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Lire les chroniques culturelles de Christian Antourel

 
 
 

   Madinin'Art a pu voir au théâtre Aimé Césaire de Fort-de-France dans le cycle Shakespeare " Roméo et Juliette" dans une mise en scène qui flirte allégrement avec le burlesque à la limite de la dérision; et si quelques libertés sont prises avec le texte elles rencontrent une large approbation dans le public jeune. Dommage que la salle soit pliée en deux de rire dans certaines scènes qui relèvent de la tragédie. Mais bon il est mal venu de faire la fine bouche devant une programmation de qualité qui relève d'une nécessité de service public et que le théâtre foyalais assure avec bonheur auprès des générations montantes et des autres.

 Dans un tout autre genre l'Atrium nous a présenté une adaptation  de "Ce soir on improvise" mise en scène par Philippe Adrien, qui cette fois semble avoir réellement contribué à la prestation fournie. Le résultat est plaisant, même si le rythme est encore un peu lent avec quelques longueurs et si les comédiens paraissent quelques fois perdus sur le plateau vide de la grande salle du CMAC. Aurélie Dalmat truculente et gouailleuse à souhait est dans un registre qui lui va comme un gant, mieux en tout cas que celui de la tragédie, Aliou Cissé égal à lui-même confirme pièce après pièce  la palette de ses talents, Orlane donne l'impression de découvrir  un potentiel insoupçonné en elle de comédienne et les apports " extérieurs" s'agrègent plutôt bien au noyau martiniquais. Le texte de Pirandello est, on le sait, une belle leçon de théâtre avec ses mises en abimes, de théâtre dans le théâtre qui parle du théâtre etc. Une pièce à voir donc, par tous les amateurs de... théâtre.

M'A

 

Comment tuer sa mère ?


"Le complexe de Thénardier" de José Pliya :  une variation moderne  et réussie de la dialectique du maître et de l'esclave

par Roland Sabra

  La fin est au début. De façon plus claire le dénouement de l'histoire qui va nous être contée est posée sur scène dés les premières phrases : « Vido s'en va. Voilà je m'en vais. Vous dormez. Je n'aurai pas votre bénédiction. Ce n'est pas grave. Je reviendrai. » Une manière de débarrasser l'esprit du spectateur d'une question inutile, quelle issue pour ce drame ? pour qu'il puisse se concentrer sur l'essentiel : la langue et sa structure poétique, sa découpe au scalpel, le tranchant des mots et la finesse de leur lame, dans une joute verbale qui décline une variation moderne de l'antique et toujours actuelle thématique du maitre et de l'esclave. « Dans un lieu hors du temps et de l'espace, la mère a recueilli Vido qui fuyait le génocide. Pour se rendre utile Vidomégon, c'est son vrai nom, devient servante, femme à tout faire. Un jour, une nuit, peu importe, Vido décide de s'en aller. Mais voilà comment faire ?

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Expériences théâtrales.

 

 Par Selim Lander.


  L’amateur de théâtre qui se trouvait par hasard à Aix-en-Provence à la mi-janvier se voyait proposer un programme éclectique qui invite à quelques commentaires.
Découverte, en premier lieu, d’un « match d’improvisation théâtrale ». S’affrontaient deux équipes de six comédiens : la LIPAIX (ligue d’improvisation du Pays d’Aix, puissance invitante) contre les Bouffons de Marly. Devant une salle remplie par un public plutôt estudiantin, à en croire les apparences, les comédiens devaient improviser sur les thèmes fixés par un arbitre, dans un temps limité et le plus souvent sur un mode « mixte », c’est-à-dire les deux équipes mélangées, ce qui les obligeait à réagir face à des partenaires qu’ils ne connaissaient pas et avec lesquels ils n’avaient pu s’entendre à l’avance. A la fin de chaque brève séquence (quelques minutes), le public désignait le vainqueur en brandissant un carton de la couleur de l’équipe de son choix. L’ambiance festive n’était pas sans rappeler celle des matches de boxe, autant pour la brièveté des rounds, que pour la présence d’un arbitre bouc-émissaire, bombardé de projectiles (chaussettes nouées) par les spectateurs, et pour le jeu stéréotypé des acteurs.

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 CYCLE WILLIAM SHAKESPEARE.
Roméo & Juliette
Le théâtre "audiovisuel"

Par Christian Antourel


   Un pas de plus a été accompli dans le prolongement d’un théâtre idéal, pris comme unique modèle, en voulant être «  la nouvelle vague » et qui est devenu une des caractéristiques psychologiques d’un théâtre contemporain.

Dominique Serron et la Compagnie des Mutants n’hésitent pas à s’engager au service d’une dimension qui fait aujourd’hui référence en matière d’audace très structurée, auprès de laquelle même notre jeunesse doit pouvoir s’identifier. Ainsi est envisagé de nouveaux rapports entre une mise en scène, jusqu’alors improbable et un théâtre ancien du XVIème siècle. S’il faut sans cesse se confronter aux « grands ainés »comme on dit, à leur toujours éclatante jeunesse ; l’art et la manière ont brusquement évolué ; nous entrons de plain-pied dans l’ère de l’Internet, comme un langage en marche, une matière vivante du théâtre. La préoccupation de Dominique Serron est ici toute orientée vers ce mélange, cette métamorphose des genres, pour une impression saisissante. Le renversement qui s’opère est d’abord un effet d’écriture. L’écriture devient l’espace d’un réaménagement des positions subjectives, une fête pour l’imagination entre le théâtre de toujours et les techniques actuelles. L’écrit devient écriture, la parole devient gravure, le corps se fait livre, et Roméo recherche Juliette sur son blog, via Google sur Internet pour un amour connecté webcam. Quand la vidéo impose l’ambiance et son décor avec des balayages de plans panneautés : qui combinent des prises de vues panoramiques et des travellings, lorsque la caméra s’introduit dans le décor et ici, au plus proche de costumes qui mélangent les époques

« Les histoires d’amour finissent mal…en général »

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A voir au CMAC le 1er et le 2 février 2012
Congre et Homard,
production guadeloupéenne d’une pièce de Gaël Octavia.

Joël Jernidier et Dominik Bernard

Par Selim Lander.

Gaël Octavia, comme son nom ne l’indique pas, est une jeune femme d’origine martiniquaise. Congre et Homard n’est pas son premier essai d’écriture théâtrale mais sa première pièce montée. Elle y révèle une étonnante maîtrise. Construction parfaite (dans le genre des pièces à tiroir avec des rebondissements successifs qui relancent l’action), langue brillante avec quelques rares pépites empruntées à un vocabulaire plus populaire, voire créole puisque nous avons affaire respectivement à deux représentants du petit peuple antillais : un pêcheur et un « jobeur » (c’est-à-dire un chômeur « officiel » faisant des petits boulots).

On ne racontera surtout pas l’histoire. Disons simplement que le pêcheur a une bonne raison d’en vouloir au jobeur et qu’il lui fera passer de très mauvais moments. Le premier, Dominik Bernard – qui a également assuré la mise en scène – mène le jeu avec un bagout et une autorité sans faille. Joël Jernidier, son comparse, qui endosse le rôle plus ingrat d’une victime presque tout le temps passive, démontre une belle intériorité.
Ce spectacle est exemplaire parce qu’il réunit toutes les qualités que l’on attend du théâtre : 1) un vrai texte, écrit pour le théâtre, utilisant de manière magistrale les techniques propres à l’écriture théâtrale. 2) des comédiens talentueux. 3) une mise en scène rigoureuse et une scénographie au service du texte. En l’occurrence, le parti retenu par le metteur en scène et le décorateur (Pascal Catayee) fut de placer les deux hommes (tous deux vêtus d’une combinaison de travail) face à face de part et d’autre d’une table qu’on pourrait imaginer dans un bistrot branché, cubique de forme et d’où surgit par moment une lumière bleutée. Le bleu est d’ailleurs la tonalité dominante et cette lumière froide n’est pas sans contribuer à la tension qui domine le spectacle de bout en bout. Lumière bleue qui contraste avec le rouge qui accompagne le tout début du spectacle lorsque le pêcheur, seul en scène, esquisse une valse. Première fausse piste ; il y en aura bien d’autres !
 
 

Opération de déstabilisation au CMAC : après Manuel Césaire, Josiane Cueff ?

Le débrayage du 06-12-2011

par Roland Sabra



  Le 30 avril 2010 Claude Lise, alors Président du Conseil Général mettait fin aux fonctions de Manuel Césaire, administrateur de l’éphémère regroupement CMAC-Atrium et qui de toute façon ne souhaitait pas s'aventurer davantage sur une planche savonnée.  Ce n'était là que l'épilogue, provisoire et non définitif, on va le voir, d'un énième épisode de la guerre picrocholine qui agite le vaisseau amarré rue Cazotte à Fort-de-France. Manuel Césaire avait estimé que les entraves du Conseil Général de l'époque à l'accomplissement de ce pourquoi il avait été nommé, « filialement » relayées à l'intérieur de la structure par des enjeux de pouvoir lui rendaient impossible l'accomplissement de sa mission, en conséquence de quoi il préférait jeter l'éponge. Parmi les chausse-trappes, on assista à une grève minoritaire, sept grévistes en tout et pour tout, se conclure en quelques heures par une augmentation de salaire de 150 Euros. Officiellement le conflit avait la forme d'une opposition entre deux projets de fusion des structures du CMAC et de l'Atrium. Claude Lise soutenait la création d'un Établissement Public Administratif ( EPA) qui confortait et renforçait la tutelle politique du Conseil Général sur le nouvel ensemble. Manuel Césaire était favorable à la création d'un Établissement Public à Caractère Industriel et Commercial qui privilégiait l'autonomie et l'indépendance de la culture vis à vis du pouvoir politique.

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"La vocifération des chrétiens de Civitas"


par  Alain Didier-Weill, psychanalyste


  La semaine dernière, un nombre appréciable de "restaurateurs" de "Civitas" – la cité catholique – s'était réuni dans l'enthousiasme, place de l'Alma, pendant qu'à quelques pas de là , au Théâtre du Rond-Point, se jouait la pièce de Rodrigo Garcia "Golgotha picnic" .

Un des prêtres qui animait le cortège, disciple de monseigneur Lefèbvre, tenait des propos qui permettaient de comprendre enfin, en toute clarté, qui était le responsable du malaise effrayant accablant la France, fille ainée de l'Eglise. Ce responsable avait un nom, connu depuis des millénaires, qui retrouvait hier sa fraicheur d'antan : ce nom était celui de "Satan". C'était lui qui était responsable du fait que le Théâtre du Rond-Point puisse recevoir des subventions du ministère, afin de monter et de montrer des œuvres diaboliques visant à blasphémer le Christ. Naturellement, expliquait ce prêtre, Satan était également responsable de Descartes, de Rousseau, et de toute la clique de penseurs qui, au nom d'une liberté soit disant donnée par Dieu (le libre arbitre), considérait que l'homme pouvait être un créateur. Pourquoi ne pas sourire devant ce discours, qui, après tout, pourrait sembler comique ? Pour plusieurs raisons. La première apparaît quand nous apprenons que le mentor de ces catholiques de Civitas est Alain Escada qui a toujours eu des liens politiques avec l'extrême droite, et qui se vantait d'avoir reçu un mail du député UMP, Pierre Remiller, lui apprenant l'existence d'une liste de 56 députés signataires d'une pétition contre la christianophobie.

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Robert Wilson et sa magie noire
 

 

par Jean-Pierre Léonardini

  La venue à Paris de Lulu, production du Berliner Ensemble, musique et chants de Lou Reed, mise 
en scène, décors et lumière de Robert Wilson, prouve 
à l’envi que ce dernier demeure, à ce jour, 
le plus fastueux inventeur de formes scéniques 
de notre temps (1). À partir de la fable noire que Frank Wedekind (1864-1918) mit des années à composer 
et qui donna lieu au sublime opéra d’Alban Berg, 
voici comme la quintessence, mise en jeu par des espèces de marionnettes humaines à déchiffrer ainsi que des hiéroglyphes, au milieu d’un incessant combat entre l’ombre et la clarté. On sait que Wilson prémédite d’abord son cadre visuel à partir de la lumière. C’est plus tard que les acteurs trouvent place dans le projet. 
Cette fois, beaucoup mieux que dans l’Opéra de quat’sous, par exemple, vu en 2009, où l’esthétique 
de Wilson devait par force en découdre avec les attendus dramaturgiques de Brecht, on peut s’avouer comblé devant l’harmonie chromatique d’une réalisation 
en tous points fidèles à l’esprit de Wedekind, apôtre 
d’un éternel féminin constamment bafoué et bouleversant, à travers la figure de la femme-enfant 
sans fin désirée et possédée sans qu’elle se donne.

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 L’Ange de la faute

 

de Marco Antonio de la Parra.

Par Selim Lander.

   Le théâtre du Guichet Montparnasse pourrait être l’avatar parisien d’une scène du Off avignonnais : petite salle dans laquelle se succèdent plusieurs spectacles quotidiens, souvent des créations, programmation éclectique, scénographie réduite a minima. Comme à Avignon, la qualité est inégale mais le théâtre présente toujours un risque que compense largement ici le plaisir de la découverte d’auteurs, d’interprètes inconnus.

 

Marco Antonio de la Parra n’est pas, pour sa part, complètement inconnu en France. Psychiatre, auteur d’une vingtaine de pièces de théâtre, sa Lettre ouverte à Pinochet – Monologue de la classe moyenne chilienne avec son père a été traduite et publiée en français. L’Ange de la faute est un autre monologue qui joue sur le même registre, celui de la culpabilité, non plus celle du peuple chilien et de l’auteur en particulier pour avoir toléré avec trop de complaisance la dictature, mais celle d’un individu ordinaire, inspecteur de police qui ne peut s’empêcher, à l’occasion d’une enquête criminelle, de ressasser la faute impardonnable qu’il a lui-même commise.

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Les humoristes contre la dépression sociale 

par José Alpha

 

  La chaleur humaine qui se dégageait de la salle Aimé Césaire de l’Atrium provoquée par le talent des humoristes martiniquais et guadeloupéens conduits par le comédien Alex Thobor, était palpable jusque sous l’immense ciel du théâtre. Plus de 800 personnes se sont déplacées, et c’est un fait social, un dimanche soir à 19h vers le Centre culturel départemental de Fort de France pour rire d’eux-mêmes, de leurs frustrations et de leur impuissance face aux dérèglements sociaux et civilisationnels qui écrasent la société martiniquaise.

Les martiniquais sont venus nombreux se détendre comme l’a développé « le philosophe corrosif » de la scène comique locale, et aujourd’hui nationale, Jean Yves Rupert revenu d’une grande tournée des communes de la Martinique après son succès au Zénith de Paris.
Se détendre, oui ! « Se détendre avant tout » comme l’ont martelé les humoristes Thierry Adèle qui atteste d’un parcours professionnel très prometteur, et comme l’ont souligné aussi Prospère et les étonnants frères Bostik de la Guadeloupe.
 
 

 LA LOI DE TIBI
D’après « Mieux que nos pères »  

Don Quichotte…. & Sancho Panza
 

par Christian Antourel &
Ysa de Saint-Auret

 

 Imaginons un ailleurs au milieu de nulle part,  mais marqué par la misère, par un déterminisme prénatal, cette prédisposition au manque de chance, à une victimisation chronique, où le malheur s’écrit en lettres capitales. Ravages de tous les fléaux qui touchent la société. L’avidité et tous les vices de la condition humaine, qui font de ce monde ce qu’il est, dans son masque le plus ténébreux. A ce moment là entre en scène Tibi en «  habit de lumière. » L’Auguste triste mais encore plus joyeux. La mise en scène nous l’impose déplorable et au bout du compte, relativement attachant. Forgé d’humour noir ou d’ironie féroce. Avec un cœur qui respire la communication. Si Don quichotte transparaît dans sa fibre combative, il y a certainement dans un recoin un Sancho Panza dans sa force d’aimer. Comme dans un traveling de cinéma, revenant sans cesse sur «  le séducteur »pour faire jaillir en gros plan son rôle principal , ce voyage , ce formidable questionnement montre un personnage en constantes métamorphoses mentales autour d’un seul axe ; ce monde qui est le notre et dont on ne peut renoncer au nom de l’humain..

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Le solitaire de Ionesco
L’expérience de l'illumination

par Christian Antourel &
Ysa de Saint-Auret

« A trente cinq ans, il est temps de se retirer de la course. J’en avais par-dessus la tète de mon emploi. Je serais mort d’ennui et de tristesse si je n’avais pas fait cet héritage inattendu »

 

  Ionesco prince de la dérision et de l’absurde nous plonge sans ménagement dans l’étonnement, car en opposition à la profusion de ses pièces de théâtre dont il nous a abreuvé, il se fend d’un moindre ouvrage, insignifiant, inaperçu , inexistant….. en apparence. . À l’image de son personnage principal, affublé du nom de «  solitaire » personnage a la fois original, piètre, en constat d’échec, qui passe en revue son passé vide de sens. Le metteur en scène nous propose une démonstration remarquable de l’irrationalité, ou l’art d’habiller le vide. Jean louis Martinelli cherche à dépeindre les affres d’un homme englué dans sa médiocrité existentielle, à travers un tableau épuré, limpide et contrasté. Entre une vie ratée, un écroulement de l’être et de l’âme dans l’ambiance dédalesque d’un chaos instinctif, et un héritage providentiel, coup de théâtre qui nous bascule ensemble dans un huis clos sartrien. La mise en scène s’approprie la pièce dans une dramaturgie alternative et lumineuse, pour l’éloge d’une imagination à fleur de peau. L’immobilisme nous saute au visage en amples sinuosités et certitudes, par les méandres de l’incongru restitué : l’antre névrotique d’une chambre à coucher. Lorsque l’homme devient objet de ses délires et ose des regards, une philosophie de derrière ses paupières closes, comme une fêlure, pas bien dans sa tête pas bien dans sa vie. Il n’est pas seul dans sa peau et assume ses propres contradictions. L’existence est toujours compliquée. Mais en ce lieu de théâtre la précision implacable et affolante d’une mise en scène finement articulée , parée d’une tonalité savamment désaccordée, veut démonter la complexité qui atteint des sommets où l’absolu des situations doit être une évidence.

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Du théâtre avant toute chose!

 

Au CMAC les 16 et 17 novembre 2011

par Roland Sabra

 

   « Le théâtre populaire engagé, orienté, dirigé, dicté par les représentants de l'Etat, par les politiciens, n'est pas un théâtre populaire, mais un théâtre concentrationnaire, impopulaire. Le théâtre populaire, c'est le théâtre d'imagination, le véritable théâtre libre. Les idéologues de la politique ont voulu faire main basse sur le théâtre et l'utiliser à leur profit comme un instrument. Mais l'art n'est pas ou ne doit pas être l'affaire de l'Etat. C'est un péché contre l'esprit que d'entraver la spontanéité créatrice. ... » Eugène ionesco dans un Message pour la Journée Mondiale du Théâtre le 27 mars 1976

A cette déclaration d'intention, ce positionnement très clair sur le théâtre politique on opposera Ionesco lui-même, ou plus exactement une de ses pièces les plus célèbres « Rhinocéros » et pour être encore plus précis la lecture qu'en a fait Emmanuel Demarcy-Mota dans sa mise en scène cette année au Théâtre de la Ville. Il s'agissait là ni plus ni moins d' un pamphlet politique contre l'obscurantisme sarkozyste ! Comme quoi une œuvre publiée n'appartient plus totalement à son auteur. C'est toujours cette thématique d'une insuffisance de la politique à répondre aux seules questions qui vaillent : «  que sommes-nous, d'où venons-nous, où allons-nous »1 qui traverse l'œuvre de Ionesco et que l'on retrouve donc dans «Le solitaire » présenté les 16 et 17 novembre 2011 dans la salle Frantz Fanon du CMAC.

 

Entre acculturation et butin de guerre, la langue

par Rosa Moussaoui

  L’auteur, comédien 
et metteur en scène congolais Dieudonné Niangouna 
présente le Socle des vertiges, 
aux Amandiers, 
à Nanterre.

Brazzaville, années 1990. Un homme surgit de nulle part, un seau de boue à la main. Il s’en vide le contenu sur le corps, puis se jette dans un soliloque que rythment les gestes rageurs de quatre personnages pétrissant la glaise, démiurges en échec. Préambule d’un récit effréné, circulaire, polyphonique, qui croise conte individuel et drame collectif.

L’auteur, comédien et metteur en scène ­Dieudonné ­Niangouna, artiste associé au Festival d’Avignon en 2013, crée le Socle des vertiges, fable racontée par deux frères, ­Roger et ­Fido, l’un légitime et l’autre pas, amoureux d’une même femme, hantés par le secret de leur naissance. Au point de départ de leur quête d’origines, la mort de leur père, criblé par les balles d’un Magnum 44. Où l’on plonge dans l’enfer d’une guerre civile sponsorisée par Elf avec la bénédiction d’une oppressante « mère partie /  mère patrie ».

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"L’Iceberg" : un brûlot contre le capitalisme financier

 

par Roland Sabra

   Comment parler d'un spectacle qui échappe à toute classification, qui broie les repères tranquilles de nos repères catégoriels ? Est-ce du cirque ? de la danse ?, du cinéma ? des marionnettes ? du théâtre ? du chant ? De la poésie ? C'est bien sûr à la fois tout ça et bien autre chose, quelque chose qui dépasse l'entendement, quelque chose qui relève de l'hypnose et du cours d'économie politique.

Quand les portes s'ouvrent ils sont déjà là sur scène, huit à s'échauffer autour d'une immense poutre métallique, totem théâtral qui traverse le plateau de part en part et qui sera hissé pour des numéros de haute voltige. En fond de scène un écran, sur lequel sera projeté des documentaires, des interviews, des listings d'ordinateurs, des slogans, des citations, des tableaux d'un des co-auteurs du spectacle, plasticien à temps perdu et surtout de magnifiques ombres chinoises.

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"Le cœur d’une mère"

Le bon bout du Théâtre créole


Par José Alpha

   Face à la scène où se déroulait le drame familial que m’invitait à voir au Théâtre municipal de Fort de France la pièce « le cœur d’une mère » de Jean Michel Dubray du « Théâtre-du-bon-bout » de la Martinique, j’entendais les commentaires murmurés, les rires, les approbations et les soupirs d’une salle immergée par la douleur d’une jeune mère durement confrontée au protectionnisme maternel exercé sur le père de sa fille, par celle qui aurait pu être sa belle mère.

Une situation bien connue dans toutes les familles du monde et particulièrement dans les Antilles, les pays latins d’Europe, des Amériques et de la Caraïbe. La mère protège tellement son fils qu’elle en fait un lâche, un profiteur, un « coq en pâte » immature et manipulateur comme ont pu le souligner, avec l’auteur de la pièce, les cliniciens qui tentent encore d’éclaircir le rôle du père dans la famille antillaise. En fait, la mère courage (Solange) qui a élevé seule son fils (Roger), répète son propre échec affectif et conjugal en jetant l’opprobre sur la jeune « intrigante » (Brigitte) qui a tenté de lui dérober par la maternité, ce fils trop « bien aimé ». Sa belle fille devient sa rivale surtout qu’elle estimait son fils trop jeune pour être père; elle détourne donc avec autorité Roger qu’elle vénère et qu’elle a élevé « au prix de lourds sacrifices », de Brigitte, la jeune adolescente enceinte à l’époque, indigne de son fils, qui a cherché à lui enlever l’amour de sa vie.

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Dans « Le cœur d'une mère » : de l'amour et de la haine !


Deux protagonistes, Brigitte et Roger, de la pièce de Jean-Michel Dubray

par Roland Sabra


   C'est ce que déclarent au milieu de la pièce l'ensemble des personnages réunis pour la cause sur le plateau. La mère ? Un homme comme les autres ! Qu'il y ait besoin de rappeler que la mère est un être humain, c'est dire ce qu'il en est de l'« utérococratie » aux Antilles. Un constat que le célèbre pédiatre Aldo Naouri, fidèle auditeur du séminaire de Lacan, ne désavouerait pas. Voilà le beau sujet de comédie que nous propose le T.B.B, Théâtre du Bon Bout celui-là, crée il y cinq ans et animé par Jean-Michel Dubray. Le metteur en scène à longtemps trainé ses basques du coté du SERMAC avant de voler de ses propres ailes.

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Théâtre – Retour en Martinique.

 

Par Selim Lander.

  De retour en Martinique après un été chargé, en Avignon, où le théâtre se porte bien, peut-être trop (le festival n’est-il pas au bord de l’apoplexie à force de grossir d’année en année ?) mais les artistes moins bien. Comme chacun sait, l’excès en tout est un défaut et plus précisément, comme l’enseignent les économistes, l’excès de l’offre par rapport à la demande s’avère catastrophique pour les offreurs qui se retrouvent avec des stocks inutiles sur les bras. En l’occurrence, des places vides dans les salles que les comédiens louent à grand prix. La plupart des troupes qui se produisent dans le Off acceptent d’entrée l’idée qu’elles perdront de l’argent et misent sur le fait qu’elles seront remarquées par un ou plusieurs programmateurs et qu’elles récupèreront dans des tournées futures l’argent investi en Avignon. Un pari risqué où beaucoup se retrouvent perdants.

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Théâtre : Octobre aixois.

Par Selim Lander.

Un Malade imaginaire « moliéresque »

  On peut traiter le Malade imaginaire de bien des façons. Nous avions vu cette année en Avignon une mise en scène remarquablement dynamique par le Théâtre du Kronope, en forme de comedia del arte, avec masques et costumes d’époque. Le hasard nous a conduit à assister au Théâtre du Jeu de Paume, à Aix-en-Provence, à la même pièce montée dans un esprit complètement différent par une compagnie marseillaise, Didascalies and Co. Exercice passionnant puisqu’il visait à rendre compte de l’ensemble des intentions de Molière dans cette pièce.

Le Malade imaginaire est d’abord une pièce comique : nous ne serions pas, sinon, chez Molière. Mais c’est une comédie dramatique. Lorsque Molière l’écrivit, il était lui-même malade et l’on se souvient peut-être qu’il fut pris d’une sorte de convulsion au moment de prononcer le mot « juro » (« je jure ») dans la dernière scène, celle de la cérémonie farce au cours de laquelle Argan, le malade joué par Molière lui-même, est intronisé médecin. Molière termina la comédie comme il put et mourut dans les heures qui suivirent. Son point de vue sur la médecine n’était donc plus tout à fait celui des pièces précédentes où il avait moqué la fausse science médicale. À Béralde, son frère, qui ne cesse de brocarder les médecins de son temps, Argan-Molière oppose désormais un argument de bon sens : « Il est aisé de parler contre la médecine quand on est en pleine santé » ! Enfin cette pièce poursuivait un objectif politique : il s’agissait pour Molière de rentrer en grâce auprès de Louis XIV après sa brouille avec Lulli qui était, lui, resté le favori du roi. C’est ce dernier point qui explique le prologue grandiloquent à la gloire du monarque. Exemple :

 

Déraisons de la colère
 

Yna Boulangé dans "Folie"
de Marie Vieux-Chauvet
Mise en scène José Exélis
dans une adaptation de José Pliya

par Christian Antourel & Ysa de Saint-Auret.


  Dans cette adaptation de José Pliya, José Exélis monte à cru tendu l’ultime volet de la trilogie: Amour, Colère et folie et réussit la mise en scène qui voltige sur le corps, le souffle et la voix que Marie Vieux –Chauvet a lancé dans une exclamation exacerbée d’écriture abrupte, sèche et volontairement subversive. Elle participe d’un au-delà des mots qui échappent au langage indicible, de ces maux qui ont la couleur du vide et reflètent jusqu’au silence des choses par la quête d’un dire, d’un bien dire qui émerge au milieu du désordre quand la perte n’est plus l’absence mais la dimension même de l’absolu, de la vie. C’est que la chose démontrée, l’est dans une harmonie inversée qui à travers la douleur vise le beau. L’épreuve du bien est ici l’épreuve du mal. Les idéologies totalitaires, les tyrannies, les intégrismes sont parfaitement compris et sur le voile de cette histoire se peint l’amour, la colère la résistance, l’espoir et la folie. Cécile est ainsi confrontée à un double rapport au manque ; d’abord l’absence, bien sûr, et elle incarne également les traits de l’union entre guerre et paix, pour mieux rester captive d’une image que nul ne pourra altérer. Kant fait de la raison l’unique argument de la survie de l’homme, identifiant celle-ci a la loi et perçoit dans la douleur une limite à l’oppression, aux renoncements et au maintient du bien dans son inaccessibilité.

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 "Folie" de corps et d'âme

Yna Boulangé dans une mise en scène de José Exélis du troisième volet de l'œuvre de Marie Vieux-Chauvet

    « Folie » le troisième volet de l'œuvre de Marie Vieux-Chauvet nous est proposé dans une adaptation de José Pliya et une mise en scène de José Exélis avec pour unique comédienne Yna Boulangé. Il y a toujours cette difficulté de l'adaptation d'un texte romanesque au théâtre. José Pliya, spécialiste en la matière, en connait les affres et les tourments avec d'assez belles réussites quoique toujours limitées par la structure du texte qui quelques fois fait résistance. Adapter sans trahir, telle est la gageure. Pour « Folie » le pari est gagné, dans la mesure où l'on croit, par instant, reconnaître le texte en l'entendant. La fidélité est d'esprit. C'est la plus sûre.

Le plateau est nu comme à l'accoutumé chez Exélis, une ronde de terre rouge occupe une grande partie de l'espace, un fil avec deux rideaux blancs, la traverse sur la partie arrière-gauche, deux petits ilots de cette même terre sur le coté droit et en toile de fond, une immense photo d'astre lunaire qui bougera peu, juste remplacée un moment par un mur d'images de guerres immémoriales.

 

Un beau spectacle à l’Atrium : le Tartuffe de Deluge

 

par F. Cuvillier

  Pas facile, d’apporter quelque chose d’innovant à l’une des pièces les plus jouées du répertoire français ; ni de remettre au goût du public néophyte moderne un texte de trois siècles et demi, ni de faire monter sur les planches des amis dont ce n’est pas le métier premier, même s’ils connaissent la scène : les stars modernes qui se piquent du grand écran ont pour elles des micros, des prises à refaire, et non un direct devant des ados prompts à la dérision…
Hervé Deluge relève pourtant ce défi avec succès, audace et cohérence. Des choix courageux mais pertinents offrent au jeune public des émotions restaurées et un texte dépouillé des longueurs scabreuses auxquelles Molière, en son temps, avait été contraint pour se dépatouiller des dangers de la censure et satisfaire in extremis les nécessités du genre par un coup de théâtre ultime qui rétablissait une affaire pourtant bien sombre…
S’il fallait plaire à la cour en 1665, et ne pas dévoyer au code, Hervé Deluge préfère s’attacher à la signification humaine du texte, métaphoriser le train hypocrite et sans fin du monde, ne pas laisser les pudeurs du verbe classique cacher aux mœurs modernes l’arrogance provocante de Molière, qui lui coûta bien des soucis… (et le metteur en scène moderne de subir à son tour, comme si cette pièce était frappée de malédiction, les turpitudes de la critique, puisque toute action profonde entraîne une réaction équivalente, et que l’adaptation de la mise en scène est stupéfiante du début à la fin.)
Quelle invention ! quel mariage de Molière aux découvertes ultérieures du théâtre ! comme Jean Baptiste Poquelin aurait été enthousiaste d’utiliser un espace aussi vaste, un décor aussi poétique et chorégraphié, des objets qui, inattendus, s’intègrent pourtant avec astuce dans le jeu signifiant et varié des personnages, sans être de simples fioritures formelles, superflues ou gratuites : des trouvailles riches en finesses, en poésie, en humour, en nuances approfondies, non des effets de style hétéroclite ; elles répondent à l’intention première du texte, à la compréhension la plus avancée de l’objet-actant, du corps étendu de l’acteur, et dans l’olympe de la littérature, au cénacle des géants du théâtre, la rencontre de Molière et de Beckett, l’apparition d’un classicisme absurde, est un rêve que n’aurait pas renié Cocteau, qui lui aussi mêla l’ancien au moderne en cherchant ce sublime troublant de l’enfantin-désabusé.
Quand aux personnages, ils bénéficient d’une distribution judicieuse, et les menues imperfections du jeu instaurent un caractère tendre, familial, complice, tolérant, pédagogique avec le public. Le métissage dédoublé de la bonne est une belle réussite ; la fragilité adolescente correspond aux personnages de jeunes gens, tandis que sonne la maîtrise académique de l’oncle censeur ; la grand-mère a un relief époustouflant tant elle fait corps avec sa machine. Bien sûr, le public est curieux de voir ses « stars », et leur accorde un crédit de tolérance sympathique pour cet exercice nouveau. Il y a sans doute quelque chose d’encourageant de voir tenter l’expérience même si le vaste espace acoustique est impitoyable pour les voix, une touchante humilité à s’exposer sans garantie au public.
Mais surtout, surtout, il y a cette délicieuse appropriation antillaise des rapports amoureux, une ambiguïté préservée du personnage éponyme, et pour celle qu’il convoite, soucieuse de sa progéniture ou toréador à ses heures, toute la maturité d’une dignité malicieuse : la réalité de cette fanm-doubout met presque le texte en sourdine.
On espère qu’Hervé Deluge, nouveau shopper-rider-cul-de-jatte de la scène, n’est pas las de célébrer la fête du théâtre ; et l’on dit à sa troupe qu’elle a fait aimer aux jeunes martiniquais ce bel art qu’on voudrait enterrer. Un grand merci au théâtre national.

 

Une comédie introuvable

 

Par José Alpha

  L’inspiration comique des évènements, des situations et des personnages portée à la scène théâtrale répond généralement au besoin de détente et de distanciation que nous procurent par exemple les humoristes en général, ou les talentueux comiques antillais de plus en plus présents sur les scènes locales et nationales.
Nous avons plaisir à les voir se débattre à notre place, dans des situations de conflits, de frustration, de mensonges, de mauvaises fois et d’impuissance.

Alors quand on annonce « le Tartuffe » de Molière, même si on ne connait pas l’histoire, on s’attend à découvrir comme tout le monde, des développements suffisamment comiques servis par la réputation de l’auteur et surtout par la jeunesse du metteur en scène, de surcroit martiniquais donc bien au fait des relations humaines volcaniques et passionnelles qui nous constituent malgré tout.

Créée à partir de la combinaison du comique et de l’art théâtral, la comédie est avant tout, aujourd’hui, un régulateur des tensions quotidiennes. Tout le monde le sait, tout le monde l’a bien compris. Et c’est en ce sens que les situations sociales, les conflits interpersonnels et les frustrations trouvent dans ce genre théâtral, l’antidépresseur bienfaisant qui favorise le rire de soi, de ses travers, de ses manquements et de ses erreurs. Le personnage ridicule de la comédie, loin d’émouvoir, justifie chez le spectateur la satisfaction de soi-même et autorise la détente comique qui maintient la relation avec le public.

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Les triporteurs de la discorde
 

Par Christian Antourel

« Notre intention, c’est aussi établir un pont entre l’Education Nationale et le théâtre professionnel, qui puisse nourrir les espoirs d’une action culturelle soutenue » (Hervé Deluge)

   Le Tartuffe est une comédie de mœurs. La pièce étudie et fait la satire appuyée des dévots. C’est dans Tartuffe que Molière définit le mieux son but qui est de peindre les hypocrisies religieuses, l’aveuglement et les problèmes de l’extrême dévotion. L’analyse se veut fine et également met en relief les rapports maîtres/serviteurs. La pièce a été le plus grands succès de Molière. C’est l’histoire d’une famille aux prises avec un prédateur. Les personnages qui doivent occuper le devant de la scène sont Orgon, Elmire et Tartuffe. Selon le schéma hérité de la farce médiévale avec la femme, le mari, et l’amant : ce personnage intrus qui s’immisce dans le couple. Mais la pièce est bien plus sophistiquée qu’elle le semble .Passions, rires, larmes et rebondissements, doivent en faire une comédie divertissante. Hervé Deluge dans des proportions qui prennent toujours le risque de l’audace cherche derrière la farce et la bouffonnerie de la pièce, un plus délirant, excentrique même,  dans cette famille qui est un champ de bataille ou stratégies, ruses, attaques et coups d’éclat se succèdent. C’est dans ce décor qu’apparaît Tartuffe, hypocrite à son tour, manipulé par ceux qu’il croyait soumettre à son pouvoir. Son passage comble les non-dits, révèle les antagonismes exacerbés. Les tensions laissent finalement chacun face à une nouvelle vie où les masques tombent. Hervé cherche toujours à créer un théâtre holistique (qui considère les différents éléments en présence, comme constituant un tout cohérent) Ainsi il veut, que les comédiens, l’action, le décor soient inextricablement liés.

 

Tartuffe en roue libre

par Roland Sabra

    Tartuffe n'est peut-être pas le personnage principal de la pièce éponyme de Molière. C'est sans doute Orgon que l'auteur interprétait lui même. On pourrait même présenter Orgon comme un homme amoureux d' un faux dévot auquel il est prêt à tout sacrifier par entêtement, ou plutôt par amour. On pourrait. Hervé Deluge aurait pu...

Disons le d'emblée il y a des trouvailles de mise en scène, une belle scénographie, de très belles lumières dues, une fois de plus à Dominique Guesdon. On se souviendra du clin d'oeil à la célèbre photo de Marylin Monroe sur une grille de métro avec Elmire, la femme d'Orgon, robe offerte au vent tout comme on aura photographié Madame Pernelle icône agenouillée dans la troisième dimension d'un vitrail collé au sol. Moments de pure beauté plastique. La musique de Alfred Fantome à une petite tonalité « orientalisante » qui in-temporalise ingénieusement la pièce, Le recours à des tricycles pour le déplacement des personnages sur l'immense plateau nu du CMAC est aussi une bonne idée, qui tourne parfois au procédé mais qui pouvait signifier une distance maitrisée avec le texte. Le plateau est vide à l'exception d'une grande cage grillagée sur la partie gauche, à l'intérieur de laquelle les comédiens n'apparaissent qu'à mi-corps. Les entrées et les sorties de scènes se font par des trappes dissimulées sur le sol. La modernité de bon aloi de la scénographie pèche par insuffisance, par manquement notamment en matière de micro vhf. Il y a des scènes notamment celles qui se déroulent sous le plancher de la scène quand les comédiens passent d'une trappe à une autre qui sont totalement inaudibles !

 

Hervé Deluge monte
Le tartuffe

    Pourquoi monter le tartuffe ici et maintenant en Martinique ?

Tartuffe est l'une des pièces qui a fait l’objet du plus grand nombre de mises en scène au monde. C'est dire si cette dernière pose des questionnements universels.
Pour une équipe artistique martiniquaise se confronter à cette œuvre c'est poser concrètement un défi : celui de nous l'approprier de manière vivante, contemporaine et sans complexe.
C'est aussi établir un pont entre l’éducation nationale et le théâtre professionnel, qui puisse nourrir les espoirs d’une action culturelle soutenue.
Jouer une pièce classique en Martinique 15 fois dans la grande salle de l'Atrium est une gageure et constitue une première. C'est surtout offrir à notre jeunesse l’opportunité d’assister aux représentations d’un spectacle qui ouvre aux enseignants comme aux élèves une large sphère d'investigation. Ainsi qu'à tout amoureux du théâtre classique ou du théâtre tout court.

L'hypocrisie n'est-elle pas nécessaire au maintien de la religion et de ses lois?
-Pourquoi la religion serait-elle nécessairement liée à l'hypocrisie?
Il me semble qu'il existe des gens qui ont réellement la foi et qui l'appliquent avec sincérité, c'est à dire dans l'amour du prochain. Sans exclusions définitives de l'autre et surtout en dehors de ce phénomène de mutation qui a fait des religions, des partis politiques. Et l'on sait tous que la politique engendre la violence.

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Hamlet décapé d'épée!

par Roland Sabra

  La saison du Théâtre Aimé Césaire de Fort-de-France s'est ouverte avec «Hamlet» dans une mise- en scène décapante du jeune Igor Mendjisky. Décapante en effet d'abord par les costumes, sans âge, modernes, vaguement destroy des comédiens, par la superbe bande son, très jazz très blues, les lumières très sombres, par le jeu très électrique, très survolté même du personnage principal et aussi par la lecture que nous propose le metteur en scène. Igor Mendjisky part du principe que la pièce de Shakespeare pose des milliers de questions et qu'il serait réducteur de vouloir y répondre. Il faudrait rester dans le doute, l'incertitude. Parti pris de mise en scène qui n'est pas un évitement de lecture mais un refus de choisir. Position par excellence de l'hystérique; elle; (lui); qui refuse de se voir assigner une identité sexuée et qui se complait dans l'entre-deux sexes.

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Atelier théâtre des Trois-Ilets

  Il ya trois ans la compagnie les Enfants de la mer" du metteur en scène martiniquais José Exélis ouvrait aux Trois-Ilets un atelier théâtre ouvert ç tous? C'est Arielle Bloesch, elle aussi metteure en scène, on lui doit notamment le travail intéressant autour d'une création martiniquaise "La nuit caribéenne", très appréciée au Festival Mondial des Arts Nègres (FESMAN) de Dakar l'an dernier, qui était en charge de l'animation. Trois ans plus tard donc, c'est sa propre compagnie "Les Berlick" qui reprend le flambeau, José Exélis étant tout entier à régler la mise en scène du troisième volet, tant attendu de "Folies", l'adaptation de José Pliya du roman de Marie Vieux-Chauvet. Ecoutons Arielle Bloesch nous parler du nom de sa compagnie ! :  "Berlick est le nom d'un personnage du théâtre de Guignol que fréquentait la mère d'Alexandre Dumas. Un diable noir et facétieux qui a donné sa  naissance le surnom de l'auteur des Trois Mousquetaires. Un diable d'auteur dont le sang caribéen bouillonnait d'une imagination qui a passionné des générations de lecteurs dans le monde entier."

Le 17 septembre  avait donc lieu une reprise d'un spectacle de fin d'année de juin qui présentait les travaux de l'année., soit un ensemble de cinq courtes pièces de Jean-Claude Grumberg, auteur et metteur en scène connu et reconnu par ses pairs, notamment lors de la cérémonie des Molières pour Zone Libre et l'Atelier entre autres.

 Le premier mérite d'Arielle Bloesch est d'avoir eu l'audace de proposer des textes de cet auteur qui tournent autour d'une problématique peu souvent abordée ici dans notre belle ile, celle des conséquences de la Shoah sur la construction identitaire d'un enfant juif miraculeusement épargné, parce que recueilli par des Justes peu après sa naissance. Les esprits chagrins, étroits ou les deux à la fois diront qu'en matière de construction identitaire, il y a  ici déjà beaucoup à faire pour s'intéresser à celle de l'Autre..

Les prestations sont certes inégales comme toujours dans les ateliers amateurs, et hélas pas seulement amateurs, mais la représentation laissait voir un véritable travail de direction de comédien, qui est la patte d'Arielle Bloesch. C'est le second mérite de ce travail soutenu par la municipalité des Trois-Ilets et son directeur  de la Culture et des Sports, Bruno Mariette.  Cet Atelier de la Cie Les Berlicks est aussi l'occasion d'un brassage ethnique, reflet de la population de la commune. Ce qui n'est pas rien.

Pour les dates et horaires contacter Arielle Bloesch au 0696 22 58 63. 2 rue du Quadrille ( ex-école Sixtain) lesberlick@hotmail.fr

Madinin'Art

 

   1143 spectacles différents en un peu plus de trois semaines, 969 compagnies, 6000 artistes, presque autant de « professionnels » (producteurs, diffuseurs, journalistes) : ces chiffres donnent le tournis et signalent qu’on ne peut bien sûr rendre compte de l’ensemble du Off. Après une petite semaine seulement en Avignon, il est tout au plus possible d’évoquer quelques-uns des spectacles du programme.

Il convient de souligner tout d’abord que cette surabondance est loin d’être favorable à tous. Certes, elle permet à de parfaits inconnus de se faire connaître, mais à côté de ces quelques-uns qui seront bénis par la Fortune, combien qui présentent des choses remarquables ne parviendront jamais à remplir la salle – pourtant de dimension réduite – où ils se produisent et ne rentreront pas dans leurs fonds (les propriétaires des salles ne faisant aucun cadeau). Et combien, aux prestations tout autant dépourvues de texte que de talent, sont venus attirés par un miroir alouettes, alors qu’ils n’auraient pas passé la barrière de la moindre sélection. Car tel est le parti et le pari du Off, de donner à tout le monde sa chance, y compris à ceux qui n’en ont aucune. Pour notre part, nous ne parlerons ici que des spectacles qui nous ont plu, pour une raison ou pour une autre.

 

"D’un retournement l’autre."
Comédie sérieuse sur la crise financière 


Economiste, Frédéric Lordon est connu pour ses essais critiques sur la mondialisation financière,
qui ont rencontré un grand succès public. Il a ici choisi une forme singulière, celle du théâtre, pour
mettre en scène la crise de la finance mondiale. Le rideau s’ouvre : Messieurs les Banquiers, son Altesse le président de la République française, Monsieur le Premier ministre, Monsieur le Gouverneur de la Banque centrale et le petit peuple des conseillers de la Cour. La pièce peut commencer : complètement lessivés par la crise des désormais célèbres « subpraïmes » (sic), les Banquiers vont bientôt sonner à la porte de l’Etat pour lui demander de mettre la main au porte-monnaie…Frédéric Lordon se révèle un versificateur virtuose, qui a fait le choix de l’alexandrin pour raconter la déconfiture d’un système qui a tous les traits de l’Ancien Régime. Mais si la forme évoque la tragédie classique, D’un retournement l’autre est aussi une farce sinistre qui dresse un portrait dévastateur de notre élite (le lecteur reconnaîtra sans peine ses plus célèbres représentants). On rit jaune, à écouter cet aréopage de beaux parleurs affolés par l’interminable maelstrom qu’ils ont provoqué, mais qui jamais n’abjureront leur foi dans les vertus du marché. Crise de la finance, sauvetage public, Explosion de la dette et rigueur hystérique. Et comme d’habitude, à qui va l’addition ? Qui donc de la farce pour être le dindon ? On l’aura compris : le « retournement » à venir n’aura rien à voir avec celui d’un cours de bourse (Présentation de l’éditeur)

D’un retournement l’autre. Comédie sérieuse sur la crise financière. En trois actes et en alexandrins, de Frédéric Lordon.

 

Girouette et pisse-vinaigre

 

par Christian Antourel

   Le point de départ de Girouette et Pisse- Vinaigre de Syto Cavé et Alain Blondel est le texte«  Voisin Voisine » d’abord monté a Barcelone en 2004 pour le Forum des cultures puis a Port -au- Prince , New York, Fort de France et Paris. C’est une réflexion écrite de leur parole mixée que le poète et dramaturge haïtien et le plasticien on muri dans un questionnement sur l’enfermement de la langue contemporaine, ou en panne dans notre société. Ils ont suivi des courants de pensées sur la distinction entre lecture et écriture entre cris et chuchotement, révolution et silence. Jusqu’à cet autre texte, d’une littérature de l’émotion introduite par une volonté arrogante d’une parole plus franche encore, pour échapper aux règles des conversations jouées dans un certain ordre social, par habitude ou lassitude. Pour changer l’image et le son. Déplacer la syntaxe, en obtenir d’autres musicalités dans l’apparente cacophonie, d’un bric à brac de grammaire architecturale libérée. Un jeu de mots croisés structurés/déstructurés, assemblés/cassés. Action violente dans les termes mais qui utilise toujours la poétique de Syto Cavé dans cette mathématique bleue qui enrichie l’écriture de la langue tout en réduisant jusqu'à les confondre l’architecture et l’artisanat des lignes directrices dictées et l’orthographe des espaces de lumières et de sons Dans ce fracas de combinaisons grammaticales éclectiques et fantaisistes la mise a mal des diversités d’expression contemporaines est parfois sidérantes toujours au-delà du possible et provoque un plaisir intellectuel intense. De cette jubilation naissent des pistes pour Syto Cavé et Alain Blondel qui deviennent chercheurs. La pièce est un exercice périlleux. Un objectif commun relie le poète au plasticien : créer la dimension humaine d’un discours réinventé, dans une appétence pulsionnelle de découvreurs de dictionnaire. Loin très très loin des maladies de la Norme, dans le champ social où la parole s’éssoufle dans le carcan des règles de conjugaison.

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Mix'Art à l'école

par Christian Antourel


mailbox:///C|/Users/Roland%20SABRA/AppData/Roaming/Mozilla/SeaMonkey/Profiles/vp8lgoh8.default/Mail/pop3.madinin-art.net/Inbox?number=1328997070&part=1.3&filename=PHOTO%20MIX%27ART%201c.a&type=&filename=PHOTO%20MIX%27ART%201c.a Toutes les bonnes choses ont une fin. C’est en apothéose dans le décor mythique du cirque d’hiver Bouglione que l’Association Ariana a l’origine de « MIX’ART à l’école » référence incontestée, en terme de promotion de la diversité culturelle, qui s’adresse aux collégiens et lycéens au travers de la bande dessinée et des arts urbains a choisit de lancer le bouquet final de ce périple aux couleurs de la diversité culturelle. C’est la dernière image qui restera gravée dans les mémoires elle se devait d’être merveilleuse.   Ariana a véhiculé les valeurs de partage, d’échange, de transmission et d’enrichissement par la connaissance et l’ouverture aux autres. Soutenue par les principaux Ministères concernés (Ministère de l’Education Nationale, Ministère de la Culture, chargé à l’Outre-mer, Secrétariat d’Etat à la Jeunesse), par l’Agence Nationale pour la Cohésion Sociale et l’Egalite des Chances, et par la Direction de l’Accueil, de l’Intégration et de la Citoyenneté. Fort du partenariat avec la Délégation Académique, avec les groupes France Télévisions et Lagardère Active, et du concours de mécènes renommés. « L’opération « MIX’ART à l’école » est une réponse forte et innovante de l’Association Ariana à l’enjeu de la promotion des valeurs républicaines chez les jeunes. » Cette opération associative permet en classe d’étudier, d’échanger et de révéler le talent autour du thème de la diversité culturelle par la bande dessinée et le street art. Le concours MIX’ART a donné la parole aux élèves de manière dynamique et participative. Un travail collégial où chacun s’est renvoyé la balle par le dessin et par l’écrit, sur des thèmes fondamentaux tels que la lutte contre la violence, le décrochage scolaire, et la tolérance.

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Girouette et pisse-vinaigre

par Christian Antourel

   Le point de départ de Girouette et Pisse- Vinaigre de Syto Cavé et Alain Blondel est le texte«  Voisin Voisine » d’abord monté a Barcelone en 2004 pour le Forum des cultures puis a Port -au- Prince , New York, Fort de France et Paris. C’est une réflexion écrite de leur parole mixée que le poète et dramaturge haïtien et le plasticien on muri dans un questionnement sur l’enfermement de la langue contemporaine, ou en panne dans notre société. Ils ont suivi des courants de pensées sur la distinction entre lecture et écriture entre cris et chuchotement, révolution et silence. Jusqu’à cet autre texte, d’une littérature de l’émotion introduite par une volonté arrogante d’une parole plus franche encore, pour échapper aux règles des conversations jouées dans un certain ordre social, par habitude ou lassitude. Pour changer l’image et le son. Déplacer la syntaxe, en obtenir d’autres musicalités dans l’apparente cacophonie, d’un bric à brac de grammaire architecturale libérée. Un jeu de mots croisés structurés/déstructurés, assemblés/cassés. Action violente dans les termes mais qui utilise toujours la poétique de Syto Cavé dans cette mathématique bleue qui enrichie l’écriture de la langue tout en réduisant jusqu'à les confondre l’architecture et l’artisanat des lignes directrices dictées et l’orthographe des espaces de lumières et de sons Dans ce fracas de combinaisons grammaticales éclectiques et fantaisistes la mise a mal des diversités d’expression contemporaines est parfois sidérantes toujours au-delà du possible et provoque un plaisir intellectuel intense. De cette jubilation naissent des pistes pour Syto Cavé et Alain Blondel qui deviennent chercheurs. La pièce est un exercice périlleux. Un objectif commun relie le poète au plasticien : créer la dimension humaine d’un discours réinventé, dans une appétence pulsionnelle de découvreurs de dictionnaire. Loin très très loin des maladies de la Norme, dans le champ social où la parole s’éssoufle dans le carcan des règles de conjugaison.

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La création théâtrale à la Havane :
Un espace de renouveau de la réflexion identitaire cubaine

 

par Alvina Ruprech

Le hasard a fait que j’ai pu voir les œuvres de trois metteurs en scène lors d’un séjour récent à la Havane. Leur manière d’aborder des questions concernant l’identité cubaine – de nouveaux rapports avec les traditions afro-cubaines, la discussion sur l’identité sexuelle et les possibilités artistiques d’un renouveau des sources de la pensée révolutionnaire – a révélé l’importance grandissante de la pratique théâtrale en tant qu’espace de réflexion sur les rapports entre l’individu et la société cubaine en général.

Eugenio Hernandez Espinosa, l’auteur de Maria Antonia, un classique contemporain de la littérature dramatique cubaine, a eu la gentillesse de m’inviter à une répétition de sa nouvelle mise en scène de son œuvre. L’événement a eu lieu au théâtre City Hall, siège de sa troupe le Teatro Caribeño de Cuba. Créée en 1967 par le regretté Roberto Blanco (le Grupo nacional el Taller dramático, devenu le Teatro Irrumpe), la production originale de Maria Antonia a représenté Cuba à la première édition du Festival des Amériques à Montréal (1985). Restée gravée dans la mémoire des artistes de l’époque, elle est devenue un événement mythique dans les annales théâtrales cubaines. Plus récemment, l’auteur a tenu à passer au-delà du mythe afin de donner à son œuvre une interprétation plus actuelle, tout en conservant le fondement spirituel et sensuel de la mise en scène originale.


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Deux spectacles du Théâtre Martiniquais sur le Festival Off d'Avignon 2011

La pièce scandaleusement éliminée, avant même de concourir, du palmarès du Festival de la Ville de Trinité sera jouée en Avignon

Label 2011 ANNEE DES OUTRE-MER


La compagnie VIRGUL' présentera deux de ses spectacles au Théâtre du Chapeau Rouge lors du Festival Off d'Avignon. Il s'agit de la pièce de Jean-Claude Danaud, "Les Sardines Grillées" et d'un spectacle de contes, dans la tradition du conte Créole de Martinique "Ti Chat pourquoi ris-tu ? " de Valer’EGOUY. Deux occasions de découvrir la diversité de la création Théâtrale de la Martinique d'aujourd'hui.
VIRGUL’ et son directeur artistique Valer’EGOUY sont très actifs dans le domaine de l'enracinement de la pratique théâtrale et de la parole contée dans les quartiers populaires de Fort de France. Ils sont à l'origine de plusieurs ateliers et rendez-vous culturels – Festival Contes et Musique dans la Cité, Lire et Dire pour le Plaisir, Arts et Culture en Vacances, spectacles jeune public, ...


Leur dernier spectacle "Les sardines grillées", dont l’amorce du travail a été effectuée par Corinne VASSON avant que Valer’EGOUY ne fasse la mise-en-scène, a rempli cette saison le Théâtre Aimé Césaire sur toutes les représentations.

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Que les fruits tiennent la promesse des fleurs

"Il want it, I'll get it !"

 

  Il ne faut pas désespérer de Hervé Deluge. S'il nous est arrivé d'être très réservé à l'égard de certaines de ses productions il nous arrive aussi d'être charmé par son travail. C'est le cas avec sa dernière production «I want it, I'll get it », présentée fin fin 2011 à Fort-de-France dans le cadre du Festival e Théâtre amateur. Hervé Deluge, s'est emparé non pas d'un texte d'auteur mais d'un ensemble d'écrits destinés à autre chose quel leur mise en scène théâtrale. Il y a là des articles de presse, des extraits de coupures de journaux des commentaires, des réflexions entendues ici où là, des saynètes inventées à partir d'une observation distanciée et critique des pratiques quotidiennes qu'elles soient télévisuelles, radiophoniques, issues du monde professionnel ou de la conjugalité ou d'autres domaines. On assiste alors à un théâtre fait de collages de petites scènes, dont chacune présente une unité discursive et dont l'emboitement génère en creux, détaché du contexte et à un autre niveau de réflexion, un étrillage vigoureux de l'ordre social capitaliste. Tout le contraire d'un discours militant bavard, didactique et empesé. Le sens résulte plus de la succession des tableaux que des tableaux eux-mêmes.

Il y a dans le travail de Hervé Deluge une piste intéressante qui est celle du refus d'une dichotomie entre l'écriture et la mise en scène. C'est en renonçant à cette césure, en brisant cette séparation, cette dualité qu'il semble avoir conduit ses comédiens amateurs. L'écriture théâtrale collective, qu'il nous propose alors, n'est pas seulement celle des mots, mais devient aussi celle des sens, des émotions.

Certes il y avait encore pas mal de scories à éliminer dans ce qui nous a été présenté. Certaines scènes mériteraient d'être plus ramassées, notamment celle du jeu de télévision. Mais il faut encourager ce théâtre de critique sociale, satirique, qui porte à rire et à penser et qui nous défatigue des habituels discours d'auto-lamentations.

Si la troupe manque d'homogénéité; si les prestations des comédiens sont hétérogènes elle comporte quelques éléments de qualité ( Guillaume Malsne, Emmanuelle Clément...) et les autres ne demandent qu'à progresser. En tout cas le théâtre amateur martiniquais est on ne peut plus vivant, riche et divers dans ses pratiques, reste à expliquer et à tenter de combler le fossé qui le sépare du théâtre professionnel.

R.S.

 

« I want it » : Pertinente comédie satirique.

 Par SelimLander.


   Beaucoup de compliments et peu de critiques pour ce spectacle imaginé et monté par Hervé Deluge. Un Deluge que l’on voit décidément beaucoup ces temps-ci : comme comédien dans Les Désincarcérés (voir notre chronique et celle de Roland Sabra), comme lecteur de L’Esclave et le Molosse de Chamoiseau, le 22 mai, et enfin comme auteur-metteur en scène dans cet I want it, comédie satirique qui nous instruit en nous distrayant.
Le message de la pièce est plus qu’instructif en effet puisqu’il nous met en face de la réalité du capitalisme néolibéral qui a proliféré, tel un chancre, sur presque toute la surface de la planète. Ses ressorts sont simples : l’envie et la peur. L’envie de consommer est encouragée par la publicité, laquelle, il faut le dire, trouve un terrain favorable dans le comportement mimétique (voir les analyses de René Girard) qui caractérise l’humanité en général. Quant à la peur, c’est celle de ne plus pouvoir continuer à maintenir – au moins – son niveau de consommation, donc, concrètement, celle de perdre son emploi. Le socialisme et la fonction publique (son avatar dans les pays capitalistes) ont bien des défauts mais pas celui-là. Quant au capitalisme, il possède deux leviers très efficaces pour terroriser la main d’œuvre, donc pour la discipliner : le progrès technique (qui permet de remplacer les travailleurs par les machines) et les délocalisations (qui permettent de remplacer les travailleurs d’ici par des travailleurs d’ailleurs, moins coûteux).
Hervé Deluge a choisi le ressort qui se montre en général le mieux à même d’emporter l’adhésion du spectateur, lorsqu’il s’agit de démontrer une thèse, aussi sérieuse soit-elle : l’humour, la comédie. De fait, on rit bien dans cette pièce, même si le rire est souvent grinçant. Car il ne faut pas faire beaucoup d’effort pour prendre en pitié les pantins qui sont manipulés devant nous par un chef d’entreprise-meneur de jeu, aussi charmeur que cruel.
Cette pièce s’inscrit dans les rencontres de théâtre amateur, organisées désormais chaque printemps au Théâtre de Fort-de-France. Cela se sent parfois, sans être vraiment gênant. On est dans l’ensemble admiratif par le travail des comédiens bénévoles et passionnés qui ont trouvé en eux des ressources qu’ils ne soupçonnaient probablement pas eux-mêmes. On ne va pas, ici, distribuer des médailles, mais on ne saurait passer sous silence le nom de Guillaume Malsne, qui porte avec une aisance et un bagout sans faille le rôle absolument crucial du chef d’entreprise.
Le spectacle est construit de manière à donner la parole successivement aux différents comédiens, placés le plus souvent frontalement, et qui interagissent assez peu. D’où l’importance du meneur de jeu, qui leur distribue la parole. Le jeu télévisé, la visite chez une « psy » font partie des artifices mis en œuvre pour amener les comédiens à s’exprimer les uns après les autres. Cela pourrait paraître répétitif mais ce n’est pas le cas, d’autant que le procédé n’est pas absolument systématique : certaines scènes (comme celle où les employés discutent de la possibilité de faire grève) amènent les comédiens à faire leur numéro… ensemble.
Puisqu’on a annoncé des critiques, il devrait être temps de s’exécuter. A la réflexion, nous ne le ferons pas. Car ce serait… exécuter les rares comédiens-comédiennes qui n’étaient visiblement pas à la hauteur de leur rôle, de telle sorte qu’il serait bien difficile de décider qui, du comédien ou du rôle, était responsable de notre malaise. S’il est normal d’accabler un professionnel qui ne se montre pas à la hauteur des exigences de sa profession, autant cela paraît injuste pour des amateurs. Sans doute eût-il fallu, pour que la qualité du spectacle se maintînt de bout en bout, ne pas hésiter à couper certaines branches…

 

La 5ème Rencontre de théâtre amateur de Fort-de-France s’est achevée sur une pièce d’Hervé Deluge

“I want it, I’ll get it!”

par Christian Antourel

Hervé Deluge écrit sa pièce au moment de« la crise»: Cette dégradation brutale de la situation économique planétaire. Une chorégraphie du mal de vivre. Alors que le monde cherche des solutions impénétrables, son théâtre, en observateur privilégié, pose ici des questions pertinentes pour aujourd’hui et l’avenir. La pièce, rappelle notamment, comment nous évoluons dans un univers imaginable, où le seul lien qui unit les hommes entre eux serait la production de valeurs financières et industrielles. Comment l’homme transforme le monde en objet promotionnel, où les gens se reconnaissent dans leur consommation. Quand le mécanisme qui relie l’homme à sa société n’est plus qu’un contrôle social dans les rêves de la publicité, qui dans le fondement d’un matérialisme ambiant fait du superflu, des besoins illusoires.

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Une précision de Daniel Boukman

Suite à l’article de La lettre de Madinin’Art en date du 10 juin 2011, qui fait allusion au spectacle présenté en ouverture du Festival Amateur de Trinité, je tiens à préciser que la troupe de Sainte-Luce a donné à voir une adaptation libre de « Monsieur Agoulou ek Ti Sonson » (pièce publiée, en 2008, par K.Editions, et dont je suis l’auteur) …Adaptation d’autant plus libre que la deuxième partie de cette pièce, qui donne à l’ensemble tout son sens, n’a pas été présentée.
Ceci dit, désireux d’encourager les efforts fournis par les membres de cette troupe, je formule le souhait que, par le biais d’un travail théâtral renforcé, les potentialités qu’elle recèle, puissent fleurir et fructifier

Daniel Boukman

 

Les dessous du jury du festival de Trinité

Plus d'un aura été scandalisé par le palmarès rendu public par Bérard Bourdon lors du Festival 2011 de théâtre amateur de la ville de Trinité. Sentiments d'iniquité et d'injustice dominent. Comme tout se sait très vite dans notre petit pays, nous avons appris que les membres du jury n'étaient pas unanimes, et c'est un euphémisme. Notons d'abord que Daniel Boukman dont la troupe "Key Manman Sent-Lis" présentait la pièce "Agoulou ek Ti sonson" a eu l'élégance de se retirer du jury. Il n'était pas venu à l'idée des organisateurs qu'il pouvait y avoir, comment dit-on aujourd'hui? Conflit d'intérêts? L'auteur n'a pas eu a se prononcer sur la façon dont son texte avait été passé à la moulinette, dépecé et restitué sous la forme d'un galimatias sans queue ni tête. Par ailleurs on a appris que les membres du jury s'étaient réunis plus d'une semaine avant l'ouverture et s'étaient mis d'accord pour exclure du palmarès "Les sardines grillées" au motif que la pièce avait déjà été jouée, notamment à Fort-de-France et qu'il ne s'agissait pas de vrais amateurs, car trop nettement au dessus de la concurrence. Ni le metteur en scène ni les comédiennes n'ont été prévenus. On les a laissé jouer en leur faisant croire qu'ils concourraient alors que leur sort avait été réglé par avance. Il n'y a pas eu d'élaboration plus avancée de règles d'appréciation. On s'est limité à l'évaluation du texte, du metteur en scène et des comédiens C'est ainsi que le texte d'un des auteurs contemporains les plus joués et traduits dans le monde entierest passé à la trappe quand bien même a-t-il été mis en scène par quelqu'un d'expérimenté, et qu'un texte qui dont l'audience ne dépasse pas les frontières de notre ile, mis en scène est un bien grand mot en l'occurrence par des novices sans grand talent, pour le moment, a été récompensé. Quand il y a eu désaccord, et cela semble-t-il sur de nombreux points, c'est, parait-il, la voix du président du jury qui a été déterminante.

M'A

 

Le théâtre amateur en Martinique
est vivant et bien vivant !

par Roland Sabra

A peine le festival de théâtre amateur du Théâtre Amé Césaire de Fort-de-France fermait-il ses portes que celui de la ville de Trinité ouvrait les siennes du 01 au 06 juin. Annoncé avec discrétion, il faut dire que les responsables des services culturels et de communication de Ttrinité ont encore une large marge de perfectionnement devant eux, il nous proposait en séance inaugurale une pièce de Daniel Boukmam «Agoulou ek Ti Sonson» par la toute jeune compagnie Krye Manmay Sent-Lis. Daniel Boukman reprend donc une thématique déjà abordée avec Agoulouland mis en scène par Bérard Bourdon il ya trois ou quatre ans au CMAC de Fort-de-rance. Ce ne sont pas les extraits choisis de cette nouvelle mouture qui permettent d'apprécier l'évolution de la réflexion de l'auteur. Loin s'en faut!

Ce sont pas moins de deux metteurs en scène, Marie-Line Sully et Roger Ebion qui se sont chargés de présenter le texte. La troupe est nombreuse, trois demi douzaines de comédiens sont présents, sur le plateau ou en arrière plan dans les coulisses, pour une pièce centrée autour d'un personnage unique, attablé et qui se goinfre, du début à la fin, de divers plats que sa gloutonnerie réclame avec force. Un choix de texte totalement inadapté à la pléthore de comédiens mobilisés pour l'affaire. Le personnage principal reste quasiment immobile à sa table pendant toute la représentation à part un lever de sa chaise pour émettre bruyamment des gaz. Un «comique» de pétomane!

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Les 14 et 15 avril 2011
Mon petit Poucet

d’après Charles Perrault ;
texte et mise en scène de
José Pliya.
 

José Pliya réécrit l’histoire du petit Poucet et confie à Dieudonné Kabongo et Sophia Leboutte une formidable et terrifiante partition que ces deux comédiens interprètent avec énergie et talent.
Bruits d’enfance ou de cuisine, ustensiles cliquetants qui suggèrent qu’il faut manger ou être mangé : la très efficace création sonore de Brice Cannavo installe d’emblée le spectateur dans une attention craintive. Lorsqu’apparaît Dieudonné Kabongo, qui ressemble au géant aux gros yeux des gravures de Gustave Doré illustrant le conte de Perrault, on hésite à voir en lui le père ou l’ogre. José Pliya avoue que la stature impressionnante du comédien l’a inspiré pour la réécriture de ce conte s’inscrivant dans la tradition ancestrale de la peur de la dévoration qui, de l’antique Kronos à l’élucidation analytique du sadisme oral, fait du père une figure inquiétante avec laquelle l’économie libidinale de l’enfant doit composer pour grandir. La force du texte de Pliya tient au fait qu’il suggère sans l’explicite verbeux qui encombre souvent la relecture des contes : on s’effraie avant que de comprendre, et on se plaît d’autant plus à avoir peur qu’on a saisi la vilaine mauvaise foi du bûcheron Guillaume, qui ouvre son récit avec « Mon fils a disparu ». Par deux fois, il tâche de perdre ses enfants dans les bois, et celui dont il veut d’abord se débarrasser, c’est ce « gamin qui n’est franchement pas beau », ce « sale petit pou » trop faible, qui passe son temps dans les jupes de sa mère, cette inutile bouche à nourrir : encore une fois, il faut manger ou être mangé…

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« L'affaire Fanotte Ti Sonson » ou à chacun son théâtre

par Roland Sabra

 

   Oh ce n'est pas une pièce de ce que l'on appelle le répertoire sous entendu celui de la Comédie Française. Ce n'est pas non plus un texte issu du théâtre d'interrogations métaphysiques. Les personnages sont outrés, un peu vulgaires, c'est parfois en-dessous de « mon cul sur la commode », mais n'en déplaisent aux précieux, aux délicats c'est quand même du théâtre. La troupe de théâtre amateur «  Sa sé Nou » l'annonce très clairement dans son titre elle a vocation à la satyre sociale. C'est dans cette tradition que s'inscrit « L'affaire Fanotte Ti Sonson » que nous avons pu voir en matinée samedi 21 mai au théâtre municipal de For-de-France. Résumons l'intrigue. Ti Sonson, Nestor Migere dans le rôle, est parti dans les fournées du Bumidom, travailler ans en France pendant quarante ans ; Il revient pour sa retraite avec l'intention de vivre aux crochets de sa vieille maman, mais voilà l'aide-ménagère, Fanotte incarnée par Marlène Loza, à dilapider le compte en banque de la maman. Un procès s'engage et vont défiler à la barre les témoins, tous favorables à Fanotte. Il n'y a pas eu d'enrichissement personnel, Fanotte a simplement distribué l 'argent autour d'elle. Encore que si l'on voulait lui chercher des poux il serait facile de montrer que sa famille n'a pas été lésée  lors de cette distribution, c'est le moins que l'on puisse dire.

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Le dramaturge et metteur en scène cubain Yoshvani Medina débarque à Broadway.


by Yoshvani Medina on Monday, May 2, 2011 at 6:53am

Your changes have been saved.
La pièce" Probation" de Yoshvani Medina, dramaturge et metteur en scène cubain, très connu dans le monde caribéen et hispanophone aux Etats Unis, vient de remporter le Grand Prix de Dramaturgie Répertoire Espagnol 2010 et sera honorée en cérémonie officielle à Broadway, le mercredi 11 mai, a-t-on appris auprès du service de presse de l’auteur. La pièce sera produite la prochaine saison par l’illustre compagnie newyorkaise Répertoire Espagnol, avec un casting qui pourrait compter avec les plus grands stars latinos du moment. Yoshvani Medina débarque donc à Broadway, après un passage a la Martinique où il a écrit et/ou mis en scène quelques spectacles a succès entre 2000 et 2006 (« Bésame mucho », « Suicidame », « Les monologues du vagin », « Cinq filles couleur pêche », « Romeo et Juliette » et « Quelques histoires d’amour très très tristes », entre autres).
En janvier 2011, la pièce Symphonie en Do Majeur (et La mineur), écrite et mise en scène par Yoshvani Medina avait raflé tous les prix Miami Life Awards. Ici avec la star mexicaine Rosalinda Rodriguez, l’acteur cubain Carlos Garin (Telemundo-NBC) et la jeune révélation colombienne Valentina Villamizar.
Yoshvani Medina est actuellement le directeur artistique de la compagnie américaine ArtSpoken Performing Arts Center, avec laquelle il a créé cette saison une vingtaine de spectacles.

 

"Les sardines grillées"

12-13-14 mai 2011 au Théâtre de Foyal

Jean-Claude Danaud, né en 1948 est l'auteur d'une quinzaine de pièces de théâtre, de trois douzaines de dramatiques radiophoniques , de presque qu'autant de sketchs télévisuels. C'est sa cinquième pièce «Les sardines grillées» que nous que propose la Compagnie VIRGUL du metteur en scène et scénographe martiniquais Valer EGOUY au théâtre Aimé Césaire de Foyal.

Solange Une vieille fille plutôt coincée, vient de se faire embaucher comme aide familiale, ou plus réellement comme bonne à tout faire dans une famille bourgeoise à Marseille. Devant la porte de la maison campe sur un banc, depuis plus de vingt ans une clocharde hargneuse, prénommée Victoire. Celle-ci va entreprendre de déniaiser Solange, de la mettre au parfum comme on dit. Le parfum ici est celui des sardines que Victoire s'entête à faire griller tous les jours et dont l'odeur envahissante pousse régulièrement, à la démission les employées de la maison.

Mais que veut donc Victoire? Qu'a-t-elle à reprocher au vieux chef de famille qui gite là et dont elle empeste la vie?

La rencontre entre Solange et Victoire est explosive, autant Victoire a le verbe haut, coloré et recours à des images fortes autant Solange est un peu niaise, timorée, timide , effarouchée. Elles vont devenir amies, confidentes, intimes et presque parentes. Au contact de Victoire Solange va voir le monde différemment. C'est cette transformation qui nous est contée. On l'aura compris le comique résulte de cette confrontation entre deux caractères que tout oppose et qui n'ont rien de commun en apparence. En apparence car la chute de ce morceau de café théâtre réserve quelque surprise.

La compagnie Virgul de Valer EGOUY s'emploie depuis plusieurs années à un travail de terrain et d’enracinement de la pratique théâtrale du coté des Terrresainville, quelque chose qui renoue avec ce qu'il y a de plus noble dans l'expression théâtre populaire.

R.S.

Lire l'article de Christian Antourel

 

«Tango Neruda» et «Hôtel des deux mondes»:
Professionnels ou amateurs, les meilleurs ne sont pas nécessairement ceux que l’on croit.

Par Selim Lander.

Fin avril au théâtre municipal de Fort-de-France. Serge Barbuscia, comédien-directeur du Théâtre du balcon, troupe professionnelle basée en Avigon mais qu’on a déjà vue en Martinique, se présente seul en scène pour interpréter des poèmes de Pablo Neruda. C’est la manière moderne de faire du théâtre! Ne surtout pas faire appel aux textes des auteurs de théâtre confirmés, aller chercher d’autres textes, des bouts de roman ou, comme ici, des poèmes, les confier à un comédien et le tour, si l’on peut dire, est joué. Oh! Cela peut marcherpuisque de magnifiques spectacles ont été conçus ainsi, dont nous avons rendu compte, à l’occasion. Mais enfin, il faut de bonnes raisons pour renoncer à ce qui a fait le succès du théâtre depuis des siècles! En l’occurrence, le choix de poèmes traduits était déjà très risqué: rien de plus difficile à traduire que la poésie, on le sait. Lorsque, en plus, le comédien commence par «lire» des poèmes pendant un bon quart d’heure sur l’avant-scène d’une voix que la plupart des spectateurs – pas seulement les personnes âgées naturellement dures d’oreilles – ont jugé difficilement audible, on sent qu’on est parti pour un très mauvais tour.

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"Un récit de merveilleuses aventures"

«L’Or» avec Xavier Simonin et Jean-Jacques Mitteau, d’après Blaise Cendrars

Par Selim Lander.

L’amateur martiniquais de théâtre, désormais abonné aux soirées où un seul comédien se charge de porter un texte sur la scène, est en train de devenir un expert de ce genre de spectacles. Les possibilités de variation y sont au demeurant fort limitées: un comédien ou une comédienne; seul(e) ou accompagné(e) d’un musicien; un décor succinct ou totalement absent; des accessoires plus ou moins nombreux et originaux. Passée à cette moulinette, l’interprétation de L’Or par Xavier Simonin, qui s’est lui-même mis en scène, donne les résultats suivants: un comédien du sexe masculin; accompagné par un harmoniciste (du même sexe); sans aucun décor; avec deux accessoires, une chaise et un micro (les deux utilisés seulement occasionnellement).

On comprend sans peine que le succès de ce genre de spectacle repose sur deux piliers: le texte et le talent de diseur du comédien. Le jeu lui-même est un plus, parfois essentiel, mais pas indispensable. Parmi les rares cas de one-man show théâtral où le jeu du comédien s’impose comme essentiel, je mentionnerai par exemple l’interprétation du Horla de Maupassant par le comédien néo-calédonien Max Darcis, que nous aurons peut-être la chance de voir un jour en Martinique. A l’inverse, le jeu proprement dit peut être inexistant, comme dans les lectures d’un Fabrice Lucchini, sur scène, ou celles de Guillaume Galienne, sur France-Inter. A propos du dernier, aucun amateur de théâtre ne devrait manquer son émission «Un peu de lecture, ça peut pas faire de mal», tous les samedis entre 12 et 13 heures.

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Ambigüités

«L’Or» avec Xavier Simonin et Jean-Jacques Mitteau, d’après Blaise Cendrars.

par Roland Sabra

C'est une histoire étonnante qui nous a été racontée au petit théâtre de Foyal les 02 et 03 avril 2011. «L'or» d'après Blaise Cendrars. De quoi s'agit-il? Au début du 19ème siècle Un aventurier, soyons neutre, Suter de son nom de famille quitte la Suisse; laissant femme et enfant pour aller conquérir le grand Ouest Américain. Il traverse donc l'Atlantique, le Canada, s'embarque à Vancouver et arrive via Honolulu sur la cote ouest des États-Unis pour y fonder San Francisco et «mettre en valeur» comme on dit, la Californie. Comment fait-il? Et bien il fait venir des cargaisons de canaques et autres habitants des iles du Pacifique qu'il réduit à l'esclavage et qu'il va faire trimer sur «ses terres». Il négocie auprès des autorités mexicaines, puis américaines des cessions de terrains de plus en plus vastes, arrachés aux indiens autochtones qui seront parqués dans des réserves, avant d'être affamés et exterminés. On le sait l'esclavage étasunien ne fut aboli, officiellement, que le 18 décembre 1865. Suter est donc ce qu'on appelle un colon, un «blanc des quais», un béké, un colonialiste qui va devenir immensément riche avant que ne survienne la ruée vers l'or californien aux environs de 1849. «Ses» terres et les plantations qu'elles portaient vont être piétinées, saccagées, les cours d'eau pollués et la propriété des terrains riches de minerai aurifère sera transmise à d'autres rapaces, les nouveaux émigrants. Blaise Cendrars nous conte l'histoire de cette spoliation, pas celle des indiens, non, non, celle de Suter, bien évidemment. Il nous invite à nous apitoyer sur les affres et les tourments de ce «bâtisseur de civilisation», ce missi dominici du Progrèsqui mourra avant que ses titres de propriétés ne soient reconnus par le Congrès de Washington.

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Christian Hecq, acteur en mouvement


 

    Ce n'est pas un succès, c'est un événement. Depuis sa création à la Comédie-Française, le 4 décembre 2010, Un fil à la patte, de Feydeau (Le Monde du 13 décembre 2010), suscite un enthousiasme tel que les douze mille places restantes - celles de la période courant du 16 avril au 18 juin, date de la dernière -, ont été achetées dans les quatre jours suivant leur mise en vente, le 2 février.

Ceux qui veulent voir le spectacle attendront la saison prochaine, où il devrait être repris. Ils pourront aussi, mardi 22 février, regarder la représentation, filmée en direct sur France 2. C'est un cadeau pour le grand public, qui va découvrir une mise en scène enthousiasmante de Jérôme Deschamps, et "le" comédien dont tout le monde parle : Christian Hecq.

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 « Une Banale Histoire » d’Anton Tchkhov 

avec un modeste mais immense comédien, Jean-Pierre Darrousin.

ar Selim Lander.

    Qu’est-ce qui nous attire vers telle ou tlle pièce dans l’offre immense qui est proposée en permanence à Paris ? Un comédien. Au théâtre de l’Atelier, Jean-Pierre Darroussin incarne en ce moment Nicolaï Stepanovitch, vieux professeur de médecine au seuil du trépas, qui fait le bilan d’une existence en demi-teinte : succès universitaires, déboires financiers, famille décevante. Il faut aider le fils officier en garnison en Varsovie, financer les études de la fille au conservatoire. Elle est courtisée par un garçon qui se présente comme un hobereau de province, l’est-il vraiment ? Et tout cela n’est-il pas de toute façon dérisoire ? Nicolaï Stepanovitch est vieux, déjà diminué, la mort le guette. Quel drame peut compter auprès d’une telle tragédie ? Professeur de médecine, il est incapable de se soigner lui-même. Sa science lui apprend seulement sa mort prochaine. Peut-il en pleurer ? Non. Rire ? Non plus. Et qui le réconforterait ? Il n’aime plus personne, ni sa femme, ni de sa fille en train de se laisser séduire par le jeune homme au statut plutôt flou (qu’on ne verra pas, ni elle non plus, d’ailleurs – petite frustration). Tout au plus garde-t-il un reste d’attachement pour sa pupille, une comédienne, fille mère de surcroit, une déclassée donc dans la société moscovite de son temps, même si lui n’y attache pas d’importance. D’ailleurs à quoi attacherait-il de l’’importance sinon à lui-même ?

On comprend l’intérêt d’adapter cette nouvelle au théâtre. Tchekhov l’a écrite à la suite de l’échec (!) d’Oncle Vania à Moscou. Il y a donc des considérations désabusées (et outrancières) sur la médiocrité des comédiens à côté d’une satire des mœurs universitaires. Mais rien de cela ne compte comparé à la vérité de la condition humaine… Et du jeu de Jean-Pierre Darroussin. Voilà tout le théâtre, en effet : la vérité (à distinguer du réalisme) et le jeu. Pour incarner cette vérité, Jean-Pierre Darroussin présente l’avantage de n’être pas encore tout-à-fait une star. On peut regarder son jeu sans être obnubilé par sa réputation. Aussi endosse-t-il sans peine l’habit du professeur d’anatomie Nicolaï Stepanovitch. Son interprétation est, comme l’on dit, magistrale : il n’a pas encore soixante ans ; il n’a certainement jamais été un « éminent » professeur de médecine de l’université moscovite ; cela ne l’empêche pas d’être le Nicolaï Stepanovitch imaginé à l’orée du XXème siècle par un certain Anton Tchekhov (1860-1904). Avec ses mains, pour commencer : on ne dira jamais suffisamment l’importance des mains dans le jeu d’un acteur. Des mains peuvent exprimer à elles-seules l’âge d’un homme, comme le peuvent la courbure d’un dos, ou une démarche hésitante, ou la lenteur de l’élocution. Ce qui n’empêche pas le personnage de s’exprimer, et beaucoup, puisqu’il tient la scène du début à la fin. Et que son humour désabusé nous fasse rire, aussi souvent qu’il nous fait frémir.

L’éminent professeur est entouré par quelques comédiennes et comédiens qui tiennent leur rôle honorablement mais, qui, il faut bien le reconnaître, ont du mal à exister à côté d’un professeur Darroussin sur qui se focalise en permanence l’attention des spectateurs.

Au théâtre de l’Atelier, à Paris, en janvier-février 2011.

 

Théâtre ? Une femme à Berlin, avec Isabelle Carré.

 

Par Selim Lander.

   Tout à fait à la fin de la deuxième guere mondiale, une jeune femme s’efforce de survivre dans Berlin bombardée et déjà envahie par les Soviétiques. Elle a tenu son journal entre avril et juin 1945. Ce dernier a été publié anonymement, puis traduit en français et finalement adapté et mis en scène par Tatiana Vialle avec Isabelle Carré dans le rôle titre.

La mode, aujourd’hui, est de plus en plus d’adapter des textes non théâtraux plutôt que de faire confiance aux auteurs de théâtre. Par ailleurs, pour des raisons d’économie évidentes, les responsables des programmes affectionnent les solos. Ce n’est pas tout à fait le cas ici, puisqu’un jeune comédien (Swann Arlaud) apparaît épisodiquement sur la scène. Mais son rôle étant à peu près muet, toute l’interprétation repose en réalité sur les frêles épaules d’Isabelle Carré. Celle-ci a connu des succès au cinéma ; elle n’en a pas moins du mal à rester seule en scène – ou presque – pendant plus d’une heure au théâtre. Son jeu est statique, son ton monocorde, son débit précipité, comme si elle était pressée de se débarrasser d’une corvée. Le décor pseudo-réaliste (mur grisâtre, lit défait, une table en bois et deux chaises, une ampoule qui pend du plafond) n’aide pas. Non plus que l’éclairage, blafard d’un bout de la pièce à l’autre. Non plus que la bande son censée imiter le bruit des bombes et qui se résume le plus souvent à un grondement sourd, comme si une machine était en marche dans le voisinage du théâtre et venait perturber la représentation.

Tout cela passerait mieux si le spectacle était soutenu par un texte un tant soit peu théâtral. Certes, il n’y a rien à redire au sujet : le récit d’une femme qui est prise dans les horreurs de la guerre, violentée et finalement obligée de se vendre en échange d’un peu de nourriture et de quelques cadeaux ne manque pas de potentialités dramatiques. Mais le texte initial est un témoignage au premier degré, qui n’a rien d’une œuvre littéraire, et l’adaptation ne s’en affranchit pas suffisamment pour combler ses lacunes. Bien que le théâtre moderne se soit libéré de la plupart des contraintes du théâtre classique, un bon texte ménage toujours une progression dramatique et suscite la curiosité du spectateur, en s’abstenant de tout lui expliquer (en tout cas pas tout de suite). Le principal défaut d’Une femme à Berlin est peut-être celui-là : le personnage féminin est trop bavard ; il explique tout. Il dit lui-même sa confusion, son avilissement, alors qu’il devrait les rendre apparents par son jeu. Or en aucun cas le théâtre ne saurait se réduire à une conférence-témoignage.

Aix-en-Provence, décembre 2010. En tournée en France métropolitaine.

 

Stupeur et tremblements au théâtre.

 

par Selim Lander

  Le théâtre est-il décidément en train de muter ? Après J’Aime le théâtre présenté il y a deux semaines, voici, à l’Atrium cette fois, Stupeur et tremblements. Dans les deux cas, on fait fi des textes écrits pour le théâtre, on adapte un livre (dans le premier cas les mémoires de Pauline Carton, dans le second un roman d’Amélie Nothomb), une comédienne monte sur les planches et le tour est joué. Et cela s’appelle le théâtre de nos jours, paraît-il ! Après tout pourquoi pas ? dira-t-on.  Nous avons eu le privilège d’assister naguère à Paris à deux spectacles de ce genre absolument époustouflants (le Horla de Maupassant par Max Darcis et Un cœur simple de Flaubert par Marie Martin-Guyonnet) dont on espère la venue ici : des textes très forts interprétés par des comédiens exceptionnels, qui voudrait mieux ? Mais de là à faire de cette formule un procédé au détriment des auteurs du répertoire et des productions un peu plus ambitieuses, il y a un pas qu’on aimerait ne pas voir franchi d’une manière trop systématique (même si l’on comprend les contraintes économiques du spectacle vivant).

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 De Bleu de Parme à Vert Limon
Une lecture infinie

 

par Christian Antourel



   Brillante idée du SERMAC (Service Municipal d’Action Culturelle), que de poursuivre les rendez- vous « bleu de parme », initiés depuis huit années par Lydie Bétis sa directrice. Cette saison est intitulée Vert Limon, celui dont le poète a dit : « il entre dans la composition de ma chair »
Sur scène Amazigh Kateb, leader et chanteur du groupe « Le Poison Rouge » fils du très célèbre Kateb Yacine immense écrivain, dramaturge et poète algérien qui « demeure un symbole de la révolte contre toutes les formes d’injustices et l’emblème d’une conscience insoumise, déterminée à rêver, penser et agir debout » Et notre Amel Aïdoudi comédienne aux mille facettes de l’indicible a l’émotion, qui dévoile les mystères d’un monde ou le réel n’est qu’un litham qui dissimule l’essentiel. Elle sait se libérer de toute convention rigide qui pourrait l’entraver dans son élan premier. Cette spontanéité procure à sa présence une sincérité vivifiante, quand le répertoire emprunte aux auteurs leur détermination, leurs déchirures soudaines, leurs métamorphoses érudites, articulées sur des textes de Frantz Fanon, d’Aimé Césaire, de Kateb Yacine. De Dalambert Louis-Philippe, de Khalil Jibran , Rodrigo Garcia, Methelus. De Patrick Chamoiseau , d’Edouard Glissant et de Kateb Amazigh. Un spectacle de mots engagés, éclairés, voire enragés, pour sortir du bois.

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Le conflit israélo-palestinien raconté aux lycéens


Le Palestinien Taher Najib présente " A portée de crachat ", sa pièce de théâtre

 

   A tous les professeurs d'histoire qui souhaitent traiter le conflit israélo-palestinien sous un jour nouveau, un conseil : invitez l'auteur palestinien Taher Najib, faites lire aux élèves sa pièce de théâtre A portée de crachat (Editions théâtrales, 2009, 37 p., 11 ¤), et laissez la discussion se nouer.

Au lycée Antoine-de-Saint-Exupéry de Mantes-la-Jolie (Yvelines), lundi 31 janvier, elle fut passionnante. Dans la salle 301, tapissée d'affiches de spectacles, la curiosité des élèves de l'option théâtre était sans borne. De l'artistique, les questions ont glissé vers le politique. L'auteur, qui est aussi comédien, danseur et metteur en scène, a déployé un humour féroce, et fait rire autant que réfléchir.

La rencontre avait lieu dans le cadre de la Biennale de création théâtrale du Centre dramatique national (CDN) de Sartrouville (Yvelines), qui s'est ouverte le 25 janvier - Odyssée en Yvelines, jusqu'au 2 avril. Mise en scène par le directeur du CDN, Laurent Fréchuret, la pièce A portée de crachat est l'une des sept créations qui vont sillonner le département.

Né en 1970, Taher Najib est un Arabe israélien : sa famille avait décidé de rester dans les frontières de l'Etat hébreu après la guerre de 1948. Lui vit dans le district d'Haïfa, en Israël. Il se définit comme " un Palestinien avec un passeport israélien ", ce qu'il vit très mal. La question de l'identité est la trame de sa pièce, autobiographique, long monologue d'un acteur palestinien - interprété par Mounir Margoum - qui ne sait plus qui il est. Où qu'il se trouve, à Paris, à Ramallah ou à Tel-Aviv, il se comporte comme on attend de lui qu'il se comporte, ce qui est " la négation de la liberté " : en Cisjordanie, le public le voit comme un guerrier arabe vengeur. En Israël, comme un terroriste potentiel. Il a la malchance d'embarquer dans un vol Paris - Tel-Aviv... le 11 septembre 2002. " Pourquoi deux nationalités ? ", lui demande l'hôtesse. " Deux ? Je n'en ai même pas vraiment une ", répond-il.

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« J’aime le théâtre » d’après Pauline Carton, avec Fiora Giappiconi.

 

Par Selim Lander.


  Cours de théâtre au Théâtre municipal 
Les temps sont durs ! Si l’on faisait le compte des derniers spectacles qui nous ont été présentés ces dernières années tant au Théâtre municipal qu’à l’Atrium, on verrait que la part des one-man ou one-woman shows ne cesse d’augmenter. Economie exige. Il n’y a pas que du mauvais dans cette évolution : La présence d’un seul comédien sur la scène crée entre lui et la salle un rapport plus intime que dans des spectacles plus étoffés en personnages et nous garderons longtemps en mémoire certaines de ces soirées où un(e) unique comédien(ne) portait son rôle avec une particulière intensité. Cela étant, la nouvelle donne économique nous prive de pans entiers du répertoire.
On y songeait, l’autre soir, en écoutant et regardant la jeune comédienne Fiora Giappiconi évoquer les tournées de Pauline Carton (1884-1974), avant la première guerre mondiale et jusqu’après la seconde, à l’époque où la France avait encore des colonies vers lesquelles on déplaçait des troupes entières, afin de présenter aux populations avides des spectacles parisiens des comédies aux intrigues complexes, aux personnages nombreux, avec de riches costumes et des décors variés. Signe des temps : aujourd’hui, au lieu de tels spectacles, nous avons une seule comédienne pour nous les raconter !
Fiora Giappiconi ne s’en tire pas mal du tout, malgré une voix manquant souvent de puissance et une certaine nonchalance dans son jeu qui pourrait faire que parfois nous nous ennuyions. Elle chante plutôt bien des chansons de l’époque et se révèle assez drôle dans les parties les plus comiques. Un spectacle à recommander aux vrais amateurs du théâtre, pour ce qu’ils pourront y apprendre sur les coulisses de leur art favori, et aux nostalgiques des tournées de papa.
Au Théâtre de Fort-de-France, les 11 et 12 février 2011.

 

AYITI : YOUPI!

Par Roland Sabra


   Daniel Marcellin nous conte l'histoire d'Haïti, qu'il a écrite avec Philippe Laurent et que ce dernier met en scène dans un spectacle justement nommé AYITI. Comédien longiligne, formé au mime, Daniel Marcellin use non seulement de la souplesse de son expression corporelle mais aussi de ses talent d'imitateur pour entremêler tranches de vies et histoire majuscule. Ses propres enfants, sa femme, côtoient, Napoléon, Toussaint Louverture, Dessalines, Papa Doc et les autres. Il est seul sur le plateau avec pour tout dispositif scénique deux dizaines de valises de toutes sortes disposées en demi cercle, desquelles il extraira au gré de ses besoins quelques accessoires, un parapluie, des sacs à mains, une casquette, des lunettes pour figurer les différents personnages qu'il incarnera.

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Marivaux peut-il être moderne ?

 par Yolande-Salomé Toumson 

 « J’ai toujours pensé


que c’était le livre qui franchissait
les siècles pour parvenir jusqu’à nous
Jusqu’à ce que je comprenne
en voyant cet homme
que c’est le lecteur qui fait le déplacement. »

Dany Laferrière,
L’Énigme du retour


 

   La mise en scène de Christine Berg de L’île des esclaves semble déclarer que Marivaux, dramaturge du lointain Siècle des Lumières peut être moderne, est moderne, de cette modernité qui dans chaque art a parlé de changement et d’épure, a toujours revisité ses classiques pour lui poser les mêmes questions et y élaborer ses propres réponses. L’élan de la modernité plus que pensée de rupture est palimpseste.

Les nobles et leurs serviteurs, à peine dérobés à la vue par l’exhibition des personnages des maîtres et des esclaves d’une Athènes qui jamais ne dessine ses contours réels ou historiques, se mettent à habiter les dandys et les rouées de la Belle Epoque et de ses Années folles. La fin du règne de Louis XIV trouve un écho aussi surprenant qu’assourdissant, tant les époques ont en commun de mêler le faste et les germes de la fin d’un temps et de susciter aujourd’hui une rêverie mâtinée de nostalgie qui se moque des contours politiques et sociaux bien moins riants.

S’il ne fallait considérer que le ton, les tenues et la musique, se réveilleraient uniquement des images du vaudeville des Grands Boulevards. Le comique fait de situations ridicules et risibles - les esclaves singent leurs maîtres - s’ajoute à la légèreté aisément égrillarde connue du théâtre de boulevard. Les allers-retours incessants des personnages entre la scène et un fauteuil à gauche sur l’avant-scène, qui les exclue de l’action mais les garde présents, visibles rappellent les chassés-croisés souvent amoureux parfois financiers et les portes qui s’ouvrent et se ferment propres au genre .

Doit-on pour autant désespérer de la pièce comme l’ont fait les frères Goncourt du peuple de Paris qui se pressait au spectacle vulgaire ? Non, certes pas. D’abord, parce que quatre cubes sont et font le décor. Montés sur roulettes, aux surfaces de tailles différentes, ils sont ensemble, grâce à la scénographie de Bérangère Naulot des degrés divers de réalité, de donner à voir. Déplacés rideaux ouverts par les comédiens eux-mêmes, ils sont les rivages reconnaissables de l’île où ont échoués Iphicrate et Euphrosine, infortunés maîtres des deux malheureux Arlequin et Cléanthis, ils forment l’estrade concrète d’un prétoire improvisé au procès des maîtres mais ils signifient le naufrage en tournant sur eux-mêmes dans une ronde folle à la lueur d’ une lumière spectrale, bleutée, puis ils embrassent un espace de paroles, forum désigné ou viennent marquer l’ascendant des esclaves devenus maîtres sur ceux qui les ont maltraités et humiliés.

Ensuite, si les échanges entre théâtre et cinéma sont nombreux, de la dette du cinéma à ses débuts aux trois murs de la représentation théâtrale à l’expérience théatro-cinématographique proposé par Lars Von Triers dans Dogville, la pièce ici construite par le piano de Gabriel Philippot, la lumière d’Elie Roméro apporte une nouvelle pierre à l’édifice. En effet, la lumière y est plus proche des codes cinématographiques de l’éclairage à trois points pour montrer, rendre visible et lisible l’intrigue, pour que rien ne soit dissimulé. Même la poursuite de défait de sa référentialité originelle pour basculer dans l’univers de la comédie musicale ; certains passages des tirades sont chantés ! La musique est jouée comme pour accompagner un film, à l’aplomb de l’intrigue en cours.

Les comédiens deviennent spectateurs de la fable alors qu’à l’opposé un piano et son pianiste rappellent les musiciens d’orchestre du cinéma muet. La musique, les rodomontades d’Arlequin le griment en Charlot de théâtre et Euphrosine, la maîtresse a tout du charme vénéneux de la fatale comédienne du cinéma muet, Théda Bara. Pourrait-on imputer au hasard de retrouver en chaque personnage des traits de la Lost Generation de The Great Gatsby ?

L’anamorphose du théâtre par le cinéma, image déformée renvoyée par un miroir courbe, est telle qu’on ne sait si ces images sont celles de Fitzgerald ou de Coppola. Elle est complète lorsque le temps théâtral chronologique se dote d’un des possibles du temps cinématographique : le montage. Une musique enlevée, déplacement des cubes et les scènes successives et opposées deux scènes de déclarations d’amour sont simultanées et s’inscrivent en contre-point l’une de l’autre. Les deux scènes disent : « et pendant ce temps, dans un autre lieu,... ».

Cependant parfois, le spectateur a pu douter que les choix faits pour le faire rire, lui, pour trouver le rire d’aujourd’hui dans un sens du comique daté ou les échanges intéressants pour réinterroger le théâtre comme « art total », selon la préoccupation de Cocteau ne trahisse le projet plus profond de la pièce : offrir au marivaudage, comme renversement de situations, une exploitation plus sérieuse, une ambition politique lorsqu’il devient échange encore impensable des rôles, l’abolition des privilèges, au nom de la valeur de chacun, la mise en échec des dominants.

Il est éminemment difficile de rendre accessible, contemporaine une condamnation qui n’est plus immédiatement signifiante, qui n’est plus appréhendable que sur le mode de la métaphore de l’humain et d’une réflexion sur la dignité. Les partis-pris forts de la metteur en scène n’empêchent pas que les trois temps de la pièce demeurent, accentués par l’impression de plan-séquence : exposition des termes du problème, ouverture d’un espace de renversement total des codes du monde pour aboutir à un retour à la règle. L’esclave ne se sent plus digne d’être le maître, et ce dernier reprend tout naturellement sa place avec l’hypothèse que chacun sache respecter l’autre.

Vue d’ici, c’est dans cette conclusion que se loge l’utopie contenue dans L’île des esclaves et non dans le développement de l’œuvre.

L’espoir tout dix-huitièmiste n’est pourtant plus tout à fait. La dernière lumière, en une improbable fermeture à l’iris, s’arrête sur Cléanthis, redevenue la suivante dévouée, qui tourne, tourne sur elle-même, à côté de sa maîtresse, pour son plus grand plaisir, comme une danseuse de boîte à musique. La fin est grinçante, la position de la metteur en scène se fait explicite : Marivaux peut-il être moderne ? non. Post-moderne certainement parce qu’il faut se jouer de ses propres références, les tourner en dérision, en rire entre citation et jeux avec elles. Post-colonial –oserait-on ?-, parce que la pièce ainsi montée fait arriver à la conclusion que le pouvoir ne saurait demeurer entre les mains des mêmes sans produire les mêmes effets de heurts et de domination des mêmes.

 Fort-de-France, le 29 janvier 2011

"L'ile aux esclaves"
le 28 /01/11 au CMAC

« Une bonne pièce de théâtre doit poser les problèmes et non les résoudre »

par Roland Sabra

  Cette phrase  de Jean-Paul Sarte à propos des "Mains sales" s'applique assez bien au théâtre de Marivaux (1688-1763) qui invite le spectateur à réfléchir sur l'inégalité sociale, sans pour autant réclamer un changement politique. Marivaux n'est pas révolutionnaire. Dans le langage moderne, tout au plus serait-il «  réformiste ». Moraliste est semble-t-il le mot le plus adéquat. Dans l'Ile aux esclaves, qui nous est présentée le 28 janvier à 20 h 30 dans la salle Frantz Fanon du CMAC-ATRIUM, il fait appel sinon à l'humanisme des personnages, tout au moins à leur humanité, à leur raison, ce en quoi il préfigure le siècle des Lumières sans en avoir les audaces politiques. Résumons l'intrigue.

Lire la suite et le compte-rendu Une mise en scène qui se veut une mise à nu!

 

Le mieux est l'ennemi du bien

Mise en scène de Ruddy Sylaire

par Roland Sabra

Une rencontre miraculeuse, en pleine rue, va transformer, bouleverser et finalement détruire une famille en proie aux difficultés ordinaires de la vie. Problèmes d'argent récurrents, des difficultés relationnelles entre parents et enfants, bref le pain quotidien de beaucoup. Croyant faire le bonheur de tous le Père de la famille Florès, de sous-louer à M. Fergodlivio une chambre dans la maison familiale, à des conditions pécuniaires qui défient tout entendement : 20 000 euros par mois. Trop beau pour être vrai! Le locataire va très vite se révéler être un tyran, exigeant, pour commencer que disparaissent de la maison, les petits riens , les petits plus qui rendaient acceptables ce qui ne l'était pas. Doivent donc disparaitre plantes, fleurs, oiseaux, alimentation locale et d'une façon plus générale tout ce qui renvoyait aux coutumes de la maisonnée. Le fils, Jorge Florés, en rébellion contre le père, rien d'extraordinaire à cela, sera le premier à partir, avant que le despote n'oblige le père à punir, en la frappant, la mère accusée d'avoir désobéi aux ordres du locataire, étape dans une descente aux enfers qui se conclura par l'élimination physique de la gêneuse!

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Le théâtre, le texte, le jeu : Les Sauveurs de Ricardo Prieto.


Par Selim Lander.


    Rien de plus déroutant que le théâtre contemporain pour un esprit épris de logique. Un entrepreneur, habitué à rechercher le meilleur résultat possible compte tenu des moyens dont il dispose, vous dirait immédiatement que, pour obtenir le plus grand succès possible, il convient d’abord de trouver un bon texte dramatique et ensuite de chercher une équipe capable de le servir, équipe qui pourra éventuellement se réduire aux comédiens (parfois un seul) + un régisseur (dans les cas de misère), auxquels s’adjoindront, en fonction des fonds disponibles pour produire le spectacle, un metteur en scène, un dramaturge, un scénographe, un décorateur, un créateur des costumes, un créateur lumières, un spécialiste du son, un vidéaste, etc.
De tous ces moyens plus ou moins nécessaires, le texte est à l’évidence le plus indispensable (à moins qu’on ne veuille faire du mime). Or il n’y a rien de plus aisé que de trouver un bon texte. On peut admettre que, dans une petite île comme la Martinique, il ne soit pas toujours facile de trouver le comédien pour jouer tel ou tel rôle. Mais le texte n’a pas besoin, lui, d’être martiniquais. Le monde entier est prêt à fournir, gratuitement ou presque, des textes parfaitement aboutis, dans tous les genres que l’on peut désirer.

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Demandez le programme !

   Le Théâtre Aimé Césaire (Aimé Césaire, forcément Aimé Césaire) de Fort-de-France, ouvre l'année 2011 avec un détour par la Commedia dell' Arte avec "Fabula Buffa", inspiré de Mystère Bouffe du grand Dario Fo, la mise en scène étant signée Carlo Boso. Du sérieux, ou plus exactement du rire assuré pour débuter et puis trois créations, une dans le domaine de la danse avec "On t'appelle Vénus" de la chorégraphe Chantal Loial qui décline la  thématique de la Vénus Hottentot, dont personne n'a pu manqué ( ce serait une faute) l'admirable restitution qu'en a faite Abdellatif Kechiche au cinéma dans la Vénus noire, puis deux dans le domaine du théâtre avec "Les sauveurs" de Ruddy Sylaire ( 11 & 12 février) "L'Or" de Blaise Cendrars" dans une mise en scène de Xavier Simonin et Jean-Paul Tribout ( 31 mars & 01-02 avril). Entre temps un nouveau passage par les valeurs sûres avec  "J'aime le théâtre" d'après les souvenirs de Pauline Cartonles 11 et 12 février.

Le CMAC, réaffirme son choix d'un cinéma de qualité, avec "Regards Croisés" du 11 au 18 Janvier. Une bouffée d'oxygène, nécessaire et vitale après l'asphyxie "madianesque" de narnars étasuniens de ces dernières semaines. Et on repartira avec de... la musique, bien entendu, le 13, puis une expo le 29  au lendemain  de l'unique représentation de "L'ile  des esclaves de Marivaux" dans une mise en scène de Christine Berg qui présente la pièce ici.  Haïti la bienaimée, sera sur scène les 03 et 04 février avec la compagnie "La charge du Rhinocéros" qui  nous offrira  à voir son dernier travail AYITI de Philippe Laurent et Daniel Marcelin, le comédien haitien qui sera  aussi sur scène.

 R.S.

 

Déception
"Le Jour où Nina Simone a cessé de chanter"
de et avec Darina al Joundi.


Par Selim Lander


  « Spectacle absolument bouleversant », « théâtre révélation » proclamait Laure Adler dans le programme de l’Atrium, comment ne pas s’attendre à un chef d’œuvre après cela ? Ce d’autant que Madinin’art nous avait appâté aussi en reprenant une autre critique : la comédienne, pouvait-on y lire « sculpte ‘le rêve et la révolte’ dans une langue précise, prosaïque et belle. Sans emphase mais avec beaucoup d’émotion ». La déception est à la mesure des espoirs suscités par ces premiers commentateurs.
"Le Jour où Nina Simone a cessé de chanter" se rattache à un genre dont les spectateurs de l’Atrium ont pu admirer récemment deux exemples particulièrement réussis, d’abord en 2008, avec Maïmouna Gueye dans Les Souvenirs de la dame en noir, puis en 2010, avec Alice Belaïdi dans les Confidences à Allah de Saphia Azzeddine. Dans les deux cas, nous avions été séduit autant par la fougue et la conviction des comédiennes que par la puissance du message. Nous n’avons donc rien, bien au contraire, contre les one-woman-shows ethniques. « One-woman-show » parce qu’une seule comédienne est en scène, « ethnique » parce qu’elle nous fait part d’une expérience qui s’enracine dans une réalité autre que la culture dominante, occidentale, judéo-chrétienne – quelle que soit la manière dont on voudra la nommer.

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JAZ
de Koffi Kwahulé

par Alvina Ruprecht

   Kristian Frédric devient un habitué de la scène de la région Montréal-Ottawa avec ses productions de Koltès (La Nuit juste avant les forêts où Denis Lavant hurlait sa douleur comme un fauve) et de Kwahulé (Big Shoot- une mise à mort livrée à une foule avide du spectacle de la souffrance). Ce metteur en scène qui s’impose avec les textes les moins rassurants pour un public habitué au divertissement, récidive avec Jaz, une pièce de Koffi Kwahulé qui déchire tous les voiles sur nos grandes collectivités urbaines.

Créé en 1998 dans une mise en scène de l’auteur, le texte est pris en charge cette fois-ci par une équipe de techniciens très au fait des moyens électroniques les plus perfectionnés de la mise en scène sonore et visuelle. Toutefois, il devient vite évident que l’intervention d’un matériel technologique ne garantit pas nécessairement la réussite au théâtre.
Jaz, par la sonorité de son titre, nous renvoie à la musique sensuelle, rythmée et surtout improvisée, aux « riffs » des musiciens de jazz américains dont la diversité des sonorités rivalise avec les voix des chanteurs. Mu par une rythmique de jazz mais sous l’impulsion d’une émotion beaucoup plus violente, le personnage qui tient ce monologue, raconte, à un premier niveau, un récit presque insupportable qui dépasse de loin les plaintes existentielles des chanteurs de blues.

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Le monde est une pièce de théâtre où chacun doit apprendre à jouer son rôle.

par Christian Antourel

   Si l’on veut pouvoir rendre compte de façon satisfaisante du processus et de l’état de la pratique crique de théâtre à la Martinique ; il faut renoncer à se servir d’une transposition des méthodes globales et habituellement mises en œuvre pour tracer le cheminement d’un fonctionnement institutionnel, à l’échelle internationale. Ici point, ou si peut de culture de la critique. L’approche par la formation, par l’acceptation n’est pas appropriée, inexistante. Absence quasi-totale de débat sur la culture et sur la représentation théâtrale, si ce n’est une volonté articulée avec hésitation et une recherche qui s’impose, en majorité par des étudiants étrangers. En l’absence d’évaluations, de données statistiques, ni déductions, ni inductions, ne sauraient jouer leur rôle de composition logique, puisque nous sommes en présence d’une singularité d’espèce. Je ne tenterai pas le ridicule, en voulant en quelques lignes cerner la situation dans son aspect structurel et historique à la fois. Juste souligner l’élément empirique, fondamental me semble t’il, qui fait du rejet de la critique un art mal léché, qui refuse avec entêtement à la critique de satisfaire à sa fonction d’esthétique, de perfectionnement et d’idéal. Car si le praticien et « le public a toujours, il est vrai une conscience et une volonté qui le précipite vers le beau, il faut le mettre sur la pente et lui imprimer l’élan »

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De Charles Savannah à Deluge



Cher ami,

Nous ne nous connaissons pas mais j’ai une sympathie toute particulière pour les artistes. En fait ce ne sont pas les artistes seuls, mais les hommes en général. On pourrait dire que j’aime l’humanité… malgré elle, bien souvent ; tout comme j’aime ma petite île sans pour autant l’aimer plus que nulle autre partie du monde. Autrement dit, j’aime aussi la Terre entière sans faire le moindre ostracisme.

Bref, tout ce préambule pour te dire que j’ai lu ton article ? courrier ? réponse ? à la critique de Roland Sabra concernant « Les Incarcérés ».

J’ai entendu ton cri de douleur et je le comprends car l’artiste est sensible – sinon sans doute ne serait-il pas artiste - . Mais en même temps rares sont les artistes à prendre la plume pour dire ce qu’ils pensent d’une critique. Heureusement ! car l’exercice est difficile et peu d’artistes sont capables de véritablement exprimer clairement leur pensée en-deça de leur colère parce qu’ils ont été blessés. Comme le prof que tu tentes d’atteindre chez Sabra en dessous de la ceinture – mais bon l’artiste n’a jamais été un modèle de morale ! - a besoin d’un public acquis à sa cause pour être bon, l’artiste s’épanouit dans la louange du public.

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DE DELUGE A Sabra

 

par Hervé Deluge


  Cette critique mondaine en guise d'exécution, m'a un peu mis en colère et pour finir consterné. Le ton est hargneux, vengeur au-delà des arguments à proprement dit.
D'où tu parles Sabra ?
Alors descendons, mettons les choses au niveau de ta critique, au niveau du moment où dans le spectacle "les deux personnages se frappent dessus avec des massues gonflables d'hommes des cavernes. " Un niveau que curieusement tu ne reconnais pas. Cracher neuf fois sur dix sur ce qui se fait ici est bien ta “marque déposée” ?
Tu fais penser au bourgeois gentilhomme, celui qui voudrait être noble mais qui n'a pas les moyens de sa prétention. Un rustre. J'entends démontrer en suivant le plan approximatif de tes reproches, que tu n'es ni plus ni moins que le énième missionnaire d’une pensée qui se voudrait encore dominante, reconnaissable au caractère méprisant de ta phraséologie et aux injonctions péremptoires qui expriment tes frustrations de mauvais marionnettiste.
Une autre forme de ton inquiétant sentiment de supériorité te pousse à exclure de tes analyses l'homme de la rue dont tu minimises les capacités intellectuelles tout en provoquant chez le bourgeois une complicité de façade, nourrissant tes textes de références approximatives et inutiles de salonard.

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"Des incarcérés"

Un déluge d'avanies

par Roland Sabra


 

 

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  La première qualité d'un metteur en scène est semble-t-il de savoir lire. Savoir lire un texte, de théâtre de préférence. La démonstration par l'absurde en a été faite par Hervé Deluge qui présentait les 12 et 13 novembre derniers « sa lecture » du texte de Christophe Cazalis « Des incarcérés ». Ce texte remarqué, sans être pour autant vraiment remarquable est un huis clos, une réflexion sur le totalitarisme, sur l'enfermement, qu'il soit physique ou identitaire. Un texte ambitieux dans son propos et dont la construction est en adéquation avec ce qu'il thématise. Un texte circulaire, dans le quel l'épilogue renvoie à ce qu'exposait le prologue. Un texte de science fiction ou plutôt d'anticipation, pour les plus pessimistes, qui décrit une société totalitaire où l'on peut être arrêté, embastillé sans motif apparent et pour une durée indéterminée. Henri un blanc des Antilles, ou simplement un blanc vivant aux Antilles, soupçonné de terrorisme, est soumis par l'Empire, c'est ici le nom du régime politique, à l'isolement cellulaire depuis un temps qui lui paraît infini. Vivant en permanence sous l'œil de caméras qui enregistrent ses faits, gestes et dires, il va voir projeté dans son espace carcéral Amédée un noir créolophone qui se révèlera être un traitre au service de l'Empire avant que l'on ne découvre que tout cela n'était peut-être qu'un mauvais rêve. En effet on découvrira plus tard que cet Henri, venu assister au mariage de sa sœur, Alycia avec Amédée, s'est écroulé sous l'effet d'une absorption excessive de rhum, ivre mort et a cauchemardé. La pièce pouvait s’arrêter là mais un dernier rebondissement duplique la scène d'ouverture à ceci près que maintenant c'est Henri qui est projeté dans la cellule ou est détenu d'Amédée. Rêve, réalité, s'entrecroisent sans que l'on puisse décider de l'un ou de l'autre.

 

Bouffon et politique

 

par Roland Sabra

  Carlo Boso en personne est venu nous faire la leçon, nous rappeler les origines de la Commedia dell Arte. Avec l'accent italien en prime. Nous avons écouté. Nous avons retenu. Apparue au XVI ème, siècle son origine est sans doute plus lointaine. Dés l'époque romaine il existe une tradition populaire de pantomimes qui ne prendra forme que beaucoup plus tard après moult pérégrinations. Le nom lui-même est sujet à variation : Appelé aussi commedia all’improviso  (à l’impromptu), commedia a soggetto  (à canevas) ou commedia popolare  (populaire), ce genre a reçu ces noms divers par opposition au théâtre littéraire (commedia sostenuta ), apparu en Italie dès les premières années du XVIe siècle. Sa caractéristique essentielle et qui lui donnera le nom sous lequel il nous est parvenu est une fixation, une formalisation des codes scéniques que l'on retrouve presque intacts de nos jours. Les personnages sont eux aussi très normés, deux vieillards, deux jeunes hommes amoureux, deux jeunes femmes amoureuses, deux valets, deux servantes auxquels viennent s'ajouter à l'occasion des acrobates, des danseurs des chanteurs etc. Les paires de rôles sont typées. Si l'un des vieillards est riche et avare, l'autre est pédant et ridicule  si l'un des valets est ingénieux l'autre est balourd bien qu'étant tous les deux fourbes etc.

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Romain Duris magnifie la phrase de Bernard-Marie Koltès
 

  Romain Duris avait le sourire, à l'heure des saluts, lundi 29 novembre 2010 au soir. Il avait de quoi : il venait de gagner ses galons de comédien de théâtre, superbement. Au Louvre, dans le salon Denon, Patrice Chéreau, avec la collaboration du chorégraphe Thierry Thieû Niang, lui faisait faire ses premiers pas sur scène avec un texte époustouflant dhref="http://www.madinin-art.net/images/ard-Marie Koltès (1948-1989) : La Nuit juste avant les forêts.

Ce moment de théâtre d'une force rare, on peut maintenant le retrouver au Théâtre de l'Atelier, à Paris, où le spectacle est repris jusqu'à fin février. Le choc vient d'abord de la (re)découverte d'un texte que Koltès a écrit en 1977, avant ses grandes pièces. Non seulement il n'a pas vieilli, mais il résonne aujourd'hui, dans sa fulgurance, avec une actualité qui laisse estomaqué.

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Brève histoire de la critique théâtrale en Martinique et en Guadeloupe

Par Christian Antourel et Alvina Ruprecht

Christian Antourel est critique théâtral pour le quotidien martiniquais France-Antilles et contribue régulièrement au site culturel www.madinin-art.net.

Alvina Ruprecht, critique théâtrale à Radio Canada, contribue aux multiples sites en anglais et en français. Les deux auteurs sont membres fondateurs de l’Association régionale des critiques de théâtre de la Caraïbe (ARCT).


   L’avènement de ce qu’on pourrait appeler la critique théâtrale dans la région coïncidait avec le développement du journalisme local (surtout la chaine Hersant des quotidiens France-Antilles) et la création (en 1972) du Festival culturel de Fort de France par Aimé Césaire en collaboration avec le metteur en scène Jean-Marie Serreau. Ce Festival a eu des retombées culturelles extrêmement importantes sur toute la région puisqu’il permettait de mettre en évidence pour la première fois, la création théâtrale spécifiquement caribéenne (en français et en créole), et de valoriser les manifestations d’une culture de la Négritude. En effet, le Festival rassemblait non seulement les Martiniquais et les Guadeloupéens domiciliés dans la région et en France, mais aussi les Afro-Américains et Afro-Caribéens des îles anglophones et hispanophones voir même les artistes de l’Afrique du sud. C’est à partir de cet événement que la pratique critique locale a fait son apparition.

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Une tragédienne : Amel Aïdoudi

 

Une tragédienne : Amel Aïdoudi dans "L’Orchidée violée"
de Bernard Lagier.
 

Par Selim Lander.


  Les Martiniquais se rendent-ils compte de leur chance ? Une authentique comédienne a élu domicile sur leur petite île. Amel Aïdoudi pourrait se produire sur des scènes plus prestigieuses, se montrer sur les écrans des cinémas. Eh bien, non, elle a choisi de demeurer sur notre île où elle ne se produit pourtant que sporadiquement – faute du public suffisant pour jouer plus que deux ou trois fois la même pièce et, ceci expliquant cela, faute de fonds pour monter davantage de spectacles, – bien que faisant montre toujours du même enthousiasme et du même professionnalisme.
Qu’est-ce qui fait un grand comédien ? Il doit évidemment aimer jouer plus que tout, il doit ensuite faire preuve d’une totale générosité afin de donner tout ce qu’il a au public, il faut encore qu’il sache mourir à lui-même pour renaître dans la peau de son personnage. Mais tout cela est insuffisant, il doit encore être capable de transcender le réel sans que cela paraisse jamais exagéré. L’idée suivant laquelle un grand comédien se devrait de jouer « vrai » est en effet très inexacte : si le théâtre se contentait de reproduire tel quel le monde réel, il n’aurait pas sur nous cet étrange pouvoir. Les personnages tragiques, en particulier – les seuls réellement forts, et l’on en trouve aussi dans les meilleures comédies (voir le Misanthrope, Tartuffe,…) – nous fascinent parce qu’ils sont plus grands que nature, plus outrés, plus sensibles que leurs éventuels modèles.

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Les programmes de recherche / création
Résidences Culturesfrance /

Visas pour la création 2011

 / Caraibes

  Programme destiné aux artistes caribéens, souhaitant développer un projet artistique dans tous les domaines de la création contemporaine en arts visuels (arts plastiques, design, photographie, mode, nouvelles images) et en arts de la scène (danse, musique, théâtre, cirque et arts de la rue).

▪ Nombre de lauréats : 20
Le programme Visas pour la Création est destiné à des artistes caribéens résidant dans la Caraïbe insulaire (Cuba, Haïti, République Dominicaine, Jamaïque, Dominique, Barbade, Antigua et Barbuda, Grenade, Saint Kitts et Névis, Sainte Lucie, Saint Vincent et les Grenadines, Trinité et Tobago) ainsi que dans les Départements Français d’Amériques (Guadeloupe, Guyane, Martinique) et le Suriname, qui souhaitent développer un projet de recherche ou de création dans un autre pays de la grande Caraïbe (en plus des pays pré-cités : Etats-Unis, Mexique, Belize, Guatemala, Honduras, Nicaragua, Costa Rica, Panama, Colombie, Venezuela, Guyana, Brésil et Canada) ou en France, auprès d’un lieu d'accueil partenaire, identifié au préalable par les artistes postulants.

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Le Horla de Nouméa : un Maupassant insolite à la Nouvelle Calédonie



Le HORLA
Une proudction du théâtre BLOCK72
Adaptation dramatique de la nouvelle de Maupassant par Max Darcis
Mise en scène et interprétation par Max Darcis
Scénographie et éclairage : Max Darcis

  À Nouméa, le théâtre se joue de jeudi à dimanche. Souvent les spectacles ne passent que quatre soirées pour ensuite partir en tournée dans les écoles ou dans les provinces du Nord et du Sud où les lieux d'accueil peuvent être un grand espace vert, la cour d'une maison, une salle de sport ou une salle de classe. L'Association « le Chapitô », d'Anne Sophie Arzul, est une exception car elle fait circuler les productions professionnelles partout dans l'île sous un énorme chapiteau de 400 places qu'elle fait installer dans un lieu approprié (après avoir « fait la coutume », échange rituel avec les chefs Kanak pour légitimer le séjour sur leur terre). L'installation même du chapiteau se fait grâce à une équipe de monteurs dont les membres sont parfois de jeunes Kanak attirés par ces spectacles de théâtre itinérant de passage chez eux. Selon Mme Arzul, ces productions du « Chapitô » permettent au public loin de Nouméa de voir des œuvres mises en scènes dans les mêmes conditions que celles des grandes salles de la capitale.

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Fracas de
mots-bombes

  Crée pour la petite chapelle du Théâtre des Halles, à Avignon, durant le Off 2007, « le Jour où Nina Simone a cessé de chanter » est aujourd’hui repris avec bonheur [...] . Avec sa robe rouge et ses mots de conteuse cosmopolite pour seul bagage, Darina al-Joundi retrace quelque quarante ans d’une vie de Libanaise « libérée ».

Fracas de mots-bombes, de bons mots, d’expressions à fragmentation : la frappe est magistrale. Darina al-Joundi alias Noun nous conte « son » Liban, à feu et à sang, son Liban qui fait boum, un Liban de guerre qui est aussi le Liban de son défunt père. Son petit papa poète, Libanais laïque à qui elle épargne, le jour de ses funérailles, les rituelles psalmodies du Coran en radio-cassette. Face A, face B : les intégrismes contre le cosmopolitisme, le Coran contre Nina Simone. Elle coupe le son et reprend l’histoire à zéro.

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Une famille explosive triomphe au Rond-Point


  
Le Festival d'automne tient son triomphe : Le Cas de la famille Coleman, de l'Argentin Claudio Tolcachir. Ce spectacle enthousiasmant, qui arrive à point nommé dans une rentrée plutôt décevante, se donne au Théâtre du Rond-Point jusqu'au 13 novembre.

Cette durée appréciable va permettre à beaucoup de gens de le voir : contrairement à de nombreuses productions étrangères qui passent en coup de vent sur les scènes françaises où, d'ailleurs, Le Cas de la famille Coleman a déjà tourné, en pointillé. Il vient de Buenos Aires, et a été créé en 2005, l'année où Claudio Tolcachir a eu 30 ans.

Ce grand garçon blond est tombé dans le théâtre quand il était petit. Son père, technicien de la télévision issu d'une famille juive russe, et sa mère, médecin d'ascendance italienne, emmenaient chaque semaine leurs trois fils voir une pièce. Claudio Tolcachir aimait tellement ces sorties qu'il a commencé à prendre des cours dès l'âge de 9 ans.

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"La nuit caribéenne"
La mise en scène est un art difficile.

 

photo : Philippe Bourgade

par Roland Sabra

   Comment donner chair à un texte? Le travail ressemble plus à celui du sculpteur qui enlève de la matière qu'à celui du peintre qui en ajoute. Arielle Bloesch en a fait la démonstration avec « La nuit caribéenne » les 22 et 23 octobre au CMAC de Fort-de-France. Confrontée à un premier texte pour le théâtre écrit par Alfred Alexandre, d'une grande force, riche de contenu, il lui a fallu faire des choix. Rappelons l'argument. Deux frères, Frantz et Georges, deux naufragés de l'espérance révolutionnaire caribéenne, de l'aspiration à un monde plus fraternel, sont les épaves échouées sur la grève inhospitalière du libéralisme triomphant. Trahis par les dirigeants du Parti, au sein duquel ils étaient engagés dans le service d'ordre, ils ont sombré avec leurs rêves d'indépendance dans une dérive sans fin vers ce que Robert Castel nommerait comme étant la désaffiliation, une des dernières étapes avant la mort sociale. Alfred Alexandre dit avoir beaucoup penser à Steinbeck et à Faulkner en écrivant ce texte. Comme un hommage. A la trahison des espérances de transformations politiques et sociales vient se surajouter une traitrise, une crapulerie, occultée, maquillée entre les deux frères et qui, remémorée ouvrira sur une issue dramatique..

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La nuit caribéenne

au CMAC  les 22 & 23

   La nuit caribéenne se joue le vendredi 22 et le samedi 23 octobre à l'Atrium. C'est l'occasion de découvrir un auteur de théâtre et donc un texte. Un texte fort, comme un cri de haine, de désespoir, de fureurs, de mensonges ,de crimes, de viols et de dissimulation. Deux frères, des laissés pour compte des lendemains qui chantent, trainent leur déclassement social entre terre et mer. Le leader maximo du parti pour lequel ils s'étaient engagés dans le Service d'ordre( SO) a passé de petits arrangements avec l'ennemi de classe, et somme toute s'en accommode plutôt bien. Ils font penser à George et Lennie du livre de Steinbeck Des souris et des hommes dont on a vu une adaptation au petit théâtre de foyal il y a peu. Frantz est l'ainé, il a élevé son cadet Georges; il existe un lourd contentieux entre les deux frères et la haine est un ciment solide qui unit ces deux paumés. L'effondrement des repères symboliques qui les soutenaient se coagule avec la disparition de l'espérance d'un monde autre, le renoncement à une attente eschatologique; l'abandon du rêve d'un monde meilleur , d'un monde dans lequel les derniers auraient pu être les premiers. Frantz et Georges sont les scories d'une prophétie qui ne s'est pas réalisée. Et comme le dirait le sapeur Camenbert «  passées les bornes, y'a plus de limites ». Si la parole n'a plus de sens, elle ne peut plus borner les actes, les contenir, les retenir, se substituer aux plus violents d'entre eux. Le lien social se délite et le passage à l'acte remplace les mots. La trahison des idéaux est redoublée d'une trahison du lien fraternel. Si Frantz et Georges sont des salauds, ils sont à la fois victimes et auteurs de la saloperie dans laquelle ils sont tombées.

Le texte de Alfred Alexandre est un texte noir, sans concession, sans apitoiement dilatoire, sans complaisance aucune et d'une grande efficacité dans la description d'un univers dans lequel l'espérance semble avoir désertée.

Deux comédiens de talents, Aliou Cissé et Ruddy Sylaire incarnent les deux frères. Comédiens de talents quand ils sont dirigés sinon ils sont comme tous les autres, ils jouent leur propre rôle. Gageons que la metteur en scène, Arielle Bloesch, qui est loin d'être une inconnue en Martinique, puisque d'ETC Caraibes à la Compagnie des enfants de la mer avec José Exélis, elle a souvent mis la main à la pâte aura su canaliser ces énergies, extraire de la gangue ces diamants bruts, les polir et faire briller toutes leurs facettes.

R. Sabra

 

Des souris et des hommes
de John Steinbeck

Mercredi 6 / Jeudi 7 / Vendredi 8 / Samedi 9 Octobre 19h30
Théâtre de Foyal

Comme souvent Michèle Césaire ouvre la saison théâtrale avec une pièce flamboyante Cette année elle nous offre un en hommage aux loosers du rêve américain et à tous ceux qui des aurores de l'expansion à la longue nuit des chômeurs ont trainé leurs guêtres et leur misère sur les bancs de toutes les galères du monde. C'est en 1937, au cours de ce qui est resté la plus grande crise du capitalisme que John Steinbeck publie Des souris et des Hommes. Ce sont avec les raisins de la colère les œuvres les plus connues de l’écrivain, prix Nobel de Littérature en 1962. L'histoire ressemble à celle de Moosbrugger dans « L'homme sans qualité » de Robert Musil paru en 1930, dont elle s'inspire mais en l'étoffant davantage. Le titre quant à lui est emprunté à un poème de Robert Burns «  Les plans les mieux conçus des souris et des hommes souvent ne se réalisent pas ». Le succès du roman est immédiat et vient consolider le statut d'écrivain que Steinbeck avait conquis deux ans auparavant avec Tortillat Flat.
Des Souris et des hommes est construit comme une tragédie selon la règle des trois unités. Unité de lieu, unité de temps et unité d'action.
Le tragique se manifeste dans l'impossibilité des personnages d'accomplir leurs rêves ou dans la solitude qui les déchire, sans lien d'amitié aucun, sans autre perspective de gagner les quelques dizaines de dollars qu'ils s'empresseront de dépenser le Week End dans un bar ou pour les plus fortunés dans un bordel.. George et Lennie, deux copains qui errent sur les routes, de ferme en ferme partagent ce même rêve : posséder un jour une petite exploitation pour y vivre comme des rentiers, y élever des lapins. Lennie est un idiot au sens classique du terme, doué d'un force phénoménale qu'il ne maitrise pas, il ne peut résister au plaisir de caresser les choses douces et de les briser. Alors quand la femme du patron lui proposera de toucher ses cheveux... ce qui devait arriver arrivera. Ne restera alors à George qu'une issue pour éviter le lynchage de son copain.
La mise en scène proposée date de 2002-2003, elle connait depuis un succès immense que confirme l'ensemble de la critique pour une fois unanime a souligner la qualité de la prestation des comédiens et la sobriété du metteur en scène. Une pièce à aller voir les yeux fermés... ou presque. Un seul regret qu'il n'y ait pas de séance pour les scolaires. Pour former le public du futur on peut mieux faire.

R.S

 

Quand Christoph Marthaler secoue le palais des Papes


 LE FIL ARTS ET SCèNES - Avec “Papperlapapp” (blablabla en allemand), qui faisait l'ouverture d'Avignon dans la Cour d’honneur du palais des Papes, le Suisse Christoph Marthaler s'est amusé à bousculer le lieu historique, peuplé de tellement de fantômes…
 

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Bob Wilson et d'autres maîtres
 


   Rien de mieux, pour commencer la saison théâtrale, que de voir Notre terreur, le remarquable spectacle du jeune collectif d'Ores et déjà, consacré à la Révolution française. Il est repris au Théâtre national de la Colline, à Paris (9-30 septembre), où on pourra aussi découvrir Andy Warhol vu par le Polonais Krystian Lupa, avec Factory 2 (11-15 septembre).

Ces deux spectacles sont au programme du Festival d'automne, qui réunit, à côté d'artistes à découvrir, comme Toshiki Okada, cinq maîtres de la mise en scène : Peter Stein, avec une adaptation fleuve, en italien, des Démons de Dostoïevski à l'Odéon (18-26 septembre) ; Luc Bondy, avec Les Chaises, de Ionesco, aux Amandiers à Nanterre (29 septembre-23 octobre) ; Peter Brook qui revisite La Flûte enchantée, de Mozart, aux Bouffes du Nord (9 novembre-31 décembre) ; Patrice Chéreau, très en vue avec Rêve d'automne, de Jon Fosse, au Théâtre de la Ville (4 décembre- 25 janvier 2011) et qui est l'invité du Louvre ; Claude Régy, inspiré par Brume de Dieu, de Tarjei Vesaas, à la Ménagerie de verre (13 décembre-29 janvier 2010).

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Des Lycéens sur les planches
"Clair Obscur"

d’Israël Horowitz

Adaptation et mise en scène de Jandira Bauer
 

par Selim Lander

  Israël Horowitz est un juif américain né en 1939. Il a écrit de très nombreuses pièces de théâtre, des scénarios et fait un peu l’acteur. On le range dans l’école « réaliste » américaine (nous dirions plutôt « sociale »). Une quinzaine de ses pièces ont déjà été jouées sur des scènes françaises, depuis L’Indien cherche le Bronx (1969) jusqu’à Très Chère Mathilde (au Théâtre Marigny en 2009). Jandira Bauer, metteur en scène martiniquaise d’origine brésilienne, a choisi de faire travailler les élèves les plus avancés des classes ou ateliers « théâtre » du lycée Schoelcher sur Clair Obscur, texte extrait des Pièces Brèves d’Horowitz.

Le sujet porte sur l’identité des gens de couleur, dans un univers qui reste dominé par des Blancs. L’auteur aborde ce sujet sous un angle très particulier : les membres d’une famille noire prennent une pilule qui fait blanchir la peau, espérant ainsi se débarrasser de leur malaise identitaire. Mais il serait bien surprenant qu’une telle solution soit à la mesure du mal que l’on cherche à soigner, de fait, bien que blanchis, ces Noirs demeurent des Noirs, leur culture étant restée la même.

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Souvent talentueux et parfois laborieux
Des Dieux et autres fables du Théâtre des Corps Beaux

 

Par Selim Lander

  On n’est jamais trop audacieux. Tel est le crédo de l’art contemporain. A considérer l’assistance plutôt maigrelette qui était réunie, vendredi dernier, au théâtre de l’Hôtel de Ville (désormais « Aimé Césaire ») on est porté à faire le constat que l’originalité, néanmoins, ne paye pas à tous les coups. Car on reconnaîtra que monter en Martinique une production consacrée à la défense de l’athéisme pouvait passer pour de la provocation. Mais peut-être la désaffection du public, ce soir-là, s’expliquait-elle par de toutes autres causes : publicité insuffisante, concurrence à l’Atrium d’un spectacle « hip-hop » qui a attiré beaucoup de monde… Qui sait ?

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Sizwe Banzi est mort :

une fable puissante et tristement actuelle

d’Athol Fugard, John Kani et Winston Ntshona (Théâtre des Bouffes du Nord à Paris)

Par Julie Burelle

  La pièce "Sizwe Banzi est mort" a été écrite en 1972 par les auteurs sud-africains Athol Fugard, John Kani et Winston Ntshona et fait partie de ce qu’on appelle le Théâtre des Townships. Né dans ces ghettos à l’époque de l’Apartheid alors que le théâtre était interdit à la population noire, le théâtre des Townships était, par le simple fait d’exister, hautement politisé.

On y parlait, souvent avec humour, de la dure réalité de la vie sous un régime inhumain. C’était un théâtre du moment présent, branché sur la vie et sur l’expérience d’une communauté.

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La critique théâtrale est un art martial

Sans Titre

 de Frederico Garcia Lorca au Théâtre de Fort-de-France
par Selim Lander

  Première pièce inscrite au programme du festival du théâtre amateur 2010, Sans titre est de loin la plus ambitieuse. Auteur prestigieux, thème méta-théâtral (comment réfléchir sur le théâtre au théâtre, comment impliquer les spectateurs ?), seule une troupe aguerrie, croirait-on, pourrait se lancer dans une telle entreprise. Hélas, c’est loin d’être le cas ! Dès lors, le décor et les costumes soignés, la bande son plutôt bien en phase avec le propos de la pièce et quelques bonnes idées de mise en scène, ne suffisent pas à pallier l’absence de véritables comédiens.

Il ne s’agit pas ici de condamner a priori les troupes amateurs, ce qui serait idiot. En matière d’arts, et d’arts de la scène en particulier, la distinction entre amateurs et professionnels est loin d’être absolue : on connaît de mauvais professionnels comme des amateurs géniaux. Sur cette même scène du théâtre désormais baptisé « Aimé Césaire », on a d’ailleurs pu assister, l’année dernière, à une adaptation très réussie des Dix petits Nègres d’Agatha Christie, par une troupe non professionnelle venue de Guadeloupe. Mais, naturellement, la qualité d’amateur ne saurait garantir la réussite du spectacle ! Car la recette du succès est la même pour tous : un bon texte, un bon metteur en scène, des dispositions naturelles chez les comédiens et du travail, toujours du travail, encore du travail.

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"Sans titre"

de Frederico Garcia Lorca

Par Roland Sabra

 Jacques-Olivier Ensfelder travaille depuis sept ans avec un petit groupe de femmes passionnées de théâtre. Un seul homme durant ce "septennat" s'est aventuré sur les planches. Le metteur en scène récuse la distinction entre théâtre amateur et théâtre professionnel. Il explique que bien des amateurs ont un talent au moins équivalent à certains professionnels. La preuve nous en est donnée chaque année par une troupe subventionnée dont le metteur en scène s'escrime à vouloir jouer, pour un résultat sur lequel on ne s’appesantira pas.

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La monnaie de la pièce
du Boulevard à Fort-de-France !

par Selim Lander

Roland Barthes (1915-1980), qui fut le représentant le plus emblématique du courant structuraliste dans le domaine de la littérature, s’est intéressé au théâtre au point d’être pendant quelques années l’un des principaux rédacteurs de la revue « Théâtre Populaire », le-dit Théâtre Populaire devant être caractérisé, selon lui, à la fois par « un public de masse, un répertoire de haute culture, et une dramaturgie d’avant-garde ». Nul ne niera qu’il y eut un moment dans l’histoire de notre pays, autour de metteurs en scène-acteurs comme Jean Vilar ou Roger Planchon, où l’on crut s’approcher de cet idéal. Hélas, les temps ont changé et, en dépit de la création d’ateliers et d’options « théâtre » dans les lycées, ce mode d’expression est redevenu un art élitiste que le bon peuple ignore

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Katyn Tout le symbole du mensonge totalitaire

par Stéphane Courtois

Longtemps nié par les autorités soviétiques, le massacre de dizaines de milliers de Polonais dont 12 000 officiers, n'a été avoué qu'en 1990 par Gorbatchev.

Le 23 août 1939, à la stupeur du monde entier, les régimes nazi et soviétique, qui semblaient les pires ennemis, signèrent un pacte nommé par antiphrase « de non-agression » puisque ses clauses secrètes décidaient du partage des sphères d'influence. La partie orientale de la Pologne était promise à Staline, ainsi que les États baltes et les provinces roumaines de Bessarabie et de Bukovine.

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Portrait de Sarkozy en phobocrate


Par CAMILLE LAURENS Ecrivaine

  Si Sarkozy était une maladie mentale, ce serait la paranoïa. Tous les symptômes l’attestent, du plus banal au plus inquiétant. Ainsi, il a une très haute idée de lui-même, supporte mal la contradiction et se montre extrêmement susceptible. Sa persécution est sans limites et les offenses dont il s’estime victime sont exponentielles. Un badaud refuse de le saluer ? C’est un «connard». Un autre crie : «Je te vois» ? C’est un délit. Des ragots circulent ? C’est un complot. A la tête d’un pays qui l’a élu, il se méfie de ceux qui le constituent. Tout le monde est suspect : les parents d’être incompétents, les enfants d’être délinquants, les pauvres d’arnaquer les systèmes d’aide, les chercheurs de se la couler douce dans des labos où «i fait chaud et y’a de la lumière», les étrangers d’être des terroristes, les écrivains des grandes gueules et les bébés de la mauvaise graine.

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Appel de personnalités : solidaires des victimes et solidaires de l'Eglise catholique
 


Les affaires de pédophilie dans l'Eglise sont, pour tous les catholiques, une source de peine profonde et de douleur extrême. Des membres de la hiérarchie de l'Eglise ont eu sur certains dossiers de graves manquements et dysfonctionnements, et nous saluons la volonté du pape de faire toute la lumière sur ces affaires.

Avec les évêques, et en tant que membres de la même Eglise, les laïcs catholiques assument le poids des crimes de certains prêtres et des défaillances de leurs supérieurs ; ils se rangent résolument, ainsi que le Christ invite à le faire, du côté de ceux qui souffrent le plus de ces crimes, c'est-à-dire les victimes, tout en priant pour les coupables.

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Carte blanche à José Exélis

EIA ! Expérience Irritante Antipwofitasyon



Par Christian Antourel

Mise en scène et scénographie José Exelis. Eric Delor. Slam et théâtre, de nouvelles armes miraculeuses pour ce spectacle d’un grand cri nègre, contre toutes les formes d’exclusion, de discrimination et d’intolérance ? José Exélis, comédien et metteur en scène de talent martiniquais, jamais décevant, a-t-il su nous séduire, dans cette pièce créée en Juin 2009, à l’occasion de l’anniversaire d’Aimé Césaire ? Plus qu’une création, c’est une interprétation jusqu’auboutiste de la parole écrite et une prise de position qui voudrait adhérer à la pensée du poète , mûrie au souffle présent de son œuvre. La mise en scène veut imprimer en relief les mots du poète, amplifiés jusqu’au souffle coupé : Une trouvaille qui fouille dans les archives de la mémoire et devait en ramener de petits joyaux de contestation et de révolution, convoqués dans un éclairage que josé voulait sous tendue avec le public. En fait : un récit très visuel, électrisé de mots, mais ébouriffé d’une divergence scénique tant incongrue qu’inhabituelle, quand se mêlent théâtre et slam,  ce mixe trouble et hésitant, dont l’apparence se conjugue dans une inadéquation hirsute prônant une dramaturgie approximative, toute vibrante mais tremblante, de tensions et de dualités. Le clivage entre les mots dansés et le jeu entretient une opposition scénique confusionnelle, qui impulse une énergie constante, malheureusement en filigrane… qui reste à décrypter. Dans ce rythme d’une irrésistible déviance qui sacrifie a la perfection d’un spectacle décidément aléatoire et singulièrement empesé, pas fluide et pas vraiment subtil, José Exélis et Eric Delor, signent là le voyage d’un retour, tracé d’idées finaudes, en écho dans les arcanes d’une mémoire qui se perd, se raccroche, se débat, même, dans un fond obscur et sans résurrection.

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Ras le bol de la programmation concurrentielle à Fort-de-France !

  "Michèle Césaire, directrice du Théâtre Aimé Césaire à Fort-de-France  et Manuel Césaire directeur du CMAC Atrium à Fort-de-France ne se  rencontrent pas, ne communiquent pas, ne se téléphonent pas, ne se parlent pas. La programmation concurrentielle se poursuit allègrement, comme c'est le cas depuis de longues années. L'affiche peut rester vide pendant des semaines, pas la moindre petite pièce à se mettre sous la dent et puis tout à coup, spectacles à l'Atrium et au Théâtre de Foyal au même moment, c'est à dire aux mêmes dates, aux mêmes heures. Comme si le public était assez nombreux pour se partager! Comme si il n'était pas préférable d'étaler sur l'année les trop rares pièces proposées! Comme si les autorités de tutelles étaient incapables d'imposer une concertation! Faut-il rappeler qu'elles sont elles aussi en concurrence  politique? Il est a parier que même une assemblée unique échouerait à relever un tel défi. A nous de faire entre vaches maigres et (relative) abondance."

Voilà ce que nous écrivions il y  a quelques temps. Ce n'était que la énième reprise d'une même plainte  formulée chaque année. On a peut-être touché le fond de cette absurdité cette semaine avec deux programmations de danses à la même période. Comme son nom l'indique tous les deux ans  une Biennale de la danse en avril est   organisée  par le CMAC-Atrium. C'est donc à cette même date que le théâtre municipal a trouvé judicieux d'inviter la compagnie de danse Norma Claire avec sa création "Va,vis" déjà présentée il y a deux ans à l'Atrium. C'était juste au moment de la mort d'Aimé Césaire, deux représentations avaient été programmées dont une gratuite, à l'annonce du décès et qui avait rempli la grande salle de l'Atrium. La compagnie avait même animé une soirée supplémentaire au Centre Camille Darsières qui s'était prolongée jusqu'au petit matin. La réception du travail de Norma Claire avait donc dépassé l'audience habituelle de ce type d'activité. Le nombre de spectateurs intéressés par la danse n'étant pas extensible tout comme celui des arts sur scène, en général estimé à 2500 personnes, il était prévisible que la reprise deux ans plus tard d'un même travail allait se traduire par un flop monumental. Ce qui s'est passé. Neuf billets payants le premier soir, sept le second et pas un seul le dimanche après-midi. La représentation a quand même eu lieu en vertu d'une règle qui veut que s'il y a autant de spectateurs plus un que d'artistes engagés dans le spectacle celui -ci doit se tenir. Ils étaient quatre sur scène et ils étaient cinq invités dans la salle. Ouf!

Il faut dédouaner Manuel Césaire d'une grande part de responsabilité dans ce fiasco. Sa tutelle, le Conseil Général exige un programme annuel  arrêté en Novembre de chaque année. Peut-il pour autant se contenter de le communiquer à la Directrice du Théâtre de Foyal? Il est vrai à ce qu'on dit qu'il a tenté plusieurs fois une concertation. Mais peut-être sa tutelle, représentée par Claude Lise, n'est-elle pas empressée de prendre en compte le travail du Théâtre de Fort-de-France? La directrice du Théâtre Aimé Césaire s'affranchit allègrement d'une telle pression tutélaire. Fille de son père, ce n'est pas Serge Letchimy quand il était encore maire, et encore moins Raymond Saint-Louis-Augustin, le successeur, qui pouvait et qui peut lui imposer quoi que ce soit. Elle est en  son théâtre comme à la tête d'une baronnie, pour notre bonheur quand elle sélectionne habilement, dans son espace de prédilection les arts théâtraux,  des pièces de qualité, pour notre malheur quand elle entreprend de vouloir faire de la concurrence à l'Atrium.

Le plus désolant survient quand on songe à la tristesse des artistes confrontés à des salles vides Quand les susceptibilités des unes et des autres prennent le pas sur l'intérêt général,   quand les querelles politiciennes se mêlent aux affaires de familles on voudrait un auteur de théâtre pour les écrire.

R.S

 
Johann Le Guillerm, artiste à 360°

 

 Ses numéros -mais peut-être faut-il parler de performance?- s’accompagnent de l’exposition d’oeuvres parfois immenses, toujours étonnantes qui semblent mettre à plat la matière. Avec lui, le cirque trouve une dimension inédite. S’y précipiter est la moindre des curiosités.

Que fait donc au juste Johann Le Guillerm? Du cirque, avec ses numéros quand il se fait dresseur de bassines ou lorsqu’il joue des déséquilibres les plus précaires? De la sculpture quand il assemble des bastaings, des planches ou des poutres de bois dans d’étonnantes compositions? Des expériences philosophiques quand il décortique et déplie des objets pour les révéler sous une autre perspective? Tout cela à la fois et bien d’autres choses encore... Après 5 ans d’absence, il revient sous les chapiteaux du Parc de la Villette dont il est un artiste associé afin de partager son Secret, ses numéros proprement dits, et dans la Grande Halle où il expose sa Monstration, ses recherches créatives, parfois monumentales et toujours stupéfiantes.

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Opéra chinois, marionnettes hors-normes, plasticiens...



  Il est héroïque d’être taiwanais. Tant que le système communiste maintenait la Chine populaire dans un état de misère chronique, la Chine nationaliste pouvait se targuer d’une puissance économique et d’une efficacité incomparables. Maintenant que la Chine, ajoutant aux ravages de la dictature du parti unique ceux du capitalisme le plus sauvage, est devenue une énorme puissance économique, forte d’une population innombrable, la pacifique Taiwan n’a plus, hélas ! pour affirmer son existence et son indépendance, que bien peu de moyens. La République de Chine n’est plus reconnue que par quelques états africains et sud-américains. Il lui a fallu subir l’humiliation de voir toutes les grandes nations reconnaître le régime de Pékin, et ce faisant, fermer leurs ambassades à Taipei.

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Le premier opéra noir illumine le Châtelet



Treemonisha de Scott Joplin n'a jamais été joué en France. Blanca Li le met en scène.

 Au Théâtre du Châtelet, on aime les grandes premières ! Cet hiver, la maison lyrique parisienne créait La Mélodie du Bonheur. Dès mercredi, un autre chef-d’œuvre inédit débarque, mis en scène par la chorégraphe espagnole Blanca Li. On va découvrir Treemonisha, le premier opéra noir-américain.

Un opéra noir? "C’est un opéra tout court ! martèle Blanca Li. Il y a de grands airs, des chœurs, exactement comme dans un véritable opéra classique. Les gens vont s’attendre à quelque chose qui évoque Broadway ou le ragtime, mais c’est trop réducteur!" Scott Joplin, le compositeur à qui l’on doit cette partition du XXe siècle naissant, n’avait en effet qu’une obsession : montrer qu’un musicien noir était capable d’écrire une œuvre lyrique à part entière. Alors, oui, il y a là tous les canons de l’opéra. Mais bien plus encore! Treemonisha est la fusion succulente du romantisme à l’européenne et d’une certaine idée du swing. Une musique totalement neuve dont la fougue séduit illico. Etonnant qu’il n’ait jamais été joué du vivant de Joplin et ne connaîtra qu’en 1972 son juste triomphe.

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"Dézagréman"

 

 Une pièce en créole de Georges Mauvois
Mise en scène : Hervé Deluge
Cie Ile Aimée

Par Christian Antourel

   Nous avons aux Antilles et particulièrement en Martinique un nombre et une qualité d’auteurs, dont il faut absolument se faire le relais et chez nous et chez les autres et pour nous et pour les autres. »
Aimé Césaire.

 

C’est bien là tout le credo d’Hervé Deluge et de la Compagnie Ile Aimée. Faire que ce registre du théâtre estampillé Antilles, rayonne et interpelle partout et jusqu’aux portes du monde. Avec Hervé nous tenons là certainement le spécialiste de la mise en scène créole… en créole. Il s’est pour tout dire, enticher des œuvres de Georges Mauvois , un maître de ce théâtre truculent où tout est simple, vrai, sans manières, sans métamorphoses théâtrales emphatiques…un théâtre riche du quotidien . La naïveté c’est novateur et Hervé devient pas à pas dans sa direction d’acteur, un chef d’orchestre qui caresse du geste et du regard le verbe créole et rejette dans les sursauts de sa baguette tout le grandiloquent, inopportun dans ces instants de bonheur, délicieusement terre à terre. Isidore ne pense qu’a ses «  crêtes a testicules  » ses coqs de combat, Méchan et Lanmosibit, alors que Nonote, sa poule, rêve à des joies modernes et ordinaires, où l’achat d’une voiture aurait le piquant d’un piment rouge ajouté.

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Eïa ! Un hommage superflu à Aimé Césaire.

Par Selim Lander.

  La Martinique ne parvient décidément pas à enterrer son grand homme ! Voici donc Eïa, mis en scène par José Exelis, un spectacle hybride mêlant slam et théâtre pour la forme, les thèmes césairiens de la négritude et de la colonisation pour le fond. D’histoire il n’y a en point mais plutôt, comme dans les récitals de slam, une série de performances individuelles entrecoupées ici par les interventions des deux comédiens qui ont été invités à participer à cette représentation d’un nouveau genre. Nous n’avons personnellement rien à redire au jeu de ces derniers : Amel Aïdoudi nous donne une nouvelle fois à admirer la perfection toute parisienne de sa diction ; Ruddy Sylaire interprète avec tout le poids de sa présence sur la scène et avec un assez grand bonheur les différentes incarnations du nègre qu’on lui demande de jouer. Néanmoins ils ne peuvent pas à eux deux sauver un spectacle dans l’ensemble plutôt navrant.

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Les noces blanches du théâtre et du slam

 

Eïa : Expérience Irritante Antipwofitasyon

par Roland Sabra

  Les metteurs en scène Eric Delor et josé Exélis nous proposaient le 31/03/10 à L'Atrium une version revisitée, plus épurée de « EIA » crée en juin 2009 à l'occasion de l'anniversaire d'Aimé Césaire. L'originalité de la démarche consiste à essayer une alliance entre le théâtre et le slam. Le slam, dont on a pu entendre une belle prestation il y a peu à l'Atrium avec « Grand corps malade » relève à l'origine de la joute oratoire. La rythmique du poème procède par assonances, allitérations, onomatopées et répétitions consonantiques. Les champs lexicaux mêlent avec plus ou moins de bonheur les registres du familier et du soutenu, de l'argot et de la préciosité, le verlan et les anglicismes. Du point de vue argumentatif dominent l'apostrophe et l'impératif, modes d'expression d'une violence dénonciatrice des injustices sociales. La forme semble en parfaite adéquation avec la dénonciation du colonialisme, du racisme, de l'esclavage, de l'oppression, de la société de consommation etc., ces thématiques lancinantes et récurrentes que tout artiste antillais se doit d'arpenter s'il veut se faire un chemin.

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Un feuilleton documentaire dans la France des préjugés

  La nouvelle pièce de Jean-Marie Besset, R.E.R., qui est présentée au Théâtre de la Tempête, à la Cartoucherie de Vincennes, s'appuie sur un fait divers réel : l'histoire de Marie-Léonie Leblanc, la jeune femme qui avait déclaré avoir été victime d'une agression antisémite, dans le RER D, en juillet 2004. L'affaire avait fait grand bruit, jusqu'au sommet de l'Etat, avant de se dégonfler, quand Marie-Léonie Leblanc avait avoué avoir tout inventé.

Jean-Marie Besset dit s'être inspiré d'un autre fait divers, américain cette fois : en 1988, une adolescente noire, Tawana Brawley, avait fait croire qu'elle avait été victime d'une agression raciste. Mais cette histoire-là n'apparaît pas directement dans la pièce, sinon à travers les propos racistes de la mère de Jeanne, le personnage principal.

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Confidences à Allah

de Saphia Azzeddine avec Alice Belaïdi

Une défense paradoxale de la religion

Alice Belaïdi 

par Selim Lander


  Mise en scène sobre et moderne par Gérard Gélas, interprétation époustouflante de la jeune et charmante Alice Belaïdi, les Confidences à Allah ont amplement mérité le succès qu’elles ont rencontré partout où elles sont passées, succès que l’enthousiasme des spectateurs de l’Atrium n’a pas démenti. À cause ou malgré le texte de Saphia Azzeddine ? On peut se poser légitimement la question tant l’histoire paraît convenue. Une jeune fille pauvre traverse toutes les vicissitudes de l’existence sans jamais perdre confiance en son confident Allah. Née au bled dans une famille de paysans misérables dont elle est chassée lorsqu’elle se retrouve enceinte, elle se prostitue, accouche en secret du bébé avant de l’abandonner dans un terrain vague, devient bonne chez des riches puis à nouveau prostituée mais de haut vol, se retrouve en prison, et après avoir traversé quelques autres hasards fini en épouse aimée, aimante et fidèle d’un imam. Dieu du Ciel ! est-on tenté de s’écrier. Et de fait l’histoire de cette rédemption, contée de manière complètement linéaire, a beaucoup de mal à nous surprendre. Confidences à Allah est le premier roman de S. Azzeddine et cela se voit !

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Tout est à faire

Une "Orchidée" à peine éclose

Par Roland Sabra

 José Exélis est un metteur en scène martiniquais des plus talentueux. Il nous a présenté l'esquisse de l'esquisse d'un travail  sur un texte de Bernard Lagier avec deux personnages incarnés par Amel Aïdoudi et un musicien X... Si le texte de Bernard Lagier est marqué de quelques envolées lyriques, de quelques belles images, sa construction demeure un peu confuse et le fil du propos n'en n'était que plus difficile à suivre.  Le travail à peine commencé de José Exélis, cinq services de répétition tout au plus pour  se présenter devant le public, s'appliquait donc à un texte  lui-même un peu brouillon. On devinait qu'il était question d'inceste et de liens forcément ambivalents entre la mère et l'enfant issu de ce drame. Amel Aïdoudi qui peut être admirable quand elle est dirigée peut être aussi insupportable quand elle est livrée à elle-même sur un plateau. C'était le cas. Dans ce genre de situation elle s'accroche à sa belle tignasse comme à une bouée de peur de couler sous le texte qu'elle ne peut faire vivre faute de se l'être approprié préalablement.

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"L’orchidée violée" de Bernard Lagier
La belle Amel Aïdoudi a encore frappé…

 

Photos Philippe Bourgade- Tous droits réservés.

par Selim Lander

 … un grand coup au théâtre, lundi 8 mars 2010 à l’Atrium. Bien que la représentation qui nous était proposée du dernier opus de Bernard Lagier ne fût qu’une « mise en espace », elle a offert à la comédienne une nouvelle occasion de déployer toutes les facettes de son talent. L’Orchidée violée est une de ces longues dérives verbales dont le théâtre contemporain est friand car il permet de démontrer à bon compte le génie de l’auteur, la capacité d’invention du metteur en scène et la virtuosité de l’interprète. Rappelons que le même tandem José Exélis (à la mise en scène) / Amel Aïdoudi (sur la scène) avait déjà proposé au public martiniquais, dans la même veine, un monologue de Stéphane Martelly, Départs, dont nous avons dit en son temps tout le bien qu’il fallait en penser.

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Bach fut-il un jeune homme capricieux ?


La Disgrâce de Jean-Sébastien Bach
de Sophie Deschamps et Jean-François Robin

par Selim Lander

  Le comédien Serge Barbuscia, après s’être mis en scène lui-même devant les spectateurs de l’Atrium dans J’ai soif, a proposé au même public une production de sa compagnie, le Théâtre du Balcon, conçue à partir d’un épisode réel de la vie du compositeur Jean-Sébastien Bach (1685-1750). L’anecdote se situe en novembre 1716. Notre héros, encore jeune mais déjà célèbre compositeur, est au service du prince de Weimar. Davantage préoccupé de suivre son génie que les desiderata de son maître, il finit par s’attirer les foudres de ce dernier qui l’enferme dans un coin de son palais. Il ne sortira pas de sa prison tant qu’il n’aura pas livré une cantate pour le 1er dimanche de l’Avent.

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Krishna, le dieu noir contre les démons


On [pouvait] voir le 11 mars, dans le cadre du Festival de l'imaginaire à la Maison des cultures du monde, à Paris, la première représentation du krishnattam par la troupe du temple de Guruvayur, qui est la seule à jouer encore ce théâtre. Le Festival avait invité la troupe à Rennes, au Festival des arts traditionnels, il y a trente ans ; depuis, elle n'était pas revenue en Occident. Françoise Gründ, ethnoscénologue et ancienne directrice artistique du Festival, nous parle de ce théâtre.

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Là où d’autres travaillent,
Alice Bélaïdi joue !

 

« Confidences à Allah », de Saphia Azzedine à l'Atrium Vendredi 19 et samedi 20 mars
 

  Cela faisait longtemps que je n’avais pas mis les pieds au théâtre. Pour tout vous dire, j’en ai eu subitement assez de voir des pièces qui, malgré leurs indéniables qualités, ne me transperçaient pas les chairs en me forçant à m’incliner. C’est donc avec une légère moue que je me suis acheminée vers le Théâtre du Petit-Montparnasse ce jour-là. « Confidences à Allah », il y en a des affiches plein le métro de la capitale – leur vulgarité ne m’avait d’ailleurs pas échappé. Il y en a plein la bouche des Parisiens, aussi. J’avais mis ça sur le compte de la photo aguicheuse, façon pochette de disque, d’Alice Belaïdi, maugréant comme une vieille dame que mes contemporains manquaient singulièrement de goût. Et d’originalité. J’avais tort sur – presque – toute la ligne.

Il est vrai que je suis assise depuis une demi-heure et que la salle n’en finit pas de se remplir. Ce satané rideau a décidé de me narguer tant que l’ultime spectateur sera encore debout. Je soupire. Noir, rideau, enfin ! La scène est sobrement habillée : une petite estrade en bois percée en son centre par une barre verticale métallique, pareille à celles utilisées dans les bars de nuit. Le tout est encerclé par trois grands pans de tissu noir tombant du ciel. Alice Belaïdi apparaît. Je suis étonnée : je l’imaginais plus grande, plus femme. Là, elle fait plutôt l’effet d’une jolie adolescente.

Elle commence directement par nous raconter une anecdote sexuelle, avec candeur. Elle s’appelle Jbara. Elle est née dans les montagnes, au milieu des chèvres. Sa vie, elle nous la livre brute, sans salamalecs. De bergère, elle devient prostituée, bonne, femme au foyer, femme d’imam, gardant Allah pour seul interlocuteur permanent. Son franc-parler nous emmène au cœur de la cruauté de son existence, nous guidant dans le dédale d’une large gamme de sentiments.


Car, ici, on ne s’embarrasse pas de tournures de phrases alambiquées. Les mots sortent avec naturel. Cette adaptation par Gérard Gelas du roman Confidences à Allah, écrit par Saphia Azzedine, est percutante. Elle choque, même. D’ailleurs, entrer dans l’intimité d’une prostituée aurait pu donner lieu à un voyeurisme gratuit, écœurant. Mais la succession des scènes et des anecdotes n’a pas ce goût-là : à aucun moment la fraîcheur ne se perd. Avec un propos aussi corsé sur la condition de la femme, cela est-il possible ? Oui : en restant dynamique. En éludant la plainte au profit de la simple narration. En mettant à égalité les anecdotes violentes et douces sans en imposer l’interprétation. Résultat : un portrait de femme saisissant.

Cette femme, Alice Belaïdi l’incarne. Un phare, cette fille. Seule en scène, vivante, tour à tour gouailleuse, fragile, aguicheuse, pétillante, enfantine, mature… Enfin une comédienne qui insuffle au texte une énergie virevoltante et naturelle. Mieux encore : enfin une comédienne qui joue ! Là où d’autres travaillent, Alice Belaïdi joue. Son interprétation mutine glisse comme l’eau. L’effort est juste présent pour canaliser sa verve et la laisser s’exprimer dans toute sa plénitude. Elle aime jouer. On aime la voir jouer.


Je l’ai regardée, elle m’a emmenée, et j’en ai oublié les détails moins virtuoses de lumière, scénographie, costumes et musique. Je l’ai regardée et j’en ai oublié de pinailler. Le message est passé, tantôt repoussant, tantôt attendrissant, tantôt inacceptable, tantôt profond. Je l’ai reçu et applaudi. N’est-ce pas ça qu’on vient chercher au théâtre ?
Laurie Thinot
 
 

De Navarro à la Villette

 

Président de la Grande Hall, ce comédien a tout joué, de James Bond à Claire Devers, consacre une salle de hip-hop et veut ouvrir le parc à toutes les couleurs de l'arc-en-ciel

  Trois ans déjà à l’ombre de la Grande Halle. Trois ans qu’il administre ce parc populaire de la Villette, au nord de Paris, connu pour sa Géode et ses petites maisons rouges biscornues baptisées Folies… Trois ans, mais Jacques Martial, dans la rue, est toujours reconnu pour son rôle de Bain-Marie, le lieutenant du commissaire Navarro, Roger Hanin, "mulet" qu’il a incarné une fois par semaine sur TF1 pendant quinze ans. Le comédien a pourtant ôté l’uniforme de policier en 2004 pour endosser, deux ans plus tard, le costume strict de président d’un établissement public culturel, le troisième lieu de spectacles vivants derrière l’Opéra de Paris et la Comédie-Française (220 salariés et un budget annuel de 34 millions d’euros).

Ces trois années ont filé comme les nuages passent, reflétés par les triangles d’acier de la Géode. A l’aube de la cinquantaine, le saltimbanque a dû se plier au carcan institutionnel et changer de rythme. "Pour la première fois de ma vie, je vais tous les jours au bureau. Et je ne suis plus maître de mon agenda." Lui qui cherche toujours le mot juste a appris une nouvelle langue, celle des technocrates.

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A propos de : « Mar Nuestro »

de Alberto Pedro Torriente

Mise en scène et scénographie : Ludwin Lopez et Ricardo Miranda


Par Christian Antourel

 La légende narre l’aventure de trois jeunes femmes essayant de fuir Cuba.

On ne peut que les croire, quand elles disent « Nous sommes dans la mer des Sargasses ». Elles le sont à n’en point douter, et ça se sent….par le tangage qu’elles miment dans les limites du cercle tracé à la craie, bastingage imaginaire d’un radeau d’infortune. L’illustration est claire et joliment menée, tramée d’obsessions mutines en accord avec les textes qui l’ont imaginée. L’oeuvre mêle truculence et invention, transformation et métamorphose, gestuelle et attitudes corporelles que Ludwin Lopez réussi artistiquement à mettre en boite. L’illusion est atteinte, dans le début tout du moins, et bien vite c’est autant la mer qui chahutent et malmène nos trois glorieuses que Oshun vierge surgie, mythique Déesse des eaux douces de la beauté et de la coquetterie. En réalité Ricardo Miranda qui nous apparaît comme échappé de chez Michou, légendaire cabaret de transformistes de Montmartre. La gloutonnerie puérile de l’artiste pour lui-même nous soustrait d’un transport scénique accepté et nous prive, par là même d’une odyssée mise en scène, quand l’orgueil à la fois alibi et mobile de ce théâtre d’une condition humaine, blesse de part en part, d’un trou de balle agité, le théâtre de Dieu du Diable et…. de la drag queen.

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MAR NUESTRO d'Alberto Pedro Torriente

Quand c'est mal parti... c'est mal parti!

  Pour la seconde fois la compagnie " Corps Beaux" présentait "Mar Nuestro" aux Martiniquais La mise en scène avait été revisitée, on pouvait donc penser qu'il s'agissait d'un travail différent. Et il l'était. En mieux ? En pire ? Ni l'un ni l'autre. Ricardo Miranda en "Vierge folle" était au moins deux tons en dessous de sa prestation de la première version. Ce qui était un mieux incontestable mais encore très indigeste. Un interprétation beaucoup moins "Cage aux folles" que  dans la première version, mais comment revenir, comment atténuer un tel parti pris de mise en scène?  Reste que la diction mange toujours autant de syllabes et rend le texte par moment  totalement incompréhensible.

Et nos regrets n'en sont que plus grands. Car s'il y a quelques qualités a retenir du travail de Miranda et de son compère Lopez c'est la passion qu'ils mettent à faire les choses, cette abnégation dont ils font preuve quand ils mettent en scène, avec très peu de moyens, presque rien, un texte d'auteur. Argent ou pas, ils travaillent, ils répètent dans des lieux pas possibles, des garages trop étroits, bien loin des conditions matérielles des troupes subventionnées. Il faut encore souligner, outre la solidité des comédiennes, à la réserve près formulée ci-dessus, la grande beauté plastique de la scénographie succession de tableaux qui laisse supposer de réels talents graphistes chez Lopez.

Le prochain spectacle de la compagnie devait être une troisième pièce de Torriente. On ne souhaite qu'une chose que Miranda s'abstienne de monter sur scène espace dans le quel il est loin, bien loin d'exceller, il y est même insupportable, et qu'il se spécialise là où est son talent , car il en a, dans la mise en scène.

R.

 

Mâ Ravan’ : du nèg’ marron à l’homo futurix

par Selim Lander

   Alvina Ruprecht a analysé ici-même avec talent le spectacle qui nous fut présenté la semaine dernière au théâtre Aimé Césaire par la troupe réunionnaise Taliipot. Je n’aurai donc pas à y revenir, préférant me livrer à des commentaires plus subjectifs. Notons pour commencer qu’il existe plusieurs sortes de théâtre. Il y en a pour rire et d’autres pour pleurer ; il y en a pour faire rêver et d’autres pour convaincre, voire pour mobiliser. Il y a aussi parfois des évènements que l’on qualifie, faute de mieux, de théâtraux, bien qu’ils entraînent le spectateur très loin du monde ordinaire du spectacle. S’agit-il d’une régression vers une humanité plus primitive, qui serait perdue dans les ténèbres de l’ignorance, ou au contraire d’une élévation vers un monde plus spirituel, en tout cas différent, que celui qui fait notre quotidien ? Un peu des deux sans doute. Lorsque cela se produit, il n’y a plus de comédiens, ils sont devenus les grands prêtres d’un culte ésotérique, au-delà de l’intellection, auquel nous nous laissons aller sans résister parce qu’il touche en nous au plus profond du mystère humain. Il n’y a pas plus de spectateurs que de comédiens, juste cette étrange communion entre la scène et la salle.

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 Théâtre jeune public, entre didactique et poétique?

 

par Michel Dural*
Président de l'ADAPACS
 

L'intitulé du débat : Théâtre jeune public, entre didactique et poétique?" a le mérite de soulever des questions, chaque mot y concourant :Théâtre: quel théâtre? le mot est polysémique, heureusement, on souhaite bien sûr que ce soit du "vrai" théâtre, pas un succédané s'inspirant de Dysneyland ou de la Comtesse de Ségur et de ses niaiseries moralisantes. Mais, ceci dit, y a-t-il nécessité d'un théâtre écrit de manière spécifique pour les enfants? On serait tenté de répondre oui, ne serait-ce que pour trouver un contrepoids au tout-venant télévisuel servi aux gamins qu'on abrutit sans prendre de gants et dont on fait des consommateurs qui ingurgitent en même temps leurs céréales hydrogénées et le flot ruisselant du petit écran. Mais, du coup, que représente le spectacle vivant pour jeunes à côté du géant télévisuel, virtuel mais omniprésent? Ce "David"-là a-t-il la moindre chance devant les "Goliath" du petit écran-plus si petit que ça d'ailleurs- multipliés à l'infini?

Et posons la questions des moyens que nos sociétés- développées ou non- mettent en œuvre pour préserver l'existence ou développer d'un théâtre vivant accessible au plus grand nombre.

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Trois belles journées, riches d'enseignements et de promesses

par Michel Dural*
Président de l'ADAPACS

  Du 22 au 24 octobre 2009, les "1ères Rencontres Dramaturgiques de la Caraïbe" se sont tenues au Lycée Schoelcher dans la salle de théâtre Aimé Césaire, ainsi nommée il y a dix ans, à un moment où ni l'homme Césaire, ni son oeuvre, ni sa pensée ne faisaient l'unanimité à la Martinique. Schoelcher, Césaire, même combat? Le programme de ces "Rencontres..." prévoyait deux Tables Rondes avec comme thèmes "Le théâtre Jeune Public" et "Théâtre et actualité politique". On ne pouvait rêver meilleur parrainage.
Ni meilleur espace que cette petite salle, avec ses murs noirs, son parquet noir et ses gradins rouges, où, depuis dix ans, les élèves martiniquais passionnés de théâtre apprennent à lire, à regarder, à jouer du théâtre, et à en parler.
Ils étaient là, d'ailleurs, ces élèves, dans les gradins où l'on aurait souhaité voir au moins quelques uns de ceux qui, à la Martinique, ont en charge le développement culturel et la promotion du spectacle vivant.
Ils étaient là sur scène, aussi, puisque c'est l'Option-théâtre du lycée qui ouvrait la manifestation par la lecture-mise en espace de "La robe de Gulnara", une pièce de l'un des auteurs invités, Ia québécoise Isabelle Hubert.

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Conte à mourir debout (d'ennui?)

 

Par Christian Antourel

  A ce théâtre du conte et de l’illusion, les éléments étaient tous convoqués pour qu’émerge ce folklore et cette tradition antillaise, en danger d’amnésie populaire. Antoine Léonard-Maestrati voulait amener le sujet par une allégorie, dans ce sens de raconter quelque chose avec l’intention de signifier tout autre chose : Partir d’une histoire ordinaire, qui devient peu à peu, une autre histoire, un conte fantastique, extraordinaire.

Parfois à regarder les choses tel quelles sont, on se dit pourquoi ? D’autres fois, à les regarder tel qu’elles pourraient être, on se dit pourquoi pas.

Alors pourquoi ne pas dire tout haut, ce que d’autres ronflent tout bas ?

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« Dodin o péyi  » 

Ki mannié nou yé la-a

Coproduction Cie Pouty i pa Téyat- Atrium.

 

par Christian Antourel.

 Un théâtre du mouvementent et de situations cocasses, entre farce et comédie, réalité et caricature.

-C’est du Feydeau, martiniquais certes, mais tout de même du Feydeau et c’est tant mieux. Dans cette aptitude du quiproquo, du rire et des malentendus ce theatre entraîne le public dans l’élan d’un manège à la rapidité brûlante d’espaces fictifs. D’emblé le spectateur se lâche et adhère à l’intrigue qui se trame, à la farce en embuscade.

Au-delà du visible, cette pièce exprime les modalités nouvelles d’un petit lexique du bien rire et du vaudeville, qui élaborent une subtile stratégie appliquée de la prise de la parole. Là les bons mots naissent et émergent de l’écriture de Jeff Florentiny dans l’imbroglio inextricable, cris et chuchotements, d’un théâtre de boulevard.

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Théâtre et actualité politique.

 par Frantz Succab

  Il y a, selon moi, deux approches de la notion d’actualité :

Le présent : les événements d’ordre privé ou collectifs qui se déroulent au jour le jour, pendant que nous vivons 

Le « présent » présenté au plus grand nombre. Le produit quotidien des medias, résultat du travail des journalistes ou des chroniqueurs de presse. La vie quotidienne de la société regardée et relatée à travers un prisme où le critère esthétique n’est pas de mise.

Les faits et leurs problématiques étant hiérarchisés en fonction de critères idéologiques et marchands, qui concourent à déterminer « l’air du temps »

Idéologiques parce que traduisant une représentation conservatrice de l’ordre de notre société et du monde (qui contrôle la presse ?) Les actualités obéissent à un format, diffusé au moyen d’une grammaire codée : une grève, sera d’abord une prise en otage de la population, le terrorisme ne sera que l’action des forces du mal contre celles du bien ( en général, les pays occidentaux) les déviances sociales ou les catastrophes liées à la pauvreté seront mises en exergue pour convoquer la charité ou le travail social, qui ne sont que dépolitisation l’engagement social et l’humanitarisme qui n’est que dépolitisation de la solidarité des peuples.

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"Bintou" à l'Atrium

Un talent prometteur !

 

par Roland Sabra

Virilisme "Réaction virile exacerbée face à l’évolution des rapports hommes-femmes, le virilisme, surtout dans les banlieues, est aussi l’indicateur d’un malaise social plus large." Telle est la définition du sociologue  Daniel Welzer-Lang qui semble s'appliquer à la lettre à la thématique déclinée par Koffi Kwahulé dans "Bintou" mis en scène par Laetitia Guédon et jouée le 09 octobre 2009 à Fort-de-France. Une jeune fille de treize ans, qui n'est plus une enfant, exceptée pour les contempteurs de Polansky, issue de l'immigration africaine refuse les codes machistes d'une acculturation bâtarde. Ou plutôt, Bintou, puisque c'est d'elle dont il s'agit, va se jouer des acquis d'une socialisation apparemment conflictuelle, entre Europe et Afrique mais fondamentalement convergente quand à perpétuation de la domination masculine.   Noyée dans le sang sous le couteau de l'exciseuse,  avec la complicité des femmes plus âgées, elle paiera de sa vie de n'avoir pas voulu rester à la place que l'ordre des hommes lui avait assignée. Le thème développé n'est  pas tant l'excision que celui des ravages de socialisations différentielles et conflictuelles dans un contexte d'acculturation postcoloniale et de virilisme mortifère.

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Anjo Negro

 

La programmation audacieuse de Michelle Césaire

par Roland Sabra

  Ces dernières années elle ne nous avait pas habitués à une telle prise de risque. Une programmation sage, sérieuse, de qualité qui concourrait à former un public qui appréciait ce louable effort de pédagogie. On allait au Théâtre de Foyal, les yeux fermés, il suffisait de les ouvrir dans la salle et de découvrir ce que la programmatrice avait sélectionné bien souvent pour notre bonheur. C'était oublier un peu vite que Michelle Césaire est une femme de théâtre, qu'elle est aussi metteur en scène, et que son regard  s'est affuté à des choix artistiques exigeants, déroutants et parfois élitistes, dans le bon sens du mot. Elle en a fait la preuve en rapportant de la Chapelle du Verbe Incarné à Avignon "Angelo Negro" une pièce de Nelson Rodrigues. L'auteur brésilien, cinquième enfant d'une famille de journalistes est né, en 1912 à Recife. Son enfance se déroule dans un climat pulsionnel intense, entre une mère jalouse et possessive et un père absent  de par son implication dans la politique et le journalisme. A l'âge de huit ans il participe à un concours de rédaction en classe et fait la narration d'un adultère! L'enseignant sidéré, par le réalisme du texte de Nelson refusera de le lire en classe. Nelson Rodrigues dit d'ailleurs de lui: " Je suis un garçon qui voit l'amour à travers le trou de serrure. Je n'ai jamais été autre chose. Je suis né garçon, je mourrai garçon. Et le trou de serrure est vraiment mon point de vue de la fiction. Je suis ( et a toujours été) un porno Angel.)

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Le théâtre au village

Une femme de lettres

d’Alan Bennett par Claudine Baschet

par Selim Lander

 

 On se souvient peut-être que trois pièces en forme de monologue de l’auteur anglais à succès Alan Bennett ont été représentées au Théâtre du Rond-Point, à Paris, pendant la saison 2008-2009. Claudine Baschet a choisi pour sa part de monter Une femme de lettres, tirée du même recueil Moulin à paroles, et l’a interprétée à plusieurs reprises dans les lieux les plus divers. Comédienne aux multiples facettes, elle jouait par exemple dans la pièce de Guillemette Galland, Ecoute la chanson de celles qui marchent sur la route, mise en scène par Pierre Humbert, au festival d’Avignon 2009.

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De maux tus en mots dits
Nouvelle mouture d'un travail original d'Orélie Dalmat

 

Par Roland Sabra

  Il s'agit d'une reprise d'un spectacle de pas tout à fait dix ans mais presque. Un exercice difficile et en partie réussi. Dalmat Aurélie, pardon Orélie Dalmat, coquetterie graphique de l'artiste, est la maitresse d'œuvre de ce travail qui raconte, mais y-a-t-il vraiment un fil conducteur? L'éternelle et triste histoire de l'arrachement des terres originelles vers des terres d'asservissement. Les textes proviennent de plusieurs sources, notamment d'auteurs de la diaspora « noire ».

Cette démarche, on le sait n'est pas des plus facile. Quid de la cohérence, de l'homogénéité du propos? Cet écueil est évité par la forme musicale et chantée retenue par le metteur en scène. C'était sans doute là que résidant la véritable difficulté : faire travailler ensemble, des musiciens, des chanteurs, des danseurs et des comédiens martiniquais. Aurélie, pardon, Orélie Dalmat remporte ce pari audacieux. La partition musicale est la grande réussite de cette soirée et l'ajustement des voix se fait sans trop de problèmes.

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Une lecture sensuelle du Cahier d'un retour au pays natal

 

Rudy Silaire entre sensualité de douceurs caribéennes

par Roland Sabra

  Comment mettre en scène un poème de cette trempe. Beaucoup s'y essaient, peu réussissent. Jacques Martial en avait donné un version presque guerrière? Rudy Silaire nous offre une version ronde comme le comédien et pleine de sensualité et de douceurs caribéennes. Même quand il élève la voix, il donne le sentiment de jouer à se mettre en colère. Il semble suffisamment sûr de lui, sur scène pour quitter sans encombre et pour notre bonheur de spectateur les rivages fascisants du virilisme, cette maladie infantile de la masculinité. Sa personnalité est donc assez forte pour éviter de se faire oublier sur scène. Dirigé par un autre metteur en scène que lui même il est contraint d'adopter d'autres codes que ceux que « naturellement » --mais qu'il y a-t-il de naturel dans le théâtre-- il pratique.

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"Les Enfants de Saturne", indigeste création d'Olivier Py

Le directeur de l'Odéon met en scène son propre texte, encombré d'un bric-à-brac mythologique

 


 Le théâtre, c'est un peu comme la cuisine : l'accumulation des ingrédients ne fait pas les meilleurs plats. Olivier Py l'a montré à ses dépens avec sa nouvelle pièce, Les Enfants de Saturne, créée aux Ateliers Berthier, la deuxième salle du Théâtre de l'Odéon, vendredi 18 septembre, dans sa propre mise en scène.
Tout est " too much ", en français dans le texte, comme le disaient nombre de spectateurs à l'issue de la représentation, dans cette pièce qui commence de manière amusante : au milieu d'un décor étrangement réaliste, le maître des lieux, Olivier Py soi-même, passe l'aspirateur.

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L’Opéra de quat’sous
fait fortune


  C’est, pour l’instant, le plus beau spectacle de la rentrée. Le Théâtre de la Ville présente l’Opéra de quat’sous de Bertolt Brecht et de Kurt Weill, mis en images par Bob Wilson avec le Berliner Ensemble. Stupéfaction : le metteur en scène américain se renouvelle enfin.

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Le Collier d'Hélène : lorsque le Québec et la Martinique se croisent.

  Le Collier d'Hélène (de Carole Fréchette) a été traduit dans de nombreuses langues et joué à travers le monde. Créée par Nabil El Azan et sa compagnie la Barraca en 2002 puis au Théâtre du Rond-point en 2003, la pièce vient d'être reprise par El Azan avec une distribution palestinienne (voir la critique de Philippe Duvignal). Maintenant, à Avignon, nous pouvons voir une nouvelle mise en scène du Collier créée en 2007 à Fort-de-France par la metteuse en scène martiniquaise Lucette Salibur.
Une réalisation extrêmement intéressante car elle resitue le texte québécois, dans une dynamique nouvelle. Le travail très dépouillé d'El Azan a recours à des films de fond évoquant une ville (peut-être Beyrouth) détruite par la guerre, mais mettant en valeur le personnage principal, Hélène une française de passage dans le pays pour un colloque. Bien blonde, cette Européenne blanche est le symbole d'un premier monde arrogant, riche et indifférant aux souffrances des autres. Vision devenue sans doute, assez stéréotypée de nos jours puisque les populations se déplacent, la richesse se distribue et que l'ethnie n'est plus du tout une indication des catégories politico-économiques associées à un individu.
 

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Le Collier d’Hélène, de Carole Fréchette

 Un superbe spectacle… vu d’un œil

   Qui n’a jamais vu, comme c’était mon cas, la pièce somptueuse de Carole Fréchette, va au-devant d’une découverte majeure. Ajoutez à cela des comédiens talentueux et une mise en scène intelligente, et l’on atteint des sommets ! Un peu inconfortable cependant, lorsque, une fois les lumières éteintes, on se rend compte que l’on ne dispose plus que d’un seul œil pour jouir du spectacle : la tête du monsieur devant grignotant la moitié de la scène.
 
C’est l’histoire d’une femme. Hélène. Hélène est dans un pays lointain. On ne sait pas vraiment où. Les seules indications concédées sont maigres : les gens parlent l’arabe, et c’est un pays ravagé par la guerre. La Palestine ? Peut-être. Ça n’a pas vraiment d’importance. Hélène a perdu son collier. Un collier qu’elle ne cesse de chercher, avec une obsession folle, guidée par un chauffeur de taxi qui parle à peine sa langue. En courant vers les endroits où son collier a pu glisser, elle rencontre des gens marqués par la guerre. Une femme attendant encore son fils qui a péri dans un attentat ; un homme dont la maison a explosé et qui reconstruit sur les ruines ; un père sans espoir. C’est l’histoire d’une femme qui perd un collier pour se perdre elle-même et retrouver le chemin des questions. Chercher, c’est l’intime de l’être humain. C’est ce qu’Hélène a perdu.
 

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Les Soirées d’été en Lubéron, 18ème édition

« L’itinérance est certainement ce que nous pouvions faire de plus raisonnable… »


par Soraya Behbahani

 « Le Lubéron, une île ». Sous cet intitulé, le manifeste de la 18ème : « Jeter un pont imaginaire entre Le Lubéron, la Caraïbe… et le reste du monde. » Nul doute, dès lors, que, de Gargas à Castellet, en passant par Goult, Roussillon, Apt, Bonnieux, et autres carrières d’ocres, tous lieux qui tour à tour se prennent, à la tombée de la nuit, au jeu de l’heureuse métamorphose théâtrale, le Lubéron se fasse, sinon île, archipel. Et, à la barre de cette yole à la drive sur la terre des Félibres, deux hommes, le Bordelais Michel Richard, pour la responsabilité artistique, et le Foyalais Marius Gottin, à la présidence. Deux hommes, donc, qui ont eu l’intelligence de comprendre que la francophonie, ce mot singulier qui signe une position d’étrangeté vis-à-vis de la langue et de la culture dont on use et mésuse à plaisir, était l’apanage partagé de tous ceux qui, artisans du langage, non contents de se plier aux codes et aux normes sociales instituées, prennent le parti de les ouvrir et de les ouvrer – autrement dit, de les subvertir.

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A propos de MALAVOI

 Monsieur,

 Je trouve votre article méchant (..."de VRP en recherche de respectabilité, son costard de chez Tati, Moissons vieillissantes...") , fort réducteur, injuste et trop subjectif. Vous portez un jugement abusif sur des musiciens sans savoir savoir de quoi il s'agit. Vous êtes à côté de la plaque et ce faisant, vous me rappelez un peu Marcel Désailly quand il parle de l'équipe  de France (même si c'est un super joueur que j'adore) ... Parfois, le silence (qui est aussi une forme d'expression musicale) est requis...

Vous n'avez pas eu cette fois-ci l'objectivité de journaliste que je crois trouver habituellement dans vos articles et vous vous rangez au nombre de nos champions de l'autodénigrement dans ce pays.

Le bassiste, si vous suiviez Malavoi, a souvent cet air étrange ou "étrangement absent" mais la virtuosité et la justesse de son doigté sont toujours au rendez-vous. Il n'a jamais été une seule fois à côté de ses pompes ! Et sachez, pour votre culture personnelle, que le 33 tours "la Filo" sur lequel vous dansez peut être encore comme le font les vieux que vous visez dans votre propos a été enregistré alors qu'il s'était pris deux doigts dans l'énorme porte du studio. Sous calmants (alors qu'on avait appelé Alex Bernard pour le remplacer), il a enregistré avec les doigts restants.

A vous acharner ainsi sur Ralph Thamar, vous donnez même l'impression d'avoir un problème avec lui (ou avec vous même). C'est inique et trop facile de sabrer de la sorte non seulement le groupe mais les 50/60 ans. Les 20/30 ou les 30/40 ne font pas nécessairement mieux. Alors parlez en connaissance de cause la prochaine fois. Ne vous laissez pas aller à vos 'impressions".

Je vous salue.

Philippe Lorto

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  Cher lecteur, je pense que vous avez raison cet article était méchant, car j'étais de méchante humeur après le spectacle. Je n'écrirais pas la même chose aujourd'hui mais voilà c'est fait. Il n'est nullement question d'excuses mais simplement d'un constat : il est des billets d'humeur dont le ton, déterminé par les circonstances, est plus important que ce qui est écrit. Cela fait partie du genre. La dimension subjective repose  bien plus sur des impressions que sur  une analyse distanciée, et je puis vous assurer que cette prestation avait un ton compassé et qu'elle m'a procuré un ennui infini, avec la certitude d'avoir perdu mon temps.

Et pour tout vous dire, il est d'autres lecteurs qui se sont félicités de l'existence de ce coup de gueule. Un d'entre eux a même écrit " si vous ne l'aviez pas fait j'aurais voulu le faire". Comme quoi il ne faut pas chercher à plaire  : on finit toujours par déplaire!  Et puis souvenez-vous de Talleyrand qui disait :"Méfiez-vous de la première impression, c'est souvent la bonne!"

Cordialement,

R..S..

 

L'esprit du jazz

par Roland Sabra

  Thelonious Monk est un personnage peu ordinaire. Ce pianiste de jazz est un prodige. Né en 1917, il touche son premier clavier vers l'âge de cinq ans, prend quelques rares leçons aux environs de 12ans et gagne trop souvent le concours des pianistes amateurs au "Theater Apollo" de New York qu'il est interdit de participation à 13 ans.  il se définira comme un autodidacte : " "En fait, je n'ai jamais eu besoin d'apprendre à jouer : j'étais doué. Il me semble que j'ai toujours su lire les notes et les traduire en sons. Ma sœur aînée prenait des leçons de solfège ; moi, je lisais par-dessus son épaule. Lorsque j'ai pris des leçons à mon tour, je n'ai pas eu à apprendre, j'en savais assez pour pouvoir me débrouiller." Hors du commun il ne pouvait qu'inventer, créer de toutes pièces. On lui doit un nouveau style musical le be-bop. Sa façon de jouer créa aussi de l'incompréhension, en bousculant la mélodie, l'harmonie, le rythme et en développant, ( jusqu'à l'excès?) l'art des notes dissonantes dans ses ballades. il jouait avec les doigts plats et était très mobile. "C'était un grand musicien, un novateur, surtout en composition et en écriture. Il avait l'habitude de marquer le tempo en bougeant pieds et jambes . s'ils bougeaient tout le temps, il était parti; sinon, c'était raté."

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Bintou : tragédie urbaine et émergence d’une metteuse en scène

 

par Alvina Ruprecht

  Nous connaissons déjà l’œuvre de Koffi Kwahulé, à mon avis un des meilleurs auteurs dramatiques de langue française de sa génération. Souvent jouées à Avignon, ses pièces construisent un monde symbolique qui décortique les soubassements du pouvoir où les anges exterminateurs mènent leurs victimes à leur perte. Un monde terrifiant qui cerne la psyché ébranlée de ces êtres pris dans un monde en transformation qu’ils essaient de cerner mais que souvent, ils ne comprennent pas.

Bintou nous place devant une de ces expériences limites. Ce texte très puissant, issu du monde de la culture populaire urbaine est d’une actualité brulante, il est structuré comme une tragédie grecque. Un chœur syncopé nous accueille dès le départ dans cette descente vers les enfers. Bintou, une jeune révoltée genre Antigone, défie les dieux, refuse la tradition de ses parents et ensorcelle les membre de sa bande qui se laissent mener vers leur propre destruction. Un réquisitoire ontre l’excision, une mise en évidence des conflits profonds qui déchirent les jeunes de l’immigration, un texte lyrique, féroce, réaliste et mythique à en couper le souffle.

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Il faut un retour à Brecht ! Non à une scène ghettoïsée

 

par Gérard Noiriel

Quel avenir pour le théâtre ? Dans le cadre du Festival d'Avignon (jusqu'au 29 juillet), des intellectuels s'interrogent sur la nouvelle fonction d'un genre artistique qui jadis avait été investi du rôle d'unifier un peuple puis de porter la critique sociale

  Au lendemain de la seconde guerre mondiale, le théâtre a joué un rôle majeur dans la reconstruction de la vie intellectuelle française, car, de tous les arts, c'est celui qui semblait le plus apte à conjuguer l'intellect et l'émotion pour inciter les citoyens à prendre en main leur destin collectif. Le théâtre public a pris son envol en s'appuyant sur cette vision idéalisée de l'art dramatique, devenant ainsi le fer de lance d'une politique affirmant la nécessité de démocratiser la culture.

Jusque dans les années 1970, le nom de Brecht a incarné ce nouveau théâtre à la fois créatif, ouvert sur le monde de la science et engagé sur le plan civique. Brecht a été pourchassé par les nazis. Il a vu dans sa jeunesse comment les attaques frontales contre la raison et la connaissance avaient permis à Hitler de manipuler les émotions du peuple au nom de " l'identité allemande ". Il en a tiré la conviction que la collaboration entre artistes et savants était nécessaire pour fourbir les armes permettant aux citoyens de résister à toutes les manipulations du " nous ".

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"Les Cauchemars du gecko", requiem pour une Afrique enfermée dans sa destinée tragique

Le gecko est, paraît-il, un animal qui ne dort jamais. Ou s'il dort, c'est la paupière ouverte. Attention, le gros lézard vous regarde, semblent dire l'auteur malgache Jean-Luc Raharimanana et le metteur en scène Thierry Bédard dans la nouvelle création qu'ils présentent à Avignon, Les Cauchemars du gecko.

Ces mauvais rêves ne sont pas seulement ceux d'une île, Madagascar, mais ceux de tout un continent, l'Afrique, tel que l'a laissé l'enchaînement tragique de l'esclavage, de la colonisation, de la décolonisation et de la mondialisation. Pas d'intrigue, pas de personnages ici, mais une série de fragments portés par la voix des (bons) comédiens, installés devant un grand panneau composé de sacs en plastique de couleurs vives, et accompagnés par le beau travail aux guitares de Rija Randrianivosoa. 

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Une clôture de festival plutôt réussie

Elie Pennont

 

 Beau travail de Jean-Paul Césaire à partir du texte de son père "Et les chiens se taisaient". Une grande sobriété dans la mise en scène, une ponctuation intelligente des actes avec des danseuses, quelques danseurs et des tambours, une distribution, certes inégale mais somme toute bien choisie et un souci de clarification ont contribué à faire de cette soirée une réussite, dans une salle dont l'acoustique laisse à désirer et c'est un euphémisme que de le dire.  Si la présence massive de Elie Pennont  dans le rôle du Rebelle a souligné, involontairement, la faiblesse du jeu de Sophie Colombo comme Amante, la prestation  très juste de Suzy Singa dans le rôle de la Récitante a fait oublier le symbolisme un peu trop appuyé du dispositif scénique. Etait-il besoin de placer l'Architecte ( Jean-Claude Prat) en surplomb de la cellule du Rebelle pour souligner les rapports de domination et d'oppression? Le texte ne suffit-il pas à les mettre en évidence? Le public, inhabituel, pour une soirée théâtrale, a semblé acquiescé à la proposition de scénographie . Puisse-t-il retrouver ainsi le chemin des salles de théâtre!

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Ouverture en demi teinte du 38ème  festival de Fort-de-France

Moissons Vivantes

  Malavoi a fait une ouverture mitigée du 38 ème festival culturel de Fort-de-France placé sous le titre « Moissons vivantes ». Ralph Tamar est apparu « encravaté » avec boucle d'oreille, dans un costume anthracite rayé de VRP en recherche de respectabilité. Il y avait un coté chanteur sur le retour pour "mémères décorées comme des arbres de Noêl" (Brel). Mais le public à l'image de son chanteur s'y est reconnu. L'introduction, même si elle est un hymne la Martinique a semblé un peu « lourdingue » à l'image du leader vocal engoncé dans son costard de chez Tati. Si le bassiste était étrangement absent, parti ailleurs on ne sait où, le tenant des claviers a fait son boulot avec quelques solos bien balancés en écho à ceux des violons. La violoncelliste faisait de la pure décoration et il fallu attendre le dernier morceau pour un petit solo de percus. La deuxième partie avec une reprise de classiques balançait un petit peu plus : Ralph Tamar avait laissé tombé la veste et la cravate et opté pour une chemise blanche bien empesée sur le pantalon inchangé du costard. Les 50/60 ans et plus ont bien apprécié. Bon c'était « Moissons vieillissantes ».

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L'avenir du théâtre antillais sera carnavalesque
ou ne sera pas
?

par Roland Sabra

 Stéphanie Bérard est "Assistant Professor de littérature française et francophone" à l'Université de Virginie aux Etats-unis. Elle publie un essai " Théâtre des Antilles, traditions et scènes contemporaines." chez l'Harmattan dans la collections "Images plurielles". Il faut d'abord saluer le style de l'essai qui use d'une langue claire, compréhensible par tous, sans pour autant affadir le propos ce qui n'est pas si fréquent. On pourra regretter que l'éditeur, (par souci d'économie? ait choisi une taille de police un peu petite, ce qui ne facilite pas la lecture et que la relecture du tapuscrit  n'ait pas fait l'objet d'un peu plus d'attention pour les coquilles inévitables mais aussi pour corriger quelques confusions conceptuelles par exemple entre "hypotexte" et "hypertexte" ( p.47), outils que l'auteure emprunte au linguiste Gérard Genette.

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Narcisse se suffit à lui-même
 

par Roland Sabra

  La Compagnie « Les corps beaux » qui s'inscrit dans le sillage du théâtre Si de Médina a le grand mérite de nous faire découvrir un immense auteur cubain, Alberto Pedro Torriente. Le précédent travail de la troupe nous avait présenté « Manteca » ( lire la critique ) il y a deux ans déjà, avant d'aller à Avignon et d'y retourner l'an dernier avec une version plus aboutie. La troupe de Ricardo Miranda poursuit avec « Mar Nuestra » l'exploration du répertoire de cet auteur, décédé en 2004 à l'âge de 50 ans d'une cirrhose du foie à l'hôpital Allende de La Havane. Trois femmes, une noire, une métisse et une blanche sur un radeau sont à la fois unies dans la recherche d'un paradis, une terre ferme occidentale il va de soi, et par les conditions nécessaires à leur survies, le partage du peu de biens alimentaires dont elles disposent et divisées , partagées par ce qui structure leur identité, à savoir, le racisme, les superstitions, le dogmatisme. Sur ce radeau à la dérive sur une mer sans limites, avec lequel elles prétendent franchir les frontières, dans leur quête d'un paradis, elles se heurtent à l'infranchissable barrière de l'enfer des préjugés de races, de classes et d'idéologies qu'elles ont embarqués avec elles. Même le crime partagé, pourtant fondateur en d'autres lieux de solidarités, ne suffira pas  face aux divisions et aux haines immémoriales qui les traversent.

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Trois femmes sur un radeau

par Selim Lander

un radeau  Comment s’hasarder à écrire une critique théâtrale sans soulever l’hostilité (ou au moins l’incompréhension) d’une grand partie de ses lecteurs ? En dehors des constats les plus évidents (par exemple un comédien insuffisant pour porter son rôle), tout le reste peut-être revendiqué par le metteur en scène comme intentionnel. Le texte est-il dépourvu de la moindre intrigue ? C’est voulu. Le décor est-il réduit à rien ? C’est voulu aussi. L’éclairage est-il parcimonieux ? C’est voulu encore. Etc, etc. Et de fait, il n’y a pas à discuter sur les goûts et les couleurs : au nom de quoi, en effet, le critique pourrait-il ériger ses préférences en règles auxquelles tous devraient se plier ?

Le terme « critique » est donc fort mal choisi. Dans une chronique comme celle-ci, il n’est pas question de juger, de donner une note qui ne serait justifiée par aucun critère objectif. Un spectacle est montré, il est reçu par les spectateurs. Le chroniqueur de théâtre est d’abord un spectateur comme les autres, qui parle avant tout en son nom propre, même s’il peut lui arriver de se cacher derrière la forme du discours savant.

C’est donc en assumant notre subjectivité que nous dirons tout le bien et le peu de mal que nous pensons du dernier spectacle présenté par Ricardo Miranda et Ludwin Lopez à partir d’un texte de l’écrivain cubain Alberto Pedro Torriente (après le célébré Manteca du même Torriente). Le peu de mal que nous avons à dire concerne le choix du texte. On comprend que des hommes de théâtre d’origine cubaine aient envie de mettre en scène un auteur de Cuba et qu’ils puissent s’intéresser au syncrétisme religieux qui règne sur l’île. Mais ce thème est-il vraiment exportable ? Peut-être s’il s’appuyait sur une intrigue un tant soit peu élaborée. Or il est difficile de caractériser ainsi une histoire qui réunit sur un radeau trois femmes, obsédées par la religion, qui passent par un certain nombre d’états largement prévisibles : extase, désespoir, adoration, violence, complicité, agressivité, faim, soif, hallucination mystique.

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4:48 Psychose  de Sarah Kane, une mise en scène de Jandira Bauer à Foyal

L'art de l'entre-deux

 

Jeanne Baudry et les "maudits" lacets

par Roland Sabra

 A l'ouverture de la salle, Jeanne Baudry est déjà sur la scène qu'elle arpente de long en large en fond de plateau, irrémédiablement perdue en elle-même.  Sur la partie gauche du tableau  le gril laisse pendre deux immenses lacets noirs, en rappel à ceux qu'utilisa Sarah Kane pour mettre fin à ses jours, sur la droite deux paires de chaussures abandonnées complètent le décor. Et ça commence! C'est une voix de l'intérieur, une voix des cavernes, une voix des profondeurs, une voix qui la parle plus qu''elle ne parle et qui se fait entendre ou plutôt qui nous fait entendre ce que nous voulons bien entendre de notre propre rapport à la déraison. Tout le texte de Sarah Kane est tentative de découvrir ce que la forme poétique  peut contenir de théâtrale. La structure du texte est apparemment brisée, désarticulée, afin de livrer un matériau brut, le plus polysémique possible. Un pur travail sur la langue. C'était l'obsession de l'auteure que de pouvoir unifier la forme et le fond. Sarah Kane : " La forme et le contenu tentent d’être une seule et même chose – la forme est le sens".  Reprise d'une problématique  connue et déclinée de multiples façons sur de multiples registres, de Buffon, "Le style, est l'homme même" à Marshall McLuhan  "Le medium, c'est le message" etc. 4:48 Psychose est sans cesse sur le fil du rasoir, entre rêve et réalité, entre réel et imaginaire, entre désir de vie et jouissance mortifère du suicide. C'est dans la multitude des écarts lovés au sein du texte que le foisonnement des sens prend sa naissance.  Le sens est dans la salle et non pas sur le plateau. Il n'y a d'ailleurs pas de spectacle. Et là réside l'obstacle majeur à une mise en scène : comment éviter que le geste du comédien vienne  polluer la production du sens par le spectateur. Claude Régy avec Isabelle Huppert avait choisi l'effacement de l'actrice en lui imposant une quasi immobilité et un incroyable travail de diction.  On y reconnaissait la patte du Maître.

Tout le travail de Jandira Bauer et de sa comédienne Jeanne Baudry consiste à déployer  le refus du choix, le refus de l'objectivation comme tentative de chosification dans un art de l'entre-deux cultivé au sein du même. Fidèles à la dramaturge, elles décloisonnent et déconstruisent les catégories unilinéaires de la masculinité et de la féminité, de la normalité et de la déviance, de la santé mentale et de la folie, de la rage de vivre et du besoin de mort. Jeanne Baudry  n'a pas l'indécence de jouer la folle,  ou de faire semblant.  On serait presque tenté d'écrire "Dieu merci!" si ce n'était, à partir d'une critique des dichotomies trop simplistes entre l'âme et le corps, le bien et le mal, le ciel et l'enfer de la religion catholique, que Sarah Kane refusait toute assignation monolithique à un rôle ou à un statut réducteur, forcément réducteur. On pourrait épiloguer à l'infini sur les rapports personnels et intimes qu'entretenait Sarah Kane avec la psychose. Aucun intérêt, 4:48. Psychose n'est pas une autobiographie! Jeanne Baudry le sait qui ne s'adresse pas au public, qu'elle n'oublie pas d'ignorer. Dans une bulle invisible, mais que l'on pourrait toucher du doigt, elle est prise dans un dispositif discursif à la fois hétérogène, hétéroclite, délirant, prosaïque et flamboyant, devant lequel elle s'efface  pour laisser place à un espace d'identification, ou très exactement de reconnaissances d'une inquiétante étrangeté, d'une familière épouvante qui finit par abolir la distance entre le plateau et la salle. Jandira Bauer a demandé à sa comédienne de se parler à elle-même comme si elle parlait à une autre. Ce choix rimbaldien (Je est un autre) est judicieux car au-delà du clin d'œil schizophrénique et approprié, il permet le déploiement du registre de l'Imaginaire foisonnant. La multiplicité des lieux d'émergence de la parole est sans cesse suscitée. Le public scolaire ne s'y est pas trompé. Après la représentation, les jeunes spectateurs ont dit comment ce texte, parfois hermétique, était au plus près de leurs expériences. "Moi aussi, il m'arrive d'avoir cette pensée.."

Et c'est parce que cette mise-en scène a refusé la monstration de la folie et l'hystérisation du jeu de la comédienne, en se mettant au service du texte, que ce travail qui demande à être peaufiner, notamment du côté de l'articulation entre le  dire du texte et son expression corporelle,  ( en quoi le geste soutient, détourne ou annule le propos?) est somme toute une réussite. La métamorphose de Jeanne Baudry est quelque peu impressionnante, pour qui l'avait vue dans la première version des "Bonnes" l'an dernier à Fort-de-France.   On saluera aussi le beau travail des lumières de "Pierrot" que l'on souhaiterait voir aussi sur d'autres spectacles.   

R.S.

 

Un pamphlet :
Bloody Niggers

par Selim Lander

Frantz-Fanon aurait-il apprécié le spectacle qui vient d’être présenté dans la salle de l’Atrium qui porte son nom ? Les 14 et 15 mai, le trio Groupov (Dorcy Rugamba, auteur et comédien, à droite sur la photo, accompagné par Younouss Diallo et Pierre Etienne) y a proposé son spectacle Bloody Niggers. L’argument est simple : trois hommes, deux noirs et un blanc, en costume-cravate, chacun devant son micro, énumèrent les violences dont s’est rendu coupable l’homme blanc depuis les croisades. Le sujet est éminemment grave et sérieux mais néanmoins susceptible de devenir fastidieux. On est bien dans le registre du pamphlet tant sur le fond (le procès unilatéral d’une race qui se croit à tort meilleure que les autres) que sur la forme (un acte d’accusation récité sans autre mise en scène que l’alternance des voix qui se partagent le texte).

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4:48 Psychose
L’Arte Povera de Jandira Bauer

par Selim Lander

Soirée mémorable, ce lundi 18 mai 2009, au Théâtre de Fort-de-France : c’était la première de la nouvelle création de Jandira De Jesus Bauer. Après la mise en scène « vaudou » des Bonnes de Genet, qu’elle avait proposée dans ce même théâtre l’année dernière (avant de la faire voyager jusqu’en Avignon), réussirait-elle à frapper encore plus fort ? D’une certaine manière, la réponse est oui.

« Proposer aux comédiens » (et suppose-t-on également aux spectateurs) « une autre réflexion sur le théâtre contemporain », indique le manifeste de sa compagnie, Activ’Art. Outre Genet, Becket fait partie de ses références les plus anciennes. Elle apprécie particulièrement la manière qu’a le second auteur d’exprimer « l’image de l’esprit aliéné du corps ». Il n’est donc pas trop étonnant que J. Bauer ait choisi de nous présenter le dernier texte de Sarah Kane, une auteure et comédienne qui fut aliénée au point de suicider à l’âge de 28 ans.

Les lecteurs de ce papier ne savent peut-être pas tous qui fut Sarah Kane (1971-1999). Elle est moins connue chez nous qu’en Angleterre où elle gagna une sorte de célébrité grâce au scandale suscité par sa première pièce, Blasted. Nous renvoyons là-dessus au long article, très documenté, tiré du journal The Guardian, repris dans la précédente livraison de Madinin-Art grâce aux soins diligents de Roland Sabra. Dire que Sarah Kane est un auteur « moderne » serait un euphémisme. Elle se rattache plutôt au théâtre expérimental, ce théâtre qui ressemble à l’art plastique dit « contemporain », dont le propos est donc moins de plaire que de choquer le spectateur. Et Sarah Kane y est parvenu d’emblée avec Blasted, d’autant que cette pièce fut créée, contre toute attente, sur la scène habituellement plus conservatrice du Royal Court Theater de Londres.

 

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Une semaine de Théâtre  à Fort-de-France

  Michèle Césaire, directrice du Théâtre Aimé Césaire à Fort-de-France  et Manuel Césaire directeur du CMAC Atrium à Fort-de-France ne se  rencontrent pas, ne communiquent pas, ne se téléphonent pas, ne se parlent pas. La programmation concurrentielle se poursuit allègrement, comme c'est le cas depuis de longues années. L'affiche peut rester vide pendant des semaines, pas la moindre petite pièce à se mettre sous la dent et puis tout à coup, spectacles à l'Atrium et au Théâtre de Foyal au même moment, c'est à dire aux mêmes dates, aux mêmes heures. Comme si le public était assez nombreux pour se partager! Comme si il n'était pas préférable d'étaler sur l'année les trop rares pièces proposées! Comme si les autorités de tutelles étaient incapables d'imposer une concertation! Faut-il rappeler qu'elles sont elles aussi en concurrence  politique? Il est a parier que même une assemblée unique échouerait à relever un tel défi. A nous de faire entre vaches maigres et (relative) abondance.

R.S

 

 

"Bloody Niggers"

"Le théâtre : un lieu où l'on est l'autre"

  Le mot est de Ariane Mnouchkine dans un texte aujourd'hui célèbre et  intitulé " Tout théâtre est politique". Manuel Césaire nous en offre une illustration avec la programmation de "Bloody Niggers" ( cf la critique ci-après de Selim Lander).  Le metteur en scène Jacques Delcuvellerie, est un français installé en Belgique, professeur au Conservatoire Royal de Liège, qui a fondé en 1980 Goupov, un collectif d'artistes pluridisciplinaires ayant vocation à créer un espace d'expérimentation théâtrales. Les années 90 seront consacrées au Projet Vérité qui pointera du doigt les croyances capables de mobiliser un être jusqu'à la mort. C'est dans la suite logique de ce travail qu'il propose en 1999, "Rwanda 1994" une pièce fleuve de six heures qui remontait aux causes du génocide rwandais. Younnouss Diallo qui jouait dans Rwanda 1994 participe cette fois non seulement comme comédien mais aussi comme adaptateur et concepteur à "Bloody Niggers" la dernière production de Groupov. Le texte de Dorcy Rugamba, rescapé du génocide rwandais est un long cri de révolte, de dénonciation et de douleur ensanglantées contre les massacres, les boucheries, les exterminations, commises au nom des Dieux de la Bible, de la Bourse et de Wall Street. L'intelligence du propos consiste à mettre en accusation un système, une logique, plus que des individus. L'invention d'un système qui délaissant une logique de prélèvement sur la nature et qui la laissait intacte pour les générations suivantes est passé à une logique d'exploitation de la nature avec son aboutissement inéluctable qui consistera à considérer l'humain comme une matière première bonne à faire des abat-jours, des engrais, du savon etc.. Dorcy Rugumba mettra en scène à la fin des années 90 "L'instruction" de Peter Weiss, récit du génocide juif par une équipe de rwandais. C'est la grande force de ce travail que de dénoncer l'ethnicisme, le racisme, dans une pratique théâtrale concrète et pas seulement de façon verbale. La structure de "Bloody Niggers" relève de cette problématique. L'ouverture se fait avec un écran sur lequel on revoit pour la énième fois les Twin Towers percutées par les avions détournés le 11 septembre 2001. Ensuite la première partie est consacrée à un rappels de faits historiques et attestés qui des Croisades, aux massacres de Sétif marque le chemin de sang et de feu de l'Occident sur le corps des cultures qu'il anéantit dans son expansion, dans sa croissance. La seconde partie dénonce les responsabilités complices des Africains eux-mêmes dans la perpétuation d'un système néocolonial.  Le propos est fort, puissant, plus théâtral dans le temps deux que dans le temps un, ou la thématique du réquisitoire prédomine. Il fait dire que l'âpreté du  discours, l'insoutenable violence des faits rapportés se prêtaient mal à une "mise-en-scène" et surtout pas à une illustration. Face à l'horreur les mots suffisent, les gestes viennent à manquer.  L'intelligence de la mise en scène consiste à avoir moduler ces deux temps sur deux registres expressifs en parfait accord avec le texte. Toujours avec sobriété. Il s'agit d'un théâtre politique qui jamais n'assujettit la pratique artistique à un discours militant. Jacques Delcuvellerie, poursuit avec systématisme son travail d'expérimentation théâtrale. Il prend des risques, dérange et c'est tant mieux. La scénographie, le travail des lumières, la musique, les pauses dans le récit, la place et le rôle de l'écran qui masque et qui projette, participent à la création d'un théâtre total dont on ne sort pas indemne.

Roland Sabra

 

 Pourquoi cette pièce, ici et maintenant ?

Pourquoi pas ? J’ai souvent entendu dire que chaque public « a droit » au théâtre qui lui correspond. Je me suis toujours élevée contre ce cloisonnement inepte .

En tant que metteur en scène, je ressens le besoin de la mise en abîme, de l’audace qu’impose le théâtre contemporain.

Peut-on éviter une lecture biographique de la pièce, ce dont ne voulait pas Sarah Kane?

4 :48 PSYCHOSE est une écriture autobiographique. Le travail de mise en scène consiste à universaliser la situation dans laquelle l’auteure se met en scène elle-même ( Elle a d’ailleurs joué son rôle jusqu’au bout). Mon travail consiste à rassembler les indices qui conduisent à Sarah Kane, l’auteure, à travers son texte ,et non pas au personnage qu’elle met en scène (ce personnage étant elle-même). « Il ne faut pas confondre le texte de S. Kane et sa vie »

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Théâtre Aimé Césaire : Jandira Bauer monte
4.48 Psychose
de Sarah Kane

 

  La première pièce de Sarah Kane, Anéantis, fit scandale; mais dans les années qui précédèrent son suicide - elle mit fin à ses jours en 1999 - on en vint à reconnaître en elle une voix poétique brillante et tourmentée. Tous ceux qui l'ont connue sont formels: il ne faut pas confondre son œuvre et sa vie. Difficile pourtant d'éviter les parallèles.

Quand Mel Kenyon, lors de la cérémonie d'hommage à Sarah Kane, s'est levée pour faire un bref discours, les mots lui ont manqué. Elle s'y est reprise à deux ou trois fois, avant d'être vaincue par les larmes. Elle a finalement demandé à la foule des amis et des proches, réunis au Royal Court de Londres, d'écouter une chanson en l'honneur de Sarah. Kane s'était suicidée seulement quelques mois auparavant, et le sanglot d'une douleur encore à vif secoua le théâtre tout entier. En un sens, You get whatyou give des New Radicals - un appel passionné à sortir du désespoir, à comprendre qu'il y a une raison de vivre - était incroyablement inapproprié. Sarah avait fait exactement le contraire - elle avait lâché l'affaire, elle avait renoncé. Et pourtant cette chanson extatique - qui réfute tout ce qu'il y a de triste, de cruel ou de merdique dans la vie, qui affirme l'amour et le sens envers et contre tout - était en quelque sorte parfaite.

La mort de Kane à 28 ans fit les gros titres, tout comme l'avait fait sa première pièce Anéantis. Les auteurs de nécrologies parlèrent de la nature controversée de son œuvre, allèrent chercher leur dictionnaire des synonymes, se livrèrent, ainsi que les journalistes l'avaient toujours fait, à l'inventaire lubrique des éléments du scandale - fellation et masturbation, miction et défécation, viol et pendaison, arrachage des yeux et cannibalisme. Ils citèrent également « Le répugnant régal d'ordures », titre infamant sous lequel avait paru la critique de Jack Tinker dans le Daily Mail.

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  La 23e édition des Molières a vu la réconciliation du théâtre classique, de l'originalité et du théâtre populaire au cours d'une cérémonie au Théâtre de Paris.

La XXIIIe édition des Molières a vu dimanche soir 26 avril la réconciliation du théâtre classique, de l'originalité et du théâtre populaire au cours d'une cérémonie rythmée par les élans lyriques de Frédéric Mitterand et les facéties de Laurent Baffie avec la consécration de "Coriolan" de Shakespeare. Comédiens, metteurs en scène, auteurs et autres professionnels du spectacle vivant privé et public étaient réunis pour une cérémonie qui a débuté à 20h35 sur France 2 en direct du Théâtre de Paris. La ministre de la Culture, Christine Albanel, assistait à la cérémonie.

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Trames de Gerty Dambury

 

Dans un décor réduit à peu de choses  Gerty Dambury, d’origine guadeloupéenne et auteure de théâtre déjà confirmée a mis en scène sa dernière pièce, Trames, présentée ces jours-ci au théâtre Aimé Césaire à Fort-de-France.

Dans un décor réduit à peu de choses mais qui colle bien avec l’esprit de la pièce, Firmine Richard, la mère, reçoit de temps en temps la visite de Jalil Leclaire, son fils, tandis que Martine Maximin endosse tour à tour plusieurs « petits » rôles : servante de scène, archétype de la femme antillaise, fille perdue au grand cœur. La progression dramatique est plutôt bien menée, nous comprenons peu à peu quelles raisons ont pu conduire le fils vers sa déchéance présente. Bien qu’astucieux et beau parleur, ayant même poursuivi des études d’économie à l’université, il n’arrive pas à sortir du cercle vicieux de la drogue, de la misère et de l’oisiveté. Les rapports entre les deux personnages principaux sont bien décrits dans toute leur ambiguïté. Tous les deux ont bien du mal à faire vivre l’amour qui est pourtant censé exister d’une manière toute naturelle entre une mère et son fils.

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Le Prophète et Monsieur de Pourceaugnac

 

  A la question, « qu’est-ce que le théâtre ? », on peut répondre en s’aidant de l’étymologie. En grec « drama » signifie action. Le théâtre est un genre hybride qui donne aussi bien à entendre, à voir ou à ressentir ce que suggèrent les acteurs par leur voix, leur corps, la scénographie par le décor, l’éclairage et la musique, et la mise en scène, par les choix personnels du metteur en scène. Le théâtre est un art vivant qui fait appel à tous les sens du spectateur. C’est pourquoi la représentation est une véritable épreuve pour les acteurs qui sentent dès le lever du rideau la réceptivité de la salle, son frémissement ou son apathie. Le théâtre ne pardonne pas ! Quoi de plus décevant que d’entendre des spectateurs s’assoupir ou bien de voir la salle se vider après quelques timides applaudissements ? Comment éviter cela ? Molière pourrait répondre : « la grande règle est de plaire ». Pour y arriver, il ne s’agit pas seulement de satisfaire aux attentes du spectateur, mais plutôt de le bousculer, de le surprendre et surtout de susciter son attention. Le choix du texte entre pour une bonne part dans l’éveil de l’intérêt du spectateur. Mais cela ne suffit pas.

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Les 22è Rencontres théâtrales de Fort-de-France

Nèg pa ka mô 

Une pièce écrite et mise en scène par Daniély Francisque, interprétée par la troupe Mawon

 

  Voir la grande salle de l’Atrium complètement remplie pour une pièce de théâtre ! Qui voudrait bouder son plaisir. Sans doute le fait que ce spectacle ait été offert gratuitement a-t-il contribué à son succès, mais si c’est là la condition pour amener au théâtre de nouveaux spectateurs, on ne le regrettera pas. Cela étant, les spectateurs étaient-ils vraiment nouveaux ? Il est difficile de l’affirmer car la pièce a pu attirer les habitués des comédies créoles, Bankoulélé ou autres.

Nèg pa ka mô mêle en effet assez agréablement des genres différents. Des scènes de comédie pure, en créole, à des scènes plus dramatiques souvent en français, des évocations de la vie des noirs au temps de l’esclavage – déportation, travaux des champs, etc. – sous forme de tableaux chorégraphiés, enfin des scènes plus proches de notre présent, comme celle de la veillée qui suit l’exécution du nèg mawon. Le tout relié par le récit du temps d’antan qu’une grand-mère adresse à sa petite fille.

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Le Horla de Nouméa : un Maupassant insolite à la Nouvelle Calédonie


par Alvina Ruprecht

  À Nouméa, le théâtre se joue de jeudi à dimanche. Souvent les spectacles ne passent que quatre soirées pour ensuite partir en tournée dans les écoles ou dans les provinces du Nord et du Sud où les lieux d’accueil peuvent être un grand espace vert, la cour d’une maison, une salle de sport ou une salle de classe. L’Association « le Chapitô », d’Anne Sophie Arzul, est une exception car elle fait circuler les productions professionnelles

partout dans l’île sous un énorme chapiteau de 400 places qu’elle fait installer dans un lieu approprié (après avoir « fait la coutume », échange rituel avec les chefs Kanak pour légitimer le séjour sur leur terre). L’installation même du chapiteau se fait grâce à une équipe de monteurs dont les membres sont parfois de jeunes Kanak attirés par ces spectacles de théâtre itinérant de passage chez eux. Selon Mme Arzul, ces productions du « Chapitô » permettent au public loin de Nouméa de voir des œuvres mises en scènes dans les mêmes conditions que celles des grandes salles de la capitale.

Tout ceci pour dire que la notion de « théâtre » à la Nouvelle Calédonie est complexe, très large et surtout toujours en voie de redéfinition selon les publics, selon les apports culturels des multiples communautés qui cohabitent dans l’île, selon les possibilités matérielles des lieux de création et selon les matières traitées par les artistes.

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Entretien Vincent Baudriller

L’Europe, l’espace naturel du Festival d’Avignon

  Pour Vincent Baudriller, codirecteur du Festival d’Avignon depuis 2004, la programmation internationale offre une traversée de territoires artistiques très divers et permet de questionner, à travers la confrontation des différences, la richesse de la culture européenne.

Les artistes associés du festival ont été majoritairement des personnalités étrangères, sauf Frédéric Fisbach et Valérie Dréville. Pourquoi une telle dimension internationale '

 

Le Prophète
de Khalil Gibran

Mise en scène de Francesco Agnello

avec
Michel Le Royer

de la Comédie Française

A l'Atrium de Fort-de-France

Ce texte fait aujourd’hui partie des grands classiques de la littérature mondiale. Il y a des livres qui semblent échapper à toute échelle de valeurs ; des livres qui vivent, parlent et souvent nous enseignent ce que les sciences et les doctrines traditionnelles ne savent pas, ne peuvent ou ne veulent par voir.

Le Prophète de Khalil Gibran est de ceux là.

Dès sa parution, en 1923, le succès fut immédiat. Ce texte fait aujourd’hui partie des grands classiques de la littérature mondiale. Il suscite encore, de nos jours, l’intérêt de milliers de lecteurs.

Le mystère de ce succès n’est, peut-être, pas si diffcile à percer : le message du livre est universel, hors temps car il parle au cœur de nous tous.

Le message essentiel du prophète est celui de la reconnaissance envers l’existence et vers les mystèrieux mécanismes qui la régulent. Chacun de nous ayant la capacité de cette compréhension, au-delà de toute appartenance à une culture, une langue ou une religion.

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Les 22ème Rencontres théâtrales de l'Atrium
L'ici et l'ailleurs de l'Atrium

Guillaume Gallienne sur un texte de Dario Fo :Saint-François, le divin jongleur

 par Roland Sabra

  Les 22 ème Rencontres théâtrales de Fort-de-France battent son plein. Commencées au lendemain de la reprise générale du travail dans l'ile elles ont atteint aujourd'hui leur rythme de croisière : une quinzaine de manifestations en quatre semaines, du 26 mars au 23 avril 2009. Le programme est un mélange de théâtre amateur, innovation de cette année, avec du théâtre professionnel, de théâtre d'outre-Atlantique avec des productions locales. Toujours ce même souci de métissage, d'allées et venues entre un ici et un ailleurs, qui est semble-t-il la ligne directrice de Manuel Césaire , qu'il s'agisse de théâtre, de musiques ou de tout autre art de la scène. On ne peut que saluer ce souci d'ouverture au monde, qui ne relève pas d'une simple posture mais d'un engagement réel et d'une politique concrète . Reste bien sûr la question du contenu de la programmation. Sage comme toujours diront les uns, trop sage diront  les autres, mais tous se retrouveront sur la qualité. L'ouverture s'est faite avec l'excellent travail de Claude Mathieu qui mettait en scène Guillaume Gallienne sur un texte de Dario Fo, Prix Nobel de littérature 1997, et qui s'intitule Saint-François, le divin jongleur.  Librement inspiré de la vie du Saint d'Assise le texte est un hommage à la liberté de penser, à l'insolence nécessaire face aux pouvoirs institués qu'ils se nomment église ou parti, encore que la distinction n'a  que trop souvent plus lieu d'être. Ce spectacle du Studio-Théâtre de la Comédie-Française, excusez du peu, est marqué du  double sceau de son origine : classicisme et professionnalisme. Néanmoins, la performance du comédien qui tient, littéralement, la salle en haleine, est telle qu'il ne manquait que les yé cric, yé crac pour l'emmener définitivement sur des terres plus familières que celles de l'Ombrie et plus proches de nous que celles des bords de Seine.  Le jeu est à la fois distancié, avec une once d'ironie qui transperce dans la diction et grave par la critique sociale qu'il laisse deviner plus qu'il n'assène. Fort heureusement sinon on se serait lassé. Un travail très corporel dans un espace nu et qui par conséquent ne pardonne aucune faiblesse. Et de faiblesse il n'y eut pas! Le public martiniquais qui s'était déplacé en petit nombre a joui avec bonheur de ces instants magiques. Ceux qui ne sont pas venus en sont bien punis.

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Jan Fabre jouit franc-jeu

 

Danse. «L’Orgie de la tolérance», nouveau spectacle marquant de l’artiste flamand.

par Marie-Christine VERNAY

Le metteur en scène et chorégraphe belge Jan Fabre ne s’est pas calmé   Tout commence avec une immense branlette collective coachée par des gugusses pas très catholiques : des sortes de collabos-maquisards, la carabine en bandoulière, qui comptent les points. A qui jouira le premier ou la première, Viagra ou pas : là où le sexe est devenu un sport, une performance, un challenge. Le metteur en scène et chorégraphe belge Jan Fabre ne s’est pas calmé. Tapageur, subversif, il s’en prend ici à la société de consommation pour en dénoncer la vulgarité, la cochonnerie, les tristes pitres et moniteurs de sport. Jan Fabre le fait au premier degré, frontalement, irrité par la marchandisation de tout ce qui tombe entre les mains des profiteurs : le cul, Dieu, le plaisir, la jouissance, le désir… Son Orgie de la tolérance est une énorme farce, une mascarade avec un seul mot d’ordre : fuck you.

Godemichés. Pendant deux ans, il a travaillé à partir de dessins puis d’improvisations avec neuf performers irrésistibles. Ensemble, car il est évident qu’il s’agit d’une création collective, ils ont exploré de nombreux thèmes comme la course à l’orgasme, l’instrumentalisation du religieux, les pratiques consuméristes, le sofa comme prolongement de la libido ou encore le glissement du politique vers l’extrême droite. La troupe rend aussi un hommage décalé aux Monty Python, à leurs sketchs gaulois et délirants des années 70. Et hormis quelques scènes un peu faciles, comme la valse de la supérette, on rit franchement, des autres et de soi-même.

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Culture et Politique culturelle : quoi de neuf ?

 par José Alpha

José Alpha  Pourquoi n’existe-t-il pas une entreprise des métiers de la scène et du spectacle vivant en Martinique ? Une des nombreuses interrogations posées par de nombreux Martiniquais qui ont l’audace d’imaginer la production culturelle et artistique comme source de revenus et de développement pour la Martinique mais aussi comme vecteur dans le monde d’une culture insulaire caribéenne issue de notre métissage.

Cette question pose l’évident problème de la gestion des potentiels humains et culturels martiniquais quand on mesure les efforts consentis depuis plusieurs années par les collectivités aux nombreuses aides aux projets d’actions et d’exploitations culturelles et touristiques, à la formation des hommes et à la validation des acquis, dont les objectifs sont bien de favoriser l’économie culturelle et d’élever l’esprit critique populaire à la compréhension de ses origines et de ses potentiels existentiels.

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La politique théâtrale à l’épreuve

 

 par Emmanuel Wallon

  Le 10 juillet 2003, « la mort dans l’âme », comme le disaient les affiches et calicots des protestataires, les directeurs Stéphane Lisner et Bernard Faivre d’Arcier durent se résolurent à annoncer l’annulation de leurs festivals respectifs d’Aix-en-Provence et d’Avignon, que la fièvre de1968 avait perturbés mais point empêchés. Mécontents des nouvelles dispositions applicables à leur régime d’assurance chômage, artistes et techniciens s’engageaient dans un mouvement revendicatif d’une ampleur et d’une âpreté sans exemple dans les annales. La signature du protocole du 26 juin 2003 venait de mettre le monde du spectacle en émoi. Partout en France, des gens de théâtre votèrent la grève lors d’assemblées générales où la parole rebondissait en tous sens. Voyant les manifestations de l’été se saborder en chaîne, certains observateurs étrangers ne purent cacher leur perplexité. Le pays de « l’exception culturelle » entretient décidément un rapport tourmenté avec son théâtre.

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Les contenus de la formation : comment apprendre à devenir acteur

  Comment apprendre à devenir acteur ' Que doit-on enseigner ' Entre autres paramètres, technique, culture littéraire, imprégnation et appropriation se combinent, pour préparer l'apprenti comédien à se confronter au texte dans sa réalité scénique, pour qu'il s'imprègne véritablement du rôle, intérieurement. Un exercice qui traduit l'affirmation d'une liberté au c'ur de multiples contraintes. Un apprentissage qui se poursuit tout au long de la vie, et nécessite un travail considérable.

Entretien  avec Wajdi Mouawad 

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un mouvement revendicatif d’une ampleur et d’une âpreté sans exemple dans les annales

  Le métier de comédien a évolué au cours des siècles et répond à des critères spécifiques selon les époques. Abordant la question de la formation dans une perspective historique, Odette Aslan, chercheuse au CNRS, et Julie Sermon, dramaturge, explorent notamment la figure du personnage théâtral contemporain en soulignant les changements générés par les écritures contemporaines, qui mettent en 'uvre une dramaturgie plus chorale que linéaire, un jeu d'acteur centré sur le présent de l'énonciation.

Entretien Odette Aslan

Odette Aslan : Vers un acteur pluridisciplinaire plus créatif

Vers un acteur pluridisciplinaire plus créatif

« En un siècle, l'acteur est passé de l'emphase de la déclamation à pleine voix à une diction plus intime (?). Aujourd'hui, le théâtre n'hérite plus des traditions théâtrales des aînés, mais du cinéma et des nouvelles technologies, des lights shows ou du sport », conclut l'essayiste Odette Aslan, dans L'acteur au 20ème siècle*. Cette grande observatrice de la scène théâtrale revient ici sur les évolutions essentielles de la formation.

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Les 22ème Rencontres théâtrales de l'Atrium

A quoi peut servir le théâtre ?

par José ALPHA

 

   En écoutant André Lucrèce, écrivain et sociologue, le 31 mars dernier à l’Atrium de Fort de France en ouverture des Rencontres théâtrales 2009 en Martinique, sur « le Théâtre de Shakespeare et la cérémonie de la violence », la question de l’utilité de la représentation théâtrale dans notre société, s’est imposée à deux niveaux.

Le premier : comment expliquer la crise qui maltraite depuis trop longtemps le théâtre public en Martinique, comme ailleurs du reste ? Le second : quels ressorts permettront à la théâtralisation du drame humain de répondre au besoin de théâtre que la vie collective produit à une densité si haute ?

A travers la rencontre exposée par le conférencier entre la violence des situations, des intrigues et des personnages dans le Théâtre de Shakespeare et la « sauvagerie sociale que chaque société tend le plus souvent à surmonter en se lançant le défi dans des œuvres de civilisation comme le théâtre », deux écrivains témoins de leur époque, William Shakespeare et Antonin Arthaud, séparés par plus de 3 siècles, mais disparus tous deux à l’âge de 52 ans, ont en effet raconté les actions des hommes et peint chacun à leur manière, les mœurs de leurs époques respectives.

 

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Thomas Ostermeier a beau s'habiller d'une façon urbaine et passe-partout, avec un sweat à capuche, il s'impose immédiatement comme un chef. Quand il marche dans les couloirs de la Schaubühne, le théâtre qu'il dirige à Berlin, les plafonds semblent bas : 1,96 m, cela fait de l'effet, surtout associé à une carrure imposante. Mais le plus impressionnant, ce sont les yeux. Très grands, très bleus, ils posent sur l'interlocuteur un regard qui ne laisse rien passer. Comme au théâtre.

Les mises en scène de Thomas Ostermeier sont guidées par une intelligence froide et corrosive qui l'a propulsé au rang de star en Europe. Un bel exemple en est donné avec John Gabriel Borkman, d'Ibsen, présenté à Paris au Théâtre de l'Odéon (du 2 au 11 avril). Soit un banquier qui a ruiné ses clients en spéculant sur leur argent. Une histoire d'aujourd'hui ? Non, elle date de 1894. Oui, elle nous parle du monde tel que le voit Thomas Ostermeier, avec son bagage d'Allemand tout juste entré dans la quarantaine. 

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De la race en Amérique : Barack Obama à Paris

Par Alvina Ruprecht

La réflexion d’Obama sur La Race , prononcée le 18 mars à Philadelphie,Un défi de taille : mettre en scène un discours politique de Barak Obama, qui aborde une question aussi délicate, aussi complexe et surtout aussi tabou en France que celui de la question « raciale ».

D’ailleurs le moment était bien choisi, il faut le reconnaître. L’auteur et metteur en scène José Pliya en tandem avec l’acteur Vincent Byrd le Sage ont réalisé ce projet par suite d’un désir de faire connaître à ceux qui ne connaissent pas l’anglais, ce grand texte, au moment où son auteur s’apprête à devenir le premier président noir des États-unis .

La réflexion d’Obama sur La Race , prononcée le 18 mars à Philadelphie, fait suite aux critiques proférées contre lui lorsque le révérend Wright de l’Église de la Trinité, une force importante dans la formation spirituelle du jeune Obama, semblait exprimer une haine non mitigée contre les Blancs, en déclarant « que Dieu maudisse l’Amérique ».

Les critiques fusaient contre Obama et « son » père spirituel. Il fallait donc mettre les choses au point.

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Nathaly Coualy et le One Woman stand up: un équilibre fragile

Par Alvina Ruprecht

Ce spectacle serait une version retravaillée (avec Légitimus) d’un monologue (intitulé Seule), présenté l’année dernière. Oui, le titre de la pièce est le nom de la comédienne - Nathaly Coualy- que nous avons vue pour la première fois en Avignon « off » (2008) au théâtre de la Chapelle du verbe incarné où elle a joué la copine blonde du mari volage (interprété par Philippe Calodat) dans Projection Privée, sur un texte de Rémi de Vos mis en scène par Greg Germain. Dans sa prestation récente, Nathaly, redevenue semblable à elle-même (car elle n’est pas blonde), nous fait un monoloque « confession » qui vire vite au « stand up » interactif, profitant ainsi d’une petite salle (60 places?) où la disposition salle-scène invite les échanges intimes. Ce spectacle serait une version retravaillée (avec Légitimus) d’un monologue (intitulé Seule), présenté l’année dernière. Cette fois-ci, l’idée était justement de réduire les artifices d’un spectacle théâtral pour créer l’illusion d’une rencontre entre un public qui tient lieu de psychiatre, voire de psychanalyste, et la comédienne. En effet, Mlle Coualy est à peine maquillée. Elle porte un ensemble foncé discret, les cheveux coupés très court, rien de remarquable dans la présentation. Elle a l’allure belle, raffinée et même un peu timide. Quelques accessoires dans l’espace de jeu : deux petites tables recouvertes de livres nous portent à penser que ce sera peut-être une discussion littéraire, ou du moins une rencontre spirituelle et intelligente. La curiosité est piquée! . . Mais on va être détrompé car ce n’est pas du tout ce qui nous attend.

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La Voyageuse : un magnifique hommage théâtral à Maryse Condé

par Alvina Ruprecht

  Ce voyage théâtral à travers les extraits de huit œuvres de Maryse Condé, narré par l’écrivaine « voyageuse » et guidé par la main du metteur en scène Jean-Michel Martial, a eu sa première au Ciné-théâtre Lamentin lors du Premier congrès international des écrivains de la Caraïbe en Guadeloupe. Cette traversée scénique des multiples personnages femmes venus de tous les lieux, toutes les classes sociales, toutes les origines culturelles voire de divers moments historiques, semblait symboliser le réseau de relations constitutif de la Caraïbe évoqué lors du colloque. Et surtout, cette pièce incarne le projet Théâtre Caraïbe – le Répertoire, une entreprise que Jean-Michel Martial et son équipe de spécialistes sont en train de réaliser, grâce à l’appui de la Région Guadeloupe. Disons-le en passant, cette vision d’un rassemblement des meilleurs écrits dramaturgiques sélectionnés de l’ensemble de la production théâtrale caribéenne (écrits qui seront analysés, mis en scène, traduits en français et publiés avec commentaires à l’appui), rentre tout à fait dans l’esprit des conclusions énoncées par les fondateurs de la nouvelle association des écrivains, mise en place pendant le congrès en Guadeloupe. La nécessité vitale d’un rapprochement entre les écrivains et les artistes de la région ne fait plus de doute et ce qui était déjà depuis très longtemps une évidence parmi les créateurs les plus perspicaces, est enfin pris en charge par les institutions de l’état.

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Censure d’Etat

Mort au poison salutaire du théâtre

Convoi militaire français, à Madagascar, le 25 septembre 1947 (AFP).

Par Bruno Tackels


 Au mois de septembre, le metteur en scène Thierry Bedard travaille à Madagascar, avec l’écrivain Jean-Luc Raharimanana. Au Centre culturel français de Tananarive, ils créent 47, un spectacle important, présenté quelques jours plus tard dans le cadre du dynamique Festival des Francophonies de Limoges. L’enjeu est de ranimer la mémoire douloureuse de l’insurrection malgache contre la colonisation française, en 1947, atrocement réprimée dans le sang. Sur un mode très simple, deux acteurs (un malgache et un français), comme une veillée des morts, les mots réveillent ce terrible moment de l’histoire de France, qui n’a aucune existence collective dans notre Histoire de France. Lors de sa création à Madagascar, devant un public essentiellement malgache, le spectacle a suscité de nombreuses réactions, affectives, humaines, citoyennes, politiques. Là, on se dit que le théâtre tape juste, qu’il répond à sa mission profonde, qu’il a encore de beaux jours devant lui.

A Limoges, il se disait déjà que les choses n’avaient pas été simples, lors de la création de 47. Que des pressions avaient été exercées pour ne pas réveiller de mauvais souvenirs : pas le moment, pas comme ça. La realpolitik, toujours. Et puis voilà que la bombe éclate. La force du spectacle appelle naturellement de le faire tourner dans l’ensemble de la zone de l’Océan indien. Il est proposé à la diffusion dans les Centres culturels français de la région. Début novembre, « 47 » est retiré des propositions de programmation.

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Théâtre pour tous

Salle Aimé Césaire Lycée Shoelcher

 

 1- Le premier mercredi de chaque mois , à 16h30 précises, un temps de réflexion sera consacré aux ateliers de pratique artistique théâtre. Les collègues ( des ateliers théâtre) pourront échanger sur les différents aspects de leur travail partenarial, l'avancée du projet, les difficultés rencontrées, les solutions à mettre en œuvre, etc...

Ensuite, ils pourront assister à la projection sur grand écran du DVD d'une pièce de théâtre, choisie parmi les 40 œuvres filmées dont dispose l'ADAPACS. La projection sera suivie d'une discussion. Le but est de proposer des mises en scènes particulièrement intéressantes, et d'enrichir notre culture théâtrale en confrontant nos opinions.

-2- Les autres mercredis, seront consacrés au jeu théâtral sous toutes ses formes, depuis la gamme infiniment riches des exercices dits d' "échauffement" qui portent en germe le geste théâtral, jusqu'au travail sur les situations, sur les personnages, sur les textes que nous aurons décidé d'approcher. Les objectifs pourront ne pas être les mêmes pour tous: lecture, mise en espace, mise en scène. Tout dépendra du nombre des présents, des choix qui seront faits et de la motivation du groupe.

Rendez-vous, donc, mercredi prochain, 17 décembre 2008 à 16h 20, précises, pour que, passé le moment convivial où on se dit " bonjour-comment-ça-va", nous puissions commencer à l'heure. N'oubliez pas de porter ou d'apporter une tenue pratique et souple.

D'ici là, pensez à ce que vous avez envie de faire, apportez des textes, des idées et des rêves, c'est de tout cela que le théâtre d'aujourd'hui se nourrit, et c'est bon pour la santé.

Bien cordialement.

Michel Dural, Président de l'ADAPACS

 

Théâtre

Par Marius Gottin

 

 José Exélis a le nez fin, ou creux. Peut être les deux, j’ai oublié la différence. Vous me direz: c’est son côté artiste, d’aucun diraient handicapé, vous savez lorsque certains, souffrant par ailleurs de manques, développent des facultés particulières qui font qu’ils ressentent les choses différemment et c’est ce ressenti particulier qui explique la vision du monde qu’ils nous restituent en tant qu’artiste.

Il y a de cela plus d’un mois, l'intéressé m’appelle et m’annonce qu’il a pensé à moi pour introduire un débat tournant autour du thème : Théâtre & politique…et me revient cette déclaration de l’ancien président du parlement international des écrivains, l’américain Russel Banks: « la fonction de l’écrivain est de faire en sorte que nul ne puisse ignorer le monde et que nul ne puisse s’en dire innocent »

Ah bon, cela veut dire qu’à un moment ou à un autre, il faut dire les choses, les nommer, les mettre sur la table ? Sur les questions qui agitent le théâtre (et notre société martiniquaise empêtrée dans des questions identitaires) cela fait déjà trois ans au moins que ces questions tarabustent l’auteur, le metteur en scène, le comédien José  Exélis; et qu’il nous invite, cette année encore, à y réfléchir, à la mise en relation, mise en perspective de deux mots recouvrant deux activités dissemblables mais rien n’est moins sûr, « théâtre et politique ».

S’il est une chose que j’éclaircirai d’emblée, c’est bien cette notion de politique qu’il nous faut prendre au sens premier de la polis des Grecs (reposant, pour faire court, sur l’organisation collective et la communauté de biens des citoyens dans la cité), si loin de ce qui est de nos jours généralement appréhendé comme la seule relation pas toujours nette d’un électeur avec le Pouvoir et les institutions qui l’incarnent, tout le monde prétendant œuvrer pour le bonheur du plus grand nombre.

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Au Japon, les robots font du théâtre

  Le théâtre entre dans l'ère de la robotique. Mardi 25 novembre, à l'université d'Osaka, dans l'ouest du Japon, la presse a pu assister à la première pièce jouée par un humain, la comédienne Minako Inoue, et un robot humanoïde, Momoko, conçu par la société Mitsubishi.
 

Cette pièce expérimentale de vingt minutes a été écrite et mise en scène par Oriza Hirata, une figure de l'avant-garde japonaise. Né en 1962, Oriza Hirata vit et travaille à Tokyo, où il fait du théâtre dans sa maison d'enfance. C'est un personnage et un dramaturge important. A 16 ans, il a parcouru seul et à bicyclette quelque 20 000 kilomètres à travers l'Europe. Puis il a étudié, à Tokyo et en Corée, avant de créer sa compagnie, en 1988. Depuis, il a écrit une vingtaine de pièces, dont certaines font le tour du monde, en passant par la France, où son théâtre est régulièrement joué depuis 2000. Oriza Hirata est venu en personne présenter Tokyo Notes au Théâtre de Gennevilliers et à l'invitation du Festival d'automne.

Sa pièce expérimentale d'Osaka, qui pour l'instant n'a pas de nom, pourrait faire l'objet de représentations publiques en 2009. On ne sait pas encore exactement quand, mais ce jour-là devrait marquer l'histoire de l'art dramatique.

B. Sa.

Article paru dans l'édition du 28.11.08 Le Monde

 

Journée Internationale du Théâtre-Education : 27 Novembre 2008

 

 En tant que Président d’IDEA, j’ai l’honneur de déclarer le 27 novembre Journée Internationale de l’Education Artistique en Théâtre. Nous avons désormais une date spécifique pour célébrer notre riche et singulière contribution au projet global de développement de l’éducation des hommes, des droits de l’homme et de la paix pour tous, et tout particulièrement pour les jeunes, les enfants et les exclus menacés par la violence.
Ce n’est pas, bien sûr, la meilleure période pour une célébration. Toutes les générations et tous les continents prennent douloureusement conscience du réchauffement de la planète, des nombreuses inégalités sociales, de la violence, de la pauvreté et du SIDA qui touchent nos vies personnelles et menacent notre avenir. Chaque professeur de théâtre, chaque élève, artiste de théâtre et communauté semble placer au cœur de son activité artistique quotidienne la question de la déshumanisation croissante et du désespoir des jeunes soumis aux pressions insoutenables de la compétition mondiale. Et depuis le 11 septembre, des crises financières quotidiennes menacent de transformer vos maisons, écoles et lieux de travail en un atelier global du désespoir ou en un théâtre du déni.

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Un Marmonneur Providentiel.?

Je suis un gueuleur …

par Christian Antourel

Aimé Césaire a mis de la dynamite dans le cœur de celui qui l’écoute, du piment comme amour, sur la blessure qui s’ajoute …

« Il faut rêver, il faut agir »

- Tout est dit, le voyage de l’homme noir vers la lumière. Dire le venin et cracher la hargne, toute la rage de l’imprécateur, mais «  passeur »de rêve. Le poète a capté dans l’espace d’extraordinaires messages… «  pleins de poignards de nuits, de gémissements ; une vaste improvisation de tornades, de coups de soleil… » Reste maintenant la façon d’écrire la manière de restituer limpide «  tout le sang dans sa mémoire … homme seul emprisonné de blanc.

 

Un marmonneur providentiel?
Je suis un Gueuleur

de Hervé Deluge

 On connait bien Hervé Deluge . Il a  travaillé ces derniers temps sous la direction de Lucette Salibur. Les résultats étaient inégaux, avec une question lancinante : qui du comédien ou du metteur en scène devait payer la facture? Le spectacle proposé les 20 et 21 novembre 2008 à l'Atrium donne une réponse en forme de pirouette. Hervé Deluge se met en scène lui-même. Avec un coup de main de Rudy Sylaire il est vrai. Le matériau central d"Un marmonneur providentiel" est tiré de "Cahier d'un retour au pays natal", "Et les chiens se taisaient" et aussi d'autres textes césairiens. Hervé Deluge connait son Césaire. Une des qualités de ce travail, il en a plusieurs, est de mettre en évidence une force d'interprétation du verbe du poète qui le porte à une telle incandescence que la forme se consume ne laissant subsister que le trait acéré qu'elle enveloppait. Hervé Deluge  a fait une vraie lecture des textes de Césaire, en se les appropriant de façon charnelle, en leur faisant l'amour, et nous les restituant, transformés par la seule magie du dire, en une langue presque naturelle. Et ce n'est que par moments fugaces, au détour d'un vers trop connu, quand la brillance de la forme fait écran, que le spectateur se souvient et se dit :"Mais c'est du Césaire!" Comme s'il pouvait en être autrement! Hervé Deluge  incarne, donne corps à des textes, trop souvent cantonnés par le lecteur dans le nimbe doré de l'art poétique. Il donne aussi de son corps avec une belle occupation du plateau, même si l'épisode de la roue qui ouvre le spectacle a semblé un peu long. Avec peu de moyens, des objets scéniques en petit nombre (une roue pour l'essentiel), mais innovateurs pour la Martinique, et une utilisation parcimonieuse, assujettie au propos qu'elle accompagne, la scénographie de Valéry Pétris   et Dominique Guesdon, qui est aussi aux lumières, est une vraie réussite. Les images vidéo, par contrecoup, , notamment celles de coraux balancés par la mer, paraissent beaucoup plus banales. 

Mais la première qualité de ce travail est peut-être d'avoir réussi à fédérer autour de lui, sous la forme de concours vocaux à une bande son, les apports d'une dizaine de comédiens et metteurs en scène martiniquais. Ce qui n'est pas rien! Les raccords du comédien avec la bande sonore manquaient parfois de répétition, de pratique.

On regrettera la frilosité de la programmation de l'Atrium qui a limité à deux représentations un spectacle qui méritait bien plus. L'audace et la prise de risques en matière théâtrale martiniquaise sont des denrées rares.

R.S.

 

Lettres à l'humanité

de José Pliya

  L’évidente théâtralité des textes épistolaires explose ici encore dans un spectacle puissant, poignant que défendent trois comédiens brillants. Un état des lieux du monde contemporain qui puise son authenticité dans la triste vérité de l’Histoire.


Une blague juive ouvre le bal. Jean-Pierre Becker, sans chercher à emphatiser avec des accents et tics ethniques, s’avère un excellent conteur. Difficile d’en attendre moins d’un comédien qui réunit une carrière qui navigue entre Shakespeare, Tchekhov, Blier et Rivette. Cette blague un peu potache ne donnera pas le « la », bien au contraire. En parfait contrepoint à ce qui suit, elle annonce ce qui ne viendra pas.


En lieu et place aux attentes induites par cet étrange prologue, une série de textes prodigieusement écrits, ciselés, travaillés, peaufinés. Des lettres plus exactement. Des courriers adressés essentiellement aux « grands » de ce monde : Hitler, Ben Gourion, Pétain, De Gaulle, Schwarzenegger (le gouverneur, bien sûr). Ces lettres n’ont pas toujours pour dessein une requête. Elles se contentent parfois de relater des faits, anecdotes dont les locataires des hautes sphères du pouvoir n’ont pas plus cure que conscience de leur dimension parfois tragique.

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Un marmonneur providentiel?
Je suis un Gueuleur

de Hervé Deluge

 On connait bien Hervé Deluge . Il a  travaillé ces derniers temps sous la direction de Lucette Salibur. Les résultats étaient inégaux, avec une question lancinante : qui du comédien ou du metteur en scène devait payer la facture? Le spectacle proposé les 20 et 21 novembre 2008 à l'Atrium donne une réponse en forme de pirouette. Hervé Deluge se met en scène lui-même. Avec un coup de main de Rudy Sylaire il est vrai. Le matériau central d"Un marmonneur providentiel" est tiré de "Cahier d'un retour au pays natal", "Et les chiens se taisaient" et aussi d'autres textes césairiens. Hervé Deluge connait son Césaire. Une des qualités de ce travail, il en a plusieurs, est de mettre en évidence une force d'interprétation du verbe du poète qui le porte à une telle incandescence que la forme se consume ne laissant subsister que le trait acéré qu'elle enveloppait. Hervé Deluge  a fait une vraie lecture des textes de Césaire, en se les appropriant de façon charnelle, en leur faisant l'amour, et nous les restituant, transformés par la seule magie du dire, en une langue presque naturelle. Et ce n'est que par moments fugaces, au détour d'un vers trop connu, quand la brillance de la forme fait écran, que le spectateur se souvient et se dit :"Mais c'est du Césaire!" Comme s'il pouvait en être autrement! Hervé Deluge  incarne, donne corps à des textes, trop souvent cantonnés par le lecteur dans le nimbe doré de l'art poétique. Il donne aussi de son corps avec une belle occupation du plateau, même si l'épisode de la roue qui ouvre le spectacle a semblé un peu long. Avec peu de moyens, des objets scéniques en petit nombre (une roue pour l'essentiel), mais innovateurs pour la Martinique, et une utilisation parcimonieuse, assujettie au propos qu'elle accompagne, la scénographie de Valéry Pétris   et Dominique Guesdon, qui est aussi aux lumières, est une vraie réussite. Les images vidéo, par contrecoup, , notamment celles de coraux balancés par la mer, paraissent beaucoup plus banales. 

Mais la première qualité de ce travail est peut-être d'avoir réussi à fédérer autour de lui, sous la forme de concours vocaux à une bande son, les apports d'une dizaine de comédiens et metteurs en scène martiniquais. Ce qui n'est pas rien! Les raccords du comédien avec la bande sonore manquaient parfois de répétition, de pratique.

On regrettera la frilosité de la programmation de l'Atrium qui a limité à deux représentations un spectacle qui méritait bien plus. L'audace et la prise de risques en matière théâtrale martiniquaise sont des denrées rares.

R.S.

 

L'entretien de M. Descartes avec M. Pascal le Jeune

de Jean Claude Brisville

THEATRE DE FORT-DE -France, les 29, 30 et 31 octobre

par Laurence Aurry

avec Daniel Mesguich et William Mesguich Entre Descartes, le citoyen du monde et Pascal, le farouche janséniste, la rencontre semble impossible : d'un côté, le philosophe rationnel qui parcourt l'Europe; de l'autre, le mathématicien sceptique, dominé par la foi qui recherchera la solitude et la retraite à Port-Royal. L'idée géniale du metteur en scène est d'avoir su imaginer, à partir d'une entrevue qui a eu lieu à huis clos, le 24 septembre 1647, dans le couvent des Minimes, l'échange de ces monstres sacrés du XVIIè siècle.

L'habileté de l'entretien imaginé par Jean-Claude Brisville réside dans son agencement qui ne s'apparente pas à un simple montage d'éléments biographiques, envisagés arbitrairement d'une manière chronologique. L'adaptation a su partir des attentes supposées des deux philosophes à cette période, saisis chacun à un tournant de leur vie. Pour Descartes, prêt à entreprendre son dernier voyage en Suède, il s'agit de poursuivre et d'approfondir les recherches scientifiques et philosophiques qui permettent de mieux comprendre son univers. Il voit dans le jeune et brillant Pascal un possible successeur et il espère qu'il se nourrira de ses recherches. Peut-être sont-ce ses théories de "l'arbre de la science" ou ses Principes de la philosophie qu'il lui demande d'examiner. Mais, le jeune mathématicien, qui vient d'avoir la révélation de la foi, a d'autres attentes. Il tend à se détourner de la science qu'il juge vaine et dangereuse. Il y voit de l'orgueil, de la vanité. Tout entier habité de l'angoisse métaphysique, il ne pense qu'à la question du Salut et de la Grâce, préoccupation centrale qui sera développée plus tard dans les Lettres à un provincial où il prendra avec ardeur la défense de la cause janséniste. Dans cet entretien, il espère une aide de Descartes pour faire libérer son ami, Antoine Arnauld, emprisonné et accusé d'hérésie. Il s'agit donc de faire vivre sur scène le conflit de ces deux éminents philosophes.

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Un Opéra créé par le Théâtre Vollard au Théâtre Jean-Vilar de Vitry.

Maraina. L’aventure des premiers Réunionnais

 

  Maraina, nous transporte dans les sillages d’un Giancarlo Menotti atonal, d’un théâtre lyrique de George Gershwin aux rythmes de jazz, et des créations visuelles et multimédia postmodernes de Bob Wilson assorties des accès mélodramatiques et des conventions bien ancrées dans la tradition d’opéra léger. Ajoutons les danses et les chants d’inspiration malgache dont les traditions ont profondément marqué l’île de la Réunion et le résultat est une création qui étonne et bouleverse.

Une des grandes qualités de ce spectacle est justement le fait qu’il nous apprend beaucoup sur l’histoire de la Réunion, comme l’ont fait d’ailleurs, presque toutes les oeuvres scéniques d’Emmanuel Genvrin, dont les textes sont publiés à la Réunion mais qui restent peu connues en Europe.

Toutefois, ce spectacle est aussi un magnifique voyage artistique grâce à l’immense talent de toute l’équipe : l’auteur du livret et metteur en scène Emmanuel Genvrin (fondateur de la troupe Vollard), le compositeur et chef d’orchestre Jean-Luc Trulès, le scénographe Hervé Mazelin, les solistes de premier ordre et des danseurs et membres du chœur venus de la Guadeloupe, de la Martinique, de Tahiti, de la Réunion, de Madagascar et du Val de Marne. Créé à la Réunion en 2005, Maraina faisait salle comble ce dimanche après-midi d’octobre 2008, au théâtre Jean-Vilar à Vitry.

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Marie Stuart, fable sur le pouvoir de Friedrich Schiller

Marie-Céline Tuvache et Isabelle Siou

Théâtre de Fort-de-France les 7,8,9,10,11 octobre à 19h30

Par Laurence Aurry

 Choisir un drame romantique historique comme Marie Stuart aujourd'hui où le théâtre se fait de moins en moins politique et où la politique se donne de plus en plus en spectacle, relève de la gageure. Comment intéresser les spectateurs contemporains à un conflit qui peut leur paraître si lointain ? Comment rendre la force et le souffle du grand dramaturge allemand, Schiller ? Comment traduire à travers la rivalité de ces figures féminines héroïques, Marie Stuart et Élisabeth 1ère, les enjeux idéologiques, moraux et religieux qui traversèrent le XVIè siècle, en proie aux guerres de religion, et le XVIIIè siècle, avide de libertés ?

La tentative est louable. Le choix des costumes et la scénographie témoignent d'une recherche intéressante. La couleur des vêtements, le rouge, le mauve, le gris, symbolise assez bien la passion ou l'austérité selon qu'il s'agit de la séduisante Marie Stuart, de la digne Élisabeth ou des sombres lords, juges de Marie Stuart. Les lignes droites des costumes masculins renforcent le caractère martial de leur personnage. La scène, recouverte de sable, suggère grâce à un effet visuel et sonore, une plage ou une arène où s'affrontent les personnages.

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"Marie Stuart"

par Roland Sabra

Marie-Céline Tuvache et Isabelle Siou Assis en fond de scène du début à la fin du spectacle, ils attendent leur tour pour venir dans la lumière sur le devant du plateau. Peut-être figurent ils aussi, par leur présence immobile le rôle des conseillers de l'ombre? Avant de prendre la parole le plus souvent ils contournent le cercle de feu dessiné sur le sable de la scène, se tenant à la lisière du jour et de la nuit. Seules les deux reines occupent plus systématiquement le centre de l'espace. Les comédiens se font souvent récitants comme pour mieux s'effacer derrière le texte. Il s'agit là d'un théâtre minimaliste dans sa figuration et d'une exigence affirmée dans sa conception, d'une grande épure qui use de sobriété pour faire valoir un texte dont la traduction retenue est la plus classique. L'atemporalité de la thématique abordée dans la pièce relève d'un affrontement éternel, celui qui oppose principe de plaisir et principe de réalité. La mise en scène valorise la soumission douloureuse de Elisabeth 1ère aux impératifs qui sont ceux de sa charge. Elle  sacrifie sa vie de femme, demeurant une "reine vierge" en n'acceptant dans son lit que la raison d'Etat. Face à elle Marie Stuart tente un compromis impossible, ou plutôt cède à ses passions, celles de son chemin de croix.  Mais au delà de ce qui les oppose, les deux reines partagent une même condition, celle de femmes de pouvoir dans une société qui ne laisse que très peu de place aux femmes. Plus précisément le texte n'élude pas la question des rapports de domination hommes/femmes et souligne l'incompatibilité absolue qu'il peut y avoir, pour l'une et l'autre, sur des registres tout à fait opposés, l'une épousant ses amants pour son malheur, l'autre épousant son malheur au détriment de ses amants, à vouloir concilier femme-maitresse et maitresse-femme dans une société patriarcale.

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Le Complexe de Thénardier

Texte : José Pliya

Mise en scène : Denis Marleau

 

Phot de José PliyaQuand l’ombre des ailes du vampire s’abat au fond des âmes

Par Sylvie Chalaye

Dialogue improbable entre une servante et sa maîtresse, une fille placée et sa tutrice, une Vidomégon et sa tatie, entre une fille adoptive et sa mère, entre la rescapée d’un génocide et celle qui lui a sauvé la vie, entre une force d’avenir et un attachement au passé… Le complexe de Thénardier est une pièce du dramaturge franco-béninois José Pliya (aujourd’hui caribéen d’adoption puisqu’il dirige la Scène Nationale de l’Artchipel à la Guadeloupe) que vient de monter le canadien Denis Marleau. Mais c’est sur le vieux continent, à Limoges, dans le cadre du 25e Festival des Francophonies en Limousin, en septembre dernier que la création du metteur en scène québécois a vu le jour. Au delà de la situation dramatique première qui pourrait convoquer une nouvelle variation sur le rapport hégélien entre maître et esclave, la maîtresse ne voulant pas laisser partir l’esclave qui demande son affranchissement, il y a une portée métaphorique qui prend toute sa valeur dans la perspective transatlantique qui accompagne cette création. Tandis que dans la tête de la jeune Vido qui demande à partir, poussent des rêves de ciel et de grands espaces, comme celui du « soldat aux cheveux bleus qui sent bon le Dakota », la tête de Madame, qui refuse de la laisser s’en aller, est au contraire encombrée de souvenirs sombres à l’obscurité inarticulable. Tout se passe un peu comme si le nouveau monde affrontait la vieille Europe en une tentative de se détacher par une inexorable dérive historique de

 

TEXACO, à l’Atrium

 

Par Laurence Aurry

Jean-Stéphane Souchaud dans TEXACO Certes, quand on lit Texaco, le roman de Patrick Chamoiseau, récompensé du Prix Goncourt en 1992, et qu'on imagine une adaptation théâtrale de cette œuvre, on pense spontanément, pour représenter les personnages haut en couleur de la vieille câpresse, Marie-Sophie Laborieux ou de son père, le "nègre-chien" affranchi, Esternome, à des acteurs antillais talentueux comme Aurélie Dalmat ou Jacques Martial, par exemple. Et lorsqu'on découvre la scène avec ce jeune comédien fluet, Jean-Stéphane Souchaud, plus blanc qu'un mabouya, on reste circonspect. Il semblait si logique et naturel de la voir jouer par des acteurs qui portent encore en eux l'empreinte indélibile du lourd passé de l'esclavage.

Il soufflait donc, vendredi 26 septembre, dans la salle Frantz Fanon, un vent de scepticisme assez perceptible que l'accent plat de Jean-Stéphane Souchaud attisait.

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ATRIUM les 26 & 27/09/08 à 20 h

« Texaco » par La Nuit Venue


  En adaptant « Texaco », roman de Patrick Chamoiseau, Jean-Stéphane Souchaud de la compagnie La Nuit venue n'a pas choisi la facilité. Roman foule partiellement écrit en créole, le prix Goncourt 1992 couvre trois générations martiniquaises par la voix de Marie-Sophie Laborieux, petite fille du dernier esclave. Les difficultés sont nombreuses (langage, multiplicité des tableaux, contexte), aussi le comédien s'est fait aider par Dominique Unternehr pour l'adaptation et par Gilles Lefeuvre pour (a mise en scène. Le résultat est probant, étonnant parfois. L'élasticité de Souchaud semble sans limite. Noir, blanc, homme, femme, jeune, vieux, sage, fou, esclave, maître, il y a quelque chose du music-hall dans la manière qu'il a de coiffer un chapeau pour changer de rôle sous les portraits de de Gaulle et d'Aimé Césaire
 

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Quelques brèves d’Avignon
par Laurence Aurry

NOTES D’AVIGNON 2008 de Alvina Ruprecht

 

Rentrée théâtrale : brochette de stars pour le privé, reprises pour le public

'Athénée-Louis-Jouvet
Le Théâtre de l'Athénée-Louis-Jouvet, à Paris. AGATHE POUPENEY/FEDEPHOTO
Laetitia Casta, Jacques Vergès, Raymond Depardon et Marcel Pagnol : une sélection de spectacles

  Michel Bouquet donne le coup d'envoi de la rentrée, à Paris, avec Le Malade imaginaire, de Molière, qu'il joue à la Porte-Saint-Martin à partir du 5 septembre. C'est l'une des têtes d'affiche du théâtre privé, qui aligne une jolie brochette de noms connus.

Au rang des actrices que Jean-Claude Brialy appelait " Mademoiselle ", il y a Laetitia Casta, dans Elle t'attend, la nouvelle pièce de Florian Zeller (Madeleine, à partir du 9 septembre), et Clotilde Courau, qui rejoint Pierre Arditi dans Faisons un rêve, la pièce de Sacha Guitry mise en scène par Bernard Murat, qui a fait une audience record (5,4 millions de spectateurs) lors de sa diffusion sur France 2, le 3 novembre 2007 (Edouard-VII, à partir du 9 septembre).

Myriam Boyer, elle, retrouve La Vie devant soi, adaptée du roman d'Emile Ajar, qui lui a valu le Molière de la meilleure comédienne (L'Œuvre, à partir du 9 septembre). Quant à Zabou Breitman, elle se lance dans un pari intéressant : porter à la scène, sous le titre Des gens, deux documentaires de Raymond Depardon, Urgences et Faits divers (Petit-Montparnasse, à partir du 12 septembre).

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Aperçus du Festival de Fort-de-France

par Selim Lander

L’étrangère

Habitué à louer la programmation du Théâtre de Fort-de-France, nous avons été d’autant plus désagréablement surpris par le choix de cette Etrangère. On comprend qu’une intrigue qui mêle les fameux (ou fameuses) « touloulous » guyanais au culte Vaudou et aux racines africaines des noirs des Amériques puisse avoir a priori une certaine résonnance auprès du public martiniquais. Mais cela constitue-t-il un argument suffisant pour faire venir une pièce qui – au moins dans la mise en scène qui nous a été proposée – ne parvient jamais à créer l’émotion (ou a défaut le simple plaisir) qu’on attend du théâtre ?

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Luc Bondy dévoile " Les Bonnes "

Les bonnes de jean genet  Beaucoup en rêvent, Luc Bondy va le faire : mettre en scène Cate Blanchett au théâtre. Au printemps 2007, l'actrice australienne est venue à Vienne avec son mari, Andrew Upton, qui codirige avec elle un théâtre à Sydney. Ils voulaient voir Le Roi Lear, de Shakespeare, mis en scène par Luc Bondy, dont Andrew Upton connaissait le travail : il avait déjà vu Hercules, l'opéra de Haendel, à New York, et Cruel and Tender, la pièce de Martin Crimp, à Londres.

Cate Blanchett, elle, allait à la découverte. Après la représentation du Roi Lear, elle a demandé à Luc Bondy de la diriger dans Grand et petit, de Botho Strauss. Cela se fera en 2010. La création aura lieu en mars à Sydney. Ensuite, le spectacle ira à Londres un mois, puis à Vienne dans le cadre du WienerFestwochen, le Festival que dirige Luc Bondy, puis en Allemagne, à la Ruhr Triennal. En tout, Grand et petit devrait être joué soixante-dix fois.

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Festival de Trinité 

Les monologues du vagin

mise en scène Jacques-Olivier Ensfelder

En clôture du festival de Théâtre Amateur de Trinité Jacques-Olivier Ensfelder présentait les désormais célèbres " Monologues du vagin". Jacques-Olivier Ensfelder  est un ancien élève de l’école supérieure d’art dramatique de paris, il a joué dans de nombreuses pièces de théâtre à la télévision et au cinéma. Prix du meilleur acteur au festival caribéen du court métrage, et prix du scénario d’outre mer organisée par RFO aux festivals de Cannes, il s’adonne à l’écriture et a publié deux recueils de poèmes aux éditions Librairie Galerie Racine. Il est aussi intervenant en milieu scolaire agrée DRAC et Education Nationale, et professeur d’art dramatique. Un homme du métier en quelque sorte. La pièce de Eve Ensler a  beau avoir fait le tour du monde, été jouée des milliers de fois, mise en scène pas loin d'une centaine de foi, elle garde une charge corrosive absolument délicieuse. Ensfelder a choisi de représenter sur scène le bureau de l'auteure, dans lequel vont défiler les femmes venues témoigner des rapports qu'elles ont avec leur sexe, leur vulve, leur vagin, etc. ( la liste et longue et c'est d'ailleurs l'objet d'une saynète très drôle) de ce qu'elles en  font, de ce qu'elles attendent que les autres, hommes ou femmes, en fassent, et d'un façon plus générale de la considération due à cette partie de leur anatomie.

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Festival  2008 de Trinité

Quand on aime (le théâtre), on a toujours 20ans

  Un des bonheur de chroniqueur de théâtre est de faire une découverte. Un soir comme ça, vous prenez votre voiture pour affronter les embouteillages, les chauffards, la pluie, la route glissante et la nuit tombante. Une heure pour faire moins de 30 kilomètres, en conduisant vous pensez non pas à la mort de Ivan Illitch mais à Ivan Illich le sociologue écologiste qui avançait que si l'on additionnait au temps passé dans nos bagnoles le temps de travail nécessaire à leur achat et à leur entretien pour diviser la distance parcourue, la vitesse obtenue serait telle qu'on achèterait tous des vélos. Bref, vous êtes un peu morose en allant au Festival de théâtre amateur de Trinité. Vous avez beau être ravi de l'initiative, vous déplorez l'absence quasi totale de communication autour de l'évènement et pour clore le tout vous vous dites que vraiment la municipalité aurait pu investir un minimum dans l'amélioration de la salle et qu'il s'agit là de la part des édiles d'une opération low coast. Et comme il se doit, le spectacle commence avec une bonne demi-heure de retard sur l'horaire prévu. Et vous voyez arriver sur scène, une troupe de seniors, de troisième âge qui pendant une heure trente va vous emporter dans une histoire dont l'argument est d'une banalité désarmante mais dont le récit est d'une toute autre facture.

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De la nécessiter d'organiser et de promouvoir le théâtre amateur en Martinique

   Le théâtre amateur en Martinique est bien vivace. Michèle Césaire vient de proposer au Théâtre de Foyal les Premières rencontres du Théâtre Amateur, en mai 2008, suivie par la ville de Trinité qui propose elle aussi des rencontres pendant la première semaine de juin. Jandira Bauer de Jesus l'an dernier dans "Madame Marguerite", la jeune Daniely Francisque le 22 mai de cette année, avec "Neg Pa Ka Mo", nous ont offert dans des registres très différents, des spectacles porteurs de promesses d'avenir. Il est grand temps, non pas de ressusciter le Centre Dramatique Régional (C.D.R.) mais de mettre en place une structure qui fédère les énergies investies par  de nombreux amoureux du plus bel art qui soit, en tout cas le plus complet. Début 2008, une rencontre à l'Atrium de gens du spectacle, pour dire vite, avait réuni une soixantaine de personnes amateurs dans leur immense majorité. On avait découvert ce soir là des pratiques multiples, isolées, solitaires, sans véritable réseau, à la recherche d'espaces, de lieux de répétition, de production. Des artistes travaillent à l'écart des circuits officiels en développant des thématiques qui ne correspondent pas toujours aux canons de la doxa ou bien qui traitent ces thèmes à travers un incessant dialogue entre la Caraîbe et les cultures d'outre-Atlantique, voire même de la vieille Russie. Le Bugaku, le Nô, le  Kyogen,  le Bunkaru, le Manzai,  le Kabuki du Japon d'avant l'ère Meiji ont sûrement à nous apprendre sur nous-mêmes. José Chalons et Yna Boulangé, avec Tête grainée nous ont montré, il y a déjà quelques temps, ce qu'il pouvait y avoir d'enrichissant à pousser jusqu'au Butô moderniste du pays du soleil levant en passant par l'Afrique ancestrale. A égale et grande distance d'un antillano-centrisme étriqué (Agoulouland) et d'un mimétisme occidental aliénant (Phèdre) ces troupes, ces compagnies explorent, sans aucun moyen, dans un manque matériel extrême, la diversité du monde pour mieux restituer la mosaïque caribéenne.  Ce dénuement, qui explique en grande partie les  évidentes imperfections de leurs travaux, n'est que le symptôme d'une crise plus générale de la culture en Martinique. Il serait grand temps, sans attendre "le" grand soir "institutionnel", que nos politiques s'en préoccupent.

R.S.

 

Je me considère depuis quelques années comme un metteur en scène "en chantier"

  Engagée! Dans toutes les acceptions les plus nobles du terme. D'abord dans son métier dont elle explore systématiquement, avec méthode et détermination toutes les palettes, ensuite dans chaque le mode d'expression retenu, sur scène elle impose avec force une présence dont l'évidence n'est pas à questionner. Les arts de la scène sont pour elle les espaces d'une construction identitaire, artistique et culturelle, qu'elle s'approprie avec un professionnalisme, pas si courant en Martinique. Elle a voulu maîtriser les modalités de l'interview qu'elle nous  à accordé et qu'elle considère comme une des dimensions de son métier. Quand elle est interrogée sur son intérêt ou son désintérêt pour ce que tout un chacun connait comme les "auteurs du répertoire", à savoir les Tchékhov, Shakespeare, Brecht, Molière, etc. elle fait semblant de ne pas comprendre la question, quand celle-ci se précise elle cite des auteurs contemporains dont la plupart ont une aura limitée, il faut bien le constater, au champ culturel caribéen. Comme si la recherche identitaire qui la porte était confondue, absorbée par une recherche illusoire des racines ou la quête mythique des origines ( cf. article de Jean-Bertrand Pontalis ). C'est le danger qui la guette que de se laisser absorber par le tropisme de l'insularité. Foi de néophyte d'une martiniquaise néo-implantée? Nostalgie d'un retour vers un ailleurs qui n'a pas été et qui n'en est que plus désirable? Le balancier d'avoir été trop retenu de l'autre côté de l'Atlantique n'en revient-il qu'avec plus de force, plus d'élan de ce côté ci?  C'est évidemment dans son aptitude à gérer la multiplicité de ses formations culturelles, sans en mutiler aucune, qu'elle tirera la force, l'originalité et l'intérêt pour un public de faire carrière.  Encore une fois le précepte d'Edouard Glissant la concerne au premier chef : "Agis dans ton lieu, mais pense avec le monde". On découvrira dans l'entretien ci-après une jeune femme dont l'étendue des talents n'a d'égale que la solidité et la résolution avec lesquelles elle souhaite les faire vivre et qui donc ne manque pas de s'interroger sur la politique culturelle en œuvre, ici dans son pays.  A suivre.

R.S.

Lire l'entretien avec Daniely Francisque

 

Daniely Francisque met en scène
"Nèg Pa Ka Mo"
Un travail prometteur...

Nèg Pa Ka Mo

   Daniely Francisque présentait à l'occasion du 160ème anniversaire de l'abolition de l'esclavage une nouvelle version de Nèg Pa Ka Mo, pièce dont elle est l'auteure et qu'elle a créée en 1995 en région parisienne. On peut résumer le propos comme étant : de la capture en Afrique à la mise à mort, sous le fouet, d'un nègre insoumis, figure identificatoire proposée comme miroir valorisant dans l'espace de l'habitation où l'honneur, le respect, la dignité n'avaient droit de citer que pour la caste esclavagiste. Une mamie raconte à sa petite fille ce que ça a été et son récit est entrecoupé de représentations du dire. Disons le tout de suite, il s'agit d'un théâtre porteur d'une parole, d'une affirmation, d'une volonté d'exister, d'un désir de vivre debout, tout à fait honorable. Et ce d'autant plus qu'il évite de tomber, de verser dans le théâtre militant réducteur. Si quelques passages pourraient être affinés, les enjeux politiques sous-jacents, les problématiques historiques sont assez bien restituées pour nous inviter à une véritable réflexion. On sort du spectacle non seulement envahi par l'émotion mais aussi habité par des questionnements qui travaillent encore le spectateur longtemps après.

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L'enfer d'un couple tabou

La pédophilie au centre de la pièce "Blackbird", de David Harrower

"Blackbird", de David HarrowerUn homme d'un certain âge, Ray (Maurice Bénichou), une jeune femme, Una (Léa Drucker). Ils ne se sont pas vus depuis longtemps. Il n'est pas à l'aise. Elle, apparemment, oui. Il ne tient pas à ce qu'on les voie ensemble. Il l'a amenée dans cette pièce, une sorte de salle de repos dans un entrepôt ou une usine. Armoires métalliques, une table de cantine, des chaises et une énorme poubelle qui déborde de canettes vides, d'emballages de pizzas ou de hamburgers, de bouteilles. Il y a même des détritus au sol.

Elle l'a retrouvé parce qu'elle a vu une photo de lui sur un magazine trouvé dans une salle d'attente. Il ne comprend pas pourquoi elle est là, pourquoi elle est venue, ce qu'elle cherche, ce qu'elle veut de lui. Il lui demande qui l'a envoyée. Elle ne répond pas. Elle bavarde comme si de rien n'était. Elle pose des questions sur ce qu'il est devenu, ce qu'il a fait de sa vie. Et puis, elle lui demande : " Tu as couché avec combien de filles de 12 ans ? "

Sordide ? Choquant ? Monstrueux ? Forcément. Mais une fois que l'on a admis l'impensable, ce que l'on voit c'est un homme et une femme qui se débattent dans ce qu'il faut admettre aussi comme une histoire d'amour. Que veut-elle alors de cet homme ? Que cherche-t-elle ? Se venger ? Régler ses comptes ? Comprendre ? Le sait-elle vraiment ? Les questions s'accumuleront sans qu'il n'y ait jamais vraiment de réponses.

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 José Pliya Michèle Montantin Polémique Montantin-Pliya

  Dans le beau numéro 168 de Cultures Sud dont  l'éditorial précise : "Outre le vaste panorama culturel que ce dossier propose, qu’il s’agisse de linguistique, de littérature, d’histoire, de musique ou encore d’arts visuels, [qu'] il tente d’abord d’élucider ce qui fédère et ce qui sépare les différents pays du bassin Caraïbe (des Antilles françaises aux portes du Brésil, d’Haïti et de la République Dominicaine à Saint Martin, de Cuba à Trinidad), et dont la problématique centrale se résume à la question suivante :  "Comment dégager une identité commune ? Comment mutualiser un patrimoine au-delà des divergences linguistiques et des tensions politiques ?", José Pliya écrit : "La pratique théâtrale, dans ces îles, est traversée par une tension, un dilemme des créateurs entre l’ancrage local et la diffusion à l’international. Bien souvent, ceux qui restent appauvrissent leur discours théâtral en termes d’esthétique mais gardent un « public » populaire et une reconnaissance « intra-muros ». De l’autre côté, ceux qui partent, s’enrichissent artistiquement, sont invités sur les scènes du monde, mais deviennent des inconnus dans leur île."

Ce qui lui vaut un réponse assez vive de Michèle Montantin qui rappelle à l'occasion ses états de services.

Il faut reconnaître que le dilemme devant lequel se trouvent de nombreux artistes antillais, rester ou partir, n'est pas une invention. Ici en Martinique, José Exélis, songe sérieusement à s'expatrier afin de poursuivre, dans un environnement artistique autre, l'aventure théâtrale qu'il a engagée. On peut le regretter, mais on ne saurait lui en vouloir.

Lire l'article de Pliya et la lettre de Montantin

 

« Le Dindon » de G.Feydeau

Une comédie délirante

  Tout fait divers devrait s’appeler Feydeau, tant l’auteur a le réflexe spontané de l’histoire surgie au coin du quotidien. De ces choses de peu d’importance, postures et gestes des plus anodins, il fait le vaudeville, comédie légère fondée sur l’intrigue et le quiproquo et la Cie Courtes Lignes présente cette pièce qui résiste à l’épreuve du temps, qui dit, sans y paraître l’humour dans son habit de lumière. Gardons nous d’applaudir trop tôt et voyons quel rythme, quelle mise en espace, quel imaginaire scénique nourri à la source buissonnière, hors l’académie du théâtre, dans une langue réinventée pour saltimbanques d’un théâtre de salon, mérite un tel succès. A n’en point douter, le verbe aimer le théâtre composé, conjugué de passion et de professionnalisme est un élément à considérer et quand on verra avec quel ravissement, l’esprit cocasse, la justesse du verbe et le geste précis précipitent dans l’élégance agitée les mots en chute exacerbée, il se peut que nous soyons convaincus.

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Le Dindon ou quand l’amateurisme devient du professionnalisme

La Compagnie Courtes Lignes, Théâtre de Fort-de-France les 7, 8, 9 et 10 mai

Par Laurence Aurry

La compagnie Courteslignes Avec Feydeau, on est assuré de séduire un large public, tant le dramaturge est passé maître dans les intrigues conjugales bien ficelées.

Avec Feydeau, la comédie domestique de le Belle Epoque a trouvé ses lettres de noblesse. Les situations complexes, les quiproquos, les coups de théâtre, les savoureux jeux de mots font de ses vaudevilles des spectacles très plaisants, même si la satire sociale n’est plus d’actualité.

Toute la gageure pour celui qui entreprend de monter une de ses pièces est d’arriver à restituer sa légèreté et à rendre l’effet comique en maintenant un rythme soutenu.

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Le Bourgeois Gentilhomme

 les 2 et 3 mai à L’Atrium

Groupe Ex-Abrupto, Toulouse

Par Laurence Aurry

Le groupe Ex-Abrupto, sous la direction de Didier Carette, metteur en scène et directeur du théâtre Sorano de Toulouse, nous a donné les 2 et 3 mai derniers une représentation du Bourgeois Gentilhomme, très originale. Un Molière comme on l’avait encore jamais vu joué ni même imaginé.

Un Bourgeois Gentilhomme, d’une grande audace et d’une grande force.

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Ce n'est pas une révolution, c'est une explosion : de 1968 à 2008, le nombre de salles de théâtre à Paris a doublé, et l'offre de spectacles a été multipliée au moins par cinq. En 1968, on comptait une soixantaine de salles, et une moyenne de 70 spectacles par semaine. Quarante ans plus tard, on dénombre 130 salles environ, et une moyenne de 300 spectacles par semaine, ce chiffre pouvant monter jusqu'à plus de 450 en période pleine.


L'"avignonisation" de Paris. Cette offre faramineuse, et désarmante pour un spectateur non averti, témoigne de ce que l'on appelle l'"avignonisation" de Paris, en référence à Avignon, où, à côté du Festival créé par Jean Vilar en 1947, le Festival "off", né autour de 1968, est passé de quelques spectacles à plus de 600 en moyenne par jour, pendant le mois de juillet.

 

Humour noir et rire jaune : la comédie grinçante des couleurs de l'empire colonial
"Qu'est ce que nous avons à faire de cela maintenant et ensemble ?"

 (Lotfi Achour)

A propos de la Comédie indigène jouée à l'Atrium

A l'Atrium de Fort-de-France
M. Jourdain, baroque et jubilatoire

par Roland Sabra

Le bourgeois gentilhomme  Didier Carette n'aime pas Molière. Il a du mal avec le théâtre du XVII ème siècle dont il trouve l'écriture trop « monologuante » et les personnages trop « monolithes ». Le contraire de ce qu'il aime dit-il. Le metteur en scène à des affinités avec Bretch, avec Shakespeare, pas beaucoup avec Jean-Baptiste Poclain. C'est pour des raisons économiques, pour assurer des recettes, il faut bien vivre, qu'il se contraint à monter « Le Bourgeois gentilhomme » pièce du répertoire dont le grand public est friand. Comme Didier Carette est un homme de paradoxes que les défis stimulent il confie le rôle de M. Jourdain à Georges Gaillard qui lui détestait franchement cette pièce et « Le Medecin malgré lui » avec. Le résultat? Il est jubilatoire!

Le travail de Didier Carette se situe dans la veine d'un théâtre baroque qu'il tire vers l'expressionnisme allemand à la Murnau pour inventer, à l'instar du cinéma de même nom, une sorte de théâtre noir, de théâtre d'horreur dans lequel il s'évertue à chercher dans les personnages les plus négatifs ce qu'il y a d'humanité profonde. Au lieu de faire de M. Jourdain un bourgeois prétentieux et ridicule il en fait un doux idéaliste, un peu paumé, curieux de tout et avide de savoir, persécuté par sa mégère de femme à la tête un peu trop près du bonnet. M. Jourdain est un rêveur perdu entre Zizi Jeanmaire et Sarkozy, entre « mon truc en plume » et sa rollex, entre les paillettes et le bling bling. Peut-être. Sans doute. Mais son entourage n'en parait que plus étroit d'esprit, plus mesquin, plus écrasé par les petites conventions, plus à l'aise dans la pataugeoire des médiocres renoncements au jour le jour. Il y a du Don Quichotte dans ce M. Jourdain.

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Les Rencontres théâtrales académiques en Martinique
Comptes-rendus


par Selim Lander

  Deux jours et demi de représentations non stop, trente-quatre spectacles différents (plus trois séquences de slam) pour cette fin d’année scolaire : des bouts de pièce montés par des élèves, collégiens, lycéens surtout, qui durent de dix à vingt minutes chacun et qui mobilisent au minimum deux élèves, au maximum une classe entière et ceci aussi bien à l’intérieur du cursus des élèves (options facultatives, options de spécialité) qu’en dehors du cursus (ateliers de pratique artistique). Tout cela suppose, on s’en doute, un effort considérable de la part des professeurs et des artistes, intervenants extérieurs, qui encadrent les élèves, comme de la part des techniciens de l’Atrium (qui accueillait les rencontres dans la salle Frantz Fanon). On ne peut pas les citer tous, mais on ne saurait manquer de signaler l’importance du travail du professeur Monique Percheron et de Jandira Bauer, la « metteuse en scène », les plus souvent présentes – ensemble ou séparément – sur les affiches.

Tous les élèves ne participent pas à ces représentations dans la même intention. Pour certains, c’est un galop d’essai avant la prestation devant un jury du baccalauréat. Pour d’autres, parfois les mêmes, c’est le rêve enfin concrétisé de jouer dans un vrai théâtre, avec musique et lumières, devant une salle pleine de spectateurs. Pour tous, c’est l’épreuve de vérité : est-ce qu’on saura « sortir » son texte sans se troubler, effectuer sans trembler les mouvements maintes fois répétés ? Epreuve de vérité aussi pour les autres : les partenaires qui paraissaient un peu faiblards lors des répétitions, sauront-ils se dépasser en cette occasion exceptionnelle ?

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La route
Une route pavée de mauvaises intentions

c’est guignol et c’est surtout l’enfer

par Christian Antourel


  Proposant un montage théâtral, au rythme ascendant presto, pour restituer à l’œuvre de Zakes Mda la vérité glauque hyper réaliste, la complexité du dialogue entre la musique et les mots dans le silence et les ruptures, Ewlyne Guillaume, entre passion et sagesse, signe là une pièce de genre et, dans sa mise en scène exemplaire sinueuse et forte, elle révèle par cette réflexion véritable ce qui se cache au détour des habitudes. Ewlyne est de ceux pour qui garder en haleine le spectateur constitue, outre une maîtrise dramaturgique, une conscience et une seconde nature. Elle porte un regard chirurgical sur les travers d’une société qui se travestit de bonne grâce jusqu'à l’hypocrisie, jusqu'à la violence, jusqu'à l’incompréhension et jusqu'à l’absurde. Pour rendre le « craquant » d’une tragédie humaine, comme d’un génocide apprivoisé, à peine voilé de noir et de blanc, Ewlyne réunit Serge Abatucci et Bass Dhem pour interpréter cette pièce, que son auteur présente folle allégorie de l’homme global et seul, transposée dans le pays de l’apartheid avec ses interdits, ses vérités dos à dos éclatées d’idéologie incompatible : incompréhension et manipulation brûlante et brutale d’un racisme certain.

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Fétou : la rencontre de la pédagogie et du théâtre,

ou l’art et la manière de mijoter une nourriture faite de structures sociales et  d’ingrédients pour la vie.

Théâtre et éducation

par Christian Antourel

 

  Ce n’est pas du théâtre, c’est pire. Théâtre et pédagogie, deux arts en un bientôt trois, puisque dans un coin de la scène voisine un discret talent qu’il est aisé de reconnaître alors même qu’il se fond dans cette matière encore nouvelle : enseignement et théâtre. A découvrir. Ces gens là ne sont en rien des fonctionnaires du bon goût, ce sont des artistes avec ce que cela comporte de liberté prise envers les standards de l’éducation. Voici leur étendard, en avant, façon « rebels » qui veut porter un enseignement fort tout en étant divertissement. C’est évidemment dans une action armée de courage que Charly Lérandy situe sa démarche sociale et humaniste, sa foi inébranlable dans la jeunesse d’aujourd’hui, celle de demain, capable d’anticiper un monde meilleur. Quand l’individualisme entraîne parfois sur des chemins chaotiques, le marginal mène son expérience et fixe des principes en solitaire, alors que la vie et la science se développent collectivement. Le théâtre est leur miroir. C’est donc du théâtre que s’identifient les atomes crochus et l’école de la vie.

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Ecorce de peines

Un moment de vérité et de deuil au théâtre de Fort-de-France

par Selim Lander

Théâtre D’ de Kabal]  On peut débarquer du « 9-3 », être nourri de la culture des banlieues, être porteur d’une identité bâtarde, avec du martiniquais mêlé à bien d’autres origines, et être néanmoins capable de s’adresser aux Antillais d’ici, à ceux qui ont fait le choix de rester dans le pays du premier exil, le pays des anciennes humiliations et des douleurs jamais complètement effacées. A en juger par l’émotion qui a saisi les spectateurs, D’ de Kabal, l’auteur et principal interprète d’Ecorce de peines, présentée à Fort-de-France le 17 avril, a su les toucher au plus profond et, qui sait ? leur apprendre quelque chose d’eux-mêmes qu’ils ignoraient, comme la fraternité profonde qui les lie aux « sauvageons » des banlieues, à l’égard desquels il leur arrive pourtant – quand la violence se met à déferler sur les cités – de tenir des propos dépourvus de toute compréhension.

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"Soweto"de Serge Bilé :
la recette d'un succès populaire
ambigu

par Roland Sabra
 Soweto texte de Serge Bilé

 Comme toute recette de cuisine tout dépend de l'endroit où vous concoctez votre plat. On ne fait pas une bouillabaisse de la même façon à Marseille, à Miami, à Tokyo, à Fort-de-France. Il est important de tenir compte des ingrédients locaux, de ce que vous pourrez trouver sur le marché.

Prenons l'exemple de Soweto, spectacle qu'il est difficile de qualifier, tant il relève de genres indéfinis, (comédie musicale? tour de chant? danses? music-hall? variétés?) et qui a suscité un enthousiasme populaire indéniable à l'Atrium de Fort-de-France. Les trois représentations ont été doublées et chaque fois elles ont fait salle comble.

Lire la suite et l'article de Rodolf Etienne de France-Antilles des  05&06/04/08

 

La Route de Zakes Mda

Ahmadou Tidiane Sall et Serge Abatucci

par Selim Lander


Ahmadou Tidiane Sall et Serge Abatucci dans "La Route"  Zakes Mda est un noir sud-africain, né en 1948 à Soweto, auteur de sept romans et de cinq pièces de théâtre. Il a dû s’exiler, a enseigné le creative writing à l’université d’Ohio, avant de revenir s’installer dans son pays. Sur la foi de La Route – présentée à l’Atrium de Fort-de-France les 11 et 12 avril 2008, après être passée par Avignon l’été précédent – on est forcé de conclure qu’il s’agit d’un écrivain talentueux et l’on regrette qu’il soit resté jusqu’ici si peu connu en France (trois romans ont néanmoins été traduits : Au pays de l’ocre rouge, Le Pleureur, La Madone d’Excelsior). Dieu sait pourtant qu’on pouvait redouter le pire : que peut bien apporter une pièce (de plus) sur l’apartheid qu’on ne sache déjà ? Nos craintes étaient heureusement injustifiées. Et, de fait, le théâtre n’a nul besoin de chercher des sujets originaux, les tragédiens français du Grand Siècle en étaient les premiers convaincus, eux qui revisitaient inlassablement les mythes antiques.


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"Lectures dramatiques"

dans les jardins du théâtre

par Laurence Aurry


  Il faut saluer l’initiative d’ETC Caraïbe et remercier Michèle Césaire et le Théâtre de Fort-de-France pour les lectures dramatiques publiques organisées dans les jardins du théâtre les 8 et 9 avril derniers.

ETC Caraïbe ( Ecritures Théâtrales Contemporaines en Caraïbe) est une jeune association dynamique qui s’est donné pour mission de susciter et de promulguer la création dramaturgique dans le bassin caribéen. Depuis quatre ans, elle organise des concours d’écriture permettant l’émergence et la révélation de jeunes talents. En partenariat avec le Rectorat et la DRAC, elle a mis en place dans les établissements scolaires et les prisons des rencontres avec des metteurs en scène, des acteurs et des auteurs confirmés. Dans les locaux de Fonds Saint-Jacques, éditeur, auteurs dramatiques viennent régulièrement animer des ateliers d’écriture pour les apprentis-dramaturges. ETC Caraïbe œuvre à l’ouverture et au métissage culturels. Avec ces intervenants de tous horizons (cubains, vénézueliens, canadiens, français, africains…) et ses actions dans de nombreuses villes en France (Paris, Avignon, Toulouse…) et à l’étranger (Montréal, Caracas, bientôt New York…) ETC Caraïbe offre une chance extraordinaire de faire rayonner notre culture insulaire et de nous ouvrir au monde.

Ainsi, les lectures dramatiques, organisées dans les jardins du Théâtre de Fort-de-France, nous ont permis de découvrir deux auteurs.

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 "Les Bonnes" : une création foyalaise

« Solange » Aïdoudi éblouissante dans une cérémonie sacrificielle, érotique et religieuse

par Roland Sabra

  Les comédiens et les comédiennes sont des êtres insupportables. Narcissiques, auto-centrés, mégalomanes, d'une redoutable fragilité qui se pare de la robe de l'infantilisme le plus indécrottable, on ne peut que les haïr de ne pouvoir faire du théâtre sans eux. Et pourtant... l'adage est bien connu qui affirme que l'on apprécie les gens que pour leurs qualités alors qu'on les aime pour leur défauts. Jandira de Jesus Bauer a été comédienne, ce qui explique pourquoi elle est sans doute assez folle pour s'embarquer avec trois comédiennes antillaises et monter « Les Bonnes » à Fort-de-France. Le résultat est à la mesure de l'entreprise, décalé, iconoclaste et fidèle, inventif et décapant, mais surtout réussi.

Toute l'œuvre de Genet peut se lire autour de deux axes, le bien/le mal, le masculin/le féminin. « Les bonnes » ont d'ailleurs été jouées plusieurs fois par des hommes. « Sol Ange » est un nom de personnage qui apparaît pour la première fois dans « Notre Dame des Fleurs » et Claire est aussi un signifiant qui renvoie à celui qui quitte le monde laïque pour le monde ecclésial. Il est des façons religieuses d'être païen. Jandira de Jesus Bauer inscrit son travail dans création dans la longue tradition des grands metteurs en scène qui du théâtre au cinéma se sont confrontés au texte de Genet. De Victor Garcia, à Claude Chabrol, en passant par Philippe Adrien, et Pierre Zadek, Jean-Marie Serreau, Roland Monod et Jean-Marie Patte, Tania Balachova, Alfredo Arias etc. ( la liste est longue...) tous évoquent une cérémonie, un rituel, une messe noire, un exorcisme.

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Les Bonnes au Théâtre de Fort-de-France

10, 11 et 12 avril 2008

Vertiges et folie dans le grenier des morts-vivants

par Selim Lander


« Au moins cette beauté doit-elle avoir la puissance d’un poème,

c’est-à-dire d’un crime ». Jean Genet


  Le théâtre de Genet est fait d’outrance et d’excès. Il ne se complaît pas dans le médiocre. Les sentiments ordinaires n’y ont pas leur place. Les vertus, surtout, n’existent pas. Il n’y a pas d’amour sans haine, de respect sans moquerie, de modestie sans orgueil, d’attention sans dérision. Et puis, au-delà de tout ce qui précède, il y a la malédiction suprême – « La scène est un lieu voisin de la mort » – et les comédiens ne sont déjà plus de notre monde : il leur faut « des accoutrements terribles, qui ne seraient pas à leur place sur les épaules des vivants ». Impossible donc d’aborder une pièce de Genet sans accepter d’être confronté à la cruauté sous toute ses formes : jalousie, mépris, méchanceté, jusqu’au meurtre. Il faut « que le mal sur la scène explose ».

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"Soweto"
de Serge Bilé :
la recette d'un succès populaire
ambigu

par Roland Sabra
Soweto texte de Serge Bilé

 Comme toute recette de cuisine tout dépend de l'endroit où vous concoctez votre plat. On ne fait pas une bouillabaisse de la même façon à Marseille, à Miami, à Tokyo, à Fort-de-France. Il est important de tenir compte des ingrédients locaux, de ce que vous pourrez trouver sur le marché.

Prenons l'exemple de Soweto, spectacle qu'il est difficile de qualifier, tant il relève de genres indéfinis, (comédie musicale? tour de chant? danses? music-hall? variétés?) et qui a suscité un enthousiasme populaire indéniable à l'Atrium de Fort-de-France. Les trois représentations ont été doublées et chaque fois elles ont fait salle comble.

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Zandoli pa tini pat

Bestiaire chorégraphique

Claire Moineau dans Crescendo

par Selim Lander

  Décidément, les mauvaises habitudes ont la vie dure. A Fort-de-France où l’on n’est pas submergé par une offre surabondante de spectacles vivants, on observe souvent que les représentations, au lieu de s’étager tout au long de l’année suivant un calendrier harmonieux, sont souvent programmées de façon à se phagocyter mutuellement. A croire que les responsables de la programmation ont suivi des études de sciences économiques et qu’ils en sont sortis convaincus à tout jamais des vertus de la concurrence.

Le 3 au soir pour la première de Zandoli, il n’y avait pas beaucoup plus de 30 personnes au Théâtre de Fort-de-France. Sans doute les afficionados du spectacle vivant s’étaient-ils précipités à l’adaptation martiniquaise de Soweto, présentée exactement aux mêmes dates, 3-4-5 avril à l’Atrium… On espère que les deux soirées suivantes seront plus équilibrées et que l’on verra davantage de spectateurs au Théâtre car il n’est pas normal que des artistes de qualité se produisent devant une salle presque vide.

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«« Les bonnes » création à Fort-de-France : homosexualité, religions, candomblé et luttes des classes

Une créatrice  marginale et provocatrice, profondément humaine.

Jandira de Jesus Bauer

Jandira de Jesus Bauer, crée une version caribéenne et sulfureuse de la célèbre pièce de Jean Genet
 

  Elle arrive à l'heure au rendez-vous, qu'elle a demandé plusieurs fois à déplacer, parée des couleurs du diable : noire et rouge. Martinico-brésilienne, elle a gardé cet accent lent et chanté de son pays natal. La langue a du mal à maîtriser le bouillonnement de l'esprit. Venue parler de sa dernière création «  Les Bonnes » présentée pour la première fois à Fort-de-France, jeudi 10 avril avant Le Festival d'Avignon cet été, elle profite d'une incise, dans la conversation, sur Jean-Luc Lagarce pour décortiquer, pendant deux bonnes heures, la façon dont il faut lire « Juste la fin du monde » qu'elle travaille en ce moment avec des élèves comédiens. Genet, Lagarce, des auteurs à ne pas mettre en toutes les mains et dont Jandira de Jésus Bauer fait son quotidien. Un quotidien qui n'a rien de monotone, son rapport aux textes est charnel, il est fait de sexe, de transgressions, de tendresse, de mise en danger, de passions, et les mots sont à l'avenant, directs, sans fioritures, les formules assassines et drôlement imagées de tournures lusophones, en un mot, un discours d'humanité.

Va-t-elle enfin consentir à parler des « Bonnes »? Elle préfère évoquer son prochain travail celui dont elle s'éprend pour se déprendre de celui qui la travaille encore. Elle se lance ainsi d'une passion à une autre. Toute. Entière. Et quand elle finit par aborder l'aventure dans laquelle elle a embarqué deux comédiennes professionnelles, Amel Aïdoudi, Yna Boulangé et une débutante Jeanne Baudry , toutes les trois majeures et consentantes, il faut le souligner, vous vous dites que la Martinique a des chances de souvenir longtemps de ce qu'elle pourra voir sur scène et que le scandale...

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Le tour du monde en 80 jours

par Christian Antourel


  Il y a de la prestidigitation, de l’illusion à l’infini dans ce spectacle autour du savoir faire théâtre. A ne pas manquer.

Drôle, fantastique, ce voyage se veut magique où le merveilleux s’étale en toile de fond et s’emmêle sans ambages aux ressorts de l’imaginaire de Jules Verne. Il a fait ce rêve, vivons le. Une opérette ? Le décor est trompeur, c’est bien du théâtre avec un grand T comme truculent, haut en couleur, un spectacle qui éblouit, s’installe dans notre émotion et parle d’emblée à notre mémoire. 39 personnages envahissent la scène, alors que seulement 5 comédiens survoltés habitent la chimère de ce spectacle qui devient palpable en leur prêtant des métamorphoses, leurs corps, leur talent et comme une âme toute acquise aux éclats de rire. Vous les verrez entrer dans ce jeu plein de malice, chacun à son tour et ensemble faire ce tour du monde en 80 jours, en une heure quinze chrono, juste le temps du divertissement. Philéas Fogg, riche anglais flegmatique et Passepartout, son valet de chambre fidèle et débrouillard, font le pari de ce tour de force et suivent l’itinéraire tracé dans le roman de Jules Verne.

Aux limites de la culture circassienne

La mise en scène propose au public un parcours théâtral très diversifié et récréatif fait de la rencontre d’une ronde folle et tumultueuse, aux limites de la culture circassienne et d’un voyage original dans lequel on se laisse envelopper le cœur heureux et l’oeil rieur. L’itinéraire est un calcul d’une précision que seul le théâtre parvient à respecter à l’illusion prêt. La pièce prend des allures de festival et son apparence expulsée d’un cirque invisible, bourrée de charme, d’humour et de talent disparaît derrière un voile, qui aussitôt s’évanouit dans une autre contradiction, dans un autre continent, où se tournent sans cesse des pages d’images aux lisières du réel, au gré du songe et de sa fantaisie. A sa création, la comédie a immédiatement reçu un vif succès et battu des records d’affiche avec, au Théâtre du Châtelet, 3007 représentations, du trois Avril 1876 à 1940. Qu’en sera t-il plus de 130 ans après la première pour le public Martiniquais au Théâtre de Fort-de-France qui prêtera son intimité feutrée et donnera l’impression de s’étirer en largeur et profondeur quand arriveront Sébastien Azzopardi et Sacha Danino avec leurs acteurs ? Dans leurs bagages, le décor fabuleux d’Olivier Prost : pas moins de quatre continents, trois océans, un paquebot, un train et un éléphant. A onze ans, son père le rattrape, quand Jules Verne s’embarque comme mousse sur un long courrier pour les Indes. Il promet « Je ne voyagerai plus qu’en rêve » promesse tenue… et quel voyage !

Christian Antourel

Photos D.R

Au Théâtre de Fort-de-France

 

Epilogue d’une trottoire

Par Alvina Ruprecht

Epilogue Trottoire

Le Théâtre du Grand Marché qui a la mission du Centre dramatique de l’Océan indien, se trouve tout au fond du pavillon du « grand marché », comme un bijou qu’on cache pour éviter que les indésirables ne le subtilisent. Pourtant, ce bijou de création scénique ouvre grand ses portes à tous les publics de Saint-Denis de la Réunion, en leur offrant une programmation des plus stimulantes et un lieu de rencontre agréable où artistes et grand public prennent un verre, se côtoient, et échangent des idées. Ce théâtre reçoit souvent les productions d’outre-mer pour alimenter le dialogue artistique au grand plaisir des habitants de la région. C’est dans le contexte de cette programmation ouverte qu’un texte intitulé Épilogue d’une trottoire, œuvre jouée dans le « cycle de l’Étranger(s) » au theatre Notoire (le CDR d’Annecy), a été donné au Théâtre du Grand Marché cette saison.

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Super-Nana à l’Atrium !
Les Souvenirs de la dame en noir

de et avec Maïmouna Gueye

de et avec Maïmouna Gueye

  Carte blanche était donnée à la magnifique Maïmouna Gueye. Elle a proposé aux spectateurs de l'Atrium ses deux spectacles dans l'ordre chronologiques de leur création, "Souvenirs de la dame en noir" et "Bambi elle est noire , mais elle est belle". Deux productions qui n'ont pas laissé le public indifférent, loin s'en faut!. On lira deux critiques ainsi qu'une interview de Maïmouna Gueye donnée à Brigitte Salino

Lire la critique de Laurence Aurry

Lire la  critique de Selim Lander
et l'entretien avec Brigitte Salino

 

 "Mémoires d'Iles" d'Ina Césaire.
Adaptation et mise en scène : José Exélis

Nostalgie Blue's et lutte des classes

par Roland  Sabra

   Le rideau s'ouvre sur un espace vide dessiné par José Exélis et sculpté par la lumière de Valéry Pétris. Réussite. Elles sont deux, deux de cet âge qui n'a plus nom. Elles sont d'un autre temps, de ce temps où la mémoire de ce que l'on a fait prend le pas sur ce qui reste à faire.. Deux d'un même père, mais l'une mulâtresse et l'autre mal sortie. L'une reconnue et l'autre ignorée. Deux sœurs donc, par le père. Impair et passe. Elles vont se laisser aller à remonter le temps. Hermance, truculente, joue la carte couleur, négresse elle est, négresse elle se revendique. Aurore, elle a en mains deux paires, une paire blanche une paire noire. Elle hésitera toujours à jouer. Ambivalence de classe, de l'entre-deux. Elle s'enorgueillit de bien parler français, d'avoir intégrer les codes de la classe dominante, et se révolte à l'assassinat, resté impuni, par un gendarme blanc, de Zizine et Désétages à la veille d'un scrutin municipal : « Elections sans incident » dira la presse à la botte. Préjugés de classe, habitus, représentations mentales prévalentes de par la position sociale, la couleur de la peau, elles n'échappent ni l'une ni l'autre au déterminisme qui leur affecte des rôles sociaux passés au surligneur.

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"Ensemble, nous rebâtirons l'Irak",

Retrouvailles de théâtre à Bagdad

Portez-vous une arme ?" Kalachnikov en bandoulière, le militaire qui palpe nos poches a posé la question presque machinalement. Lui et ses collègues la posent à tous ceux qui veulent franchir la haute muraille antibombe qui cerne désormais tous les bâtiments publics - et souvent privés - de l'Irak. Fermé pendant trois ans après l'invasion américaine de mars 2003, le Théâtre national de Bagdad ne fait pas exception. Edifié dans les années 1980 au coeur de la ville, sous le règne de Saddam Hussein, le bâtiment sans charme qui abritait jadis l'élite de la comédie irakienne a été attaqué et pillé, comme toutes les scènes et les cinémas désormais fermés de la capitale. Sous la houlette - timide et chiche - d'un gouvernement qui a bien d'autres choses à faire, et d'un milliardaire généreux, amoureux des arts, Fakhri Karim, il tente aujourd'hui de revivre.

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par Laurence Aurry

  En tant que simple amatrice de théâtre, je voudrais juste vous faire part de mes impressions concernant la pièce de Musset, jouée vendredi et samedi 22 et 23 février, dans la petite salle de l’Atrium.

Je vous avoue qu’une mise en scène de Yoshvina Médina me laissait espérer un plus agréable moment.

D’abord le choix même du texte surprend, une œuvre peu connue, Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée, et pour cause ! Le titre résume assez bien le bavardage de cette pièce en un acte, proche du marivaudage mais n’en possédant pas toute la saveur. Pourquoi ce texte désuet alors que le répertoire de Musset offre tant d’œuvres passionnantes et que le théâtre contemporain regorge de pièces courtes autrement plus intéressantes ? Veut-on ramener le public dans les salles ou définitivement signer l’arrêt de mort d’un art déjà moribond ?

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