogante d’une
parole plus franche
encore, pour
échapper aux règles
des conversations
jouées dans un
certain ordre
social, par habitude
ou lassitude. Pour
changer l’image et
le son. Déplacer la
syntaxe, en obtenir
d’autres musicalités
dans l’apparente
cacophonie, d’un
bric à brac de
grammaire
architecturale
libérée. Un jeu de
mots croisés
structurés/déstructurés,
assemblés/cassés.
Action violente dans
les termes mais qui
utilise toujours la
poétique de Syto
Cavé dans cette
mathématique bleue
qui enrichie
l’écriture de la
langue tout en
réduisant jusqu'à
les confondre
l’architecture et
l’artisanat des
lignes directrices
dictées et
l’orthographe des
espaces de lumières
et de sons Dans ce
fracas de
combinaisons
grammaticales
éclectiques et
fantaisistes la mise
a mal des diversités
d’expression
contemporaines est
parfois sidérantes
toujours au-delà du
possible et provoque
un plaisir
intellectuel
intense. De cette
jubilation naissent
des pistes pour Syto
Cavé et Alain
Blondel qui
deviennent
chercheurs. La pièce
est un exercice
périlleux. Un
objectif commun
relie le poète au
plasticien : créer
la dimension humaine
d’un discours
réinventé, dans une
appétence
pulsionnelle de
découvreurs de
dictionnaire. Loin
très très loin des
maladies de la
Norme, dans le champ
social où la parole
s’éssoufle dans le
carcan des règles de
conjugaison.
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La création théâtrale à la Havane :
Un espace de
renouveau de la réflexion identitaire cubaine
par
Alvina Ruprech
 Le hasard
a fait que j’ai pu voir les œuvres de
trois metteurs en scène lors d’un séjour
récent à la Havane. Leur manière d’aborder
des questions concernant l’identité cubaine
– de nouveaux rapports avec les traditions
afro-cubaines, la discussion sur l’identité
sexuelle et les possibilités artistiques
d’un renouveau des sources de la pensée
révolutionnaire – a révélé l’importance
grandissante de la pratique théâtrale
en tant qu’espace de réflexion sur les
rapports entre l’individu et la société
cubaine en général.
Eugenio
Hernandez Espinosa, l’auteur de
Maria Antonia,
un classique contemporain de la littérature
dramatique cubaine, a eu la gentillesse
de m’inviter à une répétition de sa nouvelle
mise en scène de son œuvre. L’événement
a eu lieu au théâtre City Hall, siège
de sa troupe le Teatro Caribeño de Cuba.
Créée en 1967 par le regretté Roberto
Blanco (le Grupo nacional el Taller dramático,
devenu le Teatro Irrumpe), la production
originale de Maria
Antonia
a représenté Cuba à la première édition
du Festival des Amériques à Montréal (1985).
Restée gravée dans la mémoire des artistes
de l’époque, elle est devenue un événement
mythique dans les annales théâtrales cubaines.
Plus récemment, l’auteur a tenu à passer
au-delà du mythe afin de donner à son
œuvre une interprétation plus actuelle,
tout en conservant le fondement spirituel
et sensuel de la mise en scène originale.
Lire
la suite
|
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Deux spectacles du Théâtre Martiniquais
sur le Festival Off d'Avignon
2011
La
pièce scandaleusement éliminée,
avant même de concourir,
du palmarès du Festival de la
Ville de Trinité sera jouée
en Avignon
Label
2011 ANNEE DES OUTRE-MER
 La
compagnie VIRGUL' présentera
deux de ses spectacles au Théâtre
du Chapeau Rouge lors du Festival
Off d'Avignon. Il s'agit de
la pièce de Jean-Claude Danaud,
"Les Sardines Grillées"
et d'un spectacle de contes,
dans la tradition du conte Créole
de Martinique "Ti Chat
pourquoi ris-tu ? " de
Valer’EGOUY. Deux occasions
de découvrir la diversité de
la création Théâtrale de la
Martinique d'aujourd'hui.
VIRGUL’ et son directeur artistique
Valer’EGOUY sont très actifs
dans le domaine de l'enracinement
de la pratique théâtrale et
de la parole contée dans les
quartiers populaires de Fort
de France. Ils sont à l'origine
de plusieurs ateliers et rendez-vous
culturels – Festival Contes
et Musique dans la Cité, Lire
et Dire pour le Plaisir, Arts
et Culture en Vacances, spectacles
jeune public, ...
Leur dernier spectacle "Les
sardines grillées", dont
l’amorce du travail a été effectuée
par Corinne VASSON avant que
Valer’EGOUY ne fasse la mise-en-scène,
a rempli cette saison le Théâtre
Aimé Césaire sur toutes les
représentations.
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Que les fruits
tiennent la promesse des fleurs

"Il want it, I'll
get it !"
Il
ne faut pas désespérer de Hervé Deluge. S'il nous est arrivé d'être très réservé
à l'égard de certaines de ses productions il nous arrive aussi d'être charmé par
son travail. C'est le cas avec sa dernière production «I want it, I'll get it »,
présentée fin fin 2011 à Fort-de-France dans le cadre du Festival e Théâtre
amateur. Hervé Deluge, s'est emparé non pas d'un texte d'auteur mais d'un
ensemble d'écrits destinés à autre chose quel leur mise en scène théâtrale. Il y
a là des articles de presse, des extraits de coupures de journaux des
commentaires, des réflexions entendues ici où là, des saynètes inventées à
partir d'une observation distanciée et critique des pratiques quotidiennes
qu'elles soient télévisuelles, radiophoniques, issues du monde professionnel ou
de la conjugalité ou d'autres domaines. On assiste alors à un théâtre fait de
collages de petites scènes, dont chacune présente une unité discursive et dont
l'emboitement génère en creux, détaché du contexte et à un autre niveau de
réflexion, un étrillage vigoureux de l'ordre social capitaliste. Tout le
contraire d'un discours militant bavard, didactique et empesé. Le sens résulte
plus de la succession des tableaux que des tableaux eux-mêmes.
Il y a dans le travail de Hervé Deluge une piste intéressante qui est celle du refus d'une dichotomie entre
l'écriture et la mise en scène. C'est en renonçant à cette césure, en brisant
cette séparation, cette dualité qu'il semble avoir conduit ses comédiens
amateurs. L'écriture théâtrale collective, qu'il nous propose alors, n'est pas seulement
celle des mots, mais devient aussi celle des sens, des émotions.
Certes il y avait encore pas mal
de scories à éliminer dans ce qui nous a été présenté. Certaines scènes
mériteraient d'être plus ramassées, notamment celle du jeu de télévision.
Mais il
faut encourager ce théâtre de critique sociale, satirique, qui porte à rire et à
penser et qui nous défatigue des habituels discours d'auto-lamentations.
Si la troupe manque d'homogénéité;
si les prestations des comédiens sont hétérogènes elle comporte quelques
éléments de qualité (
Guillaume Malsne, Emmanuelle Clément...)
et les autres ne demandent qu'à progresser. En tout cas le
théâtre amateur martiniquais est on ne peut plus vivant, riche et divers dans
ses pratiques, reste à expliquer et à tenter de combler le fossé qui le sépare
du théâtre professionnel.
R.S. |
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« I want it » : Pertinente comédie
satirique.

Par SelimLander.
Beaucoup de compliments et peu de critiques pour ce spectacle imaginé et monté
par Hervé Deluge. Un Deluge que l’on voit décidément beaucoup ces temps-ci :
comme comédien dans Les Désincarcérés (voir
notre chronique et celle de
Roland
Sabra), comme lecteur de L’Esclave et le Molosse de Chamoiseau, le 22 mai,
et enfin comme auteur-metteur en scène dans cet I want it, comédie satirique qui
nous instruit en nous distrayant.
Le message de la pièce est plus qu’instructif en effet puisqu’il nous met en
face de la réalité du capitalisme néolibéral qui a proliféré, tel un chancre,
sur presque toute la surface de la planète. Ses ressorts sont simples : l’envie
et la peur. L’envie de consommer est encouragée par la publicité, laquelle, il
faut le dire, trouve un terrain favorable dans le comportement mimétique (voir
les analyses de René Girard) qui caractérise l’humanité en général. Quant à la
peur, c’est celle de ne plus pouvoir continuer à maintenir – au moins – son
niveau de consommation, donc, concrètement, celle de perdre son emploi. Le
socialisme et la fonction publique (son avatar dans les pays capitalistes) ont
bien des défauts mais pas celui-là. Quant au capitalisme, il possède deux
leviers très efficaces pour terroriser la main d’œuvre, donc pour la
discipliner : le progrès technique (qui permet de remplacer les travailleurs par
les machines) et les délocalisations (qui permettent de remplacer les
travailleurs d’ici par des travailleurs d’ailleurs, moins coûteux).
Hervé Deluge a choisi le ressort qui se montre en général le mieux à même
d’emporter l’adhésion du spectateur, lorsqu’il s’agit de démontrer une thèse,
aussi sérieuse soit-elle : l’humour, la comédie. De fait, on rit bien dans cette
pièce, même si le rire est souvent grinçant. Car il ne faut pas faire beaucoup
d’effort pour prendre en pitié les pantins qui sont manipulés devant nous par un
chef d’entreprise-meneur de jeu, aussi charmeur que cruel.
Cette pièce s’inscrit dans les rencontres de théâtre amateur, organisées
désormais chaque printemps au Théâtre de Fort-de-France. Cela se sent parfois,
sans être vraiment gênant. On est dans l’ensemble admiratif par le travail des
comédiens bénévoles et passionnés qui ont trouvé en eux des ressources qu’ils ne
soupçonnaient probablement pas eux-mêmes. On ne va pas, ici, distribuer des
médailles, mais on ne saurait passer sous silence le nom de Guillaume Malsne,
qui porte avec une aisance et un bagout sans faille le rôle absolument crucial
du chef d’entreprise.
Le spectacle est construit de manière à donner la parole successivement aux
différents comédiens, placés le plus souvent frontalement, et qui interagissent
assez peu. D’où l’importance du meneur de jeu, qui leur distribue la parole. Le
jeu télévisé, la visite chez une « psy » font partie des artifices mis en œuvre
pour amener les comédiens à s’exprimer les uns après les autres. Cela pourrait
paraître répétitif mais ce n’est pas le cas, d’autant que le procédé n’est pas
absolument systématique : certaines scènes (comme celle où les employés
discutent de la possibilité de faire grève) amènent les comédiens à faire leur
numéro… ensemble.
Puisqu’on a annoncé des critiques, il devrait être temps de s’exécuter. A la
réflexion, nous ne le ferons pas. Car ce serait… exécuter les rares
comédiens-comédiennes qui n’étaient visiblement pas à la hauteur de leur rôle,
de telle sorte qu’il serait bien difficile de décider qui, du comédien ou du
rôle, était responsable de notre malaise. S’il est normal d’accabler un
professionnel qui ne se montre pas à la hauteur des exigences de sa profession,
autant cela paraît injuste pour des amateurs. Sans doute eût-il fallu, pour que
la qualité du spectacle se maintînt de bout en bout, ne pas hésiter à couper
certaines branches…
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La 5ème Rencontre de théâtre
amateur de Fort-de-France s’est achevée sur une pièce d’Hervé Deluge
“I want it, I’ll get it!”
par Christian
Antourel
 Hervé
Deluge écrit sa pièce au moment de« la crise»: Cette dégradation
brutale de la situation économique planétaire. Une chorégraphie du mal
de vivre. Alors que le monde cherche des solutions impénétrables, son
théâtre, en observateur privilégié, pose ici des questions pertinentes
pour aujourd’hui et l’avenir. La pièce, rappelle notamment, comment
nous évoluons dans un univers imaginable, où le seul lien qui unit les
hommes entre eux serait la production de valeurs financières et
industrielles. Comment l’homme transforme le monde en objet
promotionnel, où les gens se reconnaissent dans leur consommation.
Quand le mécanisme qui relie l’homme à sa société n’est plus qu’un
contrôle social dans les rêves de la publicité, qui dans le fondement
d’un matérialisme ambiant fait du superflu, des besoins illusoires.
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Une
précision de Daniel Boukman
Suite à
l’article de La lettre de Madinin’Art en date du 10 juin 2011, qui fait
allusion au spectacle présenté en ouverture du Festival Amateur de
Trinité, je tiens à préciser que la troupe de Sainte-Luce a donné à
voir une adaptation libre de « Monsieur Agoulou ek Ti
Sonson » (pièce publiée, en 2008, par K.Editions, et dont je suis
l’auteur) …Adaptation d’autant plus libre que la deuxième partie
de cette pièce, qui donne à l’ensemble tout son sens, n’a pas été
présentée.
Ceci dit, désireux d’encourager les efforts fournis par les membres de
cette troupe, je formule le souhait que, par le biais d’un travail
théâtral renforcé, les potentialités qu’elle recèle, puissent fleurir
et fructifier
Daniel Boukman
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Les
dessous du jury du festival de Trinité

Plus d'un
aura été scandalisé par le palmarès rendu public par Bérard Bourdon
lors du Festival 2011 de théâtre amateur de la ville de Trinité.
Sentiments d'iniquité et d'injustice dominent. Comme tout se sait très
vite dans notre petit pays, nous avons appris que les membres du jury
n'étaient pas unanimes, et c'est un euphémisme. Notons d'abord que
Daniel Boukman dont la troupe "Key Manman Sent-Lis" présentait
la pièce "Agoulou ek Ti sonson" a eu l'élégance de se retirer du
jury. Il n'était pas venu à l'idée des organisateurs qu'il pouvait y
avoir, comment dit-on aujourd'hui? Conflit d'intérêts? L'auteur n'a pas
eu a se prononcer sur la façon dont son texte avait été passé à la
moulinette, dépecé et restitué sous la forme d'un galimatias sans queue
ni tête. Par ailleurs on a appris que les membres du jury s'étaient
réunis plus d'une semaine avant l'ouverture et s'étaient mis d'accord
pour exclure du palmarès "Les sardines grillées" au motif que la
pièce avait déjà été jouée, notamment à Fort-de-France et qu'il ne
s'agissait pas de vrais amateurs, car trop nettement au dessus de la
concurrence. Ni le metteur en scène ni les comédiennes n'ont été
prévenus. On les a laissé jouer en leur faisant croire qu'ils
concourraient alors que leur sort avait été réglé par avance. Il n'y a
pas eu d'élaboration plus avancée de règles d'appréciation. On s'est
limité à l'évaluation du texte, du metteur en scène et des comédiens
C'est ainsi que le texte d'un des auteurs contemporains les plus joués
et traduits dans le monde entierest passé à la trappe quand bien même
a-t-il été mis en scène par quelqu'un d'expérimenté, et qu'un texte qui
dont l'audience ne dépasse pas les frontières de notre ile, mis en
scène est un bien grand mot en l'occurrence par des novices sans grand
talent, pour le moment, a été récompensé. Quand il y a eu désaccord, et
cela semble-t-il sur de nombreux points, c'est, parait-il, la voix du
président du jury qui a été déterminante.
M'A
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Le théâtre amateur en Martinique
est vivant et bien vivant !
par Roland Sabra

A peine le festival de théâtre amateur du Théâtre Amé Césaire de
Fort-de-France fermait-il ses portes que celui de la ville de Trinité
ouvrait les siennes du 01 au 06 juin. Annoncé avec discrétion, il faut
dire que les responsables des services culturels et de communication de
Ttrinité ont encore une large marge de perfectionnement devant eux, il
nous proposait en séance inaugurale une pièce de Daniel Boukmam
«Agoulou ek Ti Sonson» par la toute jeune compagnie Krye Manmay
Sent-Lis. Daniel Boukman reprend donc une thématique déjà abordée avec
Agoulouland
mis en scène par Bérard Bourdon il ya trois ou quatre ans au CMAC de
Fort-de-rance. Ce ne sont pas les extraits choisis de cette nouvelle
mouture qui permettent d'apprécier l'évolution de la réflexion de
l'auteur. Loin s'en faut!
Ce sont pas moins de deux metteurs en scène,
Marie-Line Sully et Roger Ebion qui se sont chargés de présenter le
texte. La troupe est nombreuse, trois demi douzaines de comédiens sont
présents, sur le plateau ou en arrière plan dans les coulisses, pour
une pièce centrée autour d'un personnage unique, attablé et qui se
goinfre, du début à la fin, de divers plats que sa gloutonnerie réclame
avec force. Un choix de texte totalement inadapté à la pléthore de
comédiens mobilisés pour l'affaire. Le personnage principal reste
quasiment immobile à sa table pendant toute la représentation à part un
lever de sa chaise pour émettre bruyamment des gaz. Un «comique» de
pétomane!
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Les 14 et 15 avril 2011 Mon petit Poucet
d’après Charles Perrault ;
texte et mise en scène de José Pliya.
José Pliya réécrit l’histoire du petit Poucet et confie à Dieudonné Kabongo et Sophia Leboutte une formidable et terrifiante partition que ces deux comédiens interprètent avec énergie et talent. Bruits d’enfance ou de cuisine, ustensiles cliquetants qui suggèrent qu’il faut manger ou être mangé : la très efficace création sonore de Brice Cannavo installe d’emblée le spectateur dans une attention craintive. Lorsqu’apparaît Dieudonné Kabongo, qui ressemble au géant aux gros yeux des gravures de Gustave Doré illustrant le conte de Perrault, on hésite à voir en lui le père ou l’ogre. José Pliya avoue que la stature impressionnante du comédien l’a inspiré pour la réécriture de ce conte s’inscrivant dans la tradition ancestrale de la peur de la dévoration qui, de l’antique Kronos à l’élucidation analytique du sadisme oral, fait du père une figure inquiétante avec laquelle l’économie libidinale de l’enfant doit composer pour grandir. La force du texte de Pliya tient au fait qu’il suggère sans l’explicite verbeux qui encombre souvent la relecture des contes : on s’effraie avant que de comprendre, et on se plaît d’autant plus à avoir peur qu’on a saisi la vilaine mauvaise foi du bûcheron Guillaume, qui ouvre son récit avec « Mon fils a disparu ». Par deux fois, il tâche de perdre ses enfants dans les bois, et celui dont il veut d’abord se débarrasser, c’est ce « gamin qui n’est franchement pas beau », ce « sale petit pou » trop faible, qui passe son temps dans les jupes de sa mère, cette inutile bouche à nourrir : encore une fois, il faut manger ou être mangé…
Lire la suite, voir un extrait et consulter le dossier pédagogique
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« L'affaire Fanotte Ti Sonson » ou à chacun son
théâtre
par Roland Sabra
 Oh ce n'est pas une pièce de ce que l'on appelle
le répertoire sous entendu celui de la Comédie
Française. Ce n'est pas non plus un texte issu du
théâtre d'interrogations métaphysiques. Les
personnages sont outrés, un peu vulgaires, c'est
parfois en-dessous de « mon cul sur la commode »,
mais n'en déplaisent aux précieux, aux délicats
c'est quand même du théâtre. La troupe de théâtre
amateur « Sa sé Nou » l'annonce très clairement
dans son titre elle a vocation à la satyre sociale.
C'est dans cette tradition que s'inscrit « L'affaire
Fanotte Ti Sonson » que nous avons pu voir en
matinée samedi 21 mai au théâtre municipal de
For-de-France. Résumons l'intrigue. Ti Sonson,
Nestor Migere dans le rôle, est parti dans les
fournées du Bumidom, travailler ans en France
pendant quarante ans ; Il revient pour sa retraite
avec l'intention de vivre aux crochets de sa vieille
maman, mais voilà l'aide-ménagère, Fanotte incarnée
par Marlène Loza, à dilapider le compte en banque de
la maman. Un procès s'engage et vont défiler à la
barre les témoins, tous favorables à Fanotte. Il n'y
a pas eu d'enrichissement personnel, Fanotte a
simplement distribué l 'argent autour d'elle. Encore
que si l'on voulait lui chercher des poux il serait
facile de montrer que sa famille n'a pas été lésée
lors de cette distribution, c'est le moins que l'on
puisse dire.
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Le dramaturge et metteur en scène cubain Yoshvani Medina débarque à Broadway.
by Yoshvani Medina on Monday, May 2, 2011 at 6:53am
 Your changes have been saved. La pièce" Probation" de Yoshvani Medina, dramaturge et metteur en scène cubain, très connu dans le monde caribéen et hispanophone aux Etats Unis, vient de remporter le Grand Prix de Dramaturgie Répertoire Espagnol 2010 et sera honorée en cérémonie officielle à Broadway, le mercredi 11 mai, a-t-on appris auprès du service de presse de l’auteur. La pièce sera produite la prochaine saison par l’illustre compagnie newyorkaise Répertoire Espagnol, avec un casting qui pourrait compter avec les plus grands stars latinos du moment. Yoshvani Medina débarque donc à Broadway, après un passage a la Martinique où il a écrit et/ou mis en scène quelques spectacles a succès entre 2000 et 2006 (« Bésame mucho », « Suicidame », « Les monologues du vagin », « Cinq filles couleur pêche », « Romeo et Juliette » et « Quelques histoires d’amour très très tristes », entre autres). En janvier 2011, la pièce Symphonie en Do Majeur (et La mineur), écrite et mise en scène par Yoshvani Medina avait raflé tous les prix Miami Life Awards. Ici avec la star mexicaine Rosalinda Rodriguez, l’acteur cubain Carlos Garin (Telemundo-NBC) et la jeune révélation colombienne Valentina Villamizar. Yoshvani Medina est actuellement le directeur artistique de la compagnie américaine ArtSpoken Performing Arts Center, avec laquelle il a créé cette saison une vingtaine de spectacles.
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"Les sardines grillées"
12-13-14 mai 2011 au Théâtre de Foyal

Jean-Claude Danaud, né en 1948 est l'auteur d'une quinzaine de pièces de théâtre, de trois douzaines de dramatiques radiophoniques , de presque qu'autant de sketchs télévisuels. C'est sa cinquième pièce «Les sardines grillées» que nous que propose la Compagnie VIRGUL du metteur en scène et scénographe martiniquais Valer EGOUY au théâtre Aimé Césaire de Foyal. Solange Une vieille fille plutôt coincée, vient de se faire embaucher comme aide familiale, ou plus réellement comme bonne à tout faire dans une famille bourgeoise à Marseille. Devant la porte de la maison campe sur un banc, depuis plus de vingt ans une clocharde hargneuse, prénommée Victoire. Celle-ci va entreprendre de déniaiser Solange, de la mettre au parfum comme on dit. Le parfum ici est celui des sardines que Victoire s'entête à faire griller tous les jours et dont l'odeur envahissante pousse régulièrement, à la démission les employées de la maison. Mais que veut donc Victoire? Qu'a-t-elle à reprocher au vieux chef de famille qui gite là et dont elle empeste la vie? La rencontre entre Solange et Victoire est explosive, autant Victoire a le verbe haut, coloré et recours à des images fortes autant Solange est un peu niaise, timorée, timide , effarouchée. Elles vont devenir amies, confidentes, intimes et presque parentes. Au contact de Victoire Solange va voir le monde différemment. C'est cette transformation qui nous est contée. On l'aura compris le comique résulte de cette confrontation entre deux caractères que tout oppose et qui n'ont rien de commun en apparence. En apparence car la chute de ce morceau de café théâtre réserve quelque surprise. La compagnie Virgul de Valer EGOUY s'emploie depuis plusieurs années à un travail de terrain et d’enracinement de la pratique théâtrale du coté des Terrresainville, quelque chose qui renoue avec ce qu'il y a de plus noble dans l'expression théâtre populaire.
R.S.
Lire
l'article de Christian Antourel
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«Tango Neruda» et «Hôtel des deux mondes»: Professionnels ou amateurs, les meilleurs ne sont pas nécessairement ceux que l’on croit.
Par Selim Lander.
 Fin avril au théâtre municipal de Fort-de-France. Serge Barbuscia, comédien-directeur du Théâtre du balcon, troupe professionnelle basée en Avigon mais qu’on a déjà vue en Martinique, se présente seul en scène pour interpréter des poèmes de Pablo Neruda. C’est la manière moderne de faire du théâtre! Ne surtout pas faire appel aux textes des auteurs de théâtre confirmés, aller chercher d’autres textes, des bouts de roman ou, comme ici, des poèmes, les confier à un comédien et le tour, si l’on peut dire, est joué. Oh! Cela peut marcherpuisque de magnifiques spectacles ont été conçus ainsi, dont nous avons rendu compte, à l’occasion. Mais enfin, il faut de bonnes raisons pour renoncer à ce qui a fait le succès du théâtre depuis des siècles! En l’occurrence, le choix de poèmes traduits était déjà très risqué: rien de plus difficile à traduire que la poésie, on le sait. Lorsque, en plus, le comédien commence par «lire» des poèmes pendant un bon quart d’heure sur l’avant-scène d’une voix que la plupart des spectateurs – pas seulement les personnes âgées naturellement dures d’oreilles – ont jugé difficilement audible, on sent qu’on est parti pour un très mauvais tour.
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"Un récit de merveilleuses aventures"
«L’Or» avec Xavier Simonin et Jean-Jacques
Mitteau, d’après Blaise Cendrars
Par Selim
Lander.

L’amateur martiniquais de théâtre,
désormais abonné aux soirées où un seul
comédien se charge de porter un texte sur la
scène, est en train de devenir un expert de
ce genre de spectacles. Les possibilités de
variation y sont au demeurant fort limitées:
un comédien ou une comédienne; seul(e) ou
accompagné(e) d’un musicien; un décor
succinct ou totalement absent; des
accessoires plus ou moins nombreux et
originaux. Passée à cette moulinette,
l’interprétation de L’Or par Xavier
Simonin, qui s’est lui-même mis en scène,
donne les résultats suivants: un comédien du
sexe masculin; accompagné par un
harmoniciste (du même sexe); sans aucun
décor; avec deux accessoires, une chaise et
un micro (les deux utilisés seulement
occasionnellement).
On comprend sans peine que le succès de ce
genre de spectacle repose sur deux piliers:
le texte et le talent de diseur du
comédien. Le jeu lui-même est un
plus, parfois essentiel, mais pas
indispensable. Parmi les rares cas de
one-man show théâtral où le jeu du comédien
s’impose comme essentiel, je mentionnerai
par exemple l’interprétation du Horla
de Maupassant par le comédien néo-calédonien
Max Darcis, que nous aurons peut-être la
chance de voir un jour en Martinique. A
l’inverse, le jeu proprement dit peut être
inexistant, comme dans les lectures d’un
Fabrice Lucchini, sur scène, ou celles de
Guillaume Galienne, sur France-Inter. A
propos du dernier, aucun amateur de théâtre
ne devrait manquer son émission «Un peu de
lecture, ça peut pas faire de mal», tous les
samedis entre 12 et 13 heures.
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Ambigüités
«L’Or» avec Xavier Simonin et Jean-Jacques
Mitteau, d’après Blaise Cendrars.
par Roland
Sabra

C'est une histoire étonnante qui nous
a été racontée au petit théâtre de Foyal les
02 et 03 avril 2011. «L'or» d'après Blaise
Cendrars. De quoi s'agit-il? Au début du
19ème siècle Un aventurier, soyons neutre,
Suter de son nom de famille quitte la
Suisse; laissant femme et enfant pour aller
conquérir le grand Ouest Américain. Il
traverse donc l'Atlantique, le Canada,
s'embarque à Vancouver et arrive via
Honolulu sur la cote ouest des États-Unis
pour y fonder San Francisco et «mettre en
valeur» comme on dit, la Californie. Comment
fait-il? Et bien il fait venir des
cargaisons de canaques et autres habitants
des iles du Pacifique qu'il réduit à
l'esclavage et qu'il va faire trimer sur
«ses terres». Il négocie auprès des
autorités mexicaines, puis américaines des
cessions de terrains de plus en plus vastes,
arrachés aux indiens autochtones qui seront
parqués dans des réserves, avant d'être
affamés et exterminés. On le sait
l'esclavage étasunien ne fut aboli,
officiellement, que le 18 décembre 1865.
Suter est donc ce qu'on appelle un colon, un
«blanc des quais», un béké, un colonialiste
qui va devenir immensément riche avant que
ne survienne la ruée vers l'or californien
aux environs de 1849. «Ses» terres et les
plantations qu'elles portaient vont être
piétinées, saccagées, les cours d'eau
pollués et la propriété des terrains riches
de minerai aurifère sera transmise à
d'autres rapaces, les nouveaux émigrants.
Blaise Cendrars nous conte l'histoire de
cette spoliation, pas celle des indiens,
non, non, celle de Suter, bien évidemment.
Il nous invite à nous apitoyer sur les
affres et les tourments de ce «bâtisseur de
civilisation», ce missi dominici du
Progrèsqui mourra avant que ses titres de
propriétés ne soient reconnus par le Congrès
de Washington.
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Christian
Hecq,
acteur en mouvement
 Ce n'est pas
un succès, c'est un événement. Depuis
sa création à la
Comédie-Française, le 4 décembre 2010,
Un fil à la patte, de Feydeau
(Le Monde du 13 décembre 2010), suscite un enthousiasme tel
que les
douze mille places restantes - celles de la période courant
du 16 avril
au 18 juin, date de la dernière -, ont
été achetées dans les quatre
jours suivant leur mise en vente, le 2 février.
Ceux qui veulent voir le spectacle attendront la saison prochaine,
où
il devrait être repris. Ils pourront aussi, mardi 22
février, regarder
la représentation, filmée en direct sur France 2.
C'est un cadeau pour
le grand public, qui va découvrir une mise en
scène enthousiasmante de
Jérôme Deschamps, et "le" comédien dont
tout le monde parle : Christian
Hecq.
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suite
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« Une Banale Histoire » d’Anton Tchkhov avec un modeste mais immense comédien, Jean-Pierre
Darrousin. ar Selim Lander.
 Qu’est-ce qui nous attire vers telle ou tlle pièce dans l’offre immense qui est proposée en permanence à Paris ? Un comédien. Au théâtre de l’Atelier, Jean-Pierre Darroussin incarne en ce moment Nicolaï Stepanovitch, vieux professeur de médecine au seuil du trépas, qui fait le bilan d’une existence en demi-teinte : succès universitaires, déboires financiers, famille décevante. Il faut aider le fils officier en garnison en Varsovie, financer les études de la fille au conservatoire. Elle est courtisée par un garçon qui se présente comme un hobereau de province, l’est-il vraiment ? Et tout cela n’est-il pas de toute façon dérisoire ? Nicolaï Stepanovitch est vieux, déjà diminué, la mort le guette. Quel drame peut compter auprès d’une telle tragédie ? Professeur de médecine, il est incapable de se soigner lui-même. Sa science lui apprend seulement sa mort prochaine. Peut-il en pleurer ? Non. Rire ? Non plus. Et qui le réconforterait ? Il n’aime plus personne, ni sa femme, ni de sa fille en train de se laisser séduire par le jeune homme au statut plutôt flou (qu’on ne verra pas, ni elle non plus, d’ailleurs – petite frustration). Tout au plus garde-t-il un reste d’attachement pour sa pupille, une comédienne, fille mère de surcroit, une déclassée donc dans la société moscovite de son temps, même si lui n’y attache pas d’importance. D’ailleurs à quoi attacherait-il de l’’importance sinon à lui-même ?On comprend l’intérêt d’adapter cette nouvelle au théâtre. Tchekhov l’a écrite à la suite de l’échec (!) d’Oncle Vania à Moscou. Il y a donc des considérations désabusées (et outrancières) sur la médiocrité des comédiens à côté d’une satire des mœurs universitaires. Mais rien de cela ne compte comparé à la vérité de la condition humaine… Et du jeu de Jean-Pierre Darroussin. Voilà tout le théâtre, en effet : la vérité (à distinguer du réalisme) et le jeu. Pour incarner cette vérité, Jean-Pierre Darroussin présente l’avantage de n’être pas encore tout-à-fait une star. On peut regarder son jeu sans être obnubilé par sa réputation. Aussi endosse-t-il sans peine l’habit du professeur d’anatomie Nicolaï Stepanovitch. Son interprétation est, comme l’on dit, magistrale : il n’a pas encore soixante ans ; il n’a certainement jamais été un « éminent » professeur de médecine de l’université moscovite ; cela ne l’empêche pas d’être le Nicolaï Stepanovitch imaginé à l’orée du XXème siècle par un certain Anton Tchekhov (1860-1904). Avec ses mains, pour commencer : on ne dira jamais suffisamment l’importance des mains dans le jeu d’un acteur. Des mains peuvent exprimer à elles-seules l’âge d’un homme, comme le peuvent la courbure d’un dos, ou une démarche hésitante, ou la lenteur de l’élocution. Ce qui n’empêche pas le personnage de s’exprimer, et beaucoup, puisqu’il tient la scène du début à la fin. Et que son humour désabusé nous fasse rire, aussi souvent qu’il nous fait frémir. L’éminent professeur est entouré par quelques comédiennes et comédiens qui tiennent leur rôle honorablement mais, qui, il faut bien le reconnaître, ont du mal à exister à côté d’un professeur Darroussin sur qui se focalise en permanence l’attention des spectateurs. Au théâtre de l’Atelier, à Paris, en janvier-février 2011.
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Théâtre ? Une femme à Berlin, avec Isabelle Carré. Par Selim Lander.
 Tout à fait à la fin de la deuxième guere mondiale, une jeune femme s’efforce de survivre dans Berlin bombardée et déjà envahie par les Soviétiques. Elle a tenu son journal entre avril et juin 1945. Ce dernier a été publié anonymement, puis traduit en français et finalement adapté et mis en scène par Tatiana Vialle avec Isabelle Carré dans le rôle titre. La mode, aujourd’hui, est de plus en plus d’adapter des textes non théâtraux plutôt que de faire confiance aux auteurs de théâtre. Par ailleurs, pour des raisons d’économie évidentes, les responsables des programmes affectionnent les solos. Ce n’est pas tout à fait le cas ici, puisqu’un jeune comédien (Swann Arlaud) apparaît épisodiquement sur la scène. Mais son rôle étant à peu près muet, toute l’interprétation repose en réalité sur les frêles épaules d’Isabelle Carré. Celle-ci a connu des succès au cinéma ; elle n’en a pas moins du mal à rester seule en scène – ou presque – pendant plus d’une heure au théâtre. Son jeu est statique, son ton monocorde, son débit précipité, comme si elle était pressée de se débarrasser d’une corvée. Le décor pseudo-réaliste (mur grisâtre, lit défait, une table en bois et deux chaises, une ampoule qui pend du plafond) n’aide pas. Non plus que l’éclairage, blafard d’un bout de la pièce à l’autre. Non plus que la bande son censée imiter le bruit des bombes et qui se résume le plus souvent à un grondement sourd, comme si une machine était en marche dans le voisinage du théâtre et venait perturber la représentation. Tout cela passerait mieux si le spectacle était soutenu par un texte un tant soit peu théâtral. Certes, il n’y a rien à redire au sujet : le récit d’une femme qui est prise dans les horreurs de la guerre, violentée et finalement obligée de se vendre en échange d’un peu de nourriture et de quelques cadeaux ne manque pas de potentialités dramatiques. Mais le texte initial est un témoignage au premier degré, qui n’a rien d’une œuvre littéraire, et l’adaptation ne s’en affranchit pas suffisamment pour combler ses lacunes. Bien que le théâtre moderne se soit libéré de la plupart des contraintes du théâtre classique, un bon texte ménage toujours une progression dramatique et suscite la curiosité du spectateur, en s’abstenant de tout lui expliquer (en tout cas pas tout de suite). Le principal défaut d’Une femme à Berlin est peut-être celui-là : le personnage féminin est trop bavard ; il explique tout. Il dit lui-même sa confusion, son avilissement, alors qu’il devrait les rendre apparents par son jeu. Or en aucun cas le théâtre ne saurait se réduire à une conférence-témoignage. Aix-en-Provence, décembre 2010. En tournée en France métropolitaine. |
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Stupeur et
tremblements au théâtre.
par Selim Lander
 Le
théâtre est-il décidément en train de muter ? Après J’Aime le
théâtre présenté il y a deux semaines, voici, à l’Atrium cette fois,
Stupeur et tremblements. Dans les deux cas, on fait fi des textes
écrits pour le théâtre, on adapte un livre (dans le premier cas les
mémoires de Pauline Carton, dans le second un roman d’Amélie Nothomb),
une comédienne monte sur les planches et le tour est joué. Et cela
s’appelle le théâtre de nos jours, paraît-il ! Après tout pourquoi
pas ? dira-t-on. Nous avons eu le privilège d’assister naguère à
Paris à deux spectacles de ce genre absolument époustouflants (le Horla
de Maupassant par Max Darcis et Un cœur simple de Flaubert par Marie
Martin-Guyonnet) dont on espère la venue ici : des textes très
forts interprétés par des comédiens exceptionnels, qui voudrait
mieux ? Mais de là à faire de cette formule un procédé au
détriment des auteurs du répertoire et des productions un peu plus
ambitieuses, il y a un pas qu’on aimerait ne pas voir franchi d’une
manière trop systématique (même si l’on comprend les contraintes
économiques du spectacle vivant).
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De
Bleu
de Parme à Vert Limon
Une
lecture infinie
par
Christian
Antourel
 Brillante
idée du SERMAC (Service Municipal d’Action Culturelle), que de
poursuivre les rendez- vous « bleu de parme »,
initiés depuis huit années par Lydie Bétis sa
directrice. Cette saison est intitulée Vert Limon, celui dont le
poète a dit : « il entre dans la composition de ma chair
»
Sur scène Amazigh Kateb, leader et chanteur du groupe « Le
Poison Rouge » fils du très célèbre Kateb
Yacine immense écrivain, dramaturge et poète
algérien qui « demeure un symbole de la révolte
contre toutes les formes d’injustices et l’emblème d’une
conscience insoumise, déterminée à rêver,
penser et agir debout » Et notre Amel Aïdoudi
comédienne aux mille facettes de l’indicible a l’émotion,
qui dévoile les mystères d’un monde ou le réel
n’est qu’un litham qui dissimule l’essentiel. Elle sait se
libérer de toute convention rigide qui pourrait l’entraver dans
son élan premier. Cette spontanéité procure
à sa présence une sincérité vivifiante,
quand le répertoire emprunte aux auteurs leur
détermination, leurs déchirures soudaines, leurs
métamorphoses érudites, articulées sur des textes
de Frantz Fanon, d’Aimé Césaire, de Kateb Yacine. De
Dalambert Louis-Philippe, de Khalil Jibran , Rodrigo Garcia, Methelus.
De Patrick Chamoiseau , d’Edouard Glissant et de Kateb Amazigh. Un
spectacle de mots engagés, éclairés, voire
enragés, pour sortir du bois.
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Le conflit israélo-palestinien
raconté aux lycéens
Le Palestinien Taher Najib présente " A portée de crachat
", sa pièce de théâtre
 A tous les professeurs d'histoire qui souhaitent traiter
le conflit israélo-palestinien sous un jour nouveau, un conseil
: invitez l'auteur palestinien Taher Najib, faites lire aux
élèves sa pièce de théâtre A
portée de crachat (Editions théâtrales, 2009, 37
p., 11 ¤), et laissez la discussion se nouer.
Au lycée Antoine-de-Saint-Exupéry de Mantes-la-Jolie
(Yvelines), lundi 31 janvier, elle fut passionnante. Dans la salle 301,
tapissée d'affiches de spectacles, la curiosité des
élèves de l'option théâtre était sans
borne. De l'artistique, les questions ont glissé vers le
politique. L'auteur, qui est aussi comédien, danseur et metteur
en scène, a déployé un humour féroce, et
fait rire autant que réfléchir.
La rencontre avait lieu dans le cadre de la Biennale de création
théâtrale du Centre dramatique national (CDN) de
Sartrouville (Yvelines), qui s'est ouverte le 25 janvier -
Odyssée en Yvelines, jusqu'au 2 avril. Mise en scène par
le directeur du CDN, Laurent Fréchuret, la pièce A
portée de crachat est l'une des sept créations qui vont
sillonner le département.
Né en 1970, Taher Najib est un Arabe israélien : sa
famille avait décidé de rester dans les frontières
de l'Etat hébreu après la guerre de 1948. Lui vit dans le
district d'Haïfa, en Israël. Il se définit comme " un
Palestinien avec un passeport israélien ", ce qu'il vit
très mal. La question de l'identité est la trame de sa
pièce, autobiographique, long monologue d'un acteur palestinien
- interprété par Mounir Margoum - qui ne sait plus qui il
est. Où qu'il se trouve, à Paris, à Ramallah ou
à Tel-Aviv, il se comporte comme on attend de lui qu'il se
comporte, ce qui est " la négation de la liberté " : en
Cisjordanie, le public le voit comme un guerrier arabe vengeur. En
Israël, comme un terroriste potentiel. Il a la malchance
d'embarquer dans un vol Paris - Tel-Aviv... le 11 septembre 2002. "
Pourquoi deux nationalités ? ", lui demande l'hôtesse. "
Deux ? Je n'en ai même pas vraiment une ", répond-il.
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« J’aime le
théâtre » d’après Pauline Carton, avec
Fiora Giappiconi.
 Cours de théâtre au Théâtre
municipal
Les temps sont durs ! Si l’on faisait le compte des derniers
spectacles qui nous ont été présentés ces
dernières années tant au Théâtre municipal
qu’à l’Atrium, on verrait que la part des one-man ou one-woman
shows ne cesse d’augmenter. Economie exige. Il n’y a pas que du mauvais
dans cette évolution : La présence d’un seul
comédien sur la scène crée entre lui et la salle
un rapport plus intime que dans des spectacles plus
étoffés en personnages et nous garderons longtemps en
mémoire certaines de ces soirées où un(e) unique
comédien(ne) portait son rôle avec une particulière
intensité. Cela étant, la nouvelle donne
économique nous prive de pans entiers du répertoire.
On y songeait, l’autre soir, en écoutant et regardant la jeune
comédienne Fiora Giappiconi évoquer les tournées
de Pauline Carton (1884-1974), avant la première guerre mondiale
et jusqu’après la seconde, à l’époque où la
France avait encore des colonies vers lesquelles on
déplaçait des troupes entières, afin de
présenter aux populations avides des spectacles parisiens des
comédies aux intrigues complexes, aux personnages nombreux, avec
de riches costumes et des décors variés. Signe des
temps : aujourd’hui, au lieu de tels spectacles, nous avons une
seule comédienne pour nous les raconter !
Fiora Giappiconi ne s’en tire pas mal du tout, malgré une voix
manquant souvent de puissance et une certaine nonchalance dans son jeu
qui pourrait faire que parfois nous nous ennuyions. Elle chante
plutôt bien des chansons de l’époque et se
révèle assez drôle dans les parties les plus
comiques. Un spectacle à recommander aux vrais amateurs du
théâtre, pour ce qu’ils pourront y apprendre sur les
coulisses de leur art favori, et aux nostalgiques des tournées
de papa.
Au Théâtre de Fort-de-France, les 11 et 12 février
2011.
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AYITI :
YOUPI!
Par Roland Sabra
 Daniel Marcellin nous
conte l'histoire d'Haïti, qu'il a écrite avec Philippe
Laurent et que ce dernier met en scène dans un spectacle
justement nommé AYITI. Comédien longiligne, formé
au mime, Daniel Marcellin use non seulement de la souplesse de son
expression corporelle mais aussi de ses talent d'imitateur pour
entremêler tranches de vies et histoire majuscule. Ses propres
enfants, sa femme, côtoient, Napoléon, Toussaint
Louverture, Dessalines, Papa Doc et les autres. Il est seul sur le
plateau avec pour tout dispositif scénique deux dizaines de
valises de toutes sortes disposées en demi cercle, desquelles il
extraira au gré de ses besoins quelques accessoires, un
parapluie, des sacs à mains, une casquette, des lunettes pour
figurer les différents personnages qu'il incarnera.
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Marivaux peut-il
être moderne ?

par
Yolande-Salomé Toumson
« J’ai
toujours pensé
que c’était le livre qui franchissait
les siècles pour parvenir jusqu’à nous
Jusqu’à ce que je comprenne
en voyant cet homme
que c’est le lecteur qui fait le déplacement. »
Dany
Laferrière,
L’Énigme du retour
La mise en scène de Christine Berg de L’île
des esclaves semble déclarer que Marivaux, dramaturge du
lointain Siècle des Lumières peut être
moderne, est moderne, de cette modernité qui dans
chaque art a parlé de changement et d’épure, a toujours
revisité ses classiques pour lui poser les mêmes questions
et y élaborer ses propres réponses. L’élan de la
modernité plus que pensée de rupture est palimpseste.
Les
nobles et leurs serviteurs, à peine dérobés
à la vue par l’exhibition des personnages des maîtres et
des esclaves d’une Athènes qui jamais ne dessine ses contours
réels ou historiques, se mettent à habiter les dandys et
les rouées de la Belle Epoque et de ses Années folles. La
fin du règne de Louis XIV trouve un écho aussi surprenant
qu’assourdissant, tant les époques ont en commun de mêler
le faste et les germes de la fin d’un temps et de susciter aujourd’hui
une rêverie mâtinée de nostalgie qui se moque des
contours politiques et sociaux bien moins riants.
S’il
ne fallait considérer que le ton, les tenues et la musique, se
réveilleraient uniquement des images du vaudeville des Grands
Boulevards. Le comique fait de situations ridicules et risibles - les
esclaves singent leurs maîtres - s’ajoute à la
légèreté aisément égrillarde connue
du théâtre de boulevard. Les allers-retours incessants des
personnages entre la scène et un fauteuil à gauche sur
l’avant-scène, qui les exclue de l’action mais les garde
présents, visibles rappellent les chassés-croisés
souvent amoureux parfois financiers et les portes qui s’ouvrent et se
ferment propres au genre .
Doit-on
pour autant désespérer de la pièce comme l’ont
fait les frères Goncourt du peuple de Paris qui se pressait au
spectacle vulgaire ? Non, certes pas. D’abord, parce que quatre
cubes sont et font le décor. Montés sur roulettes, aux
surfaces de tailles différentes, ils sont ensemble, grâce
à la scénographie de Bérangère Naulot des
degrés divers de réalité, de donner à voir.
Déplacés rideaux ouverts par les comédiens
eux-mêmes, ils sont les rivages reconnaissables de l’île
où ont échoués Iphicrate et Euphrosine,
infortunés maîtres des deux malheureux Arlequin et
Cléanthis, ils forment l’estrade concrète d’un
prétoire improvisé au procès des maîtres
mais ils signifient le naufrage en tournant sur eux-mêmes dans
une ronde folle à la lueur d’ une lumière spectrale,
bleutée, puis ils embrassent un espace de paroles, forum
désigné ou viennent marquer l’ascendant des esclaves
devenus maîtres sur ceux qui les ont maltraités et
humiliés.
Ensuite,
si les échanges entre théâtre et cinéma sont
nombreux, de la dette du cinéma à ses débuts aux
trois murs de la représentation théâtrale à
l’expérience théatro-cinématographique
proposé par Lars Von Triers dans Dogville, la
pièce ici construite par le piano de Gabriel Philippot, la
lumière d’Elie Roméro apporte une nouvelle pierre
à l’édifice. En effet, la lumière y est plus
proche des codes cinématographiques de l’éclairage
à trois points pour montrer, rendre visible et lisible
l’intrigue, pour que rien ne soit dissimulé. Même la
poursuite de défait de sa référentialité
originelle pour basculer dans l’univers de la comédie
musicale ; certains passages des tirades sont
chantés ! La musique est jouée comme pour
accompagner un film, à l’aplomb de l’intrigue en cours.
Les
comédiens deviennent spectateurs de la fable alors qu’à
l’opposé un piano et son pianiste rappellent les musiciens
d’orchestre du cinéma muet. La musique, les rodomontades
d’Arlequin le griment en Charlot de théâtre et Euphrosine,
la maîtresse a tout du charme vénéneux de la fatale
comédienne du cinéma muet, Théda Bara. Pourrait-on
imputer au hasard de retrouver en chaque personnage des traits de la
Lost Generation de The Great Gatsby ?
L’anamorphose
du théâtre par le cinéma, image
déformée renvoyée par un miroir courbe, est telle
qu’on ne sait si ces images sont celles de Fitzgerald ou de Coppola.
Elle est complète lorsque le temps théâtral
chronologique se dote d’un des possibles du temps
cinématographique : le montage. Une musique enlevée,
déplacement des cubes et les scènes successives et
opposées deux scènes de déclarations d’amour sont
simultanées et s’inscrivent en contre-point l’une de l’autre.
Les deux scènes disent : « et pendant ce temps,
dans un autre lieu,... ».
Cependant
parfois, le spectateur a pu douter que les choix faits pour le faire
rire, lui, pour trouver le rire d’aujourd’hui dans un sens du comique
daté ou les échanges intéressants pour
réinterroger le théâtre comme « art
total », selon la préoccupation de Cocteau ne
trahisse le projet plus profond de la pièce : offrir au
marivaudage, comme renversement de situations, une exploitation plus
sérieuse, une ambition politique lorsqu’il devient
échange encore impensable des rôles, l’abolition des
privilèges, au nom de la valeur de chacun, la mise en
échec des dominants.
Il
est éminemment difficile de rendre accessible, contemporaine une
condamnation qui n’est plus immédiatement signifiante, qui n’est
plus appréhendable que sur le mode de la métaphore de
l’humain et d’une réflexion sur la dignité. Les
partis-pris forts de la metteur en scène n’empêchent pas
que les trois temps de la pièce demeurent, accentués par
l’impression de plan-séquence : exposition des termes du
problème, ouverture d’un espace de renversement total des codes
du monde pour aboutir à un retour à la règle.
L’esclave ne se sent plus digne d’être le maître, et ce
dernier reprend tout naturellement sa place avec l’hypothèse que
chacun sache respecter l’autre.
Vue
d’ici, c’est dans cette conclusion que se loge l’utopie contenue dans
L’île des esclaves et non dans le développement de
l’œuvre.
L’espoir
tout dix-huitièmiste n’est pourtant plus tout à fait. La
dernière lumière, en une improbable fermeture à
l’iris, s’arrête sur Cléanthis, redevenue la suivante
dévouée, qui tourne, tourne sur elle-même, à
côté de sa maîtresse, pour son plus grand plaisir,
comme une danseuse de boîte à musique. La fin est
grinçante, la position de la metteur en scène se fait
explicite : Marivaux peut-il être moderne ? non.
Post-moderne certainement parce qu’il faut se jouer de ses propres
références, les tourner en dérision, en rire entre
citation et jeux avec elles. Post-colonial –oserait-on ?-, parce
que la pièce ainsi montée fait arriver à la
conclusion que le pouvoir ne saurait demeurer entre les mains des
mêmes sans produire les mêmes effets de heurts et de
domination des mêmes.
Fort-de-France,
le 29 janvier 2011
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"L'ile aux esclaves"
le 28 /01/11 au CMAC

« Une bonne
pièce de théâtre doit poser les problèmes et
non les résoudre »
par Roland
Sabra
Cette phrase de Jean-Paul
Sarte à propos des "Mains sales" s'applique assez bien
au théâtre de Marivaux (1688-1763) qui invite le
spectateur à réfléchir sur
l'inégalité sociale, sans pour autant réclamer un
changement politique. Marivaux n'est pas révolutionnaire. Dans
le langage moderne, tout au plus serait-il «
réformiste ». Moraliste est semble-t-il le mot le
plus adéquat. Dans l'Ile aux esclaves, qui nous est
présentée le 28 janvier à 20 h 30 dans la salle
Frantz Fanon du CMAC-ATRIUM, il fait appel sinon à l'humanisme
des personnages, tout au moins à leur humanité, à
leur raison, ce en quoi il préfigure le siècle des
Lumières sans en avoir les audaces politiques. Résumons
l'intrigue.
Lire la suite et le compte-rendu Une mise en
scène qui se veut une mise à nu!
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Le mieux est l'ennemi du bien

Mise en
scène de Ruddy Sylaire
par Roland Sabra
Une rencontre miraculeuse,
en pleine rue, va transformer, bouleverser et finalement
détruire une famille en proie aux difficultés ordinaires
de la vie. Problèmes d'argent récurrents, des
difficultés relationnelles entre parents et enfants, bref le
pain quotidien de beaucoup. Croyant faire le bonheur de tous le
Père de la famille Florès, de sous-louer à M.
Fergodlivio une chambre dans la maison familiale, à des
conditions pécuniaires qui défient tout entendement : 20
000 euros par mois. Trop beau pour être vrai! Le locataire va
très vite se révéler être un tyran,
exigeant, pour commencer que disparaissent de la maison, les petits
riens , les petits plus qui rendaient acceptables ce qui ne
l'était pas. Doivent donc disparaitre plantes, fleurs, oiseaux,
alimentation locale et d'une façon plus générale
tout ce qui renvoyait aux coutumes de la maisonnée. Le fils,
Jorge Florés, en rébellion contre le père, rien
d'extraordinaire à cela, sera le premier à partir, avant
que le despote n'oblige le père à punir, en la frappant,
la mère accusée d'avoir désobéi aux ordres
du locataire, étape dans une descente aux enfers qui se conclura
par l'élimination physique de la gêneuse!
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Le
théâtre, le texte, le jeu : Les Sauveurs de Ricardo
Prieto.
Par
Selim Lander.

Rien de plus déroutant que le théâtre contemporain
pour un esprit épris de logique. Un entrepreneur, habitué
à rechercher le meilleur résultat possible compte tenu
des moyens dont il dispose, vous dirait immédiatement que, pour
obtenir le plus grand succès possible, il convient d’abord de
trouver un bon texte dramatique et ensuite de chercher une
équipe capable de le servir, équipe qui pourra
éventuellement se réduire aux comédiens (parfois
un seul) + un régisseur (dans les cas de misère),
auxquels s’adjoindront, en fonction des fonds disponibles pour produire
le spectacle, un metteur en scène, un dramaturge, un
scénographe, un décorateur, un créateur des
costumes, un créateur lumières, un spécialiste du
son, un vidéaste, etc.
De tous ces moyens plus ou moins nécessaires, le texte est
à l’évidence le plus indispensable (à moins qu’on
ne veuille faire du mime). Or il n’y a rien de plus aisé que de
trouver un bon texte. On peut admettre que, dans une petite île
comme la Martinique, il ne soit pas toujours facile de trouver le
comédien pour jouer tel ou tel rôle. Mais le texte n’a pas
besoin, lui, d’être martiniquais. Le monde entier est prêt
à fournir, gratuitement ou presque, des textes parfaitement
aboutis, dans tous les genres que l’on peut désirer.
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| Demandez le programme !

Le Théâtre
Aimé Césaire (Aimé Césaire,
forcément Aimé Césaire) de Fort-de-France, ouvre
l'année 2011 avec un détour par la Commedia dell' Arte
avec "Fabula Buffa", inspiré de Mystère Bouffe du grand
Dario Fo, la mise en scène étant signée Carlo
Boso. Du sérieux, ou plus exactement du rire assuré pour
débuter et puis trois créations, une dans le domaine de
la danse avec "On t'appelle Vénus" de la chorégraphe
Chantal Loial qui décline la thématique de la
Vénus Hottentot, dont personne n'a pu manqué ( ce serait
une faute) l'admirable restitution qu'en a faite Abdellatif Kechiche au
cinéma dans la
Vénus noire, puis deux dans le domaine du
théâtre avec "Les sauveurs" de Ruddy Sylaire ( 11 & 12
février) "L'Or" de Blaise Cendrars" dans une mise en
scène de Xavier Simonin et Jean-Paul Tribout ( 31 mars &
01-02 avril). Entre temps un nouveau passage par les valeurs
sûres avec "J'aime le théâtre" d'après
les souvenirs de Pauline Cartonles 11 et 12 février.
Le
CMAC, réaffirme son choix d'un cinéma de qualité,
avec "Regards Croisés" du 11 au 18 Janvier. Une
bouffée d'oxygène, nécessaire et vitale
après l'asphyxie "madianesque" de narnars étasuniens de
ces dernières semaines. Et on repartira avec de... la musique,
bien entendu, le 13, puis une expo le 29 au lendemain de
l'unique représentation de "L'ile des esclaves de
Marivaux" dans une mise en scène de Christine Berg qui présente la pièce ici. Haïti la
bienaimée, sera sur scène les 03 et 04 février
avec la compagnie "La charge du Rhinocéros" qui nous
offrira à voir son dernier travail AYITI de Philippe Laurent et Daniel Marcelin, le
comédien haitien qui sera aussi sur scène.
R.S.
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Déception
"Le Jour où Nina Simone a cessé de chanter"
de et avec Darina al Joundi.

Par Selim Lander
« Spectacle
absolument
bouleversant », « théâtre
révélation » proclamait Laure Adler dans le
programme de l’Atrium, comment ne pas s’attendre à un chef
d’œuvre après cela ? Ce d’autant que Madinin’art nous avait
appâté aussi en reprenant une autre critique : la
comédienne, pouvait-on y lire « sculpte ‘le rêve et
la révolte’ dans une langue précise, prosaïque et
belle. Sans emphase mais avec beaucoup d’émotion ».
La déception est à la mesure des espoirs suscités
par ces premiers commentateurs.
"Le Jour où Nina Simone a cessé de chanter" se rattache
à un genre dont les spectateurs de l’Atrium ont pu admirer
récemment deux exemples particulièrement réussis,
d’abord en 2008, avec Maïmouna Gueye dans Les Souvenirs de la dame
en noir, puis en 2010, avec Alice Belaïdi dans les Confidences
à Allah de Saphia Azzeddine. Dans les deux cas, nous avions
été séduit autant par la fougue et la conviction
des comédiennes que par la puissance du message. Nous n’avons
donc rien, bien au contraire, contre les one-woman-shows ethniques.
« One-woman-show » parce qu’une seule
comédienne est en scène,
« ethnique » parce qu’elle nous fait part d’une
expérience qui s’enracine dans une réalité autre
que la culture dominante, occidentale, judéo-chrétienne –
quelle que soit la manière dont on voudra la nommer.
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JAZ
de Koffi Kwahulé
par
Alvina
Ruprecht
 Kristian Frédric devient un
habitué de la scène de la région
Montréal-Ottawa avec ses productions de Koltès (La Nuit
juste avant les forêts où Denis Lavant hurlait sa douleur
comme un fauve) et de Kwahulé (Big Shoot- une mise à mort
livrée à une foule avide du spectacle de la souffrance).
Ce metteur en scène qui s’impose avec les textes les moins
rassurants pour un public habitué au divertissement,
récidive avec Jaz, une pièce de Koffi Kwahulé qui
déchire tous les voiles sur nos grandes collectivités
urbaines.
Créé en 1998 dans une mise en scène de l’auteur,
le texte est pris en charge cette fois-ci par une équipe de
techniciens très au fait des moyens électroniques les
plus perfectionnés de la mise en scène sonore et
visuelle. Toutefois, il devient vite évident que l’intervention
d’un matériel technologique ne garantit pas
nécessairement la réussite au théâtre.
Jaz, par la sonorité de son titre, nous renvoie à la
musique sensuelle, rythmée et surtout improvisée, aux
« riffs » des musiciens de jazz américains
dont la diversité des sonorités rivalise avec les voix
des chanteurs. Mu par une rythmique de jazz mais sous l’impulsion d’une
émotion beaucoup plus violente, le personnage qui tient ce
monologue, raconte, à un premier niveau, un récit presque
insupportable qui dépasse de loin les plaintes existentielles
des chanteurs de blues.
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Le
monde est une pièce de théâtre où chacun
doit apprendre à jouer son rôle.
par
Christian Antourel
 Si l’on veut pouvoir
rendre compte de façon satisfaisante du processus et de
l’état de la pratique crique de théâtre à la
Martinique ; il faut renoncer à se servir d’une
transposition des méthodes globales et habituellement mises en
œuvre pour tracer le cheminement d’un fonctionnement institutionnel,
à l’échelle internationale. Ici point, ou si peut de
culture de la critique. L’approche par la formation, par l’acceptation
n’est pas appropriée, inexistante. Absence quasi-totale de
débat sur la culture et sur la représentation
théâtrale, si ce n’est une volonté articulée
avec hésitation et une recherche qui s’impose, en
majorité par des étudiants étrangers. En l’absence
d’évaluations, de données statistiques, ni
déductions, ni inductions, ne sauraient jouer leur rôle de
composition logique, puisque nous sommes en présence d’une
singularité d’espèce. Je ne tenterai pas le ridicule, en
voulant en quelques lignes cerner la situation dans son aspect
structurel et historique à la fois. Juste souligner
l’élément empirique, fondamental me semble t’il, qui fait
du rejet de la critique un art mal léché, qui refuse avec
entêtement à la critique de satisfaire à sa
fonction d’esthétique, de perfectionnement et d’idéal.
Car si le praticien et « le public a toujours, il est vrai
une conscience et une volonté qui le précipite vers le
beau, il faut le mettre sur la pente et lui imprimer
l’élan »
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De Charles
Savannah à Deluge
Cher
ami,
Nous ne nous connaissons pas mais j’ai une sympathie
toute particulière pour les artistes. En fait ce ne sont pas les
artistes seuls, mais les hommes en général. On pourrait
dire que j’aime l’humanité… malgré elle, bien
souvent ; tout comme j’aime ma petite île sans pour autant
l’aimer plus que nulle autre partie du monde. Autrement dit, j’aime
aussi la Terre entière sans faire le moindre ostracisme.
Bref, tout ce préambule pour te dire que j’ai lu ton
article ? courrier ? réponse ? à la
critique de Roland Sabra concernant « Les
Incarcérés ».
J’ai entendu ton cri de douleur et je le comprends car l’artiste est
sensible – sinon sans doute ne serait-il pas artiste - . Mais en
même temps rares sont les artistes à prendre la plume pour
dire ce qu’ils pensent d’une critique. Heureusement ! car
l’exercice est difficile et peu d’artistes sont capables de
véritablement exprimer clairement leur pensée
en-deça de leur colère parce qu’ils ont été
blessés. Comme le prof que tu tentes d’atteindre chez Sabra en
dessous de la ceinture – mais bon l’artiste n’a jamais
été un modèle de morale ! - a besoin d’un
public acquis à sa cause pour être bon, l’artiste
s’épanouit dans la louange du public.
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DE
DELUGE
A Sabra
par
Hervé
Deluge

Cette critique mondaine en guise d'exécution, m'a un peu mis
en colère et pour finir consterné. Le ton est hargneux,
vengeur au-delà des arguments à proprement dit.
D'où tu parles Sabra ?
Alors descendons, mettons les choses au niveau de ta critique, au
niveau du moment où dans le spectacle "les deux personnages se
frappent dessus avec des massues gonflables d'hommes des cavernes. " Un
niveau que curieusement tu ne reconnais pas. Cracher neuf fois sur dix
sur ce qui se fait ici est bien ta “marque déposée” ?
Tu fais penser au bourgeois gentilhomme, celui qui voudrait être
noble mais qui n'a pas les moyens de sa prétention. Un rustre.
J'entends démontrer en suivant le plan approximatif de tes
reproches, que tu n'es ni plus ni moins que le énième
missionnaire d’une pensée qui se voudrait encore dominante,
reconnaissable au caractère méprisant de ta
phraséologie et aux injonctions péremptoires qui
expriment tes frustrations de mauvais marionnettiste.
Une autre forme de ton inquiétant sentiment de
supériorité te pousse à exclure de tes analyses
l'homme de la rue dont tu minimises les capacités
intellectuelles tout en provoquant chez le bourgeois une
complicité de façade, nourrissant tes textes de
références approximatives et inutiles de salonard.
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"Des
incarcérés"
Un déluge
d'avanies
par Roland Sabra
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La
première qualité d'un metteur en scène est
semble-t-il de savoir lire. Savoir lire un texte, de
théâtre de préférence. La
démonstration par l'absurde en a été faite par
Hervé Deluge qui présentait les 12 et 13 novembre
derniers « sa lecture » du texte de Christophe
Cazalis « Des incarcérés ». Ce
texte remarqué, sans être pour autant vraiment remarquable
est un huis clos, une réflexion sur le totalitarisme, sur
l'enfermement, qu'il soit physique ou identitaire. Un texte ambitieux
dans son propos et dont la construction est en adéquation avec
ce qu'il thématise. Un texte circulaire, dans le quel
l'épilogue renvoie à ce qu'exposait le prologue. Un texte
de science fiction ou plutôt d'anticipation, pour les plus
pessimistes, qui décrit une société totalitaire
où l'on peut être arrêté, embastillé
sans motif apparent et pour une durée
indéterminée. Henri un blanc des Antilles, ou simplement
un blanc vivant aux Antilles, soupçonné de terrorisme,
est soumis par l'Empire, c'est ici le nom du régime politique,
à l'isolement cellulaire depuis un temps qui lui paraît
infini. Vivant en permanence sous l'œil de caméras qui
enregistrent ses faits, gestes et dires, il va voir projeté dans
son espace carcéral Amédée un noir
créolophone qui se révèlera être un traitre
au service de l'Empire avant que l'on ne découvre que tout cela
n'était peut-être qu'un mauvais rêve. En effet on
découvrira plus tard que cet Henri, venu assister au mariage de
sa sœur, Alycia avec Amédée, s'est écroulé
sous l'effet d'une absorption excessive de rhum, ivre mort et a
cauchemardé. La pièce pouvait s’arrêter là
mais un dernier rebondissement duplique la scène d'ouverture
à ceci près que maintenant c'est Henri qui est
projeté dans la cellule ou est détenu
d'Amédée. Rêve, réalité,
s'entrecroisent sans que l'on puisse décider de l'un ou de
l'autre.
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Bouffon et
politique
par Roland Sabra
 Carlo Boso en personne est venu
nous faire la leçon, nous rappeler les origines de la Commedia
dell Arte. Avec l'accent italien en prime. Nous avons
écouté. Nous avons retenu. Apparue au XVI ème,
siècle son origine est sans doute plus lointaine. Dés
l'époque romaine il existe une tradition populaire de pantomimes
qui ne prendra forme que beaucoup plus tard après moult
pérégrinations. Le nom lui-même est sujet à
variation : Appelé aussi commedia all’improviso (à
l’impromptu),
commedia a soggetto (à
canevas) ou commedia
popolare (populaire), ce genre a reçu ces noms divers
par opposition au théâtre littéraire (commedia
sostenuta ), apparu en Italie dès les premières
années du XVIe siècle. Sa
caractéristique essentielle et qui lui donnera le nom sous
lequel il nous est parvenu est une fixation, une formalisation des
codes scéniques que l'on retrouve presque intacts de nos jours.
Les personnages sont eux aussi très normés, deux
vieillards, deux jeunes hommes amoureux, deux jeunes femmes amoureuses,
deux valets, deux servantes auxquels viennent s'ajouter à
l'occasion des acrobates, des danseurs des chanteurs etc. Les paires de
rôles sont typées. Si l'un des vieillards est riche et
avare, l'autre est pédant et ridicule si l'un des valets
est ingénieux l'autre est balourd bien qu'étant tous les
deux fourbes etc.
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Romain Duris magnifie la phrase de Bernard-Marie
Koltès
 Romain Duris avait le sourire, à
l'heure des saluts, lundi 29 novembre 2010 au soir. Il avait de quoi :
il venait de gagner ses galons de comédien de
théâtre, superbement. Au Louvre, dans le salon Denon,
Patrice Chéreau, avec la collaboration du chorégraphe
Thierry Thieû Niang, lui faisait faire ses premiers pas sur
scène avec un texte époustouflant
dhref="http://www.madinin-art.net/images/ard-Marie Koltès
(1948-1989) : La Nuit juste avant les forêts.
Ce moment de théâtre d'une force rare, on peut maintenant
le retrouver au Théâtre de l'Atelier, à Paris,
où le spectacle est repris jusqu'à fin février. Le
choc vient d'abord de la (re)découverte d'un texte que
Koltès a écrit en 1977, avant ses grandes pièces.
Non seulement il n'a pas vieilli, mais il résonne aujourd'hui,
dans sa fulgurance, avec une actualité qui laisse
estomaqué.
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Brève histoire de la critique
théâtrale en Martinique et en Guadeloupe
Par
Christian Antourel et Alvina Ruprecht
Christian Antourel est critique
théâtral pour le quotidien martiniquais
France-Antilles et contribue régulièrement au site
culturel www.madinin-art.net.
Alvina Ruprecht,
critique théâtrale à Radio Canada, contribue aux
multiples sites en anglais et en français. Les deux auteurs sont
membres fondateurs de l’Association régionale des critiques de
théâtre de la Caraïbe (ARCT).
 L’avènement de ce
qu’on pourrait appeler la critique théâtrale dans la
région coïncidait avec le développement du
journalisme local (surtout la chaine Hersant des quotidiens
France-Antilles) et la création (en 1972) du Festival
culturel de Fort de France par Aimé Césaire en
collaboration avec le metteur en scène Jean-Marie Serreau. Ce
Festival a eu des retombées culturelles extrêmement
importantes sur toute la région puisqu’il permettait de mettre
en évidence pour la première fois, la création
théâtrale spécifiquement caribéenne (en
français et en créole), et de valoriser les
manifestations d’une culture de la Négritude. En effet, le
Festival rassemblait non seulement les Martiniquais et les
Guadeloupéens domiciliés dans la région et en
France, mais aussi les Afro-Américains et Afro-Caribéens
des îles anglophones et hispanophones voir même les
artistes de l’Afrique du sud. C’est à partir de cet
événement que la pratique critique locale a fait son
apparition.
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Une
tragédienne : Amel Aïdoudi
Une
tragédienne :
Amel Aïdoudi dans "L’Orchidée
violée"
de Bernard Lagier.
Par Selim Lander.

Les Martiniquais se rendent-ils compte de leur chance ? Une
authentique comédienne a élu domicile sur leur petite
île. Amel Aïdoudi pourrait se produire sur des scènes
plus prestigieuses, se montrer sur les écrans des
cinémas. Eh bien, non, elle a choisi de demeurer sur notre
île où elle ne se produit pourtant que sporadiquement –
faute du public suffisant pour jouer plus que deux ou trois fois la
même pièce et, ceci expliquant cela, faute de fonds pour
monter davantage de spectacles, – bien que faisant montre toujours du
même enthousiasme et du même professionnalisme.
Qu’est-ce
qui fait un grand comédien ? Il doit
évidemment aimer jouer plus que tout, il doit ensuite faire
preuve d’une totale générosité afin de donner tout
ce qu’il a au public, il faut encore qu’il sache mourir à
lui-même pour renaître dans la peau de son personnage. Mais
tout cela est insuffisant, il doit encore être capable de
transcender le réel sans que cela paraisse jamais
exagéré. L’idée suivant laquelle un grand
comédien se devrait de jouer « vrai » est
en effet très inexacte : si le théâtre se
contentait de reproduire tel quel le monde réel, il n’aurait pas
sur nous cet étrange pouvoir. Les personnages tragiques, en
particulier – les seuls réellement forts, et l’on en trouve
aussi dans les meilleures comédies (voir le Misanthrope,
Tartuffe,…) – nous fascinent parce qu’ils sont plus grands que nature,
plus outrés, plus sensibles que leurs éventuels
modèles.
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Les programmes
de recherche / création
Résidences Culturesfrance /
Visas pour la création 2011
/
Caraibes
Programme
destiné
aux
artistes caribéens, souhaitant développer un projet
artistique dans tous les domaines de la création contemporaine
en arts
visuels (arts plastiques, design, photographie, mode, nouvelles images)
et en arts de la scène (danse, musique, théâtre,
cirque et arts de la
rue).
▪ Nombre de lauréats : 20
Le programme Visas pour la Création est destiné à
des artistes
caribéens résidant dans la Caraïbe insulaire (Cuba,
Haïti, République
Dominicaine, Jamaïque, Dominique, Barbade, Antigua et Barbuda,
Grenade,
Saint Kitts et Névis, Sainte Lucie, Saint Vincent et les
Grenadines,
Trinité et Tobago) ainsi que dans les Départements
Français d’Amériques
(Guadeloupe, Guyane, Martinique) et le Suriname, qui souhaitent
développer un projet de recherche ou de création dans un
autre pays de
la grande Caraïbe (en plus des pays pré-cités :
Etats-Unis, Mexique,
Belize, Guatemala, Honduras, Nicaragua, Costa Rica, Panama, Colombie,
Venezuela, Guyana, Brésil et Canada) ou en France, auprès
d’un lieu
d'accueil partenaire, identifié au préalable par les
artistes
postulants.
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Le Horla de
Nouméa : un Maupassant insolite à la Nouvelle
Calédonie
Le HORLA
Une proudction du théâtre BLOCK72
Adaptation dramatique de la nouvelle de Maupassant par Max Darcis
Mise en scène et interprétation par Max Darcis
Scénographie et éclairage : Max Darcis
 À Nouméa, le
théâtre se joue de
jeudi à dimanche. Souvent les spectacles ne passent que quatre
soirées
pour ensuite partir en tournée dans les écoles ou dans
les provinces du
Nord et du Sud où les lieux d'accueil peuvent être un
grand espace
vert, la cour d'une maison, une salle de sport ou une salle de classe.
L'Association « le Chapitô », d'Anne Sophie Arzul,
est une exception
car elle fait circuler les productions professionnelles partout dans
l'île sous un énorme chapiteau de 400 places qu'elle fait
installer
dans un lieu approprié (après avoir « fait la
coutume », échange rituel
avec les chefs Kanak pour légitimer le séjour sur leur
terre).
L'installation même du chapiteau se fait grâce à une
équipe de monteurs
dont les membres sont parfois de jeunes Kanak attirés par ces
spectacles de théâtre itinérant de passage chez
eux. Selon Mme Arzul,
ces productions du « Chapitô » permettent au public
loin de Nouméa de
voir des œuvres mises en scènes dans les mêmes conditions
que celles
des grandes salles de la capitale.
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Fracas de
mots-bombes
Crée pour la petite chapelle du
Théâtre des Halles, à Avignon, durant le Off 2007,
« le Jour où Nina Simone a cessé de chanter »
est
aujourd’hui repris avec bonheur [...] . Avec sa robe rouge et ses
mots de conteuse cosmopolite pour seul bagage, Darina al-Joundi retrace
quelque quarante ans d’une vie de Libanaise «
libérée ».
Fracas de mots-bombes, de bons mots, d’expressions à
fragmentation : la frappe est magistrale. Darina al-Joundi alias Noun
nous conte « son » Liban, à feu et à sang,
son Liban qui fait boum, un Liban de guerre qui est aussi le Liban de
son défunt père. Son petit papa poète, Libanais
laïque à qui elle épargne, le jour de ses
funérailles, les rituelles psalmodies du Coran en
radio-cassette. Face A, face B : les intégrismes contre le
cosmopolitisme, le Coran contre Nina Simone. Elle coupe le son et
reprend l’histoire à zéro.
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Une famille
explosive triomphe au Rond-Point
Le Festival
d'automne tient son triomphe : Le Cas de la famille Coleman, de
l'Argentin Claudio Tolcachir. Ce spectacle enthousiasmant, qui arrive
à point nommé dans une rentrée plutôt
décevante, se donne au Théâtre du Rond-Point
jusqu'au 13 novembre.
Cette durée appréciable va permettre à beaucoup de
gens de le voir : contrairement à de nombreuses productions
étrangères qui passent en coup de vent sur les
scènes françaises où, d'ailleurs, Le Cas de la
famille Coleman a déjà tourné, en
pointillé. Il vient de Buenos Aires, et a été
créé en 2005, l'année où Claudio Tolcachir
a eu 30 ans.
Ce grand garçon blond est tombé dans le
théâtre quand il était petit. Son père,
technicien de la télévision issu d'une famille juive
russe, et sa mère, médecin d'ascendance italienne,
emmenaient chaque semaine leurs trois fils voir une pièce.
Claudio Tolcachir aimait tellement ces sorties qu'il a commencé
à prendre des cours dès l'âge de 9 ans.
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"La nuit caribéenne"
La mise en
scène est un art difficile.
photo : Philippe Bourgade
par Roland Sabra
 Comment donner chair
à un texte? Le travail ressemble plus à celui du
sculpteur qui enlève de la matière qu'à celui du
peintre qui en ajoute. Arielle Bloesch en a fait la
démonstration avec « La nuit
caribéenne » les 22 et 23 octobre au CMAC de
Fort-de-France. Confrontée à un premier texte pour le
théâtre écrit par Alfred Alexandre, d'une grande
force, riche de contenu, il lui a fallu faire des choix. Rappelons
l'argument. Deux frères, Frantz et Georges, deux
naufragés de l'espérance révolutionnaire
caribéenne, de l'aspiration à un monde plus fraternel,
sont les épaves échouées sur la grève
inhospitalière du libéralisme triomphant. Trahis par les
dirigeants du Parti, au sein duquel ils étaient engagés
dans le service d'ordre, ils ont sombré avec leurs rêves
d'indépendance dans une dérive sans fin vers ce que
Robert Castel nommerait comme étant la désaffiliation,
une des dernières étapes avant la mort sociale. Alfred
Alexandre dit avoir beaucoup penser à Steinbeck et à
Faulkner en écrivant ce texte. Comme un hommage. A la trahison
des espérances de transformations politiques et sociales vient
se surajouter une traitrise, une crapulerie, occultée,
maquillée entre les deux frères et qui,
remémorée ouvrira sur une issue dramatique..
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La nuit caribéenne
au CMAC les 22 & 23

La nuit
caribéenne se joue le vendredi 22 et le samedi 23 octobre
à l'Atrium. C'est l'occasion de découvrir un auteur de
théâtre et donc un texte. Un texte fort, comme un cri de
haine, de désespoir, de fureurs, de mensonges ,de crimes, de
viols et de dissimulation. Deux frères, des laissés pour
compte des lendemains qui chantent, trainent leur déclassement
social entre terre et mer. Le leader maximo du parti pour lequel ils
s'étaient engagés dans le Service d'ordre( SO) a
passé de petits arrangements avec l'ennemi de classe, et somme
toute s'en accommode plutôt bien. Ils font penser à George
et Lennie du livre de Steinbeck Des souris et des hommes dont on a vu
une adaptation au petit théâtre de foyal il y a peu.
Frantz est l'ainé, il a élevé son cadet Georges;
il existe un lourd contentieux entre les deux frères et la haine
est un ciment solide qui unit ces deux paumés. L'effondrement
des repères symboliques qui les soutenaient se coagule avec la
disparition de l'espérance d'un monde autre, le renoncement
à une attente eschatologique; l'abandon du rêve d'un monde
meilleur , d'un monde dans lequel les derniers auraient pu être
les premiers. Frantz et Georges sont les scories d'une prophétie
qui ne s'est pas réalisée. Et comme le dirait le sapeur
Camenbert « passées les bornes, y'a plus de
limites ». Si la parole n'a plus de sens, elle ne peut plus
borner les actes, les contenir, les retenir, se substituer aux plus
violents d'entre eux. Le lien social se délite et le passage
à l'acte remplace les mots. La trahison des idéaux est
redoublée d'une trahison du lien fraternel. Si Frantz et Georges
sont des salauds, ils sont à la fois victimes et auteurs de la
saloperie dans laquelle ils sont tombées.
Le texte de Alfred Alexandre est un
texte noir, sans concession, sans apitoiement dilatoire, sans
complaisance aucune et d'une grande efficacité dans la
description d'un univers dans lequel l'espérance semble avoir
désertée.
Deux comédiens de talents,
Aliou Cissé et Ruddy Sylaire incarnent les deux frères.
Comédiens de talents quand ils sont dirigés sinon ils
sont comme tous les autres, ils jouent leur propre rôle. Gageons
que la metteur en scène, Arielle Bloesch, qui est loin
d'être une inconnue en Martinique, puisque d'ETC Caraibes
à la Compagnie des enfants de la mer avec José
Exélis, elle a souvent mis la main à la pâte aura
su canaliser ces énergies, extraire de la gangue ces diamants
bruts, les polir et faire briller toutes leurs facettes.
R. Sabra
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Des souris et
des hommes
de John Steinbeck
Mercredi 6 / Jeudi 7 / Vendredi 8 / Samedi 9
Octobre 19h30
Théâtre de Foyal
Comme souvent Michèle Césaire ouvre la
saison théâtrale avec une pièce flamboyante Cette
année elle nous offre un en hommage aux loosers du rêve
américain et à tous ceux qui des aurores de l'expansion
à la longue nuit des chômeurs ont trainé leurs
guêtres et leur misère sur les bancs de toutes les
galères du monde. C'est en 1937, au cours de ce qui est
resté la plus grande crise du capitalisme que John Steinbeck
publie Des souris et des Hommes. Ce sont avec les raisins de la
colère les œuvres les plus connues de l’écrivain, prix
Nobel de Littérature en 1962. L'histoire ressemble à
celle de Moosbrugger dans « L'homme sans
qualité » de Robert Musil paru en 1930, dont elle
s'inspire mais en l'étoffant davantage. Le titre quant à
lui est emprunté à un poème de Robert Burns
« Les plans les mieux conçus des souris et des
hommes souvent ne se réalisent pas ». Le
succès du roman est immédiat et vient consolider le
statut d'écrivain que Steinbeck avait conquis deux ans
auparavant avec Tortillat Flat.
Des Souris et des hommes est construit comme une tragédie selon
la règle des trois unités. Unité de lieu,
unité de temps et unité d'action.
Le tragique se manifeste dans l'impossibilité des personnages
d'accomplir leurs rêves ou dans la solitude qui les
déchire, sans lien d'amitié aucun, sans autre perspective
de gagner les quelques dizaines de dollars qu'ils s'empresseront de
dépenser le Week End dans un bar ou pour les plus
fortunés dans un bordel.. George et Lennie, deux copains qui
errent sur les routes, de ferme en ferme partagent ce même
rêve : posséder un jour une petite exploitation pour y
vivre comme des rentiers, y élever des lapins. Lennie est un
idiot au sens classique du terme, doué d'un force
phénoménale qu'il ne maitrise pas, il ne peut
résister au plaisir de caresser les choses douces et de les
briser. Alors quand la femme du patron lui proposera de toucher ses
cheveux... ce qui devait arriver arrivera. Ne restera alors à
George qu'une issue pour éviter le lynchage de son copain.
La mise en scène proposée date de 2002-2003, elle connait
depuis un succès immense que confirme l'ensemble de la critique
pour une fois unanime a souligner la qualité de la prestation
des comédiens et la sobriété du metteur en
scène. Une pièce à aller voir les yeux
fermés... ou presque. Un seul regret qu'il n'y ait pas de
séance pour les scolaires. Pour former le public du futur on
peut mieux faire.
R.S
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Quand Christoph Marthaler secoue le palais des Papes
 LE FIL ARTS ET
SCèNES - Avec “Papperlapapp” (blablabla en allemand), qui
faisait l'ouverture d'Avignon dans la Cour d’honneur du palais des
Papes, le Suisse Christoph Marthaler s'est amusé à
bousculer le lieu historique, peuplé de tellement de
fantômes…
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Bob Wilson et
d'autres maîtres
 Rien de
mieux, pour commencer la saison théâtrale, que de voir
Notre terreur, le remarquable spectacle du jeune collectif d'Ores et
déjà, consacré à la Révolution
française. Il est repris au Théâtre national de la
Colline, à Paris (9-30 septembre), où on pourra aussi
découvrir Andy Warhol vu par le Polonais Krystian Lupa, avec
Factory 2 (11-15 septembre).
Ces deux spectacles sont au programme du Festival d'automne, qui
réunit, à côté d'artistes à
découvrir, comme Toshiki Okada, cinq maîtres de la mise en
scène : Peter Stein, avec une adaptation fleuve, en italien, des
Démons de Dostoïevski à l'Odéon (18-26
septembre) ; Luc Bondy, avec Les Chaises, de Ionesco, aux Amandiers
à Nanterre (29 septembre-23 octobre) ; Peter Brook qui revisite
La Flûte enchantée, de Mozart, aux Bouffes du Nord (9
novembre-31 décembre) ; Patrice Chéreau, très en
vue avec Rêve d'automne, de Jon Fosse, au Théâtre de
la Ville (4 décembre- 25 janvier 2011) et qui est
l'invité du Louvre ; Claude Régy, inspiré par
Brume de Dieu, de Tarjei Vesaas, à la Ménagerie de verre
(13 décembre-29 janvier 2010).
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Des Lycéens sur les planches
"Clair Obscur"
d’Israël
Horowitz
Adaptation
et mise en scène de Jandira Bauer
par
Selim Lander
 Israël Horowitz est
un
juif américain né en 1939. Il a écrit de
très nombreuses pièces de
théâtre, des scénarios et fait un peu l’acteur. On
le range dans
l’école « réaliste »
américaine (nous dirions plutôt
« sociale »). Une quinzaine de ses pièces
ont déjà été jouées
sur des scènes françaises, depuis L’Indien cherche le
Bronx (1969)
jusqu’à Très Chère Mathilde (au
Théâtre Marigny en 2009). Jandira
Bauer, metteur en scène martiniquaise d’origine
brésilienne, a choisi
de faire travailler les élèves les plus avancés
des classes ou ateliers
« théâtre » du lycée
Schoelcher sur Clair Obscur, texte
extrait des Pièces Brèves d’Horowitz.
Le sujet porte sur l’identité des gens de couleur, dans un
univers qui
reste dominé par des Blancs. L’auteur aborde ce sujet sous un
angle
très particulier : les membres d’une famille noire prennent
une
pilule qui fait blanchir la peau, espérant ainsi se
débarrasser de leur
malaise identitaire. Mais il serait bien surprenant qu’une telle
solution soit à la mesure du mal que l’on cherche à
soigner, de fait,
bien que blanchis, ces Noirs demeurent des Noirs, leur culture
étant
restée la même.
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Souvent
talentueux et parfois laborieux
Des Dieux
et autres fables du Théâtre des Corps Beaux
Par Selim Lander
 On
n’est jamais trop audacieux. Tel est le crédo de l’art
contemporain. A considérer l’assistance plutôt maigrelette
qui était réunie, vendredi dernier, au
théâtre de l’Hôtel de Ville (désormais
« Aimé Césaire ») on est
porté à faire le constat que l’originalité,
néanmoins, ne paye pas à tous les coups. Car on
reconnaîtra que monter en Martinique une production
consacrée à la défense de l’athéisme
pouvait passer pour de la provocation. Mais peut-être la
désaffection du public, ce soir-là, s’expliquait-elle par
de toutes autres causes : publicité insuffisante,
concurrence à l’Atrium d’un spectacle
« hip-hop » qui a attiré beaucoup de
monde… Qui sait ?
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Sizwe
Banzi
est mort :
une
fable puissante et tristement actuelle
d’Athol Fugard,
John Kani et Winston Ntshona (Théâtre des Bouffes du Nord
à Paris)
Par Julie Burelle
 La pièce "Sizwe Banzi
est mort" a été écrite en 1972 par les auteurs
sud-africains Athol Fugard, John Kani et Winston Ntshona et fait partie
de ce qu’on appelle le Théâtre des Townships. Né
dans ces ghettos à l’époque de l’Apartheid alors que le
théâtre était interdit à la population
noire, le théâtre des Townships était, par le
simple fait d’exister, hautement politisé.
On y parlait, souvent avec humour, de la dure réalité de
la vie sous un régime inhumain. C’était un
théâtre du moment présent, branché sur la
vie et sur l’expérience d’une communauté.
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La critique théâtrale est un art martial
Sans Titre
de Frederico Garcia Lorca au
Théâtre de Fort-de-France
par Selim Lander
 Première
pièce inscrite au programme du festival du théâtre
amateur 2010, Sans titre est de loin la plus ambitieuse. Auteur
prestigieux, thème méta-théâtral (comment
réfléchir sur le théâtre au
théâtre, comment impliquer les spectateurs ?), seule
une troupe aguerrie, croirait-on, pourrait se lancer dans une telle
entreprise. Hélas, c’est loin d’être le cas !
Dès lors, le décor et les costumes soignés, la
bande son plutôt bien en phase avec le propos de la pièce
et quelques bonnes idées de mise en scène, ne suffisent
pas à pallier l’absence de véritables comédiens.
Il ne s’agit pas ici de condamner a priori les troupes amateurs, ce qui
serait idiot. En matière d’arts, et d’arts de la scène en
particulier, la distinction entre amateurs et professionnels est loin
d’être absolue : on connaît de mauvais professionnels
comme des amateurs géniaux. Sur cette même scène du
théâtre désormais baptisé
« Aimé Césaire », on a d’ailleurs
pu assister, l’année dernière, à une adaptation
très réussie des Dix petits Nègres d’Agatha
Christie, par une troupe non professionnelle venue de Guadeloupe. Mais,
naturellement, la qualité d’amateur ne saurait garantir la
réussite du spectacle ! Car la recette du succès est
la même pour tous : un bon texte, un bon metteur en
scène, des dispositions naturelles chez les comédiens et
du travail, toujours du travail, encore du travail.
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"Sans titre"
de Frederico
Garcia Lorca
Par Roland Sabra
 Jacques-Olivier
Ensfelder
travaille depuis sept ans avec un petit groupe de femmes
passionnées de théâtre. Un seul homme durant ce
"septennat" s'est aventuré sur les planches. Le metteur en
scène récuse la distinction entre théâtre
amateur et théâtre professionnel. Il explique que bien des
amateurs ont un talent au moins équivalent à certains
professionnels. La preuve nous en est donnée chaque année
par une troupe subventionnée dont le metteur en scène
s'escrime à vouloir jouer, pour un résultat sur lequel on
ne s’appesantira pas.
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La monnaie de
la pièce
du Boulevard à Fort-de-France !
par Selim Lander
 Roland Barthes (1915-1980), qui fut le
représentant le plus emblématique du courant
structuraliste dans le domaine de la littérature, s’est
intéressé au théâtre au point d’être
pendant quelques années l’un des principaux rédacteurs de
la revue « Théâtre Populaire »,
le-dit Théâtre Populaire devant être
caractérisé, selon lui, à la fois par
« un public de masse, un répertoire de haute culture,
et une dramaturgie d’avant-garde ». Nul ne niera qu’il y eut
un moment dans l’histoire de notre pays, autour de metteurs en
scène-acteurs comme Jean Vilar ou Roger Planchon, où l’on
crut s’approcher de cet idéal. Hélas, les temps ont
changé et, en dépit de la création d’ateliers et
d’options « théâtre » dans les
lycées, ce mode d’expression est redevenu un art élitiste
que le bon peuple ignore
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Katyn Tout le
symbole du mensonge totalitaire
par
Stéphane Courtois
 Longtemps nié par
les autorités soviétiques, le massacre de dizaines de
milliers de Polonais dont 12 000 officiers, n'a été
avoué qu'en 1990 par Gorbatchev.
Le 23 août 1939, à la stupeur du monde entier, les
régimes nazi et soviétique, qui semblaient les pires
ennemis, signèrent un pacte nommé par antiphrase «
de non-agression » puisque ses clauses secrètes
décidaient du partage des sphères d'influence. La partie
orientale de la Pologne était promise à Staline, ainsi
que les États baltes et les provinces roumaines de Bessarabie et
de Bukovine.
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Portrait de
Sarkozy en phobocrate
Par CAMILLE LAURENS Ecrivaine
 Si Sarkozy
était une maladie mentale, ce serait la paranoïa. Tous les
symptômes l’attestent, du plus banal au plus inquiétant.
Ainsi, il a une très haute idée de lui-même,
supporte mal la contradiction et se montre extrêmement
susceptible. Sa persécution est sans limites et les offenses
dont il s’estime victime sont exponentielles. Un badaud refuse de le
saluer ? C’est un «connard». Un autre crie : «Je te
vois» ? C’est un délit. Des ragots circulent ? C’est un
complot. A la tête d’un pays qui l’a élu, il se
méfie de ceux qui le constituent. Tout le monde est suspect :
les parents d’être incompétents, les enfants d’être
délinquants, les pauvres d’arnaquer les systèmes d’aide,
les chercheurs de se la couler douce dans des labos où «i
fait chaud et y’a de la lumière», les étrangers
d’être des terroristes, les écrivains des grandes gueules
et les bébés de la mauvaise graine.
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Appel
de personnalités : solidaires des victimes et solidaires
de l'Eglise catholique
 Les affaires de
pédophilie dans l'Eglise sont, pour tous les catholiques, une
source de peine profonde et de douleur extrême. Des membres de la
hiérarchie de l'Eglise ont eu sur certains dossiers de graves
manquements et dysfonctionnements, et nous saluons la volonté du
pape de faire toute la lumière sur ces affaires.
Avec les évêques, et en tant que membres de la même
Eglise, les laïcs catholiques assument le poids des crimes de
certains prêtres et des défaillances de leurs
supérieurs ; ils se rangent résolument, ainsi que le
Christ invite à le faire, du côté de ceux qui
souffrent le plus de ces crimes, c'est-à-dire les victimes, tout
en priant pour les coupables.
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Carte blanche à José
Exélis
EIA !
Expérience Irritante Antipwofitasyon
Par Christian Antourel
 Mise en scène et
scénographie José Exelis. Eric Delor. Slam et
théâtre, de nouvelles armes miraculeuses pour ce spectacle
d’un grand cri nègre, contre toutes les formes d’exclusion, de
discrimination et d’intolérance ? José
Exélis, comédien et metteur en scène de talent
martiniquais, jamais décevant, a-t-il su nous séduire,
dans cette pièce créée en Juin 2009, à
l’occasion de l’anniversaire d’Aimé Césaire ? Plus
qu’une création, c’est une interprétation
jusqu’auboutiste de la parole écrite et une prise de position
qui voudrait adhérer à la pensée du poète ,
mûrie au souffle présent de son œuvre. La mise en
scène veut imprimer en relief les mots du poète,
amplifiés jusqu’au souffle coupé : Une trouvaille
qui fouille dans les archives de la mémoire et devait en ramener
de petits joyaux de contestation et de révolution,
convoqués dans un éclairage que josé voulait sous
tendue avec le public. En fait : un récit très
visuel, électrisé de mots, mais ébouriffé
d’une divergence scénique tant incongrue qu’inhabituelle, quand
se mêlent théâtre et slam, ce mixe trouble et
hésitant, dont l’apparence se conjugue dans une
inadéquation hirsute prônant une dramaturgie
approximative, toute vibrante mais tremblante, de tensions et de
dualités. Le clivage entre les mots dansés et le jeu
entretient une opposition scénique confusionnelle, qui impulse
une énergie constante, malheureusement en filigrane… qui reste
à décrypter. Dans ce rythme d’une irrésistible
déviance qui sacrifie a la perfection d’un spectacle
décidément aléatoire et singulièrement
empesé, pas fluide et pas vraiment subtil, José
Exélis et Eric Delor, signent là le voyage d’un retour,
tracé d’idées finaudes, en écho dans les arcanes
d’une mémoire qui se perd, se raccroche, se débat,
même, dans un fond obscur et sans résurrection.
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| Ras
le
bol de la programmation concurrentielle
à Fort-de-France !
"Michèle
Césaire, directrice du Théâtre Aimé
Césaire à Fort-de-France et Manuel Césaire
directeur du CMAC Atrium à Fort-de-France ne se
rencontrent pas, ne communiquent pas, ne se téléphonent
pas, ne se parlent pas. La programmation concurrentielle se poursuit
allègrement, comme c'est le cas depuis de longues années.
L'affiche peut rester vide pendant des semaines, pas la moindre petite
pièce à se mettre sous la dent et puis tout à
coup, spectacles à l'Atrium et au Théâtre de Foyal
au même moment, c'est à dire aux mêmes dates, aux
mêmes heures. Comme si le public était assez nombreux pour
se partager! Comme si il n'était pas préférable
d'étaler sur l'année les trop rares pièces
proposées! Comme si les autorités de tutelles
étaient incapables d'imposer une concertation! Faut-il rappeler
qu'elles sont elles aussi en concurrence politique? Il est a
parier que même une assemblée unique échouerait
à relever un tel défi. A nous de faire entre vaches
maigres et (relative) abondance."
Voilà ce
que nous écrivions il y a quelques temps. Ce
n'était que la énième reprise d'une même
plainte formulée chaque année. On a peut-être
touché le fond de cette absurdité cette semaine avec deux
programmations de danses à la même période. Comme
son nom l'indique tous les deux ans une Biennale de la danse en
avril est organisée par le CMAC-Atrium. C'est
donc à cette même date que le théâtre
municipal a trouvé judicieux d'inviter la compagnie de danse
Norma Claire avec sa création "Va,vis" déjà
présentée il y a deux ans à l'Atrium.
C'était juste au moment de la mort d'Aimé Césaire,
deux représentations avaient été
programmées dont une gratuite, à l'annonce du
décès et qui avait rempli la grande salle de l'Atrium. La
compagnie avait même animé une soirée
supplémentaire au Centre Camille Darsières qui
s'était prolongée jusqu'au petit matin. La
réception du travail de Norma Claire avait donc
dépassé l'audience habituelle de ce type
d'activité. Le nombre de spectateurs intéressés
par la danse n'étant pas extensible tout comme celui des arts
sur scène, en général estimé à 2500
personnes, il était prévisible que la reprise deux ans
plus tard d'un même travail allait se traduire par un flop
monumental. Ce qui s'est passé. Neuf billets payants le premier
soir, sept le second et pas un seul le dimanche après-midi. La
représentation a quand même eu lieu en vertu d'une
règle qui veut que s'il y a autant de spectateurs plus un que
d'artistes engagés dans le spectacle celui -ci doit se tenir.
Ils étaient quatre sur scène et ils étaient cinq
invités dans la salle. Ouf!
Il faut
dédouaner Manuel Césaire d'une grande part de
responsabilité dans ce fiasco. Sa tutelle, le Conseil
Général exige un programme annuel
arrêté en Novembre de chaque année. Peut-il pour
autant se contenter de le communiquer à la Directrice du
Théâtre de Foyal? Il est vrai à ce qu'on dit qu'il
a tenté plusieurs fois une concertation. Mais peut-être sa
tutelle, représentée par Claude Lise, n'est-elle pas
empressée de prendre en compte le travail du
Théâtre de Fort-de-France? La directrice du
Théâtre Aimé Césaire s'affranchit
allègrement d'une telle pression tutélaire. Fille de son
père, ce n'est pas Serge Letchimy quand il était encore
maire, et encore moins Raymond Saint-Louis-Augustin, le successeur, qui
pouvait et qui peut lui imposer quoi que ce soit. Elle est en son
théâtre comme à la tête d'une baronnie, pour
notre bonheur quand elle sélectionne habilement, dans son espace
de prédilection les arts théâtraux, des
pièces de qualité, pour notre malheur quand elle
entreprend de vouloir faire de la concurrence à l'Atrium.
Le plus
désolant survient quand on songe à la tristesse des
artistes confrontés à des salles vides Quand les
susceptibilités des unes et des autres prennent le pas sur
l'intérêt général, quand les
querelles politiciennes se mêlent aux affaires de familles on
voudrait un auteur de théâtre pour les écrire.
R.S
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| Johann
Le Guillerm, artiste à 360°
 Ses numéros -mais
peut-être faut-il parler de performance?- s’accompagnent de
l’exposition d’oeuvres parfois immenses, toujours étonnantes qui
semblent mettre à plat la matière. Avec lui, le cirque
trouve une dimension inédite. S’y précipiter est la
moindre des curiosités.
Que fait donc au juste Johann Le Guillerm? Du cirque, avec ses
numéros quand il se fait dresseur de bassines ou lorsqu’il joue
des déséquilibres les plus précaires? De la
sculpture quand il assemble des bastaings, des planches ou des poutres
de bois dans d’étonnantes compositions? Des expériences
philosophiques quand il décortique et déplie des objets
pour les révéler sous une autre perspective? Tout cela
à la fois et bien d’autres choses encore... Après 5 ans
d’absence, il revient sous les chapiteaux du Parc de la Villette dont
il est un artiste associé afin de partager son Secret, ses
numéros proprement dits, et dans la Grande Halle où il
expose sa Monstration, ses recherches créatives, parfois
monumentales et toujours stupéfiantes.
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Opéra
chinois, marionnettes hors-normes, plasticiens...
 Il est
héroïque d’être taiwanais. Tant que le système
communiste maintenait la Chine populaire dans un état de
misère chronique, la Chine nationaliste pouvait se targuer d’une
puissance économique et d’une efficacité incomparables.
Maintenant que la Chine, ajoutant aux ravages de la dictature du parti
unique ceux du capitalisme le plus sauvage, est devenue une
énorme puissance économique, forte d’une population
innombrable, la pacifique Taiwan n’a plus, hélas ! pour affirmer
son existence et son indépendance, que bien peu de moyens. La
République de Chine n’est plus reconnue que par quelques
états africains et sud-américains. Il lui a fallu subir
l’humiliation de voir toutes les grandes nations reconnaître le
régime de Pékin, et ce faisant, fermer leurs ambassades
à Taipei.
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Le premier
opéra noir illumine le Châtelet
Treemonisha
de
Scott Joplin n'a jamais été joué en France.
Blanca Li le met en scène.
 Au
Théâtre du Châtelet, on aime les grandes
premières ! Cet hiver, la maison lyrique parisienne
créait La Mélodie du Bonheur. Dès mercredi, un
autre chef-d’œuvre inédit débarque, mis en scène
par la chorégraphe espagnole Blanca Li. On va découvrir
Treemonisha, le premier opéra noir-américain.
Un opéra noir? "C’est un opéra tout court !
martèle Blanca Li. Il y a de grands airs, des chœurs, exactement
comme dans un véritable opéra classique. Les gens vont
s’attendre à quelque chose qui évoque Broadway ou le
ragtime, mais c’est trop réducteur!" Scott Joplin, le
compositeur à qui l’on doit cette partition du XXe siècle
naissant, n’avait en effet qu’une obsession : montrer qu’un musicien
noir était capable d’écrire une œuvre lyrique à
part entière. Alors, oui, il y a là tous les canons de
l’opéra. Mais bien plus encore! Treemonisha est la fusion
succulente du romantisme à l’européenne et d’une certaine
idée du swing. Une musique totalement neuve dont la fougue
séduit illico. Etonnant qu’il n’ait jamais été
joué du vivant de Joplin et ne connaîtra qu’en 1972 son
juste triomphe.
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"Dézagréman"
Une pièce en créole
de Georges Mauvois
Mise en scène : Hervé Deluge
Cie Ile Aimée
Par
Christian
Antourel
Nous avons aux
Antilles et particulièrement en Martinique un nombre et une
qualité d’auteurs, dont il faut absolument se faire le relais et
chez nous et chez les autres et pour nous et pour les
autres. »
Aimé Césaire.
C’est bien là tout le credo
d’Hervé Deluge et de la Compagnie Ile Aimée. Faire que ce
registre du théâtre estampillé Antilles, rayonne et
interpelle partout et jusqu’aux portes du monde. Avec Hervé nous
tenons là certainement le spécialiste de la mise en
scène créole… en créole. Il s’est pour tout dire,
enticher des œuvres de Georges Mauvois , un maître de ce
théâtre truculent où tout est simple, vrai, sans
manières, sans métamorphoses théâtrales
emphatiques…un théâtre riche du quotidien . La
naïveté c’est novateur et Hervé devient pas à
pas dans sa direction d’acteur, un chef d’orchestre qui caresse du
geste et du regard le verbe créole et rejette dans les sursauts
de sa baguette tout le grandiloquent, inopportun dans ces instants de
bonheur, délicieusement terre à terre. Isidore ne pense
qu’a ses « crêtes a testicules » ses
coqs de combat, Méchan et Lanmosibit, alors que Nonote, sa
poule, rêve à des joies modernes et ordinaires, où
l’achat d’une voiture aurait le piquant d’un piment rouge ajouté.
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Eïa !
Un hommage superflu à Aimé Césaire.
Par Selim Lander.
 La
Martinique ne parvient décidément pas à enterrer
son grand homme ! Voici donc Eïa, mis en scène par
José Exelis, un spectacle hybride mêlant slam et
théâtre pour la forme, les thèmes césairiens
de la négritude et de la colonisation pour le fond. D’histoire
il n’y a en point mais plutôt, comme dans les récitals de
slam, une série de performances individuelles
entrecoupées ici par les interventions des deux comédiens
qui ont été invités à participer à
cette représentation d’un nouveau genre. Nous n’avons
personnellement rien à redire au jeu de ces derniers : Amel
Aïdoudi nous donne une nouvelle fois à admirer la
perfection toute parisienne de sa diction ; Ruddy Sylaire
interprète avec tout le poids de sa présence sur la
scène et avec un assez grand bonheur les différentes
incarnations du nègre qu’on lui demande de jouer.
Néanmoins ils ne peuvent pas à eux deux sauver un
spectacle dans l’ensemble plutôt navrant.
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Les noces
blanches du théâtre et du slam
Eïa : Expérience Irritante Antipwofitasyon
par Roland
Sabra
 Les metteurs en scène Eric Delor
et josé Exélis nous proposaient le 31/03/10 à
L'Atrium une version revisitée, plus épurée de
« EIA » crée en juin 2009 à
l'occasion de l'anniversaire d'Aimé Césaire.
L'originalité de la démarche consiste à essayer
une alliance entre le théâtre et le slam. Le slam, dont on
a pu entendre une belle prestation il y a peu à l'Atrium avec
« Grand corps malade » relève à
l'origine de la joute oratoire. La rythmique du poème
procède par assonances, allitérations, onomatopées
et répétitions consonantiques. Les champs lexicaux
mêlent avec plus ou moins de bonheur les registres du familier et
du soutenu, de l'argot et de la préciosité, le verlan et
les anglicismes. Du point de vue argumentatif dominent l'apostrophe et
l'impératif, modes d'expression d'une violence
dénonciatrice des injustices sociales. La forme semble en
parfaite adéquation avec la dénonciation du colonialisme,
du racisme, de l'esclavage, de l'oppression, de la
société de consommation etc., ces thématiques
lancinantes et récurrentes que tout artiste antillais se doit
d'arpenter s'il veut se faire un chemin.
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Un feuilleton
documentaire dans la France des préjugés

La
nouvelle
pièce de Jean-Marie Besset, R.E.R., qui est
présentée au Théâtre de la Tempête,
à la Cartoucherie de Vincennes, s'appuie sur un fait divers
réel : l'histoire de Marie-Léonie Leblanc, la jeune femme
qui avait déclaré avoir été victime d'une
agression antisémite, dans le RER D, en juillet 2004. L'affaire
avait fait grand bruit, jusqu'au sommet de l'Etat, avant de se
dégonfler, quand Marie-Léonie Leblanc avait avoué
avoir tout inventé.
Jean-Marie Besset dit s'être inspiré d'un autre fait
divers, américain cette fois : en 1988, une adolescente noire,
Tawana Brawley, avait fait croire qu'elle avait été
victime d'une agression raciste. Mais cette histoire-là
n'apparaît pas directement dans la pièce, sinon à
travers les propos racistes de la mère de Jeanne, le personnage
principal.
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Confidences
à Allah
de Saphia Azzeddine avec Alice Belaïdi
Une défense paradoxale de la religion
Alice Belaïdi
par Selim Lander
 Mise en scène
sobre et moderne par Gérard Gélas, interprétation
époustouflante de la jeune et charmante Alice Belaïdi, les
Confidences à Allah ont amplement mérité le
succès qu’elles ont rencontré partout où elles
sont passées, succès que l’enthousiasme des spectateurs
de l’Atrium n’a pas démenti. À cause ou malgré le
texte de Saphia Azzeddine ? On peut se poser légitimement
la question tant l’histoire paraît convenue. Une jeune fille
pauvre traverse toutes les vicissitudes de l’existence sans jamais
perdre confiance en son confident Allah. Née au bled dans une
famille de paysans misérables dont elle est chassée
lorsqu’elle se retrouve enceinte, elle se prostitue, accouche en secret
du bébé avant de l’abandonner dans un terrain vague,
devient bonne chez des riches puis à nouveau prostituée
mais de haut vol, se retrouve en prison, et après avoir
traversé quelques autres hasards fini en épouse
aimée, aimante et fidèle d’un imam. Dieu du Ciel !
est-on tenté de s’écrier. Et de fait l’histoire de cette
rédemption, contée de manière complètement
linéaire, a beaucoup de mal à nous surprendre. Confidences
à
Allah est le premier roman de S. Azzeddine et cela se
voit !
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Tout
est à faire
Une
"Orchidée"
à peine éclose
Par Roland Sabra
José Exélis
est un metteur en scène martiniquais des plus talentueux. Il
nous a présenté l'esquisse de l'esquisse d'un
travail sur un texte de Bernard Lagier avec deux personnages
incarnés par Amel Aïdoudi et un musicien X... Si le texte
de Bernard Lagier est marqué de quelques envolées
lyriques, de quelques belles images, sa construction demeure un peu
confuse et le fil du propos n'en n'était que plus difficile
à suivre. Le travail à peine commencé de
José Exélis, cinq services de répétition
tout au plus pour se présenter devant le public,
s'appliquait donc à un texte lui-même un peu
brouillon. On devinait qu'il était question d'inceste et de
liens forcément ambivalents entre la mère et l'enfant
issu de ce drame. Amel Aïdoudi qui peut être admirable quand
elle est dirigée peut être aussi insupportable quand elle
est livrée à elle-même sur un plateau.
C'était le cas. Dans ce genre de situation elle s'accroche
à sa belle tignasse comme à une bouée de peur de
couler sous le texte qu'elle ne peut faire vivre faute de se
l'être approprié préalablement.
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"L’orchidée violée" de Bernard Lagier
La belle Amel
Aïdoudi a encore frappé…
Photos Philippe
Bourgade- Tous droits réservés.
par Selim Lander
… un grand coup au
théâtre, lundi 8 mars 2010 à l’Atrium. Bien que la
représentation qui nous était proposée du dernier
opus de Bernard Lagier ne fût qu’une « mise en
espace », elle a offert à la comédienne une
nouvelle occasion de déployer toutes les facettes de son talent.
L’Orchidée violée est une de ces longues dérives
verbales dont le théâtre contemporain est friand car il
permet de démontrer à bon compte le génie de
l’auteur, la capacité d’invention du metteur en scène et
la virtuosité de l’interprète. Rappelons que le
même tandem José Exélis (à la mise en
scène) / Amel Aïdoudi (sur la scène) avait
déjà proposé au public martiniquais, dans la
même veine, un monologue de Stéphane Martelly, Départs,
dont
nous avons dit en son temps tout le bien qu’il fallait en penser.
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Bach fut-il un jeune homme
capricieux ?
La
Disgrâce de Jean-Sébastien Bach
de Sophie Deschamps et Jean-François Robin
par Selim Lander
Le comédien Serge
Barbuscia, après s’être mis en scène lui-même
devant les spectateurs de l’Atrium dans J’ai soif, a proposé au
même public une production de sa compagnie, le
Théâtre du Balcon, conçue à partir d’un
épisode réel de la vie du compositeur
Jean-Sébastien Bach (1685-1750). L’anecdote se situe en novembre
1716. Notre héros, encore jeune mais déjà
célèbre compositeur, est au service du prince de Weimar.
Davantage préoccupé de suivre son génie que les
desiderata de son maître, il finit par s’attirer les foudres de
ce dernier qui l’enferme dans un coin de son palais. Il ne sortira pas
de sa prison tant qu’il n’aura pas livré une cantate pour le 1er
dimanche de l’Avent.
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Krishna, le dieu noir contre les démons
 On [pouvait] voir le 11 mars, dans le cadre du Festival
de l'imaginaire à la Maison des cultures du monde, à
Paris, la première représentation du krishnattam par la
troupe du temple de Guruvayur, qui est la seule à jouer encore
ce théâtre. Le Festival avait invité la troupe
à Rennes, au Festival des arts traditionnels, il y a trente ans
; depuis, elle n'était pas revenue en Occident. Françoise
Gründ, ethnoscénologue et ancienne directrice artistique du
Festival, nous parle de ce théâtre.
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Là où d’autres travaillent,
Alice Bélaïdi joue !
« Confidences à Allah », de Saphia
Azzedine à l'Atrium Vendredi 19 et samedi 20 mars
 Cela
faisait
longtemps que je n’avais pas mis les pieds au
théâtre. Pour tout vous dire, j’en ai eu subitement assez
de voir des pièces qui, malgré leurs indéniables
qualités, ne me transperçaient pas les chairs en me
forçant à m’incliner. C’est donc avec une
légère moue que je me suis acheminée vers le
Théâtre du Petit-Montparnasse ce jour-là. «
Confidences à Allah », il y en a des affiches plein le
métro de la capitale – leur vulgarité ne m’avait
d’ailleurs pas échappé. Il y en a plein la bouche des
Parisiens, aussi. J’avais mis ça sur le compte de la photo
aguicheuse, façon pochette de disque, d’Alice Belaïdi,
maugréant comme une vieille dame que mes contemporains
manquaient singulièrement de goût. Et
d’originalité. J’avais tort sur – presque – toute la ligne.
Il est vrai que je suis assise depuis une demi-heure et que la salle
n’en finit pas de se remplir. Ce satané rideau a
décidé de me narguer tant que l’ultime spectateur sera
encore debout. Je soupire. Noir, rideau, enfin ! La scène est
sobrement habillée : une petite estrade en bois percée en
son centre par une barre verticale métallique, pareille à
celles utilisées dans les bars de nuit. Le tout est
encerclé par trois grands pans de tissu noir tombant du ciel.
Alice Belaïdi apparaît. Je suis étonnée : je
l’imaginais plus grande, plus femme. Là, elle fait plutôt
l’effet d’une jolie adolescente.
Elle commence directement par nous raconter une anecdote sexuelle, avec
candeur. Elle s’appelle Jbara. Elle est née dans les montagnes,
au milieu des chèvres. Sa vie, elle nous la livre brute, sans
salamalecs. De bergère, elle devient prostituée, bonne,
femme au foyer, femme d’imam, gardant Allah pour seul interlocuteur
permanent. Son franc-parler nous emmène au cœur de la
cruauté de son existence, nous guidant dans le dédale
d’une large gamme de sentiments.
Car, ici, on ne s’embarrasse pas de tournures de phrases
alambiquées. Les mots sortent avec naturel. Cette adaptation par
Gérard Gelas du roman Confidences à Allah, écrit
par Saphia Azzedine, est percutante. Elle choque, même.
D’ailleurs, entrer dans l’intimité d’une prostituée
aurait pu donner lieu à un voyeurisme gratuit, écœurant.
Mais la succession des scènes et des anecdotes n’a pas ce
goût-là : à aucun moment la fraîcheur ne se
perd. Avec un propos aussi corsé sur la condition de la femme,
cela est-il possible ? Oui : en restant dynamique. En éludant la
plainte au profit de la simple narration. En mettant à
égalité les anecdotes violentes et douces sans en imposer
l’interprétation. Résultat : un portrait de femme
saisissant.
Cette femme, Alice Belaïdi l’incarne. Un phare, cette fille. Seule
en scène, vivante, tour à tour gouailleuse, fragile,
aguicheuse, pétillante, enfantine, mature… Enfin une
comédienne qui insuffle au texte une énergie virevoltante
et naturelle. Mieux encore : enfin une comédienne qui joue !
Là où d’autres travaillent, Alice Belaïdi joue. Son
interprétation mutine glisse comme l’eau. L’effort est juste
présent pour canaliser sa verve et la laisser s’exprimer dans
toute sa plénitude. Elle aime jouer. On aime la voir jouer.
Je l’ai regardée, elle m’a emmenée, et j’en ai
oublié les détails moins virtuoses de lumière,
scénographie, costumes et musique. Je l’ai regardée et
j’en ai oublié de pinailler. Le message est passé,
tantôt repoussant, tantôt attendrissant, tantôt
inacceptable, tantôt profond. Je l’ai reçu et applaudi.
N’est-ce pas ça qu’on vient chercher au théâtre ?
Laurie Thinot
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| De Navarro
à la Villette
Président de la Grande Hall, ce
comédien a tout joué, de James Bond à
Claire Devers, consacre une salle de hip-hop et veut ouvrir le parc
à toutes les couleurs de l'arc-en-ciel

Trois ans déjà
à l’ombre de la Grande Halle. Trois ans qu’il administre ce parc
populaire de la Villette, au nord de Paris, connu pour sa Géode
et ses petites maisons rouges biscornues baptisées Folies… Trois
ans, mais Jacques Martial, dans la rue, est toujours reconnu pour son
rôle de Bain-Marie, le lieutenant du commissaire Navarro, Roger
Hanin, "mulet" qu’il a incarné une fois par semaine sur TF1
pendant quinze ans. Le comédien a pourtant ôté
l’uniforme de policier en 2004 pour endosser, deux ans plus tard, le
costume strict de président d’un établissement public
culturel, le troisième lieu de spectacles vivants
derrière l’Opéra de Paris et la
Comédie-Française (220 salariés et un budget
annuel de 34 millions d’euros).
Ces trois années ont filé comme les nuages
passent, reflétés par les triangles
d’acier de la Géode. A l’aube de la
cinquantaine, le saltimbanque a dû se plier au carcan
institutionnel et changer de rythme. "Pour la première fois
de ma vie, je vais tous les jours au bureau. Et je ne suis plus
maître de mon agenda." Lui qui cherche toujours le mot juste
a appris une nouvelle langue, celle des technocrates.
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A propos de : « Mar
Nuestro »
de Alberto Pedro Torriente
Mise en scène et scénographie :
Ludwin Lopez et Ricardo Miranda
Par Christian Antourel
 La
légende
narre l’aventure de trois jeunes femmes essayant de fuir
Cuba.
On ne peut que les croire, quand elles disent
« Nous sommes dans la mer des Sargasses ». Elles
le sont à n’en point douter, et ça se sent….par le
tangage qu’elles miment dans les limites du cercle tracé
à la craie, bastingage imaginaire d’un radeau d’infortune.
L’illustration est claire et joliment menée, tramée
d’obsessions mutines en accord avec les textes qui l’ont
imaginée. L’oeuvre mêle truculence et invention,
transformation et métamorphose, gestuelle et attitudes
corporelles que Ludwin Lopez réussi artistiquement à
mettre en boite. L’illusion est atteinte, dans le début tout du
moins, et bien vite c’est autant la mer qui chahutent et malmène
nos trois glorieuses que Oshun vierge surgie, mythique Déesse
des eaux douces de la beauté et de la coquetterie. En
réalité Ricardo Miranda qui nous apparaît comme
échappé de chez Michou, légendaire cabaret de
transformistes de Montmartre. La gloutonnerie puérile de
l’artiste pour lui-même nous soustrait d’un transport
scénique accepté et nous prive, par là même
d’une odyssée mise en scène, quand l’orgueil à la
fois alibi et mobile de ce théâtre d’une condition
humaine, blesse de part en part, d’un trou de balle agité, le
théâtre de Dieu du Diable et…. de la drag queen.
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MAR NUESTRO
d'Alberto Pedro Torriente
Quand c'est mal parti... c'est mal parti!

Pour la seconde fois
la compagnie " Corps Beaux" présentait "Mar Nuestro" aux
Martiniquais La mise en scène avait été
revisitée, on pouvait donc penser qu'il s'agissait d'un travail
différent. Et il l'était. En mieux ? En pire ? Ni l'un ni
l'autre. Ricardo Miranda en "Vierge folle" était au moins deux
tons en dessous de sa prestation de la première version. Ce qui était un mieux incontestable mais encore
très indigeste. Un interprétation beaucoup moins
"Cage aux folles" que dans la première version, mais
comment revenir, comment atténuer un tel parti pris de mise en
scène? Reste que la diction mange toujours autant de
syllabes et rend le texte par moment totalement
incompréhensible.
Et nos regrets n'en sont que plus grands. Car s'il y a
quelques qualités a retenir du travail de Miranda et de son
compère Lopez c'est la passion qu'ils mettent à faire les
choses, cette abnégation dont ils font preuve quand ils mettent
en scène, avec très peu de moyens, presque rien, un texte
d'auteur. Argent ou pas, ils travaillent, ils répètent
dans des lieux pas possibles, des garages trop étroits, bien
loin des conditions matérielles des troupes
subventionnées. Il faut encore souligner, outre la
solidité des comédiennes, à la réserve
près formulée ci-dessus, la grande beauté
plastique de la scénographie succession de tableaux qui laisse
supposer de réels talents graphistes chez Lopez.
Le prochain spectacle de la compagnie devait être
une troisième pièce de Torriente. On ne souhaite qu'une
chose que Miranda s'abstienne de monter sur scène espace dans le
quel il est loin, bien loin d'exceller, il y est même
insupportable, et qu'il se spécialise là où est
son talent , car il en a, dans la mise en scène.
R.
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Mâ Ravan’ : du nèg’
marron à l’homo futurix

par Selim Lander
Alvina Ruprecht a analysé ici-même avec talent le
spectacle qui nous fut présenté la semaine
dernière au théâtre Aimé Césaire par
la troupe réunionnaise Taliipot. Je n’aurai donc pas à y
revenir, préférant me livrer à des commentaires
plus subjectifs. Notons pour commencer qu’il existe plusieurs sortes de
théâtre. Il y en a pour rire et d’autres pour
pleurer ; il y en a pour faire rêver et d’autres pour
convaincre, voire pour mobiliser. Il y a aussi parfois des
évènements que l’on qualifie, faute de mieux, de
théâtraux, bien qu’ils entraînent le spectateur
très loin du monde ordinaire du spectacle. S’agit-il d’une
régression vers une humanité plus primitive, qui serait
perdue dans les ténèbres de l’ignorance, ou au contraire
d’une élévation vers un monde plus spirituel, en tout cas
différent, que celui qui fait notre quotidien ? Un peu des
deux sans doute. Lorsque cela se produit, il n’y a plus de
comédiens, ils sont devenus les grands prêtres d’un culte
ésotérique, au-delà de l’intellection, auquel nous
nous laissons aller sans résister parce qu’il touche en nous au
plus profond du mystère humain. Il n’y a pas plus de spectateurs
que de comédiens, juste cette étrange communion entre la
scène et la salle.
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Théâtre
jeune
public, entre didactique et poétique?
par Michel Dural*
Président de l'ADAPACS
L'intitulé du débat : Théâtre
jeune public, entre didactique et poétique?" a le mérite
de soulever des questions, chaque mot y concourant :Théâtre: quel théâtre? le mot
est polysémique, heureusement, on souhaite bien sûr que ce
soit du "vrai" théâtre, pas un succédané
s'inspirant de Dysneyland ou de la Comtesse de Ségur et de ses
niaiseries moralisantes. Mais, ceci dit, y a-t-il
nécessité d'un théâtre écrit de
manière spécifique pour les enfants? On serait
tenté de répondre oui, ne serait-ce que pour trouver un
contrepoids au tout-venant télévisuel servi aux gamins
qu'on abrutit sans prendre de gants et dont on fait des consommateurs
qui ingurgitent en même temps leurs céréales
hydrogénées et le flot ruisselant du petit
écran. Mais, du coup, que représente le
spectacle vivant pour jeunes à côté du
géant télévisuel, virtuel mais omniprésent?
Ce "David"-là a-t-il la moindre chance devant les "Goliath" du
petit écran-plus si petit que ça d'ailleurs-
multipliés à l'infini?
Et
posons
la questions des moyens que nos sociétés-
développées ou non- mettent en œuvre pour
préserver l'existence ou développer d'un
théâtre vivant accessible au plus grand nombre.
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Trois belles
journées, riches d'enseignements et de promesses
par Michel Dural*
Président de l'ADAPACS
Du 22 au 24 octobre
2009, les "1ères Rencontres Dramaturgiques de la Caraïbe"
se sont tenues au Lycée Schoelcher dans la salle de
théâtre Aimé Césaire, ainsi nommée il
y a dix ans, à un moment où ni l'homme Césaire, ni
son oeuvre, ni sa pensée ne faisaient l'unanimité
à la Martinique. Schoelcher, Césaire, même combat?
Le programme de ces "Rencontres..." prévoyait deux Tables Rondes
avec comme thèmes "Le théâtre Jeune Public" et
"Théâtre et actualité politique". On ne pouvait
rêver meilleur parrainage.
Ni meilleur espace que cette petite salle, avec ses murs noirs, son
parquet noir et ses gradins rouges, où, depuis dix ans, les
élèves martiniquais passionnés de
théâtre apprennent à lire, à regarder,
à jouer du théâtre, et à en parler.
Ils étaient là, d'ailleurs, ces élèves,
dans les gradins où l'on aurait souhaité voir au moins
quelques uns de ceux qui, à la Martinique, ont en charge le
développement culturel et la promotion du spectacle vivant.
Ils étaient là sur scène, aussi, puisque c'est
l'Option-théâtre du lycée qui ouvrait la
manifestation par la lecture-mise en espace de "La robe de Gulnara",
une pièce de l'un des auteurs invités, Ia
québécoise Isabelle Hubert.
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Conte
à mourir debout (d'ennui?)
Par Christian Antourel
 A ce théâtre du conte et de l’illusion, les
éléments étaient tous convoqués pour
qu’émerge ce folklore et cette tradition antillaise, en danger
d’amnésie populaire. Antoine Léonard-Maestrati voulait
amener le sujet par une allégorie, dans ce sens de raconter
quelque chose avec l’intention de signifier tout autre chose :
Partir d’une histoire ordinaire, qui devient peu à peu, une
autre histoire, un conte fantastique, extraordinaire.
Parfois à regarder les
choses tel quelles sont, on se dit pourquoi ? D’autres fois,
à les regarder tel qu’elles pourraient être, on se dit
pourquoi pas.
Alors pourquoi ne pas dire tout
haut, ce que d’autres ronflent tout bas ?
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« Dodin
o péyi »
Ki mannié nou
yé la-a
Coproduction Cie Pouty i pa
Téyat- Atrium.
par Christian Antourel.
 Un théâtre du mouvementent et de situations
cocasses, entre farce et comédie, réalité et
caricature.
-C’est du Feydeau, martiniquais
certes, mais tout de même du Feydeau et c’est tant mieux. Dans
cette aptitude du quiproquo, du rire et des malentendus ce theatre
entraîne le public dans l’élan d’un manège à
la rapidité brûlante d’espaces fictifs. D’emblé le
spectateur se lâche et adhère à l’intrigue qui se
trame, à la farce en embuscade.
Au-delà du visible, cette
pièce exprime les modalités nouvelles d’un petit lexique
du bien rire et du vaudeville, qui élaborent une subtile
stratégie appliquée de la prise de la parole. Là
les bons mots naissent et émergent de l’écriture de Jeff
Florentiny dans l’imbroglio inextricable, cris et chuchotements, d’un
théâtre de boulevard.
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Théâtre
et
actualité politique.
par Frantz Succab
Il y a, selon moi, deux approches de la notion
d’actualité :
Le présent : les
événements d’ordre privé ou collectifs qui se
déroulent au jour le jour, pendant que nous vivons
Le
« présent » présenté au plus
grand nombre. Le produit quotidien des medias, résultat du
travail des journalistes ou des chroniqueurs de presse. La vie
quotidienne de la société regardée et
relatée à travers un prisme où le
critère esthétique n’est pas de mise.
Les faits et leurs
problématiques étant hiérarchisés en
fonction de critères idéologiques et marchands, qui
concourent à déterminer « l’air du
temps »
Idéologiques parce que
traduisant une représentation conservatrice de l’ordre de notre
société et du monde (qui contrôle la presse ?)
Les actualités obéissent à un format,
diffusé au moyen d’une grammaire codée : une
grève, sera d’abord une prise en otage de la population, le
terrorisme ne sera que l’action des forces du mal contre
celles du bien ( en général, les pays occidentaux) les
déviances sociales ou les catastrophes liées à la
pauvreté seront mises en exergue pour convoquer la
charité ou le travail social, qui ne sont que
dépolitisation l’engagement social et l’humanitarisme qui n’est
que dépolitisation de la solidarité des peuples.
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"Bintou"
à l'Atrium
Un talent prometteur !
par Roland Sabra
 Virilisme
"Réaction virile exacerbée face à
l’évolution des rapports hommes-femmes, le virilisme, surtout
dans les banlieues, est aussi l’indicateur d’un malaise social plus
large." Telle
est
la définition du sociologue Daniel
Welzer-Lang qui semble
s'appliquer à la lettre à la thématique
déclinée par Koffi Kwahulé dans "Bintou" mis en
scène par Laetitia Guédon et jouée le 09 octobre
2009 à Fort-de-France. Une jeune fille de treize ans, qui n'est
plus une enfant, exceptée pour les contempteurs de Polansky,
issue de l'immigration africaine refuse les codes machistes d'une
acculturation bâtarde. Ou plutôt, Bintou, puisque c'est
d'elle dont il s'agit, va se jouer des acquis d'une socialisation
apparemment conflictuelle, entre Europe et Afrique mais
fondamentalement convergente quand à perpétuation de la
domination masculine. Noyée
dans
le sang sous le couteau de l'exciseuse, avec la
complicité des femmes plus âgées, elle paiera de sa vie de n'avoir pas voulu rester à la place que
l'ordre des hommes lui avait assignée. Le thème
développé n'est pas tant l'excision que celui des
ravages de socialisations différentielles et conflictuelles dans
un contexte d'acculturation postcoloniale et de virilisme
mortifère.
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Anjo Negro
La
programmation audacieuse de Michelle Césaire
par Roland Sabra
 Ces
dernières années elle ne nous avait pas habitués
à une telle prise de risque. Une programmation sage,
sérieuse, de qualité qui concourrait à former un
public qui appréciait ce louable effort de pédagogie. On
allait au Théâtre de Foyal, les yeux fermés, il
suffisait de les ouvrir dans la salle et de découvrir ce que la
programmatrice avait sélectionné bien souvent pour notre
bonheur. C'était oublier un peu vite que Michelle Césaire
est une femme de théâtre, qu'elle est aussi metteur en
scène, et que son regard s'est affuté à des
choix artistiques exigeants, déroutants et parfois
élitistes, dans le bon sens du mot. Elle en a fait la preuve en
rapportant de la Chapelle du Verbe Incarné à Avignon "Angelo
Negro" une pièce de Nelson Rodrigues. L'auteur
brésilien, cinquième enfant d'une famille de journalistes
est né, en 1912 à Recife. Son enfance se déroule
dans un climat pulsionnel intense, entre une mère jalouse et
possessive et un père absent de par son implication dans
la politique et le journalisme. A l'âge de huit ans il participe
à un concours de rédaction en classe et fait la narration
d'un adultère! L'enseignant sidéré, par le
réalisme du texte de Nelson refusera de le lire en classe.
Nelson Rodrigues dit d'ailleurs de lui: " Je suis un garçon
qui voit l'amour à travers le trou de serrure. Je n'ai jamais
été autre chose. Je suis né garçon, je
mourrai garçon. Et le trou de serrure est vraiment mon point de
vue de la fiction. Je suis ( et a toujours été) un porno
Angel.)
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Le
théâtre au village
Une femme de
lettres
d’Alan Bennett
par Claudine Baschet
par Selim Lander
 On se souvient
peut-être que trois pièces en forme de monologue de
l’auteur anglais à succès Alan Bennett ont
été représentées au Théâtre du
Rond-Point, à Paris, pendant la saison 2008-2009. Claudine
Baschet a choisi pour sa part de monter Une femme de lettres,
tirée du même recueil Moulin à paroles, et
l’a interprétée à plusieurs reprises dans les
lieux les plus divers. Comédienne aux multiples facettes, elle
jouait par exemple dans la pièce de Guillemette Galland,
Ecoute la chanson de celles qui marchent sur la route, mise en
scène par Pierre Humbert, au festival d’Avignon 2009.
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De maux tus
en mots dits
Nouvelle
mouture d'un travail original d'Orélie Dalmat
Par Roland Sabra
 Il s'agit d'une reprise d'un
spectacle de pas tout à fait dix ans mais presque. Un exercice
difficile et en partie réussi. Dalmat Aurélie, pardon
Orélie Dalmat, coquetterie graphique de l'artiste, est la
maitresse d'œuvre de ce travail qui raconte, mais y-a-t-il vraiment un
fil conducteur? L'éternelle et triste histoire de l'arrachement
des terres originelles vers des terres d'asservissement. Les textes
proviennent de plusieurs sources, notamment d'auteurs de la diaspora
« noire ».
Cette démarche, on le sait n'est pas des plus
facile. Quid de la cohérence, de
l'homogénéité du propos? Cet écueil est
évité par la forme musicale et chantée retenue par
le metteur en scène. C'était sans doute là que
résidant la véritable difficulté : faire
travailler ensemble, des musiciens, des chanteurs, des danseurs et des
comédiens martiniquais. Aurélie, pardon, Orélie
Dalmat remporte ce pari audacieux. La partition musicale est la grande
réussite de cette soirée et l'ajustement des voix se fait
sans trop de problèmes.
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Une lecture
sensuelle du Cahier d'un retour au pays natal
Rudy Silaire entre sensualité de douceurs
caribéennes
par
Roland
Sabra
 Comment
mettre en scène un poème de cette trempe. Beaucoup s'y
essaient, peu réussissent. Jacques Martial en avait donné
un version presque guerrière? Rudy Silaire nous offre une
version ronde comme le comédien et pleine de sensualité
et de douceurs caribéennes. Même quand il
élève la voix, il donne le sentiment de jouer à se
mettre en colère. Il semble suffisamment sûr de lui, sur
scène pour quitter sans encombre et pour notre bonheur de
spectateur les rivages fascisants du virilisme, cette maladie infantile
de la masculinité. Sa personnalité est donc assez forte
pour éviter de se faire oublier sur scène. Dirigé
par un autre metteur en scène que lui même il est
contraint d'adopter d'autres codes que ceux que
« naturellement » --mais qu'il y a-t-il de
naturel dans le théâtre-- il pratique.
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Le
théâtre, c'est un peu comme la cuisine : l'accumulation
des ingrédients ne fait pas les meilleurs plats. Olivier Py l'a
montré à ses dépens avec sa nouvelle pièce,
Les Enfants de Saturne, créée aux Ateliers Berthier, la
deuxième salle du Théâtre de l'Odéon,
vendredi 18 septembre, dans sa propre mise en scène.
Tout est " too much ", en français dans le texte, comme le
disaient nombre de spectateurs à l'issue de la
représentation, dans cette pièce qui commence de
manière amusante : au milieu d'un décor
étrangement réaliste, le maître des lieux, Olivier
Py soi-même, passe l'aspirateur.
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L’Opéra
de
quat’sous
fait fortune
 C’est, pour
l’instant, le plus beau spectacle de la rentrée. Le
Théâtre de la Ville présente l’Opéra de
quat’sous de Bertolt Brecht et de Kurt Weill, mis en images par Bob
Wilson avec le Berliner Ensemble. Stupéfaction : le metteur en
scène américain se renouvelle enfin.
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les articles
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Le
Collier d'Hélène : lorsque le Québec et la
Martinique se croisent.

Le Collier
d'Hélène (de Carole Fréchette) a été
traduit dans de nombreuses langues et joué à travers le
monde. Créée par Nabil El Azan et sa compagnie la Barraca
en 2002 puis au Théâtre du Rond-point en 2003, la
pièce vient d'être reprise par El Azan avec une
distribution palestinienne (voir la critique de Philippe Duvignal).
Maintenant, à Avignon, nous pouvons voir une nouvelle mise en
scène du Collier créée en 2007 à
Fort-de-France par la metteuse en scène martiniquaise Lucette
Salibur.
Une réalisation extrêmement intéressante car elle
resitue le texte québécois, dans une dynamique nouvelle.
Le travail très dépouillé d'El Azan a recours
à des films de fond évoquant une ville (peut-être
Beyrouth) détruite par la guerre, mais mettant en valeur le
personnage principal, Hélène une française de
passage dans le pays pour un colloque. Bien blonde, cette
Européenne blanche est le symbole d'un premier monde arrogant,
riche et indifférant aux souffrances des autres. Vision devenue
sans doute, assez stéréotypée de nos jours puisque
les populations se déplacent, la richesse se distribue et que
l'ethnie n'est plus du tout une indication des catégories
politico-économiques associées à un individu.
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Le Collier d’Hélène, de Carole
Fréchette
Un superbe spectacle… vu
d’un œil
Qui n’a jamais vu,
comme c’était mon cas, la pièce somptueuse de Carole
Fréchette, va au-devant d’une découverte majeure. Ajoutez
à cela des comédiens talentueux et une mise en
scène intelligente, et l’on atteint des sommets ! Un peu
inconfortable cependant, lorsque, une fois les lumières
éteintes, on se rend compte que l’on ne dispose plus que d’un
seul œil pour jouir du spectacle : la tête du monsieur
devant grignotant la moitié de la scène.
C’est l’histoire d’une femme. Hélène.
Hélène est dans un pays lointain. On ne sait pas vraiment
où. Les seules indications concédées sont
maigres : les gens parlent l’arabe, et c’est un pays ravagé
par la guerre. La Palestine ? Peut-être. Ça n’a pas
vraiment d’importance. Hélène a perdu son collier. Un
collier qu’elle ne cesse de chercher, avec une obsession folle,
guidée par un chauffeur de taxi qui parle à peine sa
langue. En courant vers les endroits où son collier a pu
glisser, elle rencontre des gens marqués par la guerre. Une
femme attendant encore son fils qui a péri dans un
attentat ; un homme dont la maison a explosé et qui
reconstruit sur les ruines ; un père sans espoir. C’est
l’histoire d’une femme qui perd un collier pour se perdre
elle-même et retrouver le chemin des questions. Chercher, c’est
l’intime de l’être humain. C’est ce qu’Hélène a
perdu.
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Les Soirées
d’été
en Lubéron, 18ème
édition
« L’itinérance
est certainement ce que nous pouvions faire de plus
raisonnable… »

par
Soraya Behbahani
« Le
Lubéron,
une île ». Sous cet intitulé,
le manifeste de la 18ème :
« Jeter un pont imaginaire entre Le Lubéron, la
Caraïbe… et le reste du monde. » Nul doute,
dès lors, que, de Gargas à Castellet, en passant par
Goult, Roussillon, Apt, Bonnieux, et autres carrières d’ocres,
tous lieux qui tour à tour se prennent, à la
tombée
de la nuit, au jeu de l’heureuse métamorphose
théâtrale,
le Lubéron se fasse, sinon île, archipel. Et, à
la barre de cette yole à la drive sur la terre des
Félibres,
deux hommes, le Bordelais Michel Richard, pour la responsabilité
artistique, et le Foyalais Marius Gottin, à la
présidence.
Deux hommes, donc, qui ont eu l’intelligence de comprendre que
la francophonie, ce mot singulier qui signe une position
d’étrangeté
vis-à-vis de la langue et de la culture dont on use et
mésuse
à plaisir, était l’apanage partagé de tous
ceux qui, artisans du langage, non contents de se plier aux codes et
aux normes sociales instituées, prennent le parti de les
ouvrir et de les ouvrer – autrement dit, de les subvertir.
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| A propos
de MALAVOI
Monsieur,
Je trouve votre article méchant (..."de
VRP
en recherche de respectabilité, son costard de chez Tati,
Moissons vieillissantes...") , fort réducteur, injuste et trop
subjectif. Vous portez un jugement abusif sur des musiciens sans savoir
savoir de quoi il s'agit. Vous êtes à côté de
la plaque et ce faisant, vous me rappelez un peu Marcel Désailly
quand il parle de l'équipe de France (même si c'est
un super joueur que j'adore) ... Parfois, le silence (qui est aussi une
forme d'expression musicale) est requis...
Vous n'avez pas eu cette fois-ci l'objectivité de journaliste
que je crois trouver habituellement dans vos articles et vous vous
rangez au nombre de nos champions de l'autodénigrement dans ce
pays.
Le bassiste, si vous suiviez Malavoi, a souvent cet air étrange
ou "étrangement absent" mais la virtuosité et la justesse
de son doigté sont toujours au rendez-vous. Il n'a jamais
été une seule fois à côté de ses
pompes ! Et sachez, pour votre culture personnelle, que le 33 tours "la
Filo" sur lequel vous dansez peut être encore comme le font les
vieux que vous visez dans votre propos a été
enregistré alors qu'il s'était pris deux doigts dans
l'énorme porte du studio. Sous calmants (alors qu'on avait
appelé Alex Bernard pour le remplacer), il a enregistré
avec les doigts restants.
A vous acharner ainsi sur Ralph Thamar, vous donnez même
l'impression d'avoir un problème avec lui (ou avec vous
même). C'est inique et trop facile de sabrer de la sorte non
seulement le groupe mais les 50/60 ans. Les 20/30 ou les 30/40 ne font
pas nécessairement mieux. Alors parlez en connaissance de cause
la prochaine fois. Ne vous laissez pas aller à vos 'impressions".
Je vous salue.
Philippe
Lorto
Suite...
Cher lecteur, je pense
que vous avez raison cet article était méchant, car
j'étais de méchante humeur après le spectacle. Je
n'écrirais pas la même chose aujourd'hui mais voilà
c'est fait. Il n'est nullement question d'excuses mais simplement d'un
constat : il est des billets d'humeur dont le ton,
déterminé par les circonstances, est plus important que
ce qui est écrit. Cela fait partie du genre. La dimension
subjective repose bien plus sur des impressions que sur une
analyse distanciée, et je puis vous assurer que cette prestation
avait un ton compassé et qu'elle m'a procuré un ennui
infini, avec la certitude d'avoir perdu mon temps.
Et pour tout
vous dire, il est d'autres lecteurs qui se sont félicités
de l'existence de ce coup de gueule. Un d'entre eux a même
écrit " si vous ne l'aviez pas fait j'aurais voulu le
faire". Comme quoi il ne faut pas chercher à plaire :
on finit toujours par déplaire! Et puis souvenez-vous de
Talleyrand qui disait :"Méfiez-vous de la première
impression, c'est souvent la bonne!"
Cordialement,
R..S..
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L'esprit du jazz
par Roland Sabra
 Thelonious
Monk est un personnage peu ordinaire. Ce pianiste de jazz est un
prodige. Né en 1917, il touche son premier clavier vers
l'âge de cinq ans, prend quelques rares leçons aux
environs de 12ans et gagne trop souvent le concours des pianistes
amateurs au "Theater Apollo" de New York qu'il est interdit de
participation à 13 ans. il se définira comme un
autodidacte : " "En fait, je n'ai jamais eu besoin d'apprendre
à jouer : j'étais doué. Il me semble que j'ai
toujours su lire les notes et les traduire en sons. Ma sœur
aînée prenait des leçons de solfège ; moi,
je lisais par-dessus son épaule. Lorsque j'ai pris des
leçons à mon tour, je n'ai pas eu à apprendre,
j'en savais assez pour pouvoir me débrouiller." Hors du
commun il ne pouvait qu'inventer, créer de toutes pièces.
On lui doit un nouveau style musical le be-bop. Sa façon de
jouer créa aussi de l'incompréhension, en bousculant la
mélodie, l'harmonie, le rythme et en développant, (
jusqu'à l'excès?) l'art des notes dissonantes dans ses
ballades. il jouait avec les doigts plats et était très
mobile. "C'était un grand musicien, un novateur, surtout en
composition et en écriture. Il avait l'habitude de marquer le
tempo en bougeant pieds et jambes . s'ils bougeaient tout le temps, il
était parti; sinon, c'était raté."
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Bintou : tragédie urbaine et
émergence d’une metteuse en scène
par
Alvina Ruprecht
 Nous connaissons
déjà l’œuvre de Koffi Kwahulé, à mon avis
un des meilleurs auteurs dramatiques de langue française de sa
génération. Souvent jouées à Avignon, ses
pièces construisent un monde symbolique qui décortique
les soubassements du pouvoir où les anges exterminateurs
mènent leurs victimes à leur perte. Un monde terrifiant
qui cerne la psyché ébranlée de ces êtres
pris dans un monde en transformation qu’ils essaient de cerner mais que
souvent, ils ne comprennent pas.
Bintou nous place devant une de ces
expériences limites. Ce texte très puissant, issu du
monde de la culture populaire urbaine est d’une actualité
brulante, il est structuré comme une tragédie grecque. Un
chœur syncopé nous accueille dès le départ dans
cette descente vers les enfers. Bintou, une jeune
révoltée genre Antigone, défie les dieux, refuse
la tradition de ses parents et ensorcelle les membre de sa bande qui se
laissent mener vers leur propre destruction. Un réquisitoire
ontre l’excision, une mise en évidence des conflits profonds qui
déchirent les jeunes de l’immigration, un texte lyrique,
féroce, réaliste et mythique à en couper le
souffle.
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Il faut un retour à Brecht ! Non à une
scène ghettoïsée
Quel
avenir pour le théâtre ? Dans le cadre du Festival
d'Avignon (jusqu'au 29 juillet), des intellectuels s'interrogent sur la
nouvelle fonction d'un genre artistique qui jadis avait
été investi du rôle d'unifier un peuple puis de
porter la critique sociale
Au lendemain de la seconde
guerre mondiale, le théâtre a joué un rôle
majeur dans la reconstruction de la vie intellectuelle
française, car, de tous les arts, c'est celui qui semblait le
plus apte à conjuguer l'intellect et l'émotion pour
inciter les citoyens à prendre en main leur destin collectif. Le
théâtre public a pris son envol en s'appuyant sur cette
vision idéalisée de l'art dramatique, devenant ainsi le
fer de lance d'une politique affirmant la nécessité de
démocratiser la culture.
Jusque dans les années 1970, le nom de Brecht a
incarné ce nouveau théâtre à la fois
créatif, ouvert sur le monde de la science et engagé sur
le plan civique. Brecht a été pourchassé par les
nazis. Il a vu dans sa jeunesse comment les attaques frontales contre
la raison et la connaissance avaient permis à Hitler de
manipuler les émotions du peuple au nom de " l'identité
allemande ". Il en a tiré la conviction que la collaboration
entre artistes et savants était nécessaire pour fourbir
les armes permettant aux citoyens de résister à toutes
les manipulations du " nous ".
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"Les Cauchemars du gecko", requiem pour une Afrique
enfermée dans sa destinée tragique

Le gecko est,
paraît-il, un animal qui ne dort jamais. Ou s'il dort, c'est la
paupière ouverte. Attention, le gros lézard vous regarde,
semblent dire l'auteur malgache Jean-Luc Raharimanana et le metteur en
scène Thierry Bédard dans la nouvelle création
qu'ils présentent à Avignon, Les Cauchemars du gecko.
Ces mauvais
rêves ne sont pas seulement ceux d'une île, Madagascar,
mais ceux de tout un continent, l'Afrique, tel que l'a laissé
l'enchaînement tragique de l'esclavage, de la colonisation, de la
décolonisation et de la mondialisation. Pas d'intrigue, pas de
personnages ici, mais une série de fragments portés par
la voix des (bons) comédiens, installés devant un grand
panneau composé de sacs en plastique de couleurs vives, et
accompagnés par le beau travail aux guitares de Rija
Randrianivosoa.
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Une clôture de festival plutôt
réussie
Elie
Pennont
 Beau travail de Jean-Paul Césaire à partir
du texte de son père "Et les chiens se taisaient". Une grande
sobriété dans la mise en scène, une ponctuation
intelligente des actes avec des danseuses, quelques danseurs et des
tambours, une distribution, certes inégale mais somme toute bien
choisie et un souci de clarification ont contribué à
faire de cette soirée une réussite, dans une salle dont
l'acoustique laisse à désirer et c'est un
euphémisme que de le dire. Si la présence massive
de Elie Pennont dans le rôle du Rebelle a souligné,
involontairement, la faiblesse du jeu de Sophie Colombo comme Amante,
la prestation très juste de Suzy Singa dans le rôle
de la Récitante a fait oublier le symbolisme un peu trop
appuyé du dispositif scénique. Etait-il besoin de placer
l'Architecte ( Jean-Claude Prat) en surplomb de la cellule du Rebelle
pour souligner les rapports de domination et d'oppression? Le texte ne
suffit-il pas à les mettre en évidence? Le public,
inhabituel, pour une soirée théâtrale, a
semblé acquiescé à la proposition de
scénographie . Puisse-t-il retrouver ainsi le chemin des salles
de théâtre!
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Ouverture en
demi teinte du 38ème festival de Fort-de-France

Malavoi
a
fait une ouverture mitigée du 38 ème festival culturel
de Fort-de-France placé sous le titre « Moissons
vivantes ». Ralph Tamar est apparu
« encravaté » avec boucle d'oreille, dans
un costume anthracite rayé de VRP en recherche de
respectabilité. Il y avait un coté chanteur sur le retour
pour "mémères décorées comme des arbres
de Noêl" (Brel). Mais le public à l'image de son
chanteur s'y est reconnu. L'introduction, même si elle est un
hymne la Martinique a semblé un peu
« lourdingue » à l'image du leader vocal
engoncé dans son costard de chez Tati. Si le bassiste
était étrangement absent, parti ailleurs on ne sait
où, le tenant des claviers a fait son boulot avec quelques solos
bien balancés en écho à ceux des violons. La
violoncelliste faisait de la pure décoration et il fallu
attendre le dernier morceau pour un petit solo de percus. La
deuxième partie avec une reprise de classiques balançait
un petit peu plus : Ralph Tamar avait laissé tombé la
veste et la cravate et opté pour une chemise blanche bien
empesée sur le pantalon inchangé du costard. Les 50/60
ans et plus ont bien apprécié. Bon c'était
« Moissons vieillissantes ».
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L'avenir du
théâtre antillais sera carnavalesque
ou ne sera pas?
par Roland Sabra
 Stéphanie
Bérard
est "Assistant Professor de littérature
française et francophone" à l'Université de
Virginie aux Etats-unis. Elle publie un essai " Théâtre
des Antilles, traditions et scènes contemporaines." chez
l'Harmattan dans la collections "Images plurielles". Il faut d'abord
saluer le style de l'essai qui use d'une langue claire,
compréhensible par tous, sans pour autant affadir le propos ce
qui n'est pas si fréquent. On pourra regretter que
l'éditeur, (par souci d'économie? ait choisi une taille
de police un peu petite, ce qui ne facilite pas la lecture et que la
relecture du tapuscrit n'ait pas fait l'objet d'un peu plus
d'attention pour les coquilles inévitables mais aussi pour
corriger quelques confusions conceptuelles par exemple entre
"hypotexte" et "hypertexte" ( p.47), outils que l'auteure emprunte au
linguiste Gérard Genette.
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Narcisse se suffit à lui-même
par Roland Sabra
 La
Compagnie « Les corps beaux » qui s'inscrit dans
le sillage du théâtre Si de Médina a le grand
mérite de nous faire découvrir un immense auteur cubain,
Alberto Pedro Torriente. Le précédent travail de la
troupe nous avait présenté « Manteca »
(
lire la critique ) il y a deux ans déjà, avant d'aller
à Avignon et d'y retourner l'an dernier avec une version plus
aboutie. La troupe de Ricardo Miranda poursuit avec « Mar
Nuestra » l'exploration du répertoire de cet auteur,
décédé en 2004 à l'âge de 50 ans
d'une cirrhose du foie à l'hôpital Allende de La Havane.
Trois femmes, une noire, une métisse et une blanche sur un
radeau sont à la fois unies dans la recherche d'un paradis, une
terre ferme occidentale il va de soi, et par les conditions
nécessaires à leur survies, le partage du peu de biens
alimentaires dont elles disposent et divisées , partagées
par ce qui structure leur identité, à savoir, le racisme,
les superstitions, le dogmatisme. Sur ce radeau à la
dérive sur une mer sans limites, avec lequel elles
prétendent franchir les frontières, dans leur quête
d'un paradis, elles se heurtent à l'infranchissable
barrière de l'enfer des préjugés de races, de
classes et d'idéologies qu'elles ont embarqués avec
elles. Même le crime partagé, pourtant fondateur en
d'autres lieux de solidarités, ne suffira pas face aux
divisions et aux haines immémoriales qui les traversent.
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Trois femmes
sur un radeau
par
Selim
Lander
 Comment
s’hasarder à écrire une critique théâtrale
sans soulever l’hostilité (ou au moins l’incompréhension)
d’une grand partie de ses lecteurs ? En dehors des constats les
plus évidents (par exemple un comédien insuffisant pour
porter son rôle), tout le reste peut-être revendiqué
par le metteur en scène comme intentionnel. Le texte est-il
dépourvu de la moindre intrigue ? C’est voulu. Le
décor est-il réduit à rien ? C’est voulu
aussi. L’éclairage est-il parcimonieux ? C’est voulu
encore. Etc, etc. Et de fait, il n’y a pas à discuter sur les
goûts et les couleurs : au nom de quoi, en effet, le
critique pourrait-il ériger ses préférences en
règles auxquelles tous devraient se plier ?
Le
terme
« critique » est donc fort mal choisi. Dans
une chronique comme celle-ci, il n’est pas question de juger, de donner
une note qui ne serait justifiée par aucun critère
objectif. Un spectacle est montré, il est reçu par les
spectateurs. Le chroniqueur de théâtre est d’abord un
spectateur comme les autres, qui parle avant tout en son nom propre,
même s’il peut lui arriver de se cacher derrière la forme
du discours savant.
C’est
donc en assumant notre subjectivité que nous dirons tout
le bien et le peu de mal que nous pensons du dernier spectacle
présenté par Ricardo Miranda et Ludwin Lopez à
partir d’un texte de l’écrivain cubain Alberto Pedro Torriente
(après le célébré Manteca du
même Torriente). Le peu de mal que nous avons à dire
concerne le choix du texte. On comprend que des hommes de
théâtre d’origine cubaine aient envie de mettre en
scène un auteur de Cuba et qu’ils puissent s’intéresser
au syncrétisme religieux qui règne sur l’île. Mais
ce thème est-il vraiment exportable ? Peut-être s’il
s’appuyait sur une intrigue un tant soit peu élaborée. Or
il est difficile de caractériser ainsi une histoire qui
réunit sur un radeau trois femmes, obsédées par la
religion, qui passent par un certain nombre d’états largement
prévisibles : extase, désespoir, adoration,
violence, complicité, agressivité, faim, soif,
hallucination mystique.
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| 4:48
Psychose de Sarah Kane, une mise en scène de Jandira Bauer
à Foyal
L'art de
l'entre-deux
Jeanne Baudry et les "maudits"
lacets
par Roland Sabra
 A l'ouverture de la salle, Jeanne Baudry
est déjà sur la scène qu'elle arpente de long en
large en fond de plateau, irrémédiablement perdue en
elle-même. Sur la partie gauche du tableau le gril
laisse pendre deux immenses lacets noirs, en rappel à ceux
qu'utilisa Sarah Kane pour mettre fin à ses jours, sur la droite
deux paires de chaussures abandonnées complètent le
décor. Et ça commence! C'est une voix de
l'intérieur, une voix des cavernes, une voix des profondeurs,
une voix qui la parle plus qu''elle ne parle et qui se fait entendre ou
plutôt qui nous fait entendre ce que nous voulons bien entendre
de notre propre rapport à la déraison. Tout le texte de
Sarah Kane est tentative de découvrir ce que la forme
poétique peut contenir de théâtrale. La
structure du texte est apparemment brisée,
désarticulée, afin de livrer un matériau brut, le
plus polysémique possible. Un pur travail sur la langue.
C'était l'obsession de l'auteure que de pouvoir unifier la forme
et le fond. Sarah Kane : " La forme et le contenu tentent
d’être une seule et même chose – la forme est le
sens". Reprise d'une problématique connue et
déclinée de multiples façons sur de multiples
registres, de Buffon, "Le style, est l'homme même"
à Marshall McLuhan "Le medium, c'est le message"
etc. 4:48 Psychose est sans cesse sur le fil du rasoir, entre
rêve et réalité, entre réel et imaginaire,
entre désir de vie et jouissance mortifère du suicide.
C'est dans la multitude des écarts lovés au sein du texte
que le foisonnement des sens prend sa naissance. Le sens est dans
la salle et non pas sur le plateau. Il n'y a d'ailleurs pas de
spectacle. Et là réside l'obstacle majeur à une
mise en scène : comment éviter que le geste du
comédien vienne polluer la production du sens par le
spectateur. Claude Régy avec Isabelle Huppert avait choisi
l'effacement de l'actrice en lui imposant une quasi immobilité
et un incroyable travail de diction. On y reconnaissait la patte
du Maître.
Tout le travail
de Jandira Bauer et de sa comédienne Jeanne Baudry consiste
à déployer le refus du choix, le refus de
l'objectivation comme tentative de chosification dans un art de
l'entre-deux cultivé au sein du même. Fidèles
à la dramaturge, elles décloisonnent et
déconstruisent les catégories unilinéaires de la
masculinité et de la féminité, de la
normalité et de la déviance, de la santé mentale
et de la folie, de la rage de vivre et du besoin de mort. Jeanne
Baudry n'a pas l'indécence de jouer la folle, ou de
faire semblant. On serait presque tenté d'écrire "Dieu
merci!" si ce n'était, à partir d'une critique des
dichotomies trop simplistes entre l'âme et le corps, le bien et
le mal, le ciel et l'enfer de la religion catholique, que Sarah Kane
refusait toute assignation monolithique à un rôle ou
à un statut réducteur, forcément réducteur.
On pourrait épiloguer à l'infini sur les rapports
personnels et intimes qu'entretenait Sarah Kane avec la psychose. Aucun
intérêt, 4:48. Psychose n'est pas une autobiographie!
Jeanne Baudry le sait qui ne s'adresse pas au public, qu'elle n'oublie
pas d'ignorer. Dans une bulle invisible, mais que l'on pourrait
toucher du doigt, elle est prise dans un dispositif discursif à
la fois hétérogène, hétéroclite,
délirant, prosaïque et flamboyant, devant lequel elle
s'efface pour laisser place à un espace d'identification,
ou très exactement de reconnaissances d'une inquiétante
étrangeté, d'une familière épouvante qui
finit par abolir la distance entre le plateau et la salle. Jandira
Bauer a demandé à sa comédienne de se parler
à elle-même comme si elle parlait à une autre. Ce
choix rimbaldien (Je est un autre) est judicieux car
au-delà du clin d'œil schizophrénique et
approprié, il permet le déploiement du registre de
l'Imaginaire foisonnant. La multiplicité des lieux
d'émergence de la parole est sans cesse suscitée. Le
public scolaire ne s'y est pas trompé. Après la
représentation, les jeunes spectateurs ont dit comment ce texte,
parfois hermétique, était au plus près de leurs
expériences. "Moi aussi, il m'arrive d'avoir cette
pensée.."
Et c'est parce
que cette mise-en scène a refusé la monstration de la
folie et l'hystérisation du jeu de la comédienne, en se
mettant au service du texte, que ce travail qui demande à
être peaufiner, notamment du côté de l'articulation
entre le dire du texte et son expression corporelle, ( en
quoi le geste soutient, détourne ou annule le propos?) est somme
toute une réussite. La métamorphose de Jeanne Baudry est
quelque peu impressionnante, pour qui l'avait vue dans la
première version des "Bonnes" l'an dernier à
Fort-de-France. On saluera aussi le beau travail des
lumières de "Pierrot" que l'on souhaiterait voir aussi sur
d'autres spectacles.
R.S.
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Un
pamphlet :
Bloody Niggers
par Selim Lander
Frantz-Fanon aurait-il
apprécié le spectacle qui vient d’être
présenté dans la salle de l’Atrium qui porte son
nom ? Les 14 et 15 mai, le trio Groupov (Dorcy Rugamba,
auteur et comédien, à droite sur la photo,
accompagné par Younouss Diallo et Pierre Etienne) y a
proposé son spectacle Bloody Niggers. L’argument est
simple : trois hommes, deux noirs et un blanc, en costume-cravate,
chacun devant son micro, énumèrent les violences dont
s’est rendu coupable l’homme blanc depuis les croisades. Le sujet est
éminemment grave et sérieux mais néanmoins
susceptible de devenir fastidieux. On est bien dans le registre du
pamphlet tant sur le fond (le procès unilatéral d’une
race qui se croit à tort meilleure que les autres) que sur la
forme (un acte d’accusation récité sans autre mise en
scène que l’alternance des voix qui se partagent le texte).
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4:48 Psychose
L’Arte Povera
de Jandira Bauer

par Selim Lander
Soirée mémorable, ce
lundi 18 mai 2009, au Théâtre de Fort-de-France :
c’était la première de la nouvelle création de
Jandira De Jesus Bauer. Après la mise en scène
« vaudou » des Bonnes de Genet, qu’elle
avait proposée dans ce même théâtre
l’année dernière (avant de la faire voyager jusqu’en
Avignon), réussirait-elle à frapper encore plus
fort ? D’une certaine manière, la réponse est oui.
« Proposer aux
comédiens » (et suppose-t-on également aux
spectateurs) « une autre réflexion sur le
théâtre contemporain », indique le manifeste de
sa compagnie, Activ’Art. Outre Genet, Becket fait partie de ses
références les plus anciennes. Elle apprécie
particulièrement la manière qu’a le second auteur
d’exprimer « l’image de l’esprit aliéné du
corps ». Il n’est donc pas trop étonnant que J. Bauer
ait choisi de nous présenter le dernier texte de Sarah Kane, une
auteure et comédienne qui fut aliénée au point de
suicider à l’âge de 28 ans.
Les lecteurs de ce papier ne savent peut-être
pas tous qui fut Sarah Kane (1971-1999). Elle est moins connue chez
nous qu’en Angleterre où elle gagna une sorte de
célébrité grâce au scandale suscité
par sa première pièce, Blasted. Nous renvoyons
là-dessus au long article, très documenté,
tiré du journal The Guardian, repris dans la
précédente livraison de Madinin-Art grâce aux soins
diligents de Roland Sabra. Dire que Sarah Kane est un auteur
« moderne » serait un euphémisme. Elle se
rattache plutôt au théâtre expérimental,
ce théâtre qui ressemble à l’art plastique dit
« contemporain », dont le propos est donc moins
de plaire que de choquer le spectateur. Et Sarah Kane y est parvenu
d’emblée avec Blasted, d’autant que cette pièce
fut créée, contre toute attente, sur la scène
habituellement plus conservatrice du Royal Court Theater de
Londres.
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| Une semaine de
Théâtre à Fort-de-France
Michèle Césaire,
directrice du Théâtre Aimé Césaire à
Fort-de-France et Manuel Césaire directeur du CMAC Atrium
à Fort-de-France ne se rencontrent pas, ne communiquent
pas, ne se téléphonent pas, ne se parlent pas. La
programmation concurrentielle se poursuit allègrement, comme
c'est le cas depuis de longues années. L'affiche peut rester
vide pendant des semaines, pas la moindre petite pièce à
se mettre sous la dent et puis tout à coup, spectacles à
l'Atrium et au Théâtre de Foyal au même moment,
c'est à dire aux mêmes dates, aux mêmes heures.
Comme si le public était assez nombreux pour se partager! Comme
si il n'était pas préférable d'étaler sur
l'année les trop rares pièces proposées! Comme si
les autorités de tutelles étaient incapables d'imposer
une concertation! Faut-il rappeler qu'elles sont elles aussi en
concurrence politique? Il est a parier que même une
assemblée unique échouerait à relever un tel
défi. A nous de faire entre vaches maigres et (relative)
abondance.
R.S
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"Bloody Niggers"
"Le théâtre : un
lieu où l'on est l'autre"
Le mot est de Ariane Mnouchkine dans un texte
aujourd'hui célèbre et intitulé " Tout
théâtre est politique". Manuel Césaire nous en
offre une illustration avec la programmation de "Bloody Niggers" ( cf
la critique ci-après de Selim Lander). Le metteur en
scène Jacques Delcuvellerie, est un français
installé en Belgique, professeur au Conservatoire Royal de
Liège, qui a fondé en 1980 Goupov, un collectif
d'artistes pluridisciplinaires ayant vocation à créer un
espace d'expérimentation théâtrales. Les
années 90 seront consacrées au Projet
Vérité qui pointera du doigt les croyances capables de
mobiliser un être jusqu'à la mort. C'est dans la suite
logique de ce travail qu'il propose en 1999, "Rwanda 1994" une
pièce fleuve de six heures qui remontait aux causes du
génocide rwandais. Younnouss Diallo qui jouait dans Rwanda 1994
participe cette fois non seulement comme comédien mais aussi
comme adaptateur et concepteur à "Bloody Niggers" la
dernière production de Groupov. Le texte de Dorcy Rugamba,
rescapé du génocide rwandais est un long cri de
révolte, de dénonciation et de douleur
ensanglantées contre les massacres, les boucheries, les
exterminations, commises au nom des Dieux de la Bible, de la Bourse et
de Wall Street. L'intelligence du propos consiste à mettre en
accusation un système, une logique, plus que des individus.
L'invention d'un système qui délaissant une logique de
prélèvement sur la nature et qui la laissait intacte pour
les générations suivantes est passé à une
logique d'exploitation de la nature avec son aboutissement
inéluctable qui consistera à considérer l'humain
comme une matière première bonne à faire des
abat-jours, des engrais, du savon etc.. Dorcy Rugumba mettra en
scène à la fin des années 90 "L'instruction"
de
Peter Weiss, récit du génocide juif par une
équipe de rwandais. C'est la grande force de ce travail que de
dénoncer l'ethnicisme, le racisme, dans une pratique
théâtrale concrète et pas seulement de façon
verbale. La structure de "Bloody Niggers" relève de cette
problématique. L'ouverture se fait avec un écran sur
lequel on revoit pour la énième fois les Twin Towers
percutées par les avions détournés le 11 septembre
2001. Ensuite la première partie est consacrée à
un rappels de faits historiques et attestés qui des Croisades,
aux massacres de Sétif marque le chemin de sang et de feu de
l'Occident sur le corps des cultures qu'il anéantit dans son
expansion, dans sa croissance. La seconde partie dénonce les
responsabilités complices des Africains eux-mêmes dans la
perpétuation d'un système néocolonial. Le
propos est fort, puissant, plus théâtral dans le temps
deux que dans le temps un, ou la thématique du
réquisitoire prédomine. Il fait dire que
l'âpreté du discours, l'insoutenable violence des
faits rapportés se prêtaient mal à une
"mise-en-scène" et surtout pas à une illustration. Face
à l'horreur les mots suffisent, les gestes viennent à
manquer. L'intelligence de la mise en scène consiste
à avoir moduler ces deux temps sur deux registres expressifs en
parfait accord avec le texte. Toujours avec sobriété. Il
s'agit d'un théâtre politique qui jamais n'assujettit la
pratique artistique à un discours militant. Jacques
Delcuvellerie, poursuit avec systématisme son travail
d'expérimentation théâtrale. Il prend des risques,
dérange et c'est tant mieux. La scénographie, le travail
des lumières, la musique, les pauses dans le récit, la
place et le rôle de l'écran qui masque et qui projette,
participent à la création d'un théâtre total
dont on ne sort pas indemne.
Roland Sabra
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Pourquoi
cette
pièce, ici et maintenant ?
Pourquoi pas ? J’ai
souvent entendu dire que chaque public « a
droit » au théâtre qui lui correspond. Je me
suis toujours élevée contre ce cloisonnement
inepte .
En tant que metteur en
scène, je ressens le besoin de la mise en abîme, de
l’audace qu’impose le théâtre contemporain.
Peut-on éviter une
lecture biographique de la pièce, ce dont ne voulait pas Sarah
Kane?
4 :48 PSYCHOSE est une
écriture autobiographique. Le travail de mise en scène
consiste à universaliser la situation dans laquelle l’auteure se
met en scène elle-même ( Elle a d’ailleurs joué son
rôle jusqu’au bout). Mon travail consiste à rassembler les
indices qui conduisent à Sarah Kane, l’auteure, à travers
son texte ,et non pas au personnage qu’elle met en scène (ce
personnage étant elle-même). « Il ne faut pas
confondre le texte de S. Kane et sa vie »
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Théâtre Aimé
Césaire : Jandira Bauer monte
4.48 Psychose
de Sarah Kane

La
première pièce de Sarah Kane, Anéantis, fit
scandale; mais dans les années qui
précédèrent son suicide - elle mit fin à
ses jours en 1999 - on en vint à reconnaître en elle une
voix poétique brillante et tourmentée. Tous ceux qui
l'ont connue sont formels: il ne faut pas confondre son œuvre et sa
vie. Difficile pourtant d'éviter les parallèles.
Quand Mel Kenyon, lors de la
cérémonie d'hommage à Sarah Kane, s'est
levée pour faire un bref discours, les mots lui ont
manqué. Elle s'y est reprise à deux ou trois fois, avant
d'être vaincue par les larmes. Elle a finalement demandé
à la foule des amis et des proches, réunis au Royal Court
de Londres, d'écouter une chanson en l'honneur de Sarah. Kane
s'était suicidée seulement quelques mois auparavant, et
le sanglot d'une douleur encore à vif secoua le
théâtre tout entier. En un sens, You get whatyou give
des New Radicals - un appel passionné à sortir du
désespoir, à comprendre qu'il y a une raison de vivre -
était incroyablement inapproprié. Sarah avait fait
exactement le contraire - elle avait lâché l'affaire, elle
avait renoncé. Et pourtant cette chanson extatique - qui
réfute tout ce qu'il y a de triste, de cruel ou de merdique dans
la vie, qui affirme l'amour et le sens envers et contre tout -
était en quelque sorte parfaite.
La mort de Kane à 28 ans
fit les gros titres, tout comme l'avait fait sa première
pièce Anéantis. Les auteurs de
nécrologies parlèrent de la nature controversée de
son œuvre, allèrent chercher leur dictionnaire des synonymes, se
livrèrent, ainsi que les journalistes l'avaient toujours fait,
à l'inventaire lubrique des éléments du scandale -
fellation et masturbation, miction et défécation, viol et
pendaison, arrachage des yeux et cannibalisme. Ils citèrent
également « Le répugnant régal d'ordures
», titre infamant sous
lequel avait paru la critique de Jack Tinker dans le Daily Mail.
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 La 23e édition des Molières a vu la
réconciliation du théâtre classique, de
l'originalité et du théâtre populaire au cours
d'une cérémonie au Théâtre de Paris.
La XXIIIe
édition des Molières a vu dimanche
soir 26 avril la réconciliation du théâtre
classique, de l'originalité et du théâtre populaire
au cours d'une cérémonie rythmée par les
élans lyriques de Frédéric Mitterand
et les facéties de Laurent
Baffie avec la consécration de "Coriolan" de
Shakespeare. Comédiens, metteurs en scène, auteurs et
autres professionnels du spectacle vivant privé et public
étaient réunis pour une cérémonie qui a
débuté à 20h35 sur France 2 en
direct du Théâtre de Paris. La ministre de la Culture,
Christine Albanel, assistait à la cérémonie.
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Trames de Gerty Dambury
 Gerty Dambury, d’origine
guadeloupéenne et auteure de théâtre
déjà confirmée a mis en scène sa
dernière pièce, Trames, présentée
ces jours-ci au théâtre Aimé Césaire
à Fort-de-France.
Dans
un décor
réduit à peu de choses mais qui colle bien avec l’esprit
de la pièce, Firmine Richard, la mère, reçoit de
temps en temps la visite de Jalil Leclaire, son fils, tandis que
Martine Maximin endosse tour à tour plusieurs
« petits » rôles : servante de
scène, archétype de la femme antillaise, fille perdue au
grand cœur. La progression dramatique est plutôt bien
menée, nous comprenons peu à peu quelles raisons ont pu
conduire le fils vers sa déchéance présente. Bien
qu’astucieux et beau parleur, ayant même poursuivi des
études d’économie à l’université, il
n’arrive pas à sortir du cercle vicieux de la drogue, de la
misère et de l’oisiveté. Les rapports entre les deux
personnages principaux sont bien décrits dans toute leur
ambiguïté. Tous les deux ont bien du mal à faire
vivre l’amour qui est pourtant censé exister d’une
manière toute naturelle entre une mère et son fils.
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Le
Prophète et Monsieur de Pourceaugnac
A la question,
« qu’est-ce que le théâtre ? »,
on peut répondre en s’aidant de l’étymologie. En grec
« drama » signifie action. Le
théâtre est un genre hybride qui donne aussi bien à
entendre, à voir ou à ressentir ce que suggèrent
les acteurs par leur voix, leur corps, la scénographie par le
décor, l’éclairage et la musique, et la mise en
scène, par les choix personnels du metteur en scène. Le
théâtre est un art vivant qui fait appel à tous les
sens du spectateur. C’est pourquoi la représentation est une
véritable épreuve pour les acteurs qui sentent dès
le lever du rideau la réceptivité de la salle, son
frémissement ou son apathie. Le théâtre ne pardonne
pas ! Quoi de plus décevant que d’entendre des spectateurs
s’assoupir ou bien de voir la salle se vider après quelques
timides applaudissements ? Comment éviter cela ?
Molière pourrait répondre : « la grande
règle est de plaire ». Pour y arriver, il ne s’agit
pas seulement de satisfaire aux attentes du spectateur, mais
plutôt de le bousculer, de le surprendre et surtout de susciter
son attention. Le choix du texte entre pour une bonne part dans
l’éveil de l’intérêt du spectateur. Mais cela ne
suffit pas.
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Les 22è Rencontres théâtrales de
Fort-de-France
Nèg pa ka mô
Une pièce écrite et mise en scène
par Daniély Francisque, interprétée par la troupe
Mawon
Voir la grande salle de l’Atrium
complètement remplie pour une pièce de
théâtre ! Qui voudrait bouder son plaisir. Sans doute
le fait que ce spectacle ait été offert gratuitement
a-t-il contribué à son succès, mais si c’est
là la condition pour amener au théâtre de nouveaux
spectateurs, on ne le regrettera pas. Cela étant, les
spectateurs étaient-ils vraiment nouveaux ? Il est
difficile de l’affirmer car la pièce a pu attirer les
habitués des comédies créoles,
Bankoulélé ou autres.
Nèg pa ka
mô mêle en effet
assez agréablement des genres différents. Des
scènes de comédie pure, en créole, à des
scènes plus dramatiques souvent en français, des
évocations de la vie des noirs au temps de l’esclavage –
déportation, travaux des champs, etc. – sous forme de tableaux
chorégraphiés, enfin des scènes plus proches de
notre présent, comme celle de la veillée qui suit
l’exécution du nèg mawon. Le tout relié par le
récit du temps d’antan qu’une grand-mère adresse à
sa petite fille.
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Le
Horla de Nouméa : un Maupassant insolite à la Nouvelle
Calédonie
par Alvina Ruprecht
À Nouméa, le théâtre se joue
de jeudi à dimanche. Souvent les spectacles ne passent que
quatre soirées pour ensuite partir en tournée dans les
écoles ou dans les provinces du Nord et du Sud où les
lieux d’accueil peuvent être un grand espace vert, la cour d’une
maison, une salle de sport ou une salle de classe. L’Association
« le Chapitô », d’Anne Sophie Arzul, est
une exception car elle fait circuler les productions professionnelles
partout dans l’île sous un
énorme chapiteau de 400 places qu’elle fait installer dans un
lieu approprié (après avoir « fait la
coutume », échange rituel avec les chefs Kanak pour
légitimer le séjour sur leur terre). L’installation
même du chapiteau se fait grâce à une équipe
de monteurs dont les membres sont parfois de jeunes Kanak
attirés par ces spectacles de théâtre
itinérant de passage chez eux. Selon Mme Arzul, ces productions
du « Chapitô » permettent au public loin de
Nouméa de voir des œuvres mises en scènes dans les
mêmes conditions que celles des grandes salles de la capitale.
Tout ceci pour dire que la notion de
« théâtre » à la Nouvelle
Calédonie est complexe, très large et surtout toujours en
voie de redéfinition selon les publics, selon les apports
culturels des multiples communautés qui cohabitent dans
l’île, selon les possibilités matérielles des lieux
de création et selon les matières traitées par les
artistes.
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Entretien Vincent Baudriller
Pour
Vincent Baudriller, codirecteur du Festival d’Avignon depuis 2004, la
programmation internationale offre une traversée de territoires
artistiques très divers et permet de questionner, à
travers la confrontation des différences, la richesse de la
culture européenne.
Les artistes associés du festival
ont été majoritairement des personnalités
étrangères, sauf Frédéric Fisbach et
Valérie Dréville. Pourquoi une telle dimension
internationale '
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Le Prophète
de Khalil Gibran
Mise
en scène de
Francesco Agnello
avec
Michel Le Royer
de
la
Comédie Française
A l'Atrium de Fort-de-France
 Il y a des livres qui semblent
échapper à toute échelle de valeurs ; des livres
qui vivent, parlent et souvent nous enseignent ce que les sciences et
les doctrines traditionnelles ne savent pas, ne peuvent ou ne veulent
par voir.
Le Prophète de Khalil Gibran
est de ceux là.
Dès sa parution, en 1923, le
succès fut immédiat. Ce texte fait aujourd’hui partie des
grands classiques de la littérature mondiale. Il suscite encore,
de nos jours, l’intérêt de milliers de lecteurs.
Le mystère de ce succès n’est,
peut-être, pas si diffcile à percer : le message du livre
est universel, hors temps car il parle au cœur de nous tous.
Le message essentiel du prophète est
celui de la reconnaissance envers l’existence et vers les
mystèrieux mécanismes qui la régulent. Chacun de
nous ayant la capacité de cette compréhension,
au-delà de toute appartenance à une culture, une langue
ou une religion.
Lire la
suite et la revue de presse
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Les 22ème
Rencontres théâtrales de l'Atrium
L'ici et
l'ailleurs de l'Atrium
Guillaume Gallienne sur un
texte de Dario Fo :Saint-François, le divin jongleur
par Roland Sabra
 Les 22 ème Rencontres
théâtrales de Fort-de-France battent son plein.
Commencées au lendemain de la reprise générale du
travail dans l'ile elles ont atteint aujourd'hui leur rythme de
croisière : une quinzaine de manifestations en quatre semaines,
du 26 mars au 23 avril 2009. Le programme est un mélange de
théâtre amateur, innovation de cette année, avec du
théâtre professionnel, de théâtre
d'outre-Atlantique avec des productions locales. Toujours ce même
souci de métissage, d'allées et venues entre un ici et un
ailleurs, qui est semble-t-il la ligne directrice de Manuel
Césaire , qu'il s'agisse de théâtre, de musiques ou
de tout autre art de la scène. On ne peut que saluer ce souci
d'ouverture au monde, qui ne relève pas d'une simple posture
mais d'un engagement réel et d'une
politique concrète . Reste bien sûr la question du contenu
de la programmation. Sage comme toujours diront les uns, trop sage
diront les autres, mais tous se retrouveront sur la
qualité. L'ouverture s'est faite avec l'excellent travail de
Claude Mathieu qui mettait en scène Guillaume Gallienne sur un
texte de Dario Fo, Prix Nobel de littérature 1997, et qui
s'intitule Saint-François, le divin jongleur.
Librement inspiré de la vie du Saint d'Assise le texte est un
hommage à la liberté de penser, à l'insolence
nécessaire face aux pouvoirs institués qu'ils se nomment
église ou parti, encore que la distinction n'a que trop
souvent plus lieu d'être. Ce spectacle du
Studio-Théâtre de la Comédie-Française,
excusez du peu, est marqué du double sceau de son origine
: classicisme et professionnalisme. Néanmoins, la performance du
comédien qui tient, littéralement, la salle en haleine,
est telle qu'il ne manquait que les yé cric, yé crac pour
l'emmener définitivement sur des terres plus familières
que celles de l'Ombrie et plus proches de nous que celles des bords de
Seine. Le jeu est à la fois distancié, avec une
once d'ironie qui transperce dans la diction et grave par la critique
sociale qu'il laisse deviner plus qu'il n'assène. Fort
heureusement sinon on se serait lassé. Un travail très
corporel dans un espace nu et qui par conséquent ne pardonne
aucune faiblesse. Et de faiblesse il n'y eut pas! Le public
martiniquais qui s'était déplacé en petit nombre a
joui avec bonheur de ces instants magiques. Ceux qui ne sont pas venus
en sont bien punis.
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Danse.
«L’Orgie de la tolérance», nouveau spectacle
marquant de l’artiste flamand.
par Marie-Christine VERNAY

Tout commence avec une immense branlette collective coachée par
des gugusses pas très catholiques : des sortes de
collabos-maquisards, la carabine en bandoulière, qui comptent
les points. A qui jouira le premier ou la première, Viagra ou
pas : là où le sexe est devenu un sport, une performance,
un challenge. Le metteur en scène et chorégraphe belge
Jan Fabre ne s’est pas calmé. Tapageur, subversif, il s’en prend
ici à la société de consommation pour en
dénoncer la vulgarité, la cochonnerie, les tristes pitres
et moniteurs de sport. Jan Fabre le fait au premier degré,
frontalement, irrité par la marchandisation de tout ce qui tombe
entre les mains des profiteurs : le cul, Dieu, le plaisir, la
jouissance, le désir… Son Orgie de la tolérance est
une
énorme farce, une mascarade avec un seul mot d’ordre : fuck you.
Godemichés.
Pendant deux ans, il a travaillé à partir de dessins puis
d’improvisations avec neuf performers irrésistibles.
Ensemble, car il est évident qu’il s’agit d’une création
collective, ils ont exploré de nombreux thèmes comme la
course à l’orgasme, l’instrumentalisation du religieux, les
pratiques consuméristes, le sofa comme prolongement de la libido
ou encore le glissement du politique vers l’extrême droite. La
troupe rend aussi un hommage décalé aux
Monty Python, à leurs sketchs gaulois et délirants
des années 70. Et hormis quelques scènes un peu
faciles, comme la valse de la supérette, on rit franchement, des
autres et de soi-même.
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Culture et
Politique culturelle : quoi de neuf ?
par José Alpha
 Pourquoi n’existe-t-il pas une entreprise des
métiers de la scène et du spectacle vivant en
Martinique ? Une des nombreuses interrogations posées par
de nombreux Martiniquais qui ont l’audace d’imaginer la production
culturelle et artistique comme source de revenus et de
développement pour la Martinique mais aussi comme vecteur dans
le monde d’une culture insulaire caribéenne issue de notre
métissage.
Cette question pose
l’évident problème de la gestion des potentiels humains
et culturels martiniquais quand on mesure les efforts consentis depuis
plusieurs années par les collectivités aux nombreuses
aides aux projets d’actions et d’exploitations culturelles et
touristiques, à la formation des hommes et à la
validation des acquis, dont les objectifs sont bien de favoriser
l’économie culturelle et d’élever l’esprit critique
populaire à la compréhension de ses origines et de ses
potentiels existentiels.
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La politique
théâtrale à l’épreuve
par
Emmanuel Wallon
 Le 10 juillet 2003, «
la mort dans l’âme », comme le disaient les affiches et
calicots des protestataires, les directeurs Stéphane Lisner et
Bernard Faivre d’Arcier durent se résolurent à annoncer
l’annulation de leurs festivals respectifs d’Aix-en-Provence et
d’Avignon, que la fièvre de1968 avait perturbés mais
point empêchés. Mécontents des nouvelles
dispositions applicables à leur régime d’assurance
chômage, artistes et techniciens s’engageaient dans un mouvement
revendicatif d’une ampleur et d’une âpreté sans exemple
dans les annales. La signature du protocole du 26 juin 2003 venait de
mettre le monde du spectacle en émoi. Partout en France, des
gens de théâtre votèrent la grève lors
d’assemblées générales où la parole
rebondissait en tous sens. Voyant les manifestations de
l’été se saborder en chaîne, certains observateurs
étrangers ne purent cacher leur perplexité. Le pays de
« l’exception culturelle » entretient
décidément un rapport tourmenté avec son
théâtre.
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Les contenus
de la formation : comment apprendre à devenir acteur
Comment
apprendre
à devenir acteur ' Que doit-on enseigner '
Entre autres paramètres, technique, culture littéraire,
imprégnation et appropriation se combinent, pour préparer
l'apprenti comédien à se confronter au texte dans sa
réalité scénique, pour qu'il s'imprègne
véritablement du rôle, intérieurement. Un exercice
qui traduit l'affirmation d'une liberté au c'ur de multiples
contraintes. Un apprentissage qui se poursuit tout au long de la vie,
et nécessite un travail considérable.
Entretien avec Wajdi Mouawad
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l'entretien
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Le métier de comédien a
évolué au cours des siècles et répond
à des critères spécifiques selon les
époques. Abordant la question de la formation dans une
perspective historique, Odette Aslan, chercheuse au CNRS, et Julie
Sermon, dramaturge, explorent notamment la figure du personnage
théâtral contemporain en soulignant les changements
générés par les écritures contemporaines,
qui mettent en 'uvre une dramaturgie plus chorale que linéaire,
un jeu d'acteur centré sur le présent de
l'énonciation.
Odette Aslan : Vers un acteur
pluridisciplinaire plus créatif
Vers un acteur
pluridisciplinaire plus créatif
« En un
siècle, l'acteur est passé de l'emphase de la
déclamation à pleine voix à une diction plus
intime (?). Aujourd'hui, le théâtre n'hérite plus
des traditions théâtrales des aînés, mais du
cinéma et des nouvelles technologies, des lights shows ou du
sport », conclut l'essayiste Odette Aslan, dans
L'acteur au 20ème siècle*. Cette grande observatrice
de la scène théâtrale revient ici sur les
évolutions essentielles de la formation.
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Les
22ème Rencontres théâtrales de l'Atrium
A quoi
peut servir le théâtre ?
par
José ALPHA
 En
écoutant André Lucrèce, écrivain et
sociologue, le 31 mars dernier à l’Atrium de Fort de France en
ouverture des Rencontres théâtrales 2009 en Martinique,
sur « le Théâtre de Shakespeare et la
cérémonie de la violence », la question de
l’utilité de la représentation théâtrale
dans notre société, s’est imposée à deux
niveaux.
Le premier : comment expliquer la crise qui
maltraite depuis trop longtemps le théâtre public en
Martinique, comme ailleurs du reste ? Le second : quels ressorts
permettront à la théâtralisation du drame humain de
répondre au besoin de théâtre que la vie collective
produit à une densité si haute ?
A travers la rencontre exposée par le
conférencier entre la violence des situations, des intrigues et
des personnages dans le Théâtre de Shakespeare et la
« sauvagerie sociale que chaque société
tend le plus souvent à surmonter en se lançant le
défi dans des œuvres de civilisation comme le
théâtre », deux écrivains témoins
de leur époque, William Shakespeare et Antonin Arthaud,
séparés par plus de 3 siècles, mais disparus tous
deux à l’âge de 52 ans, ont en effet
raconté les actions des hommes et peint chacun à
leur manière, les mœurs de leurs époques respectives.
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Thomas Ostermeier a beau s'habiller
d'une façon urbaine et passe-partout, avec un sweat à
capuche, il s'impose immédiatement comme un chef. Quand il
marche dans les couloirs de la Schaubühne, le théâtre
qu'il dirige à Berlin, les plafonds semblent bas : 1,96 m, cela
fait de l'effet, surtout associé à une carrure imposante.
Mais le plus impressionnant, ce sont les yeux. Très grands,
très bleus, ils posent sur l'interlocuteur un regard qui ne
laisse rien passer. Comme au théâtre.
Les mises en
scène de Thomas Ostermeier sont guidées par une
intelligence froide et corrosive qui l'a propulsé au rang de
star en Europe. Un bel exemple en est donné avec John
Gabriel Borkman, d'Ibsen, présenté à Paris au
Théâtre de l'Odéon (du 2 au 11 avril). Soit un
banquier qui a ruiné ses clients en spéculant sur leur
argent. Une histoire d'aujourd'hui ? Non, elle date de 1894. Oui, elle
nous parle du monde tel que le voit Thomas Ostermeier, avec son bagage
d'Allemand tout juste entré dans la quarantaine.
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De la race en Amérique : Barack Obama à
Paris
Par Alvina Ruprecht
Un défi de taille :
mettre en scène un discours politique de Barak Obama, qui aborde
une question aussi délicate, aussi complexe et surtout aussi
tabou en France que celui de la question
« raciale ».
D’ailleurs le moment était bien choisi, il faut
le reconnaître. L’auteur et metteur en scène José
Pliya en tandem avec l’acteur Vincent Byrd le Sage ont
réalisé ce projet par suite d’un désir de faire
connaître à ceux qui ne connaissent pas l’anglais, ce
grand texte, au moment où son auteur s’apprête à
devenir le premier président noir des États-unis .
La réflexion d’Obama sur La Race ,
prononcée le 18 mars à Philadelphie, fait suite aux
critiques proférées contre lui lorsque le
révérend Wright de l’Église de la Trinité,
une force importante dans la formation spirituelle du jeune Obama,
semblait exprimer une haine non mitigée contre les Blancs, en
déclarant « que Dieu maudisse
l’Amérique ».
Les critiques fusaient contre Obama et
« son » père spirituel. Il fallait donc
mettre les choses au point.
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Nathaly Coualy et le One Woman stand up: un équilibre fragile
Par Alvina Ruprecht
 Oui, le titre de la pièce est le nom de la
comédienne - Nathaly Coualy- que nous avons vue pour la
première fois en Avignon « off » (2008) au
théâtre de la Chapelle du verbe incarné où
elle a joué la copine blonde du mari volage
(interprété par Philippe Calodat) dans Projection
Privée, sur un texte de Rémi de Vos mis en
scène par Greg Germain. Dans sa prestation récente,
Nathaly, redevenue semblable à elle-même (car elle n’est
pas blonde), nous fait un monoloque
« confession » qui vire vite au « stand
up » interactif, profitant ainsi d’une petite salle (60
places?) où la disposition salle-scène invite les
échanges intimes. Ce spectacle serait une version
retravaillée (avec Légitimus) d’un monologue
(intitulé Seule), présenté l’année
dernière. Cette fois-ci, l’idée était justement de
réduire les artifices d’un spectacle théâtral pour
créer l’illusion d’une rencontre entre un public qui tient lieu
de psychiatre, voire de psychanalyste, et la comédienne. En
effet, Mlle Coualy est à peine maquillée. Elle porte un
ensemble foncé discret, les cheveux coupés très
court, rien de remarquable dans la présentation. Elle a l’allure
belle, raffinée et même un peu timide. Quelques
accessoires dans l’espace de jeu : deux petites tables recouvertes
de livres nous portent à penser que ce sera peut-être une
discussion littéraire, ou du moins une rencontre spirituelle et
intelligente. La curiosité est piquée! . . Mais on va
être détrompé car ce n’est pas du tout ce qui nous
attend.
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La Voyageuse : un magnifique hommage théâtral à Maryse Condé
par Alvina Ruprecht
 Ce voyage
théâtral à travers les extraits de huit œuvres de
Maryse Condé, narré par l’écrivaine
« voyageuse » et guidé par la main du
metteur en scène Jean-Michel Martial, a eu sa première au
Ciné-théâtre Lamentin lors du Premier
congrès international des écrivains de la Caraïbe en
Guadeloupe.
Cette traversée scénique des multiples
personnages femmes venus de tous les lieux, toutes les classes
sociales, toutes les origines culturelles voire de divers moments
historiques, semblait symboliser le réseau de relations
constitutif de la Caraïbe évoqué lors du colloque.
Et surtout, cette pièce incarne le projet Théâtre
Caraïbe
– le Répertoire, une entreprise que
Jean-Michel Martial et son équipe de spécialistes sont en
train de réaliser, grâce à l’appui de la
Région Guadeloupe. Disons-le en passant, cette vision d’un
rassemblement des meilleurs écrits dramaturgiques
sélectionnés de l’ensemble de la production
théâtrale caribéenne (écrits qui seront
analysés, mis en scène, traduits en français et
publiés avec commentaires à l’appui), rentre tout
à fait dans l’esprit des conclusions énoncées par
les fondateurs de la nouvelle association des écrivains, mise en
place pendant le congrès en Guadeloupe. La
nécessité vitale d’un rapprochement entre les
écrivains et les artistes de la région ne fait plus de
doute et ce qui était déjà depuis très
longtemps une évidence parmi les créateurs les plus
perspicaces, est enfin pris en charge par les institutions de
l’état.
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Censure d’Etat
Mort au poison salutaire du théâtre
Convoi
militaire
français, à Madagascar, le 25 septembre 1947
(AFP).
Par Bruno Tackels
 Au mois de septembre, le metteur
en scène Thierry Bedard travaille à Madagascar, avec
l’écrivain Jean-Luc Raharimanana. Au Centre culturel
français de Tananarive, ils créent 47, un
spectacle important, présenté quelques jours plus tard
dans le cadre du dynamique Festival des Francophonies de Limoges.
L’enjeu est de ranimer la mémoire douloureuse de l’insurrection
malgache contre la colonisation française, en 1947, atrocement
réprimée dans le sang. Sur un mode très simple,
deux acteurs (un malgache et un français), comme une
veillée des morts, les mots réveillent ce terrible moment
de l’histoire de France, qui n’a aucune existence collective
dans notre Histoire de France. Lors de sa création à
Madagascar, devant un public essentiellement malgache, le spectacle a
suscité de nombreuses réactions, affectives, humaines,
citoyennes, politiques. Là, on se dit que le
théâtre tape juste, qu’il répond à sa
mission profonde, qu’il a encore de beaux jours devant lui.
A
Limoges, il se disait déjà que les choses n’avaient pas
été simples, lors de la création de 47.
Que des pressions avaient été exercées pour ne pas
réveiller de mauvais souvenirs : pas le moment, pas comme
ça. La realpolitik, toujours. Et puis voilà que
la bombe éclate. La force du spectacle appelle naturellement de
le faire tourner dans l’ensemble de la zone de l’Océan indien.
Il est proposé à la diffusion dans les Centres culturels
français de la région. Début novembre,
« 47 » est retiré des propositions de
programmation.
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Théâtre
pour tous
Salle
Aimé Césaire Lycée Shoelcher
1- Le premier mercredi de
chaque mois , à 16h30 précises, un temps de
réflexion sera consacré aux ateliers de pratique
artistique théâtre. Les collègues ( des ateliers
théâtre) pourront échanger sur les
différents aspects de leur travail partenarial, l'avancée
du projet, les difficultés rencontrées, les solutions
à mettre en œuvre, etc...
Ensuite, ils pourront assister
à la projection sur grand écran du DVD d'une pièce
de théâtre, choisie parmi les 40 œuvres filmées
dont dispose l'ADAPACS. La projection sera suivie d'une discussion. Le
but est de proposer des mises en scènes particulièrement
intéressantes, et d'enrichir notre culture
théâtrale en confrontant nos opinions.
-2- Les autres
mercredis, seront consacrés au jeu théâtral
sous toutes ses formes, depuis la gamme infiniment riches des exercices
dits d' "échauffement" qui portent en germe le geste
théâtral, jusqu'au travail sur les situations, sur les
personnages, sur les textes que nous aurons décidé
d'approcher. Les objectifs pourront ne pas être les mêmes
pour tous: lecture, mise en espace, mise en scène. Tout
dépendra du nombre des présents, des choix qui seront
faits et de la motivation du groupe.
Rendez-vous, donc, mercredi
prochain, 17 décembre 2008 à 16h 20, précises,
pour que, passé le moment convivial où on se dit
" bonjour-comment-ça-va", nous puissions commencer à
l'heure. N'oubliez pas de porter ou d'apporter une tenue pratique et
souple.
D'ici là, pensez
à ce que vous avez envie de faire, apportez des textes, des
idées et des rêves, c'est de tout cela que le
théâtre d'aujourd'hui se nourrit, et c'est bon pour la
santé.
Michel Dural, Président
de l'ADAPACS
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Théâtre
Par Marius Gottin
José
Exélis a le nez fin, ou creux. Peut être
les deux, j’ai oublié la différence. Vous me direz: c’est
son côté artiste, d’aucun diraient handicapé, vous
savez lorsque certains, souffrant par ailleurs de manques,
développent des facultés particulières qui font
qu’ils ressentent les choses différemment et c’est ce ressenti
particulier qui explique la vision du monde qu’ils nous restituent en
tant qu’artiste.
Il y a de cela
plus d’un mois, l'intéressé m’appelle et m’annonce qu’il
a pensé à moi pour introduire un débat tournant
autour du thème : Théâtre & politique…et
me revient cette déclaration de l’ancien président du
parlement international des écrivains, l’américain Russel
Banks: « la fonction de l’écrivain est de faire en
sorte que nul ne puisse ignorer le monde et que nul ne puisse s’en dire
innocent »
Ah bon, cela
veut dire qu’à un moment ou à un autre, il faut dire les
choses, les nommer, les mettre sur la table ? Sur les questions
qui agitent le théâtre (et notre société
martiniquaise empêtrée dans des questions identitaires)
cela fait déjà trois ans au moins que ces questions
tarabustent l’auteur, le metteur en scène, le comédien
José Exélis; et qu’il nous invite, cette
année encore, à y réfléchir, à la
mise en relation, mise en perspective de deux mots recouvrant deux
activités dissemblables mais rien n’est moins sûr,
« théâtre et politique ».
S’il est une
chose que j’éclaircirai d’emblée, c’est bien cette notion
de politique qu’il nous faut prendre au sens premier de la polis
des Grecs (reposant, pour faire court, sur l’organisation collective et
la communauté de biens des citoyens dans la cité), si
loin de ce qui est de nos jours généralement
appréhendé comme la seule relation pas toujours nette
d’un électeur avec le Pouvoir et les institutions qui
l’incarnent, tout le monde prétendant œuvrer pour le bonheur du
plus grand nombre.
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Au
Japon, les robots font du théâtre
Le
théâtre entre dans l'ère de la robotique. Mardi 25
novembre, à l'université d'Osaka, dans l'ouest du Japon,
la presse a pu assister à la première pièce
jouée par un humain, la comédienne Minako Inoue, et un
robot humanoïde, Momoko, conçu par la société
Mitsubishi.
Cette pièce expérimentale de
vingt minutes a été écrite et mise en scène
par Oriza Hirata, une figure de l'avant-garde japonaise. Né en
1962, Oriza Hirata vit et travaille à Tokyo, où il fait
du théâtre dans sa maison d'enfance. C'est un personnage
et un dramaturge important. A 16 ans, il a parcouru seul et à
bicyclette quelque 20 000 kilomètres à travers l'Europe.
Puis il a étudié, à Tokyo et en Corée,
avant de créer sa compagnie, en 1988. Depuis, il a écrit
une vingtaine de pièces, dont certaines font le tour du monde,
en passant par la France, où son théâtre est
régulièrement joué depuis 2000. Oriza Hirata est
venu en personne présenter Tokyo Notes au
Théâtre de Gennevilliers et à l'invitation du
Festival d'automne.
Sa pièce expérimentale d'Osaka,
qui pour l'instant n'a pas de nom, pourrait faire l'objet de
représentations publiques en 2009. On ne sait pas encore
exactement quand, mais ce jour-là devrait marquer l'histoire de
l'art dramatique.
Article paru dans l'édition du
28.11.08 Le Monde
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Journée
Internationale du Théâtre-Education : 27
Novembre 2008
En tant que
Président d’IDEA, j’ai l’honneur de déclarer le 27
novembre Journée Internationale de l’Education Artistique en
Théâtre. Nous avons désormais une date
spécifique pour célébrer notre riche et
singulière contribution au projet global de développement
de l’éducation des hommes, des droits de l’homme et de la paix
pour tous, et tout particulièrement pour les jeunes, les enfants
et les exclus menacés par la violence.
Ce n’est pas, bien sûr, la meilleure période pour une
célébration. Toutes les générations et tous
les continents prennent douloureusement conscience du
réchauffement de la planète, des nombreuses
inégalités sociales, de la violence, de la
pauvreté et du SIDA qui touchent nos vies personnelles et
menacent notre avenir. Chaque professeur de théâtre,
chaque élève, artiste de théâtre et
communauté semble placer au cœur de son activité
artistique quotidienne la question de la déshumanisation
croissante et du désespoir des jeunes soumis aux pressions
insoutenables de la compétition mondiale. Et depuis le 11
septembre, des crises financières quotidiennes menacent de
transformer vos maisons, écoles et lieux de travail en un
atelier global du désespoir ou en un théâtre du
déni.
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Un Marmonneur Providentiel.?
Je suis un gueuleur …
par Christian Antourel
Aimé
Césaire a mis de la dynamite dans le cœur de celui qui
l’écoute, du piment comme amour, sur la blessure qui s’ajoute …
« Il faut
rêver, il faut agir »
- Tout est dit, le
voyage de l’homme noir vers la lumière. Dire le venin et cracher
la hargne, toute la rage de l’imprécateur,
mais « passeur »de rêve. Le
poète a capté dans l’espace d’extraordinaires
messages… « pleins de poignards de nuits, de
gémissements ; une vaste improvisation de tornades, de
coups de soleil… » Reste maintenant la façon
d’écrire la manière de restituer
limpide « tout le sang dans sa mémoire … homme
seul emprisonné de blanc.
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Un marmonneur providentiel?
Je suis un Gueuleur
de
Hervé Deluge
On connait bien
Hervé Deluge . Il a travaillé ces derniers temps
sous la direction de Lucette Salibur. Les résultats
étaient inégaux, avec une question lancinante : qui du
comédien ou du metteur en scène devait payer la facture?
Le spectacle proposé les 20 et 21 novembre 2008 à
l'Atrium donne une réponse en forme de pirouette. Hervé
Deluge se met en scène lui-même. Avec un coup de main de
Rudy Sylaire il est vrai. Le matériau central d"Un marmonneur
providentiel" est tiré de "Cahier d'un retour au pays natal",
"Et les chiens se taisaient" et aussi d'autres textes
césairiens. Hervé Deluge connait son Césaire. Une
des qualités de ce travail, il en a plusieurs, est de mettre en
évidence une force d'interprétation du verbe du
poète qui le porte à une telle incandescence que la forme
se consume ne laissant subsister que le trait acéré
qu'elle enveloppait. Hervé Deluge a fait une vraie lecture
des textes de Césaire, en se les appropriant de façon
charnelle, en leur faisant l'amour, et nous les restituant,
transformés par la seule magie du dire, en une langue presque
naturelle. Et ce n'est que par moments fugaces, au détour d'un
vers trop connu, quand la brillance de la forme fait écran, que
le spectateur se souvient et se dit :"Mais c'est du Césaire!"
Comme
s'il pouvait en être autrement! Hervé Deluge
incarne, donne corps à des textes, trop souvent cantonnés
par le lecteur dans le nimbe doré de l'art poétique. Il
donne aussi de son corps avec une belle occupation du plateau,
même si l'épisode de la roue qui ouvre le spectacle a
semblé un peu long. Avec peu de moyens, des objets
scéniques en petit nombre (une roue pour l'essentiel), mais
innovateurs pour la Martinique, et une utilisation parcimonieuse,
assujettie au propos qu'elle accompagne, la scénographie de
Valéry Pétris et Dominique Guesdon, qui est
aussi aux lumières, est une vraie réussite. Les images
vidéo, par contrecoup, , notamment celles de coraux
balancés par la mer, paraissent beaucoup plus banales.
Mais la première
qualité de ce travail est peut-être d'avoir réussi
à fédérer autour de lui, sous la forme de concours
vocaux à une bande son, les apports d'une dizaine de
comédiens et metteurs en scène martiniquais. Ce qui n'est
pas rien! Les raccords du comédien avec la bande sonore
manquaient parfois de répétition, de pratique.
On regrettera la
frilosité de la programmation de l'Atrium qui a limité
à deux représentations un spectacle qui méritait
bien plus. L'audace et la prise de risques en matière
théâtrale martiniquaise sont des denrées rares.
R.S.
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Lettres à l'humanité
de José Pliya

L’évidente
théâtralité des textes épistolaires explose
ici encore dans un spectacle puissant, poignant que défendent
trois comédiens brillants. Un état des lieux du monde
contemporain qui puise son authenticité dans la triste
vérité de l’Histoire.
Une
blague juive ouvre le bal. Jean-Pierre Becker, sans chercher à
emphatiser avec des accents et tics ethniques, s’avère un
excellent conteur. Difficile d’en attendre moins d’un comédien
qui réunit une carrière qui navigue entre Shakespeare,
Tchekhov, Blier et Rivette. Cette blague un peu potache ne donnera pas
le « la », bien au contraire. En parfait contrepoint
à ce qui suit, elle annonce ce qui ne viendra pas.
En lieu
et place aux attentes induites par cet étrange prologue, une
série de textes prodigieusement écrits, ciselés,
travaillés, peaufinés. Des lettres plus exactement. Des
courriers adressés essentiellement aux « grands » de
ce monde : Hitler, Ben Gourion, Pétain, De Gaulle,
Schwarzenegger (le gouverneur, bien sûr). Ces lettres n’ont pas
toujours pour dessein une requête. Elles se contentent parfois de
relater des faits, anecdotes dont les locataires des hautes
sphères du pouvoir n’ont pas plus cure que conscience de leur
dimension parfois tragique.
Lire
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Un
marmonneur
providentiel?
Je suis un Gueuleur
de
Hervé Deluge
On connait bien Hervé Deluge . Il
a travaillé ces derniers temps sous la direction de
Lucette Salibur. Les résultats étaient inégaux,
avec une question lancinante : qui du comédien ou du metteur en
scène devait payer la facture? Le spectacle proposé les
20 et 21 novembre 2008 à l'Atrium donne une réponse en
forme de pirouette. Hervé Deluge se met en scène
lui-même. Avec un coup de main de Rudy Sylaire il est vrai. Le
matériau central d"Un marmonneur providentiel" est tiré
de "Cahier d'un retour au pays natal", "Et les chiens se
taisaient" et aussi d'autres textes césairiens. Hervé
Deluge connait son Césaire. Une des qualités de ce
travail, il en a plusieurs, est de mettre en évidence une force
d'interprétation du verbe du poète qui le porte à
une telle incandescence que la forme se consume ne laissant subsister
que le trait acéré qu'elle enveloppait. Hervé
Deluge a fait une vraie lecture des textes de Césaire, en
se les appropriant de façon charnelle, en leur faisant l'amour,
et nous les restituant, transformés par la seule magie du dire,
en une langue presque naturelle. Et ce n'est que par moments fugaces,
au détour d'un vers trop connu, quand la brillance de la forme
fait écran, que le spectateur se souvient et se dit :"Mais
c'est du Césaire!" Comme s'il pouvait en être
autrement! Hervé Deluge incarne, donne corps à des
textes, trop souvent cantonnés par le lecteur dans le nimbe
doré de l'art poétique. Il donne aussi de son corps avec
une belle occupation du plateau, même si l'épisode de la
roue qui ouvre le spectacle a semblé un peu long. Avec peu de
moyens, des objets scéniques en petit nombre (une roue pour
l'essentiel), mais innovateurs pour la Martinique, et une utilisation
parcimonieuse, assujettie au propos qu'elle accompagne, la
scénographie de Valéry Pétris et
Dominique Guesdon, qui est aussi aux lumières, est une vraie
réussite. Les images vidéo, par contrecoup, , notamment
celles de coraux balancés par la mer, paraissent beaucoup plus
banales.
Mais la première qualité de ce
travail est peut-être d'avoir réussi à
fédérer autour de lui, sous la forme de concours vocaux
à une bande son, les apports d'une dizaine de comédiens
et metteurs en scène martiniquais. Ce qui n'est pas rien! Les
raccords du comédien avec la bande sonore manquaient parfois de
répétition, de pratique.
On regrettera la frilosité de la
programmation de l'Atrium qui a limité à deux
représentations un spectacle qui méritait bien plus.
L'audace et la prise de risques en matière
théâtrale martiniquaise sont des denrées rares.
R.S.
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L'entretien de M. Descartes avec M. Pascal le Jeune
de Jean Claude
Brisville
THEATRE
DE
FORT-DE -France, les 29, 30 et 31 octobre
par Laurence Aurry
 Entre Descartes, le citoyen du
monde et Pascal, le farouche janséniste, la rencontre semble
impossible : d'un côté, le philosophe rationnel qui
parcourt l'Europe; de l'autre, le mathématicien sceptique,
dominé par la foi qui recherchera la solitude et la retraite
à Port-Royal. L'idée géniale du metteur en
scène est d'avoir su imaginer, à partir d'une entrevue
qui a eu lieu à huis clos, le 24 septembre 1647, dans le couvent
des Minimes, l'échange de ces monstres sacrés du
XVIIè siècle.
L'habileté
de l'entretien imaginé par Jean-Claude
Brisville réside dans son agencement qui ne s'apparente pas
à un simple montage d'éléments biographiques,
envisagés arbitrairement d'une manière chronologique.
L'adaptation a su partir des attentes supposées des deux
philosophes à cette période, saisis chacun à un
tournant de leur vie. Pour Descartes, prêt à entreprendre
son dernier voyage en Suède, il s'agit de poursuivre et
d'approfondir les recherches scientifiques et philosophiques qui
permettent de mieux comprendre son univers. Il voit dans le jeune et
brillant Pascal un possible successeur et il espère qu'il se
nourrira de ses recherches. Peut-être sont-ce ses théories
de "l'arbre de la science" ou ses Principes de la philosophie
qu'il lui demande d'examiner. Mais, le jeune mathématicien, qui
vient d'avoir la révélation de la foi, a d'autres
attentes. Il tend à se détourner de la science qu'il juge
vaine et dangereuse. Il y voit de l'orgueil, de la vanité. Tout
entier habité de l'angoisse métaphysique, il ne pense
qu'à la question du Salut et de la Grâce,
préoccupation centrale qui sera développée plus
tard dans les Lettres à un provincial où il
prendra avec ardeur la défense de la cause janséniste.
Dans cet entretien, il espère une aide de Descartes pour faire
libérer son ami, Antoine Arnauld, emprisonné et
accusé d'hérésie. Il s'agit donc de faire vivre
sur scène le conflit de ces deux éminents philosophes.
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Un Opéra créé
par le Théâtre Vollard au Théâtre Jean-Vilar
de Vitry.
Maraina.
L’aventure des premiers Réunionnais

Maraina, nous transporte dans les sillages d’un Giancarlo Menotti atonal, d’un
théâtre lyrique de George Gershwin aux rythmes de jazz, et
des créations visuelles et multimédia postmodernes de Bob
Wilson assorties des accès mélodramatiques et des
conventions bien ancrées dans la tradition d’opéra
léger. Ajoutons les danses et les chants d’inspiration malgache
dont les traditions ont profondément marqué l’île
de la Réunion et le résultat est une création qui
étonne et bouleverse.
Une des grandes qualités de ce spectacle est
justement le fait qu’il nous apprend beaucoup sur l’histoire de la
Réunion, comme l’ont fait d’ailleurs, presque toutes les oeuvres
scéniques d’Emmanuel Genvrin, dont les textes sont
publiés à la Réunion mais qui restent peu connues
en Europe.
Toutefois, ce spectacle est aussi un magnifique voyage
artistique grâce à l’immense talent de toute
l’équipe : l’auteur du livret et metteur en scène
Emmanuel Genvrin (fondateur de la troupe Vollard), le compositeur et
chef d’orchestre Jean-Luc Trulès, le scénographe
Hervé Mazelin, les solistes de premier ordre et des danseurs et
membres du chœur venus de la Guadeloupe, de la Martinique, de Tahiti,
de la Réunion, de Madagascar et du Val de Marne. Créé à la
Réunion en 2005, Maraina faisait salle comble ce dimanche
après-midi d’octobre 2008, au théâtre Jean-Vilar
à Vitry.
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Marie Stuart,
fable sur le pouvoir de Friedrich Schiller

Théâtre de Fort-de-France les 7,8,9,10,11
octobre à 19h30
Par
Laurence Aurry
Choisir
un
drame romantique historique comme Marie Stuart aujourd'hui où
le théâtre se fait de moins en moins politique et
où la politique se donne de plus en plus en spectacle,
relève de la gageure. Comment intéresser les spectateurs
contemporains à un conflit qui peut leur paraître si
lointain ? Comment rendre la force et le souffle du grand dramaturge
allemand, Schiller ? Comment traduire à travers la
rivalité de ces figures féminines héroïques,
Marie Stuart et Élisabeth 1ère, les enjeux
idéologiques, moraux et religieux qui traversèrent le
XVIè siècle, en proie aux guerres de religion, et le
XVIIIè siècle, avide de libertés ?
La
tentative est louable. Le choix des costumes et la
scénographie témoignent d'une recherche
intéressante. La couleur des vêtements, le rouge, le
mauve, le gris, symbolise assez bien la passion ou
l'austérité selon qu'il s'agit de la séduisante
Marie Stuart, de la digne Élisabeth ou des sombres lords, juges
de Marie Stuart. Les lignes droites des costumes masculins renforcent
le caractère martial de leur personnage. La scène,
recouverte de sable, suggère grâce à un effet
visuel et sonore, une plage ou une arène où s'affrontent
les personnages.
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"Marie Stuart"
par Roland Sabra
 Assis en fond de scène du début
à la fin du spectacle, ils attendent leur tour pour venir dans
la lumière sur le devant du plateau. Peut-être figurent
ils aussi, par leur présence immobile le rôle des
conseillers de l'ombre? Avant de prendre la parole le plus souvent ils
contournent le cercle de feu dessiné sur le sable de la
scène, se tenant à la lisière du jour et de la
nuit. Seules les deux reines occupent plus systématiquement le
centre de l'espace. Les comédiens se font souvent
récitants comme pour mieux s'effacer derrière le texte.
Il s'agit là d'un théâtre minimaliste dans sa
figuration et d'une exigence affirmée dans sa conception, d'une
grande épure qui use de sobriété pour faire valoir
un texte dont la traduction retenue est la plus classique.
L'atemporalité de la thématique abordée dans la
pièce relève d'un affrontement éternel, celui qui
oppose principe de plaisir et principe de réalité. La
mise en scène valorise la soumission douloureuse de Elisabeth
1ère aux impératifs qui sont ceux de sa charge.
Elle sacrifie sa vie de femme, demeurant une "reine vierge" en
n'acceptant dans son lit que la raison d'Etat. Face à elle Marie
Stuart tente un compromis impossible, ou plutôt cède
à ses passions, celles de son chemin de croix. Mais au
delà de ce qui les oppose, les deux reines partagent une
même condition, celle de femmes de pouvoir dans une
société qui ne laisse que très peu de place aux
femmes. Plus précisément le texte n'élude pas la
question des rapports de domination hommes/femmes et souligne
l'incompatibilité absolue qu'il peut y avoir, pour l'une et
l'autre, sur des registres tout à fait opposés, l'une
épousant ses amants pour son malheur, l'autre épousant
son malheur au détriment de ses amants, à vouloir
concilier femme-maitresse et maitresse-femme dans une
société patriarcale.
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Le Complexe de Thénardier
Texte :
José Pliya
Mise
en scène : Denis Marleau
Quand
l’ombre
des ailes du vampire s’abat au fond des âmes
Par
Sylvie Chalaye
Dialogue improbable entre une servante et sa
maîtresse, une fille placée et sa tutrice, une
Vidomégon et sa tatie, entre une fille adoptive et sa
mère, entre la rescapée d’un génocide et celle qui
lui a sauvé la vie, entre une force d’avenir et un attachement
au passé… Le complexe de Thénardier est une
pièce du dramaturge franco-béninois José Pliya
(aujourd’hui caribéen d’adoption puisqu’il dirige la
Scène Nationale de l’Artchipel à la Guadeloupe) que vient
de monter le canadien Denis Marleau. Mais c’est sur le vieux continent,
à Limoges, dans le cadre du 25e Festival des
Francophonies en Limousin, en septembre dernier que la création
du metteur en scène québécois a vu le jour. Au
delà de la situation dramatique première qui pourrait
convoquer une nouvelle variation sur le rapport hégélien
entre maître et esclave, la maîtresse ne voulant pas
laisser partir l’esclave qui demande son affranchissement, il y a une
portée métaphorique qui prend toute sa valeur dans la
perspective transatlantique qui accompagne cette création.
Tandis que dans la tête de la jeune Vido qui demande à
partir, poussent des rêves de ciel et de grands espaces, comme
celui du « soldat aux cheveux bleus qui sent bon le
Dakota », la tête de Madame, qui refuse de la
laisser s’en aller, est au contraire encombrée de souvenirs
sombres à l’obscurité inarticulable. Tout se passe un peu
comme si le nouveau monde affrontait la vieille Europe en une tentative
de se détacher par une inexorable dérive historique de
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TEXACO,
à l’Atrium
Par
Laurence
Aurry
 Certes, quand on lit Texaco,
le
roman de Patrick Chamoiseau, récompensé du Prix
Goncourt en 1992, et qu'on imagine une adaptation
théâtrale de cette œuvre, on pense spontanément,
pour représenter les personnages haut en couleur de la vieille
câpresse, Marie-Sophie Laborieux ou de son père, le
"nègre-chien" affranchi, Esternome, à des acteurs
antillais talentueux comme Aurélie Dalmat ou Jacques Martial,
par exemple. Et lorsqu'on découvre la scène avec ce jeune
comédien fluet, Jean-Stéphane Souchaud, plus blanc qu'un
mabouya, on reste circonspect. Il semblait si logique et naturel de la
voir jouer par des acteurs qui portent encore en eux l'empreinte
indélibile du lourd passé de l'esclavage.
Il soufflait donc,
vendredi 26 septembre, dans la salle Frantz Fanon, un vent de
scepticisme assez perceptible que l'accent plat de Jean-Stéphane
Souchaud attisait.
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ATRIUM les 26
& 27/09/08 à 20 h
« Texaco » par La Nuit Venue
 En adaptant « Texaco », roman
de Patrick Chamoiseau, Jean-Stéphane Souchaud de la
compagnie La Nuit venue n'a pas choisi la facilité. Roman foule
partiellement écrit en créole, le prix Goncourt 1992
couvre trois générations martiniquaises par la voix de
Marie-Sophie Laborieux, petite fille du dernier esclave. Les
difficultés sont nombreuses (langage, multiplicité des
tableaux, contexte), aussi le comédien s'est fait aider par
Dominique Unternehr pour l'adaptation et par Gilles Lefeuvre pour (a
mise en scène. Le résultat est probant, étonnant
parfois. L'élasticité de Souchaud semble sans limite.
Noir, blanc, homme, femme, jeune, vieux, sage, fou, esclave,
maître, il y a quelque chose du music-hall dans la manière
qu'il a de coiffer un chapeau pour changer de rôle sous les
portraits de de Gaulle et d'Aimé Césaire
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Quelques brèves d’Avignon
par Laurence Aurry
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NOTES D’AVIGNON 2008 de Alvina Ruprecht
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Le Théâtre
de l'Athénée-Louis-Jouvet, à Paris. AGATHE
POUPENEY/FEDEPHOTO
Laetitia Casta,
Jacques Vergès, Raymond Depardon et Marcel Pagnol : une
sélection de spectacles
Michel Bouquet donne le coup d'envoi de la
rentrée, à Paris, avec Le Malade imaginaire, de
Molière, qu'il joue à la Porte-Saint-Martin à
partir du 5 septembre. C'est l'une des têtes d'affiche du
théâtre privé, qui aligne une jolie brochette de
noms connus.
Au rang des actrices que Jean-Claude Brialy
appelait " Mademoiselle ", il y a Laetitia Casta, dans Elle t'attend,
la
nouvelle pièce de Florian Zeller (Madeleine, à partir
du 9 septembre), et Clotilde Courau, qui rejoint Pierre Arditi dans Faisons
un
rêve, la pièce de Sacha Guitry mise en scène
par Bernard Murat, qui a fait une audience record (5,4 millions de
spectateurs) lors de sa diffusion sur France 2, le 3 novembre 2007
(Edouard-VII, à partir du 9 septembre).
Myriam Boyer, elle, retrouve La Vie
devant soi, adaptée du roman d'Emile Ajar, qui lui a valu le
Molière de la meilleure comédienne (L'Œuvre, à
partir du 9 septembre). Quant à Zabou Breitman, elle se lance
dans un pari intéressant : porter à la scène, sous
le titre Des gens, deux documentaires de Raymond
Depardon, Urgences et Faits divers (Petit-Montparnasse,
à partir du 12 septembre).
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Aperçus
du
Festival de Fort-de-France
par
Selim Lander
L’étrangère
Habitué
à
louer
la programmation du Théâtre de Fort-de-France,
nous avons été d’autant plus
désagréablement
surpris par le choix de cette Etrangère. On comprend
qu’une intrigue qui mêle les fameux (ou fameuses)
« touloulous » guyanais au culte Vaudou et aux
racines africaines des noirs des Amériques puisse avoir a
priori une certaine résonnance auprès du public
martiniquais. Mais cela constitue-t-il un argument suffisant pour
faire venir une pièce qui – au moins dans la mise en
scène qui nous a été proposée – ne
parvient jamais à créer l’émotion (ou a
défaut le simple plaisir) qu’on attend du
théâtre ?
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Luc Bondy dévoile " Les Bonnes "
 Beaucoup en rêvent, Luc Bondy va le
faire : mettre en scène Cate Blanchett au théâtre. Au printemps 2007,
l'actrice australienne est venue à Vienne avec son mari, Andrew
Upton, qui codirige avec elle un théâtre à Sydney.
Ils voulaient voir Le Roi Lear, de Shakespeare, mis en
scène par Luc Bondy, dont Andrew Upton connaissait le travail :
il avait déjà vu Hercules, l'opéra de
Haendel, à New York, et Cruel and Tender, la
pièce de Martin Crimp, à Londres.
Cate Blanchett, elle,
allait à la découverte. Après la
représentation du Roi Lear, elle a demandé
à Luc Bondy de la diriger dans Grand et petit, de Botho
Strauss. Cela se fera en 2010. La création aura lieu en mars
à Sydney. Ensuite, le spectacle ira à Londres un mois,
puis à Vienne dans le cadre du WienerFestwochen, le Festival que
dirige Luc Bondy, puis en Allemagne, à la Ruhr Triennal. En
tout, Grand et petit devrait être joué
soixante-dix fois.
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Festival de Trinité
Les monologues du vagin
mise en scène Jacques-Olivier
Ensfelder

En
clôture du festival de Théâtre Amateur de
Trinité Jacques-Olivier Ensfelder présentait les
désormais célèbres " Monologues du vagin".
Jacques-Olivier
Ensfelder est un ancien élève de
l’école supérieure d’art dramatique de paris, il a
joué dans de nombreuses pièces de théâtre
à la télévision et au cinéma. Prix du
meilleur acteur au festival caribéen du court métrage, et
prix du scénario d’outre mer organisée par RFO aux
festivals de Cannes, il s’adonne à l’écriture et a
publié deux recueils de poèmes aux éditions
Librairie Galerie Racine. Il est aussi intervenant en milieu scolaire
agrée DRAC et Education Nationale, et professeur d’art
dramatique. Un homme du métier en quelque sorte. La pièce
de Eve Ensler a beau avoir fait le tour du monde,
été jouée des milliers de fois, mise en
scène pas loin d'une centaine de foi, elle garde une charge
corrosive absolument délicieuse. Ensfelder a choisi de
représenter sur scène le bureau de l'auteure, dans lequel
vont défiler les femmes venues témoigner des rapports
qu'elles ont avec leur sexe, leur vulve, leur vagin, etc. ( la liste et
longue et c'est d'ailleurs l'objet d'une saynète très
drôle) de ce qu'elles en font, de ce qu'elles attendent que
les autres, hommes ou femmes, en fassent, et d'un façon plus
générale de la considération due à cette
partie de leur anatomie.
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Festival 2008 de Trinité
Quand
on aime (le théâtre), on a toujours 20ans
 Un des bonheur de chroniqueur de
théâtre est de faire une découverte. Un soir comme
ça, vous prenez votre voiture pour affronter les embouteillages,
les chauffards, la pluie, la route glissante et la nuit tombante. Une
heure pour faire moins de 30 kilomètres, en conduisant vous
pensez non pas à la mort de Ivan Illitch mais à Ivan
Illich le sociologue écologiste qui avançait que si l'on
additionnait au temps passé dans nos bagnoles le temps de
travail nécessaire à leur achat et à leur
entretien pour diviser la distance parcourue, la vitesse obtenue serait
telle qu'on achèterait tous des vélos. Bref, vous
êtes un peu morose en allant au Festival de théâtre
amateur de Trinité. Vous avez beau être ravi de
l'initiative, vous déplorez l'absence quasi totale de
communication autour de l'évènement et pour clore le tout
vous vous dites que vraiment la municipalité aurait pu investir
un minimum dans l'amélioration de la salle et qu'il s'agit
là de la part des édiles d'une opération low
coast. Et comme il se doit, le spectacle commence avec une bonne
demi-heure de retard sur l'horaire prévu. Et vous voyez arriver
sur scène, une troupe de seniors, de troisième âge
qui pendant une heure trente va vous emporter dans une histoire dont
l'argument est d'une banalité désarmante mais dont le
récit est d'une toute autre facture.
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De
la
nécessiter d'organiser et de promouvoir le
théâtre amateur en Martinique
Le théâtre
amateur en Martinique est bien vivace. Michèle Césaire
vient de proposer au Théâtre de Foyal les Premières
rencontres du Théâtre Amateur, en mai 2008, suivie par la
ville de
Trinité qui propose elle aussi
des rencontres pendant la première semaine de juin. Jandira
Bauer de Jesus l'an dernier dans "Madame
Marguerite", la jeune Daniely Francisque le 22 mai de cette
année, avec "Neg Pa Ka Mo", nous ont offert dans des registres
très différents, des spectacles porteurs de promesses
d'avenir. Il est grand temps, non pas de ressusciter le Centre
Dramatique Régional (C.D.R.) mais de mettre en place une
structure qui fédère les énergies investies
par de nombreux amoureux du plus bel art qui soit, en tout cas le
plus complet. Début 2008, une rencontre à l'Atrium de
gens du spectacle, pour dire vite, avait réuni une soixantaine
de personnes amateurs dans leur immense majorité. On avait
découvert ce soir là des pratiques multiples,
isolées, solitaires, sans véritable réseau,
à la recherche d'espaces, de lieux de répétition,
de production. Des artistes travaillent à l'écart des
circuits officiels en développant des thématiques qui ne
correspondent pas toujours aux canons de la doxa ou bien qui traitent
ces thèmes à travers un incessant dialogue entre la
Caraîbe et les cultures d'outre-Atlantique, voire même de
la vieille Russie. Le Bugaku, le Nô, le Kyogen, le
Bunkaru, le Manzai, le Kabuki du Japon d'avant l'ère Meiji
ont sûrement à nous apprendre sur nous-mêmes. José Chalons et Yna Boulangé, avec Tête grainée nous ont
montré, il y a déjà quelques temps, ce qu'il
pouvait y avoir d'enrichissant à pousser jusqu'au Butô
moderniste du pays du soleil levant en passant par l'Afrique
ancestrale. A égale et grande distance d'un antillano-centrisme
étriqué (Agoulouland) et d'un mimétisme occidental
aliénant (Phèdre) ces troupes, ces compagnies explorent, sans
aucun moyen, dans un manque matériel extrême, la
diversité du monde pour mieux restituer la mosaïque
caribéenne. Ce dénuement, qui explique en grande
partie les évidentes imperfections de leurs travaux, n'est
que le symptôme d'une crise plus générale de la
culture en Martinique. Il serait grand temps, sans attendre "le" grand
soir "institutionnel", que nos politiques s'en préoccupent.
R.S.
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Je me considère depuis
quelques années comme un metteur en scène "en chantier"
 Engagée! Dans
toutes les acceptions les plus nobles du terme. D'abord dans son
métier dont elle explore systématiquement, avec
méthode et détermination toutes les palettes, ensuite
dans chaque le mode d'expression retenu, sur scène elle impose
avec force une présence dont l'évidence n'est pas
à questionner. Les arts de la scène sont pour elle les
espaces d'une construction identitaire, artistique et culturelle,
qu'elle s'approprie avec un professionnalisme, pas si courant en
Martinique. Elle a voulu maîtriser les modalités de
l'interview qu'elle nous à accordé et qu'elle
considère comme une des dimensions de son métier. Quand
elle est interrogée sur son intérêt ou son
désintérêt pour ce que tout un chacun connait comme
les "auteurs du répertoire", à savoir les
Tchékhov, Shakespeare, Brecht, Molière, etc. elle fait
semblant de ne pas comprendre la question, quand celle-ci se
précise elle cite des auteurs contemporains dont la plupart ont
une aura limitée, il faut bien le constater, au champ culturel
caribéen. Comme si la recherche identitaire qui la porte
était confondue, absorbée par une recherche illusoire des
racines ou la quête mythique des origines (
cf. article de Jean-Bertrand Pontalis ). C'est
le danger qui la guette que de se laisser absorber par le tropisme de
l'insularité. Foi de néophyte d'une martiniquaise
néo-implantée? Nostalgie d'un retour vers un ailleurs qui
n'a pas été et qui n'en est que plus désirable? Le
balancier d'avoir été trop retenu de l'autre
côté de l'Atlantique n'en revient-il qu'avec plus de
force, plus d'élan de ce côté ci? C'est
évidemment dans son aptitude à gérer la
multiplicité de ses formations culturelles, sans en mutiler
aucune, qu'elle tirera la force, l'originalité et
l'intérêt pour un public de faire carrière.
Encore une fois le précepte d'Edouard Glissant la concerne au
premier chef : "Agis dans ton lieu, mais pense avec le monde".
On découvrira dans l'entretien ci-après une jeune femme
dont l'étendue des talents n'a d'égale que la
solidité et la résolution avec lesquelles elle souhaite
les faire vivre et qui donc ne manque pas de s'interroger sur la
politique culturelle en œuvre, ici dans son pays. A suivre.
R.S.
Lire
l'entretien avec Daniely Francisque
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Daniely Francisque met en scène
"Nèg Pa Ka Mo"
Un
travail prometteur...

Daniely Francisque présentait à
l'occasion du 160ème anniversaire de l'abolition de l'esclavage
une nouvelle version de Nèg Pa Ka Mo, pièce dont elle est
l'auteure et qu'elle a créée en 1995 en région
parisienne. On peut résumer le propos comme étant : de la
capture en Afrique à la mise à mort, sous le fouet, d'un
nègre insoumis, figure identificatoire proposée comme
miroir valorisant dans l'espace de l'habitation où l'honneur, le
respect, la dignité n'avaient droit de citer que pour la caste
esclavagiste. Une mamie raconte à sa petite fille ce que
ça a été et son récit est entrecoupé
de représentations du dire. Disons le tout de suite, il s'agit
d'un théâtre porteur d'une parole, d'une affirmation,
d'une volonté d'exister, d'un désir de vivre debout, tout
à fait honorable. Et ce d'autant plus qu'il évite de
tomber, de verser dans le théâtre militant
réducteur. Si quelques passages pourraient être
affinés, les enjeux politiques sous-jacents, les
problématiques historiques sont assez bien restituées
pour nous inviter à une véritable réflexion. On
sort du spectacle non seulement envahi par l'émotion mais aussi
habité par des questionnements qui travaillent encore le
spectateur longtemps après.
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la suite
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L'enfer d'un
couple tabou
La
pédophilie au centre de la pièce "Blackbird", de David
Harrower
Un homme d'un certain âge, Ray (Maurice
Bénichou), une jeune femme, Una (Léa Drucker). Ils ne se
sont pas vus depuis longtemps. Il n'est pas à l'aise. Elle,
apparemment, oui. Il ne tient pas à ce qu'on les voie ensemble.
Il l'a amenée dans cette pièce, une sorte de salle de
repos dans un entrepôt ou une usine. Armoires métalliques,
une table de cantine, des chaises et une énorme poubelle qui
déborde de canettes vides, d'emballages de pizzas ou de
hamburgers, de bouteilles. Il y a même des détritus au sol.
Elle l'a retrouvé parce
qu'elle a vu une photo de lui sur un magazine trouvé dans une
salle d'attente. Il ne comprend pas pourquoi elle est là,
pourquoi elle est venue, ce qu'elle cherche, ce qu'elle veut de lui. Il
lui demande qui l'a envoyée. Elle ne répond pas. Elle
bavarde comme si de rien n'était. Elle pose des questions sur ce
qu'il est devenu, ce qu'il a fait de sa vie. Et puis, elle lui demande
: " Tu as couché avec combien de filles de 12 ans ? "
Sordide ? Choquant ? Monstrueux
? Forcément. Mais une fois que l'on a admis l'impensable, ce que
l'on voit c'est un homme et une femme qui se débattent dans ce
qu'il faut admettre aussi comme une histoire d'amour. Que veut-elle
alors de cet homme ? Que cherche-t-elle ? Se venger ? Régler ses
comptes ? Comprendre ? Le sait-elle vraiment ? Les questions
s'accumuleront sans qu'il n'y ait jamais vraiment de réponses.
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Polémique Montantin-Pliya
Dans le beau numéro 168
de Cultures Sud dont l'éditorial précise : "Outre
le
vaste panorama culturel que ce dossier propose, qu’il s’agisse de
linguistique, de littérature, d’histoire, de musique ou encore
d’arts visuels, [qu'] il tente d’abord d’élucider ce
qui fédère et ce qui sépare les différents
pays du bassin Caraïbe (des Antilles françaises aux portes
du Brésil, d’Haïti et de la République Dominicaine
à Saint Martin, de Cuba à Trinidad), et dont la
problématique centrale se résume à la question
suivante : "Comment dégager une identité commune
? Comment mutualiser un patrimoine au-delà des divergences
linguistiques et des tensions politiques ?", José Pliya
écrit : "La pratique théâtrale, dans ces
îles, est traversée par une tension, un dilemme des
créateurs entre l’ancrage local et la diffusion à
l’international. Bien souvent, ceux qui restent appauvrissent leur
discours théâtral en termes d’esthétique mais
gardent un « public » populaire et une reconnaissance
« intra-muros ». De l’autre côté, ceux qui
partent, s’enrichissent artistiquement, sont invités sur les
scènes du monde, mais deviennent des inconnus dans leur
île."
Ce qui lui vaut un
réponse assez vive de Michèle Montantin qui rappelle
à l'occasion ses états de services.
Il faut reconnaître que
le dilemme devant lequel se trouvent de nombreux artistes antillais,
rester ou partir, n'est pas une invention. Ici en Martinique,
José Exélis, songe sérieusement à
s'expatrier afin de poursuivre, dans un environnement artistique autre,
l'aventure théâtrale qu'il a engagée. On peut le
regretter, mais on ne saurait lui en vouloir.
Lire
l'article de Pliya et la lettre de Montantin
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Une comédie
délirante
Tout fait divers devrait
s’appeler Feydeau, tant l’auteur a le réflexe spontané de
l’histoire surgie au coin du quotidien. De ces choses de peu
d’importance, postures et gestes des plus anodins, il fait le
vaudeville, comédie légère fondée sur
l’intrigue et le quiproquo et la Cie Courtes Lignes présente
cette pièce qui résiste à l’épreuve du
temps, qui dit, sans y paraître l’humour dans son habit de
lumière. Gardons nous d’applaudir trop tôt et voyons quel
rythme, quelle mise en espace, quel imaginaire scénique nourri
à la source buissonnière, hors l’académie du
théâtre, dans une langue réinventée pour
saltimbanques d’un théâtre de salon, mérite un tel
succès. A n’en point douter, le verbe aimer le
théâtre composé, conjugué de passion et de
professionnalisme est un élément à
considérer et quand on verra avec quel ravissement, l’esprit
cocasse, la justesse du verbe et le geste précis
précipitent dans l’élégance agitée les mots
en chute exacerbée, il se peut que nous soyons convaincus.
Lire
la suite
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Le Dindon ou quand
l’amateurisme devient du professionnalisme
La Compagnie Courtes Lignes,
Théâtre de Fort-de-France les 7, 8, 9 et 10 mai
Par
Laurence Aurry
 Avec Feydeau, on est assuré de
séduire un large public, tant le dramaturge est passé
maître dans les intrigues conjugales bien ficelées.
Avec Feydeau, la comédie domestique de
le Belle Epoque a trouvé ses lettres de noblesse. Les situations
complexes, les quiproquos, les coups de théâtre, les
savoureux jeux de mots font de ses vaudevilles des spectacles
très plaisants, même si la satire sociale n’est plus
d’actualité.
Toute la gageure pour celui qui entreprend de
monter une de ses pièces est d’arriver à restituer sa
légèreté et à rendre l’effet comique en
maintenant un rythme soutenu.
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Le
Bourgeois Gentilhomme
les 2 et 3 mai
à L’Atrium
Groupe
Ex-Abrupto, Toulouse
Par
Laurence Aurry
Le
groupe Ex-Abrupto, sous la direction de Didier
Carette, metteur en scène et directeur du théâtre
Sorano de Toulouse, nous a donné les 2 et 3 mai derniers une
représentation du Bourgeois Gentilhomme, très
originale. Un Molière comme on l’avait encore jamais vu
joué ni même imaginé.
Un Bourgeois
Gentilhomme, d’une grande audace et
d’une grande force.
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Ce n'est pas une
révolution, c'est une explosion : de 1968 à 2008, le
nombre de salles de théâtre à Paris a
doublé, et l'offre de spectacles a été
multipliée au moins par cinq. En 1968, on comptait une
soixantaine de salles, et une moyenne de 70 spectacles par semaine.
Quarante ans plus tard, on dénombre 130 salles environ, et une
moyenne de 300 spectacles par semaine, ce chiffre pouvant monter
jusqu'à plus de 450 en période pleine.
L'"avignonisation" de
Paris. Cette offre faramineuse, et désarmante pour un
spectateur non averti, témoigne de ce que l'on appelle
l'"avignonisation" de Paris, en référence à
Avignon, où, à côté du Festival
créé par Jean Vilar en 1947, le Festival "off", né
autour de 1968, est passé de quelques spectacles à plus
de 600 en moyenne par jour, pendant le mois de juillet.
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Humour noir et rire jaune : la comédie
grinçante des couleurs de l'empire colonial
"Qu'est ce que
nous avons à faire de cela maintenant et ensemble ?"
(Lotfi
Achour)
A
propos
de la Comédie indigène jouée à
l'Atrium
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A l'Atrium de Fort-de-France
M. Jourdain, baroque
et jubilatoire
par
Roland Sabra
 Didier Carette n'aime pas Molière. Il a du mal
avec le théâtre du XVII ème siècle dont il
trouve l'écriture trop « monologuante » et
les personnages trop « monolithes ». Le contraire
de ce qu'il aime dit-il. Le metteur en scène à des
affinités avec Bretch, avec Shakespeare, pas beaucoup avec
Jean-Baptiste Poclain. C'est pour des raisons économiques, pour
assurer des recettes, il faut bien vivre, qu'il se contraint à
monter « Le Bourgeois gentilhomme » pièce
du répertoire dont le grand public est friand. Comme Didier
Carette est un homme de paradoxes que les défis stimulent il
confie le rôle de M. Jourdain à Georges Gaillard qui lui
détestait franchement cette pièce et « Le
Medecin malgré lui » avec. Le résultat? Il est
jubilatoire!
Le
travail de Didier Carette se situe dans la veine d'un
théâtre baroque qu'il tire vers l'expressionnisme allemand
à la Murnau pour inventer, à l'instar du cinéma de
même nom, une sorte de théâtre noir, de
théâtre d'horreur dans lequel il s'évertue à
chercher dans les personnages les plus négatifs ce qu'il y a
d'humanité profonde. Au lieu de faire de M. Jourdain un
bourgeois prétentieux et ridicule il en fait un doux
idéaliste, un peu paumé, curieux de tout et avide de
savoir, persécuté par sa mégère de femme
à la tête un peu trop près du bonnet. M. Jourdain
est un rêveur perdu entre Zizi Jeanmaire et Sarkozy, entre
« mon truc en plume » et sa rollex, entre les
paillettes et le bling bling. Peut-être. Sans doute. Mais son
entourage n'en parait que plus étroit d'esprit, plus mesquin,
plus écrasé par les petites conventions, plus à
l'aise dans la pataugeoire des médiocres renoncements au jour le
jour. Il y a du Don Quichotte dans ce M. Jourdain.
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Les Rencontres
théâtrales académiques en Martinique
Comptes-rendus
par Selim Lander
 Deux jours et demi de
représentations non stop, trente-quatre spectacles
différents (plus trois séquences de slam) pour cette
fin d’année scolaire : des bouts de pièce
montés par des élèves, collégiens,
lycéens surtout, qui durent de dix à vingt minutes chacun
et qui mobilisent au minimum deux élèves, au maximum une
classe entière et ceci aussi bien à l’intérieur du
cursus des élèves (options facultatives, options de
spécialité) qu’en dehors du cursus (ateliers de pratique
artistique). Tout cela suppose, on s’en doute, un effort
considérable de la part des professeurs et des artistes,
intervenants extérieurs, qui encadrent les élèves,
comme de la part des techniciens de l’Atrium (qui accueillait les
rencontres dans la salle Frantz Fanon). On ne peut pas les citer tous,
mais on ne saurait manquer de signaler l’importance du travail du
professeur Monique Percheron et de Jandira Bauer, la
« metteuse en scène », les plus souvent
présentes – ensemble ou séparément – sur les
affiches.
Tous les
élèves ne participent pas à ces
représentations dans la même intention. Pour certains,
c’est un galop d’essai avant la prestation devant un jury du
baccalauréat. Pour d’autres, parfois les mêmes, c’est le
rêve enfin concrétisé de jouer dans un vrai
théâtre, avec musique et lumières, devant une salle
pleine de spectateurs. Pour tous, c’est l’épreuve de
vérité : est-ce qu’on saura
« sortir » son texte sans se troubler, effectuer
sans trembler les mouvements maintes fois
répétés ? Epreuve de vérité
aussi pour les autres : les partenaires qui paraissaient un peu
faiblards lors des répétitions, sauront-ils se
dépasser en cette occasion exceptionnelle ?
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La route
Une route pavée de mauvaises intentions
c’est
guignol et c’est surtout l’enfer
par Christian Antourel
Proposant un montage
théâtral, au rythme ascendant presto, pour restituer
à l’œuvre de Zakes Mda la vérité glauque hyper
réaliste, la complexité du dialogue entre la musique et
les mots dans le silence et les ruptures, Ewlyne Guillaume, entre
passion et sagesse, signe là une pièce de genre et, dans
sa mise en scène exemplaire sinueuse et forte, elle
révèle par cette réflexion véritable ce qui
se cache au détour des habitudes. Ewlyne est de ceux pour qui
garder en haleine le spectateur constitue, outre une maîtrise
dramaturgique, une conscience et une seconde nature. Elle porte un
regard chirurgical sur les travers d’une société qui se
travestit de bonne grâce jusqu'à l’hypocrisie,
jusqu'à la violence, jusqu'à l’incompréhension et
jusqu'à l’absurde. Pour rendre le
« craquant » d’une tragédie humaine, comme
d’un génocide apprivoisé, à peine voilé de
noir et de blanc, Ewlyne réunit Serge Abatucci et Bass Dhem pour
interpréter cette pièce, que son auteur présente
folle allégorie de l’homme global et seul, transposée
dans le pays de l’apartheid avec ses interdits, ses
vérités dos à dos éclatées
d’idéologie incompatible : incompréhension et
manipulation brûlante et brutale d’un racisme certain.
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Fétou : la rencontre de la
pédagogie et du théâtre,
ou l’art et la manière de
mijoter une nourriture faite de structures sociales et
d’ingrédients pour la vie.
Théâtre et
éducation
par Christian Antourel
 Ce n’est pas du théâtre, c’est pire.
Théâtre et pédagogie, deux arts en un bientôt
trois, puisque dans un coin de la scène voisine un discret
talent qu’il est aisé de reconnaître alors même
qu’il se fond dans cette matière encore nouvelle :
enseignement et théâtre. A découvrir. Ces gens
là ne sont en rien des fonctionnaires du bon goût, ce sont
des artistes avec ce que cela comporte de liberté prise envers
les standards de l’éducation. Voici leur étendard, en
avant, façon « rebels » qui veut porter un
enseignement fort tout en étant divertissement. C’est
évidemment dans une action armée de courage que Charly
Lérandy situe sa démarche sociale et humaniste, sa foi
inébranlable dans la jeunesse d’aujourd’hui, celle de demain,
capable d’anticiper un monde meilleur. Quand l’individualisme
entraîne parfois sur des chemins chaotiques, le marginal
mène son expérience et fixe des principes en solitaire,
alors que la vie et la science se développent collectivement. Le
théâtre est leur miroir. C’est donc du
théâtre que s’identifient les atomes crochus et
l’école de la vie.
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Ecorce
de peines
Un
moment de vérité et de deuil au théâtre de
Fort-de-France
par
Selim Lander
![Théâtre D’ de Kabal]](../images/ecorce_de_peine-2.jpg)
On peut débarquer
du « 9-3 », être nourri de la culture des
banlieues, être porteur d’une identité bâtarde,
avec du martiniquais mêlé à bien d’autres
origines, et être néanmoins capable de s’adresser
aux Antillais d’ici, à ceux qui ont fait le choix de
rester dans le pays du premier exil, le pays des anciennes
humiliations et des douleurs jamais complètement
effacées.
A en juger par l’émotion qui a saisi les spectateurs, D’
de Kabal, l’auteur et principal interprète d’Ecorce
de peines, présentée à Fort-de-France le 17
avril, a su les toucher au plus profond et, qui sait ? leur
apprendre quelque chose d’eux-mêmes qu’ils ignoraient, comme la
fraternité profonde qui les lie aux
« sauvageons » des banlieues, à
l’égard desquels il leur arrive pourtant – quand la violence se
met à déferler sur les cités – de tenir des propos
dépourvus de toute compréhension.
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"Soweto"de Serge Bilé :
la recette d'un
succès populaire
ambigu
par
Roland
Sabra

Comme toute recette de
cuisine tout dépend de l'endroit où vous concoctez votre
plat. On ne fait pas une bouillabaisse de la même façon
à Marseille, à Miami, à Tokyo, à
Fort-de-France. Il est important de tenir compte des ingrédients
locaux, de ce que vous pourrez trouver sur le marché.
Prenons l'exemple de
Soweto, spectacle qu'il est difficile de qualifier, tant il
relève de genres indéfinis, (comédie musicale?
tour de chant? danses? music-hall? variétés?) et qui a
suscité un enthousiasme populaire indéniable à
l'Atrium de Fort-de-France. Les trois représentations ont
été doublées et chaque fois elles ont fait salle
comble.
Lire la suite et l'article de
Rodolf Etienne de France-Antilles des 05&06/04/08
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La Route de Zakes Mda
Ahmadou Tidiane Sall et Serge Abatucci
par Selim Lander

Zakes Mda est un noir
sud-africain, né en 1948 à Soweto, auteur de sept romans
et de cinq pièces de théâtre. Il a dû
s’exiler, a enseigné le creative writing à
l’université d’Ohio, avant de revenir s’installer dans son pays.
Sur la foi de La Route – présentée à
l’Atrium de Fort-de-France les 11 et 12 avril 2008, après
être passée par Avignon l’été
précédent – on est forcé de conclure qu’il s’agit
d’un écrivain talentueux et l’on regrette qu’il soit
resté jusqu’ici si peu connu en France (trois romans ont
néanmoins été traduits : Au pays de
l’ocre rouge, Le Pleureur, La Madone d’Excelsior).
Dieu sait pourtant qu’on pouvait redouter le pire : que peut bien
apporter une pièce (de plus) sur l’apartheid qu’on ne sache
déjà ? Nos craintes étaient heureusement
injustifiées. Et, de fait, le théâtre n’a nul
besoin de chercher des sujets originaux, les tragédiens
français du Grand Siècle en étaient les premiers
convaincus, eux qui revisitaient inlassablement les mythes antiques.
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"Lectures dramatiques"
dans les jardins du théâtre
par Laurence
Aurry
Il faut saluer l’initiative d’ETC Caraïbe et
remercier Michèle Césaire et le Théâtre de
Fort-de-France pour les lectures dramatiques publiques
organisées dans les jardins du théâtre les 8 et 9
avril derniers.
ETC Caraïbe ( Ecritures
Théâtrales Contemporaines en Caraïbe) est une jeune
association dynamique qui s’est donné pour mission de susciter
et de promulguer la création dramaturgique dans le bassin
caribéen. Depuis quatre ans, elle organise des concours
d’écriture permettant l’émergence et la
révélation de jeunes talents. En partenariat avec le
Rectorat et la DRAC, elle a mis en place dans les établissements
scolaires et les prisons des rencontres avec des metteurs en
scène, des acteurs et des auteurs confirmés. Dans les
locaux de Fonds Saint-Jacques, éditeur, auteurs dramatiques
viennent régulièrement animer des ateliers
d’écriture pour les apprentis-dramaturges. ETC Caraïbe
œuvre à l’ouverture et au métissage culturels. Avec ces
intervenants de tous horizons (cubains, vénézueliens,
canadiens, français, africains…) et ses actions dans de
nombreuses villes en France (Paris, Avignon, Toulouse…) et à
l’étranger (Montréal, Caracas, bientôt New York…)
ETC Caraïbe offre une chance extraordinaire de faire rayonner
notre culture insulaire et de nous ouvrir au monde.
Ainsi, les lectures dramatiques,
organisées dans les jardins du Théâtre de
Fort-de-France, nous ont permis de découvrir deux auteurs.
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"Les Bonnes" : une
création foyalaise
« Solange »
Aïdoudi éblouissante dans
une cérémonie sacrificielle, érotique et religieuse
par Roland Sabra

Les comédiens et les comédiennes sont des
êtres insupportables. Narcissiques, auto-centrés,
mégalomanes, d'une redoutable fragilité qui se pare de la
robe de l'infantilisme le plus indécrottable, on ne peut que les
haïr de ne pouvoir faire du théâtre sans eux. Et
pourtant... l'adage est bien connu qui affirme que l'on apprécie
les gens que pour leurs qualités alors qu'on les aime pour leur
défauts. Jandira de Jesus Bauer a été
comédienne, ce qui explique pourquoi elle est sans doute assez
folle pour s'embarquer avec trois comédiennes antillaises et
monter « Les Bonnes » à Fort-de-France. Le
résultat est à la mesure de l'entreprise,
décalé, iconoclaste et fidèle, inventif et
décapant, mais surtout réussi.
Toute l'œuvre de Genet peut se
lire autour de deux axes, le bien/le mal, le masculin/le
féminin. « Les bonnes » ont d'ailleurs
été jouées plusieurs fois par des hommes.
« Sol Ange » est un nom de personnage qui
apparaît pour la première fois dans « Notre
Dame des Fleurs » et Claire est aussi un signifiant qui
renvoie à celui qui quitte le monde laïque pour le monde
ecclésial. Il est des façons religieuses d'être
païen. Jandira de Jesus Bauer inscrit son travail dans
création dans la longue tradition des grands metteurs en
scène qui du théâtre au cinéma se sont
confrontés au texte de Genet. De Victor Garcia, à Claude
Chabrol, en passant par Philippe Adrien, et Pierre Zadek, Jean-Marie
Serreau, Roland Monod et Jean-Marie Patte, Tania Balachova, Alfredo
Arias etc. ( la liste est longue...) tous évoquent une
cérémonie, un rituel, une messe noire, un exorcisme.
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Les Bonnes au Théâtre de
Fort-de-France
10, 11 et 12 avril 2008
Vertiges
et folie dans le grenier des morts-vivants
par Selim Lander
« Au
moins
cette beauté doit-elle avoir la puissance d’un
poème,
c’est-à-dire d’un
crime ». Jean Genet
Le théâtre de Genet
est fait d’outrance et d’excès. Il ne se complaît pas dans
le médiocre. Les sentiments ordinaires n’y ont pas leur place.
Les vertus, surtout, n’existent pas. Il n’y a pas d’amour sans haine,
de respect sans moquerie, de modestie sans orgueil, d’attention sans
dérision. Et puis, au-delà de tout ce qui
précède, il y a la malédiction suprême –
« La scène est un lieu voisin de la mort »
– et les comédiens ne sont déjà plus de notre
monde : il leur faut « des accoutrements terribles, qui ne
seraient pas à leur place sur les épaules des
vivants ». Impossible donc d’aborder une pièce de
Genet sans accepter d’être confronté à la
cruauté sous toute ses formes : jalousie, mépris,
méchanceté, jusqu’au meurtre. Il faut « que le
mal sur la scène explose ».
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"Soweto"
de Serge Bilé :
la recette d'un
succès populaire
ambigu
par
Roland
Sabra

Comme toute recette de cuisine
tout dépend de l'endroit où vous concoctez votre plat. On
ne fait pas une bouillabaisse de la même façon à
Marseille, à Miami, à Tokyo, à Fort-de-France. Il
est important de tenir compte des ingrédients locaux, de ce que
vous pourrez trouver sur le marché.
Prenons l'exemple de Soweto,
spectacle qu'il est difficile de qualifier, tant il relève de
genres indéfinis, (comédie musicale? tour de chant?
danses? music-hall? variétés?) et qui a suscité un
enthousiasme populaire indéniable à l'Atrium de
Fort-de-France. Les trois représentations ont été
doublées et chaque fois elles ont fait salle comble.
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Rodolf Etienne de France-Antilles des 05&06/04/08
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Zandoli pa tini
pat
Bestiaire chorégraphique
Claire Moineau dans Crescendo
par Selim
Lander
 Décidément, les
mauvaises habitudes ont la vie dure. A Fort-de-France où l’on
n’est pas submergé par une offre surabondante de spectacles
vivants, on observe souvent que les représentations, au lieu de
s’étager tout au long de l’année suivant un calendrier
harmonieux, sont souvent programmées de façon à se
phagocyter mutuellement. A croire que les responsables de la
programmation ont suivi des études de sciences
économiques et qu’ils en sont sortis convaincus à tout
jamais des vertus de la concurrence.
Le 3 au soir pour la
première de Zandoli, il n’y avait pas beaucoup plus de
30 personnes au Théâtre de Fort-de-France. Sans doute les afficionados
du spectacle vivant s’étaient-ils précipités
à l’adaptation martiniquaise de Soweto,
présentée exactement aux mêmes dates, 3-4-5 avril
à l’Atrium… On espère que les deux soirées
suivantes seront plus équilibrées et que l’on verra
davantage de spectateurs au Théâtre car il n’est pas
normal que des artistes de qualité se produisent devant une
salle presque vide.
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«« Les
bonnes » création à Fort-de-France :
homosexualité, religions, candomblé et luttes des
classes
Une créatrice
marginale et provocatrice,
profondément humaine.

Jandira
de
Jesus Bauer, crée une version caribéenne et sulfureuse
de la célèbre pièce de Jean Genet
Elle arrive à l'heure au rendez-vous, qu'elle a
demandé plusieurs fois à déplacer, parée
des couleurs du diable : noire et rouge. Martinico-brésilienne,
elle a gardé cet accent lent et chanté de son pays natal.
La langue a du mal à maîtriser le bouillonnement de
l'esprit. Venue parler de sa dernière création
« Les Bonnes » présentée pour la
première fois à Fort-de-France, jeudi 10 avril avant Le
Festival d'Avignon cet été, elle profite d'une incise,
dans la conversation, sur Jean-Luc Lagarce pour décortiquer,
pendant deux bonnes heures, la façon dont il faut lire
« Juste la fin du monde » qu'elle
travaille en ce moment avec des élèves comédiens.
Genet, Lagarce, des auteurs à ne pas mettre en toutes les mains
et dont Jandira de Jésus Bauer fait son quotidien. Un quotidien
qui n'a rien de monotone, son rapport aux textes est charnel, il est
fait de sexe, de transgressions, de tendresse, de mise en danger, de
passions, et les mots sont à l'avenant, directs, sans
fioritures, les formules assassines et drôlement imagées
de tournures lusophones, en un mot, un discours d'humanité.
Va-t-elle enfin consentir à parler des
« Bonnes »? Elle préfère
évoquer son prochain travail celui dont elle s'éprend
pour se déprendre de celui qui la travaille encore. Elle se
lance ainsi d'une passion à une autre. Toute. Entière. Et
quand elle finit par aborder l'aventure dans laquelle elle a
embarqué deux comédiennes professionnelles, Amel
Aïdoudi, Yna Boulangé et une débutante Jeanne Baudry
, toutes les trois majeures et consentantes, il faut le souligner, vous
vous dites que la Martinique a des chances de souvenir longtemps de ce
qu'elle pourra voir sur scène et que le scandale...
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Le tour du monde en 80 jours
par Christian
Antourel
Il y a de la prestidigitation,
de l’illusion à l’infini dans ce spectacle autour du savoir
faire théâtre. A ne pas manquer.
Drôle, fantastique, ce
voyage se veut magique où le merveilleux s’étale en toile
de fond et s’emmêle sans ambages aux ressorts de l’imaginaire de
Jules Verne. Il a fait ce rêve, vivons le. Une
opérette ? Le décor est trompeur, c’est bien du
théâtre avec un grand T comme truculent, haut en couleur,
un spectacle qui éblouit, s’installe dans notre émotion
et parle d’emblée à notre mémoire. 39 personnages
envahissent la scène, alors que seulement 5 comédiens
survoltés habitent la chimère de ce spectacle qui devient
palpable en leur prêtant des métamorphoses, leurs corps,
leur talent et comme une âme toute acquise aux éclats de
rire. Vous les verrez entrer dans ce jeu plein de malice, chacun
à son tour et ensemble faire ce tour du monde en 80 jours, en
une heure quinze chrono, juste le temps du divertissement.
Philéas Fogg, riche anglais flegmatique et Passepartout, son
valet de chambre fidèle et débrouillard, font le pari de
ce tour de force et suivent l’itinéraire tracé dans le
roman de Jules Verne.
Aux limites de la culture
circassienne
La mise en scène propose
au public un parcours théâtral très
diversifié et récréatif fait de la rencontre d’une
ronde folle et tumultueuse, aux limites de la culture circassienne et
d’un voyage original dans lequel on se laisse envelopper le cœur
heureux et l’oeil rieur. L’itinéraire est un calcul d’une
précision que seul le théâtre parvient à
respecter à l’illusion prêt. La pièce prend des
allures de festival et son apparence expulsée d’un cirque
invisible, bourrée de charme, d’humour et de talent
disparaît derrière un voile, qui aussitôt
s’évanouit dans une autre contradiction, dans un autre
continent, où se tournent sans cesse des pages d’images aux
lisières du réel, au gré du songe et de sa
fantaisie. A sa création, la comédie a
immédiatement reçu un vif succès et battu des
records d’affiche avec, au Théâtre du Châtelet, 3007
représentations, du trois Avril 1876 à 1940. Qu’en sera
t-il plus de 130 ans après la première pour le public
Martiniquais au Théâtre de Fort-de-France qui
prêtera son intimité feutrée et donnera
l’impression de s’étirer en largeur et profondeur quand
arriveront Sébastien Azzopardi et Sacha Danino avec leurs
acteurs ? Dans leurs bagages, le décor fabuleux d’Olivier
Prost : pas moins de quatre continents, trois océans, un
paquebot, un train et un éléphant. A onze ans, son
père le rattrape, quand Jules Verne s’embarque comme mousse sur
un long courrier pour les Indes. Il promet « Je ne voyagerai
plus qu’en rêve » promesse tenue… et quel voyage !
Christian Antourel
Photos D.R
Au Théâtre de
Fort-de-France
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Epilogue d’une trottoire
Par Alvina
Ruprecht

Le Théâtre du
Grand Marché qui a la mission du Centre dramatique de
l’Océan indien, se trouve tout au fond du pavillon du
« grand marché », comme un bijou qu’on
cache pour éviter que les indésirables ne le subtilisent.
Pourtant, ce bijou de création scénique ouvre grand ses
portes à tous les publics de Saint-Denis de la Réunion,
en leur offrant une programmation des plus stimulantes et un lieu de
rencontre agréable où artistes et grand public prennent
un verre, se côtoient, et échangent des idées. Ce
théâtre reçoit souvent les productions d’outre-mer
pour alimenter le dialogue artistique au grand plaisir des habitants de
la région. C’est dans le contexte de cette programmation ouverte
qu’un texte intitulé
Épilogue d’une trottoire, œuvre
jouée dans le « cycle de
l’Étranger(s) » au theatre Notoire (le CDR d’Annecy),
a été donné au Théâtre du Grand
Marché cette saison.
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Super-Nana à
l’Atrium !
Les
Souvenirs
de la dame en noir

de et avec Maïmouna Gueye
Carte blanche était donnée à
la magnifique Maïmouna Gueye. Elle a proposé aux
spectateurs de l'Atrium ses deux spectacles dans l'ordre chronologiques
de leur création, "Souvenirs de la dame en noir" et "Bambi
elle
est noire , mais elle est belle". Deux productions qui n'ont
pas laissé le public indifférent, loin s'en faut!. On
lira deux critiques ainsi qu'une interview de Maïmouna Gueye
donnée à Brigitte Salino
Lire la critique de Laurence Aurry
Lire
la critique de Selim Lander
et l'entretien avec Brigitte Salino
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"Mémoires d'Iles" d'Ina Césaire.
Adaptation et mise en scène : José Exélis
Nostalgie Blue's et lutte des classes
par
Roland
Sabra
Le rideau s'ouvre sur un espace
vide dessiné par José Exélis et sculpté par
la lumière de Valéry Pétris. Réussite.
Elles sont deux, deux de cet âge qui n'a plus nom. Elles sont
d'un autre temps, de ce temps où la mémoire de ce que
l'on a fait prend le pas sur ce qui reste à faire.. Deux d'un
même père, mais l'une mulâtresse et l'autre mal
sortie. L'une reconnue et l'autre ignorée. Deux sœurs donc, par
le père. Impair et passe. Elles vont se laisser aller à
remonter le temps. Hermance, truculente, joue la carte couleur,
négresse elle est, négresse elle se revendique. Aurore,
elle a en mains deux paires, une paire blanche une paire noire. Elle
hésitera toujours à jouer. Ambivalence de classe, de
l'entre-deux. Elle s'enorgueillit de bien parler français,
d'avoir intégrer les codes de la classe dominante, et se
révolte à l'assassinat, resté impuni, par un
gendarme blanc, de Zizine et Désétages à la veille
d'un scrutin municipal : « Elections sans incident »
dira
la presse à la botte. Préjugés de classe,
habitus, représentations mentales prévalentes de par la
position sociale, la couleur de la peau, elles n'échappent ni
l'une ni l'autre au déterminisme qui leur affecte des
rôles sociaux passés au surligneur.
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la
suite
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"Ensemble, nous
rebâtirons l'Irak",
Retrouvailles de
théâtre à Bagdad
Portez-vous
une
arme ?" Kalachnikov en bandoulière, le militaire qui
palpe nos poches a posé la question presque machinalement. Lui
et ses collègues la posent à tous ceux qui veulent
franchir la haute muraille antibombe qui cerne désormais tous
les bâtiments publics - et souvent privés - de l'Irak.
Fermé pendant trois ans après l'invasion
américaine de mars 2003, le Théâtre national de
Bagdad ne fait pas exception. Edifié dans les années 1980
au coeur de la ville, sous le règne de Saddam Hussein, le
bâtiment sans charme qui abritait jadis l'élite de la
comédie irakienne a été attaqué et
pillé, comme toutes les scènes et les cinémas
désormais fermés de la capitale. Sous la houlette -
timide et chiche - d'un gouvernement qui a bien d'autres choses
à faire, et d'un milliardaire généreux, amoureux
des arts, Fakhri Karim, il tente aujourd'hui de revivre.
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la suite
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par Laurence Aurry
En tant que simple amatrice de
théâtre, je voudrais juste vous faire part de mes
impressions concernant la pièce de Musset, jouée vendredi
et samedi 22 et 23 février, dans la petite salle de l’Atrium.
Je vous avoue qu’une mise en scène de
Yoshvina Médina me laissait espérer un plus
agréable moment.
D’abord le choix même du texte
surprend, une œuvre peu connue, Il faut qu’une porte soit ouverte
ou fermée, et pour cause ! Le titre résume assez
bien le bavardage de cette pièce en un acte, proche du
marivaudage mais n’en possédant pas toute la saveur. Pourquoi ce
texte désuet alors que le répertoire de Musset offre tant
d’œuvres passionnantes et que le théâtre contemporain
regorge de pièces courtes autrement plus
intéressantes ? Veut-on ramener le public dans les salles
ou définitivement signer l’arrêt de mort d’un art
déjà moribond ?
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Théâtre
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