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Lire les chroniques culturelles de
Christian Antourel
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Narcisse se suffit
à lui-même
par Roland Sabra

La Compagnie « Les corps
beaux » qui s'inscrit dans le sillage du
théâtre Si de Médina a le grand mérite
de nous faire découvrir un immense
auteur cubain,
Alberto Pedro Torriente. Le
précédent travail de la troupe nous
avait présenté « Manteca »
( lire la critique ) il y a deux ans
déjà, avant d'aller à Avignon et d'y
retourner l'an dernier avec une version
plus aboutie. La troupe de Ricardo
Miranda poursuit avec « Mar Nuestra »
l'exploration du répertoire de cet
auteur, décédé en 2004 à l'âge de 50 ans
d'une cirrhose du foie à l'hôpital
Allende de La Havane. Trois femmes, une
noire, une métisse et une blanche sur un
radeau sont à la fois unies dans la
recherche d'un paradis, une terre ferme
occidentale il va de soi, et par les
conditions nécessaires à leur survies,
le partage du peu de biens alimentaires
dont elles disposent et divisées ,
partagées par ce qui structure leur
identité, à savoir, le racisme, les
superstitions, le dogmatisme. Sur ce
radeau à la dérive sur une mer sans
limites, avec lequel elles prétendent
franchir les frontières, dans leur quête
d'un paradis, elles se heurtent à
l'infranchissable barrière de l'enfer
des préjugés de races, de classes et
d'idéologies qu'elles ont embarqués avec
elles. Même le crime partagé, pourtant
fondateur en d'autres lieux de
solidarités, ne suffira pas face aux
divisions et aux haines immémoriales qui
les traversent.
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Trois femmes sur
un radeau
par
Selim Lander

Comment s’hasarder à
écrire une critique théâtrale sans
soulever l’hostilité (ou au moins
l’incompréhension) d’une grand partie de
ses lecteurs ? En dehors des constats
les plus évidents (par exemple un
comédien insuffisant pour porter son
rôle), tout le reste peut-être
revendiqué par le metteur en scène comme
intentionnel. Le texte est-il dépourvu
de la moindre intrigue ? C’est voulu. Le
décor est-il réduit à rien ? C’est voulu
aussi. L’éclairage est-il parcimonieux ?
C’est voulu encore. Etc, etc. Et de
fait, il n’y a pas à discuter sur les
goûts et les couleurs : au nom de quoi,
en effet, le critique pourrait-il ériger
ses préférences en règles auxquelles
tous devraient se plier ?
Le
terme « critique » est donc fort mal
choisi. Dans une chronique comme
celle-ci, il n’est pas question de
juger, de donner une note qui ne serait
justifiée par aucun critère objectif. Un
spectacle est montré, il est reçu par
les spectateurs. Le chroniqueur de
théâtre est d’abord un spectateur comme
les autres, qui parle avant tout en son
nom propre, même s’il peut lui arriver
de se cacher derrière la forme du
discours savant.
C’est donc en assumant notre
subjectivité que nous dirons tout le
bien et le peu de mal que nous pensons
du dernier spectacle présenté par
Ricardo Miranda et Ludwin Lopez à partir
d’un texte de l’écrivain cubain Alberto
Pedro Torriente (après le célébré
Manteca du même Torriente). Le peu
de mal que nous avons à dire concerne le
choix du texte. On comprend que des
hommes de théâtre d’origine cubaine
aient envie de mettre en scène un auteur
de Cuba et qu’ils puissent s’intéresser
au syncrétisme religieux qui règne sur
l’île. Mais ce thème est-il vraiment
exportable ? Peut-être s’il s’appuyait
sur une intrigue un tant soit peu
élaborée. Or il est difficile de
caractériser ainsi une histoire qui
réunit sur un radeau trois femmes,
obsédées par la religion, qui passent
par un certain nombre d’états largement
prévisibles : extase, désespoir,
adoration, violence, complicité,
agressivité, faim, soif, hallucination
mystique.
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4:48 Psychose de Sarah Kane, une mise
en scène de Jandira Bauer à Foyal
L'art de l'entre-deux
Jeanne Baudry et les "maudits" lacets
par Roland Sabra
 A
l'ouverture de la salle, Jeanne Baudry
est déjà sur la scène qu'elle arpente de
long en large en fond de plateau,
irrémédiablement perdue en elle-même.
Sur la partie gauche du tableau le gril
laisse pendre deux immenses lacets
noirs, en rappel à ceux qu'utilisa Sarah
Kane pour mettre fin à ses jours, sur la
droite deux paires de chaussures
abandonnées complètent le décor. Et ça
commence! C'est une voix de l'intérieur,
une voix des cavernes, une voix des
profondeurs, une voix qui la parle plus
qu''elle ne parle et qui se fait
entendre ou plutôt qui nous fait
entendre ce que nous voulons bien
entendre de notre propre rapport à la
déraison. Tout le texte de Sarah Kane
est tentative de découvrir ce que la
forme poétique peut contenir de
théâtrale. La structure du texte est
apparemment brisée, désarticulée, afin
de livrer un matériau brut, le plus
polysémique possible. Un pur travail sur
la langue. C'était l'obsession de
l'auteure que de pouvoir unifier la
forme et le fond. Sarah Kane : " La
forme et le contenu tentent d’être une
seule et même chose – la forme est le
sens". Reprise d'une problématique
connue et déclinée de multiples façons
sur de multiples registres, de Buffon, "Le
style, est l'homme même" à Marshall
McLuhan "Le medium, c'est le message"
etc. 4:48 Psychose est sans cesse sur le
fil du rasoir, entre rêve et réalité,
entre réel et imaginaire, entre désir de
vie et jouissance mortifère du suicide.
C'est dans la multitude des écarts lovés
au sein du texte que le foisonnement des
sens prend sa naissance. Le sens est
dans la salle et non pas sur le plateau.
Il n'y a d'ailleurs pas de spectacle. Et
là réside l'obstacle majeur à une mise
en scène : comment éviter que le geste
du comédien vienne polluer la
production du sens par le spectateur.
Claude Régy avec Isabelle Huppert avait
choisi l'effacement de l'actrice en lui
imposant une quasi immobilité et un
incroyable travail de diction. On y
reconnaissait la patte du Maître.
Tout le travail de
Jandira Bauer et de sa comédienne Jeanne
Baudry consiste à déployer le refus du
choix, le refus de l'objectivation comme
tentative de chosification dans un art
de l'entre-deux cultivé au sein du même.
Fidèles à la dramaturge, elles
décloisonnent et déconstruisent les
catégories unilinéaires de la
masculinité et de la féminité, de la
normalité et de la déviance, de la santé
mentale et de la folie, de la rage de
vivre et du besoin de mort. Jeanne
Baudry n'a pas l'indécence de jouer la
folle, ou de faire semblant. On serait
presque tenté d'écrire "Dieu merci!"
si ce n'était, à partir d'une critique
des dichotomies trop simplistes entre
l'âme et le corps, le bien et le mal, le
ciel et l'enfer de la religion
catholique, que Sarah Kane refusait
toute assignation monolithique à un rôle
ou à un statut réducteur, forcément
réducteur. On pourrait épiloguer à
l'infini sur les rapports personnels et
intimes qu'entretenait Sarah Kane avec
la psychose. Aucun intérêt, 4:48.
Psychose n'est pas une autobiographie!
Jeanne Baudry le sait qui ne s'adresse
pas au public, qu'elle n'oublie pas
d'ignorer. Dans une bulle invisible,
mais que l'on pourrait toucher du doigt,
elle est prise dans un dispositif
discursif à la fois hétérogène,
hétéroclite, délirant, prosaïque et
flamboyant, devant lequel elle s'efface
pour laisser place à un espace
d'identification, ou très exactement de
reconnaissances d'une inquiétante
étrangeté, d'une familière épouvante qui
finit par abolir la distance entre le
plateau et la salle. Jandira Bauer a
demandé à sa comédienne de se parler à
elle-même comme si elle parlait à une
autre. Ce choix rimbaldien (Je est un
autre) est judicieux car au-delà du
clin d'œil schizophrénique et approprié,
il permet le déploiement du registre de
l'Imaginaire foisonnant. La multiplicité
des lieux d'émergence de la parole est
sans cesse suscitée. Le public scolaire
ne s'y est pas trompé. Après la
représentation, les jeunes spectateurs
ont dit comment ce texte, parfois
hermétique, était au plus près de leurs
expériences. "Moi aussi, il m'arrive
d'avoir cette pensée.."
Et c'est parce que
cette mise-en scène a refusé la
monstration de la folie et
l'hystérisation du jeu de la comédienne,
en se mettant au service du texte, que
ce travail qui demande à être peaufiner,
notamment du côté de l'articulation
entre le dire du texte et son
expression corporelle, ( en quoi le
geste soutient, détourne ou annule le
propos?) est somme toute une réussite.
La métamorphose de Jeanne Baudry est
quelque peu impressionnante, pour qui
l'avait vue dans la première version des
"Bonnes" l'an dernier à
Fort-de-France. On saluera aussi le
beau travail des lumières de "Pierrot"
que l'on souhaiterait voir aussi sur
d'autres spectacles.
R.S.
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Un
pamphlet :
Bloody Niggers
par Selim Lander
Frantz-Fanon aurait-il apprécié
le spectacle qui vient d’être présenté
dans la salle de l’Atrium qui porte son
nom ? Les 14 et 15 mai, le trio
Groupov (Dorcy Rugamba, auteur et
comédien, à droite sur la photo,
accompagné par Younouss Diallo et Pierre
Etienne) y a proposé son spectacle
Bloody Niggers. L’argument est
simple : trois hommes, deux noirs et un
blanc, en costume-cravate, chacun devant
son micro, énumèrent les violences dont
s’est rendu coupable l’homme blanc
depuis les croisades. Le sujet est
éminemment grave et sérieux mais
néanmoins susceptible de devenir
fastidieux. On est bien dans le registre
du pamphlet tant sur le fond (le procès
unilatéral d’une race qui se croit à
tort meilleure que les autres) que sur
la forme (un acte d’accusation récité
sans autre mise en scène que
l’alternance des voix qui se partagent
le texte).
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4:48 Psychose
L’Arte Povera de
Jandira Bauer

par Selim Lander
Soirée mémorable, ce lundi 18 mai
2009, au Théâtre de Fort-de-France :
c’était la première de la nouvelle
création de Jandira De Jesus Bauer.
Après la mise en scène « vaudou » des
Bonnes de Genet, qu’elle avait
proposée dans ce même théâtre l’année
dernière (avant de la faire voyager
jusqu’en Avignon), réussirait-elle à
frapper encore plus fort ? D’une
certaine manière, la réponse est oui.
« Proposer aux comédiens » (et
suppose-t-on également aux spectateurs)
« une autre réflexion sur le théâtre
contemporain », indique le manifeste de
sa compagnie, Activ’Art. Outre Genet,
Becket fait partie de ses références les
plus anciennes. Elle apprécie
particulièrement la manière qu’a le
second auteur d’exprimer « l’image de
l’esprit aliéné du corps ». Il n’est
donc pas trop étonnant que J. Bauer ait
choisi de nous présenter le dernier
texte de Sarah Kane, une auteure et
comédienne qui fut aliénée au point de
suicider à l’âge de 28 ans.
Les lecteurs de ce papier ne savent
peut-être pas tous qui fut Sarah Kane
(1971-1999). Elle est moins connue chez
nous qu’en Angleterre où elle gagna une
sorte de célébrité grâce au scandale
suscité par sa première pièce,
Blasted. Nous renvoyons là-dessus au
long article, très documenté, tiré du
journal The Guardian, repris dans
la précédente livraison de Madinin-Art
grâce aux soins diligents de Roland
Sabra. Dire que Sarah Kane est un auteur
« moderne » serait un euphémisme. Elle
se rattache plutôt au
théâtre expérimental, ce théâtre qui
ressemble à l’art plastique dit
« contemporain », dont le propos est
donc moins de plaire que de choquer le
spectateur. Et Sarah Kane y est parvenu
d’emblée avec Blasted, d’autant
que cette pièce fut créée, contre toute
attente, sur la scène habituellement
plus conservatrice du Royal Court
Theater de Londres.
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Une semaine de Théâtre à
Fort-de-France
Michèle Césaire, directrice du
Théâtre Aimé Césaire à Fort-de-France
et Manuel Césaire directeur du CMAC
Atrium à Fort-de-France ne se
rencontrent pas, ne communiquent pas, ne
se téléphonent pas, ne se parlent pas.
La programmation concurrentielle se
poursuit allègrement, comme c'est le cas
depuis de longues années. L'affiche peut
rester vide pendant des semaines, pas la
moindre petite pièce à se mettre sous la
dent et puis tout à coup, spectacles à
l'Atrium et au Théâtre de Foyal au même
moment, c'est à dire aux mêmes dates,
aux mêmes heures. Comme si le public
était assez nombreux pour se partager!
Comme si il n'était pas préférable
d'étaler sur l'année les trop rares
pièces proposées! Comme si les autorités
de tutelles étaient incapables d'imposer
une concertation! Faut-il rappeler
qu'elles sont elles aussi en
concurrence politique? Il est a parier
que même une assemblée unique échouerait
à relever un tel défi. A nous de faire
entre vaches maigres et (relative)
abondance.
R.S
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"Bloody
Niggers"
"Le théâtre : un lieu où l'on est
l'autre"
Le mot est de Ariane Mnouchkine dans un
texte aujourd'hui célèbre et intitulé "
Tout théâtre est politique". Manuel
Césaire nous en offre une illustration
avec la programmation de "Bloody Niggers"
( cf
la critique ci-après de Selim Lander).
Le metteur en scène Jacques
Delcuvellerie, est un français installé
en Belgique, professeur au Conservatoire
Royal de Liège, qui a fondé en 1980
Goupov, un collectif d'artistes
pluridisciplinaires ayant vocation à
créer un espace d'expérimentation
théâtrales. Les années 90 seront
consacrées au Projet Vérité qui pointera
du doigt les croyances capables de
mobiliser un être jusqu'à la mort. C'est
dans la suite logique de ce travail
qu'il propose en 1999, "Rwanda 1994"
une pièce fleuve de six heures qui
remontait aux causes du génocide
rwandais. Younnouss Diallo qui jouait
dans Rwanda 1994 participe cette fois
non seulement comme comédien mais aussi
comme adaptateur et concepteur à
"Bloody Niggers" la dernière
production de Groupov. Le texte de Dorcy
Rugamba, rescapé du génocide rwandais
est un long cri de révolte, de
dénonciation et de douleur ensanglantées
contre les massacres, les boucheries,
les exterminations, commises au nom des
Dieux de la Bible, de la Bourse et de
Wall Street. L'intelligence du propos
consiste à mettre en accusation un
système, une logique, plus que des
individus. L'invention d'un système qui
délaissant une logique de prélèvement
sur la nature et qui la laissait intacte
pour les générations suivantes est passé
à une logique d'exploitation de la
nature avec son aboutissement
inéluctable qui consistera à considérer
l'humain comme une matière première
bonne à faire des abat-jours, des
engrais, du savon etc.. Dorcy Rugumba
mettra en scène à la fin des années 90 "L'instruction"
de Peter Weiss, récit du génocide juif
par une équipe de rwandais. C'est la
grande force de ce travail que de
dénoncer l'ethnicisme, le racisme, dans
une pratique théâtrale concrète et pas
seulement de façon verbale. La structure
de "Bloody Niggers" relève de
cette problématique. L'ouverture se fait
avec un écran sur lequel on revoit pour
la énième fois les Twin Towers percutées
par les avions détournés le 11 septembre
2001. Ensuite la première partie est
consacrée à un rappels de faits
historiques et attestés qui des
Croisades, aux massacres de Sétif marque
le chemin de sang et de feu de
l'Occident sur le corps des cultures
qu'il anéantit dans son expansion, dans
sa croissance. La seconde partie dénonce
les responsabilités complices des
Africains eux-mêmes dans la perpétuation
d'un système néocolonial. Le propos est
fort, puissant, plus théâtral dans le
temps deux que dans le temps un, ou la
thématique du réquisitoire prédomine. Il
fait dire que l'âpreté du discours,
l'insoutenable violence des faits
rapportés se prêtaient mal à une
"mise-en-scène" et surtout pas à une
illustration. Face à l'horreur les mots
suffisent, les gestes viennent à
manquer. L'intelligence de la mise en
scène consiste à avoir moduler ces deux
temps sur deux registres expressifs en
parfait accord avec le texte. Toujours
avec sobriété. Il s'agit d'un théâtre
politique qui jamais n'assujettit la
pratique artistique à un discours
militant. Jacques Delcuvellerie,
poursuit avec systématisme son travail
d'expérimentation théâtrale. Il prend
des risques, dérange et c'est tant
mieux. La scénographie, le travail des
lumières, la musique, les pauses dans le
récit, la place et le rôle de l'écran
qui masque et qui projette, participent
à la création d'un théâtre total dont on
ne sort pas indemne.
Roland Sabra
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Pourquoi
cette pièce, ici et maintenant ?
Pourquoi pas ?
J’ai souvent entendu dire que chaque
public « a droit » au théâtre qui lui
correspond. Je me suis toujours élevée
contre ce cloisonnement inepte .
En tant que
metteur en scène, je ressens le besoin
de la mise en abîme, de l’audace
qu’impose le théâtre contemporain.
Peut-on éviter
une lecture biographique de la pièce, ce
dont ne voulait pas Sarah Kane?
4 :48 PSYCHOSE est
une écriture autobiographique. Le
travail de mise en scène consiste à
universaliser la situation dans laquelle
l’auteure se met en scène elle-même (
Elle a d’ailleurs joué son rôle jusqu’au
bout). Mon travail consiste à rassembler
les indices qui conduisent à Sarah Kane,
l’auteure, à travers son texte ,et non
pas au personnage qu’elle met en scène
(ce personnage étant elle-même). « Il ne
faut pas confondre le texte de S. Kane
et sa vie »
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Théâtre Aimé Césaire :
Jandira Bauer monte
4.48 Psychose
de Sarah Kane

La première pièce de Sarah
Kane, Anéantis, fit scandale;
mais dans les années qui précédèrent son
suicide - elle mit fin à ses jours en
1999 - on en vint à reconnaître en elle
une voix poétique brillante et
tourmentée. Tous ceux qui l'ont connue
sont formels: il ne faut pas confondre
son œuvre et sa vie. Difficile pourtant
d'éviter les parallèles.
Quand Mel Kenyon,
lors de la cérémonie d'hommage à Sarah
Kane, s'est levée pour faire un bref
discours, les mots lui ont manqué. Elle
s'y est reprise à deux ou trois fois,
avant d'être vaincue par les larmes.
Elle a finalement demandé à la foule des
amis et des proches, réunis au Royal
Court de Londres, d'écouter une chanson
en l'honneur de Sarah. Kane s'était
suicidée seulement quelques mois
auparavant, et le sanglot d'une douleur
encore à vif secoua le théâtre tout
entier. En un sens, You get whatyou
give des New Radicals - un appel
passionné à sortir du désespoir, à
comprendre qu'il y a une raison de vivre
- était incroyablement inapproprié.
Sarah avait fait exactement le contraire
- elle avait lâché l'affaire, elle avait
renoncé. Et pourtant cette chanson
extatique - qui réfute tout ce qu'il y a
de triste, de cruel ou de merdique dans
la vie, qui affirme l'amour et le sens
envers et contre tout - était en quelque
sorte parfaite.
La mort de Kane à
28 ans fit les gros titres, tout comme
l'avait fait sa première pièce
Anéantis. Les auteurs de nécrologies
parlèrent de la nature controversée de
son œuvre, allèrent chercher leur
dictionnaire des synonymes, se
livrèrent, ainsi que les journalistes
l'avaient toujours fait, à l'inventaire
lubrique des éléments du scandale -
fellation et masturbation, miction et
défécation, viol et pendaison, arrachage
des yeux et cannibalisme. Ils citèrent
également « Le répugnant régal
d'ordures », titre infamant sous
lequel avait paru la critique de Jack
Tinker dans le Daily Mail.
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La 23e édition des Molières a vu la
réconciliation du théâtre classique, de
l'originalité et du théâtre populaire au
cours d'une cérémonie au Théâtre de
Paris.
La XXIIIe
édition des Molières a
vu dimanche soir 26 avril la
réconciliation du théâtre classique, de
l'originalité et du théâtre populaire au
cours d'une cérémonie rythmée par les
élans lyriques de Frédéric
Mitterand et les
facéties de Laurent Baffie
avec la consécration de "Coriolan" de
Shakespeare. Comédiens, metteurs en
scène, auteurs et autres professionnels
du spectacle vivant privé et public
étaient réunis pour une cérémonie qui a
débuté à 20h35 sur France 2
en direct du Théâtre de Paris. La
ministre de la Culture, Christine
Albanel, assistait à la cérémonie.
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Trames
de Gerty Dambury

Gerty
Dambury, d’origine guadeloupéenne et
auteure de théâtre déjà confirmée a mis
en scène sa dernière pièce, Trames,
présentée ces jours-ci au théâtre Aimé
Césaire à Fort-de-France.
Dans un
décor réduit à peu de choses mais qui
colle bien avec l’esprit de la pièce,
Firmine Richard, la mère, reçoit de
temps en temps la visite de Jalil
Leclaire, son fils, tandis que Martine
Maximin endosse tour à tour plusieurs
« petits » rôles : servante de scène,
archétype de la femme antillaise, fille
perdue au grand cœur. La progression
dramatique est plutôt bien menée, nous
comprenons peu à peu quelles raisons ont
pu conduire le fils vers sa déchéance
présente. Bien qu’astucieux et beau
parleur, ayant même poursuivi des études
d’économie à l’université, il n’arrive
pas à sortir du cercle vicieux de la
drogue, de la misère et de l’oisiveté.
Les rapports entre les deux personnages
principaux sont bien décrits dans toute
leur ambiguïté. Tous les deux ont bien
du mal à faire vivre l’amour qui est
pourtant censé exister d’une manière
toute naturelle entre une mère et son
fils.
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Le Prophète et
Monsieur de Pourceaugnac
A la question, « qu’est-ce que le
théâtre ? », on peut répondre en
s’aidant de l’étymologie. En grec « drama »
signifie action. Le théâtre est
un genre hybride qui donne aussi bien à
entendre, à voir ou à ressentir ce que
suggèrent les acteurs par leur voix,
leur corps, la scénographie par le
décor, l’éclairage et la musique, et la
mise en scène, par les choix personnels
du metteur en scène. Le théâtre est un
art vivant qui fait appel à tous les
sens du spectateur. C’est pourquoi la
représentation est une véritable épreuve
pour les acteurs qui sentent dès le
lever du rideau la réceptivité de la
salle, son frémissement ou son apathie.
Le théâtre ne pardonne pas ! Quoi de
plus décevant que d’entendre des
spectateurs s’assoupir ou bien de voir
la salle se vider après quelques timides
applaudissements ? Comment éviter cela ?
Molière pourrait répondre : « la grande
règle est de plaire ». Pour y arriver,
il ne s’agit pas seulement de satisfaire
aux attentes du spectateur, mais plutôt
de le bousculer, de le surprendre et
surtout de susciter son attention. Le
choix du texte entre pour une bonne part
dans l’éveil de l’intérêt du spectateur.
Mais cela ne suffit pas.
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Les 22è Rencontres théâtrales de
Fort-de-France
Nèg pa ka
mô
Une pièce écrite et mise en scène par
Daniély Francisque, interprétée par la
troupe Mawon
Voir la
grande salle de l’Atrium complètement
remplie pour une pièce de théâtre ! Qui
voudrait bouder son plaisir. Sans doute
le fait que ce spectacle ait été offert
gratuitement a-t-il contribué à son
succès, mais si c’est là la condition
pour amener au théâtre de nouveaux
spectateurs, on ne le regrettera pas.
Cela étant, les spectateurs étaient-ils
vraiment nouveaux ? Il est difficile de
l’affirmer car la pièce a pu attirer les
habitués des comédies créoles,
Bankoulélé ou autres.
Nèg pa
ka mô
mêle en effet assez agréablement des
genres différents. Des scènes de comédie
pure, en créole, à des scènes plus
dramatiques souvent en français, des
évocations de la vie des noirs au temps
de l’esclavage – déportation, travaux
des champs, etc. – sous forme de
tableaux chorégraphiés, enfin des scènes
plus proches de notre présent, comme
celle de la veillée qui suit l’exécution
du nèg mawon. Le tout relié par le récit
du temps d’antan qu’une grand-mère
adresse à sa petite fille.
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Le Horla de Nouméa : un Maupassant
insolite à la Nouvelle Calédonie
par Alvina Ruprecht
À
Nouméa, le théâtre se joue de jeudi à
dimanche. Souvent les spectacles ne
passent que quatre soirées pour ensuite
partir en tournée dans les écoles ou
dans les provinces du Nord et du Sud où
les lieux d’accueil peuvent être un
grand espace vert, la cour d’une maison,
une salle de sport ou une salle de
classe. L’Association « le Chapitô »,
d’Anne Sophie Arzul, est une exception
car elle fait circuler les productions
professionnelles
partout dans l’île
sous un énorme chapiteau de 400 places
qu’elle fait installer dans un lieu
approprié (après avoir « fait la
coutume », échange rituel avec les chefs
Kanak pour légitimer le séjour sur leur
terre). L’installation même du chapiteau
se fait grâce à une équipe de monteurs
dont les membres sont parfois de jeunes
Kanak attirés par ces spectacles de
théâtre itinérant de passage chez eux.
Selon Mme Arzul, ces productions du « Chapitô »
permettent au public loin de Nouméa de
voir des œuvres mises en scènes dans les
mêmes conditions que celles des grandes
salles de la capitale.
Tout ceci pour dire que la notion de
« théâtre » à la Nouvelle Calédonie est
complexe, très large et surtout toujours
en voie de redéfinition selon les
publics, selon les apports culturels des
multiples communautés qui cohabitent
dans l’île, selon les possibilités
matérielles des lieux de création et
selon les matières traitées par les
artistes.
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Entretien Vincent Baudriller
Pour Vincent
Baudriller, codirecteur du Festival
d’Avignon depuis 2004, la
programmation internationale offre
une traversée de territoires
artistiques très divers et permet de
questionner, à travers la
confrontation des différences, la
richesse de la culture européenne.
Les artistes associés du
festival ont été majoritairement
des personnalités étrangères,
sauf Frédéric Fisbach et Valérie
Dréville. Pourquoi une telle
dimension internationale '
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Le Prophète
de
Khalil Gibran
Mise en scène de
Francesco Agnello
avec
Michel Le Royer
de
la Comédie Française
A
l'Atrium de Fort-de-France
 Il
y a des livres qui semblent échapper
à toute échelle de valeurs ; des
livres qui vivent, parlent et
souvent nous enseignent ce que les
sciences et les doctrines
traditionnelles ne savent pas, ne
peuvent ou ne veulent par voir.
Le
Prophète de Khalil Gibran est de
ceux là.
Dès
sa parution, en 1923, le succès fut
immédiat. Ce texte fait aujourd’hui
partie des grands classiques de la
littérature mondiale. Il suscite
encore, de nos jours, l’intérêt de
milliers de lecteurs.
Le
mystère de ce succès n’est,
peut-être, pas si diffcile à percer
: le message du livre est universel,
hors temps car il parle au cœur de
nous tous.
Le
message essentiel du prophète est
celui de la reconnaissance envers
l’existence et vers les mystèrieux
mécanismes qui la régulent. Chacun
de nous ayant la capacité de cette
compréhension, au-delà de toute
appartenance à une culture, une
langue ou une religion.
Lire la suite et la revue de presse
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Les 22ème Rencontres
théâtrales de l'Atrium
L'ici et
l'ailleurs de l'Atrium
Guillaume Gallienne sur un texte de
Dario Fo :Saint-François, le divin
jongleur
par
Roland Sabra

Les 22 ème Rencontres théâtrales de
Fort-de-France battent son plein.
Commencées au lendemain de la reprise
générale du travail dans l'ile elles ont
atteint aujourd'hui leur rythme de
croisière : une quinzaine de
manifestations en quatre semaines, du 26
mars au 23 avril 2009. Le programme est
un mélange de théâtre amateur,
innovation de cette année, avec du
théâtre professionnel, de théâtre
d'outre-Atlantique avec des productions
locales. Toujours ce même souci de
métissage, d'allées et venues entre un
ici et un ailleurs, qui est semble-t-il
la ligne directrice de Manuel Césaire ,
qu'il s'agisse de théâtre, de musiques
ou de tout autre art de la scène. On ne
peut que saluer ce souci d'ouverture au
monde, qui ne relève pas d'une simple
posture mais
d'un engagement réel
et d'une politique concrète . Reste bien
sûr la question du contenu de la
programmation. Sage comme toujours
diront les uns, trop sage diront les
autres, mais tous se retrouveront sur la
qualité. L'ouverture s'est faite avec
l'excellent travail de Claude Mathieu
qui mettait en scène Guillaume Gallienne
sur un texte de Dario Fo, Prix Nobel de
littérature 1997, et qui s'intitule
Saint-François, le divin jongleur.
Librement inspiré de la vie du Saint
d'Assise le texte est un hommage à la
liberté de penser, à l'insolence
nécessaire face aux pouvoirs institués
qu'ils se nomment église ou parti,
encore que la distinction n'a que trop
souvent plus lieu d'être. Ce spectacle
du Studio-Théâtre de la
Comédie-Française, excusez du peu, est
marqué du double sceau de son origine :
classicisme et professionnalisme.
Néanmoins, la performance du comédien
qui tient, littéralement, la salle en
haleine, est telle qu'il ne manquait que
les yé cric, yé crac pour l'emmener
définitivement sur des terres plus
familières que celles de l'Ombrie et
plus proches de nous que celles des
bords de Seine. Le jeu est à la fois
distancié, avec une once d'ironie qui
transperce dans la diction et grave par
la critique sociale qu'il laisse deviner
plus qu'il n'assène. Fort heureusement
sinon on se serait lassé. Un travail
très corporel dans un espace nu et qui
par conséquent ne pardonne aucune
faiblesse. Et de faiblesse il n'y eut
pas! Le public martiniquais qui s'était
déplacé en petit nombre a joui avec
bonheur de ces instants magiques. Ceux
qui ne sont pas venus en sont bien
punis.
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Danse. «L’Orgie de la tolérance»,
nouveau spectacle marquant de l’artiste
flamand.
par Marie-Christine VERNAY

Tout commence avec une immense branlette
collective coachée par des gugusses pas
très catholiques : des sortes de
collabos-maquisards, la carabine en
bandoulière, qui comptent les points. A
qui jouira le premier ou la première,
Viagra ou pas : là où le sexe est devenu
un sport, une performance, un challenge.
Le metteur en scène et chorégraphe belge
Jan Fabre ne s’est pas calmé. Tapageur,
subversif, il s’en prend ici à la
société de consommation pour en dénoncer
la vulgarité, la cochonnerie, les
tristes pitres et moniteurs de sport.
Jan Fabre le fait au premier degré,
frontalement, irrité par la
marchandisation de tout ce qui tombe
entre les mains des profiteurs : le cul,
Dieu, le plaisir, la jouissance, le
désir… Son Orgie de la tolérance
est une énorme farce, une mascarade
avec un seul mot d’ordre : fuck you.
Godemichés. Pendant
deux ans, il a travaillé à partir de
dessins puis d’improvisations avec neuf
performers irrésistibles.
Ensemble, car il est évident qu’il
s’agit d’une création collective, ils
ont exploré de nombreux thèmes comme la
course à l’orgasme,
l’instrumentalisation du religieux, les
pratiques consuméristes, le sofa comme
prolongement de la libido ou encore le
glissement du politique vers l’extrême
droite. La troupe rend aussi un hommage
décalé aux Monty Python, à leurs sketchs
gaulois et délirants des années 70. Et
hormis quelques scènes un peu faciles,
comme la valse de la supérette, on rit
franchement, des autres et de soi-même.
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Culture et
Politique culturelle : quoi de neuf ?
par José Alpha

Pourquoi
n’existe-t-il pas une entreprise des
métiers de la scène et du spectacle
vivant en Martinique ? Une des
nombreuses interrogations posées par de
nombreux Martiniquais qui ont l’audace
d’imaginer la production culturelle et
artistique comme source de revenus et de
développement pour la Martinique mais
aussi comme vecteur dans le monde d’une
culture insulaire caribéenne issue de
notre métissage.
Cette
question pose l’évident problème de la
gestion des potentiels humains et
culturels martiniquais quand on mesure
les efforts consentis depuis plusieurs
années par les collectivités aux
nombreuses aides aux projets d’actions
et d’exploitations culturelles et
touristiques, à la formation des hommes
et à la validation des acquis, dont les
objectifs sont bien de favoriser
l’économie culturelle et d’élever
l’esprit critique populaire à la
compréhension de ses origines et de ses
potentiels existentiels.
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La politique théâtrale à
l’épreuve
par Emmanuel Wallon

Le 10 juillet 2003, « la
mort dans l’âme », comme le disaient les
affiches et calicots des protestataires,
les directeurs Stéphane Lisner et
Bernard Faivre d’Arcier durent se
résolurent à annoncer l’annulation de
leurs festivals respectifs
d’Aix-en-Provence et d’Avignon, que la
fièvre de1968 avait perturbés mais point
empêchés. Mécontents des nouvelles
dispositions applicables à leur régime
d’assurance chômage, artistes et
techniciens s’engageaient dans un
mouvement revendicatif d’une ampleur et
d’une âpreté sans exemple dans les
annales. La signature du protocole du 26
juin 2003 venait de mettre le monde du
spectacle en émoi. Partout en France,
des gens de théâtre votèrent la grève
lors d’assemblées générales où la parole
rebondissait en tous sens. Voyant les
manifestations de l’été se saborder en
chaîne, certains observateurs étrangers
ne purent cacher leur perplexité. Le
pays de « l’exception culturelle »
entretient décidément un rapport
tourmenté avec son théâtre.
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Les contenus de la
formation : comment apprendre à devenir
acteur
Comment
apprendre à devenir acteur ' Que
doit-on enseigner ' Entre autres
paramètres, technique, culture
littéraire, imprégnation et
appropriation se combinent, pour
préparer l'apprenti comédien à se
confronter au texte dans sa réalité
scénique, pour qu'il s'imprègne
véritablement du rôle,
intérieurement. Un exercice qui
traduit l'affirmation d'une liberté
au c'ur de multiples contraintes. Un
apprentissage qui se poursuit tout
au long de la vie, et nécessite un
travail considérable.
Entretien avec Wajdi
Mouawad
Lire l'entretien
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Le
métier de comédien a évolué au cours
des siècles et répond à des critères
spécifiques selon les époques.
Abordant la question de la formation
dans une perspective historique,
Odette Aslan, chercheuse au CNRS, et
Julie Sermon, dramaturge, explorent
notamment la figure du personnage
théâtral contemporain en soulignant
les changements générés par les
écritures contemporaines, qui
mettent en 'uvre une dramaturgie
plus chorale que linéaire, un jeu
d'acteur centré sur le présent de
l'énonciation.
Odette Aslan : Vers un acteur
pluridisciplinaire plus créatif
Vers
un acteur pluridisciplinaire plus
créatif
« En
un siècle, l'acteur est passé de
l'emphase de la déclamation à pleine
voix à une diction plus intime (?).
Aujourd'hui, le théâtre n'hérite
plus des traditions théâtrales des
aînés, mais du cinéma et des
nouvelles technologies, des lights
shows ou du sport », conclut
l'essayiste Odette Aslan, dans
L'acteur au 20ème siècle*. Cette
grande observatrice de la scène
théâtrale revient ici sur les
évolutions essentielles de la
formation.
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Les 22ème
Rencontres théâtrales de
l'Atrium
A quoi peut servir le théâtre ?
par José ALPHA

En
écoutant André Lucrèce, écrivain et
sociologue, le 31 mars dernier à
l’Atrium de Fort de France en
ouverture des Rencontres théâtrales
2009 en Martinique, sur « le Théâtre
de Shakespeare et la cérémonie de la
violence », la question de l’utilité
de la représentation théâtrale dans
notre société, s’est imposée à deux
niveaux.
Le premier :
comment expliquer la crise qui
maltraite depuis trop longtemps le
théâtre public en Martinique, comme
ailleurs du reste ? Le second :
quels ressorts permettront à la
théâtralisation du drame humain de
répondre au besoin de théâtre que la
vie collective produit à une densité
si haute ?
A travers la
rencontre exposée par le
conférencier entre la violence des
situations, des intrigues et des
personnages dans le Théâtre de
Shakespeare et la
« sauvagerie sociale que chaque
société tend le plus souvent à
surmonter en se lançant le défi dans
des œuvres de civilisation comme le
théâtre », deux écrivains témoins de
leur époque, William Shakespeare et
Antonin Arthaud, séparés par plus de
3 siècles, mais disparus tous deux à
l’âge de 52 ans, ont en effet
raconté les actions des hommes et
peint chacun à leur manière, les
mœurs de leurs époques respectives.
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Thomas Ostermeier a beau s'habiller
d'une façon urbaine et
passe-partout, avec un sweat à
capuche, il s'impose immédiatement
comme un chef. Quand il marche dans
les couloirs de la Schaubühne, le
théâtre qu'il dirige à Berlin, les
plafonds semblent bas : 1,96 m, cela
fait de l'effet, surtout associé à
une carrure imposante. Mais le plus
impressionnant, ce sont les yeux.
Très grands, très bleus, ils posent
sur l'interlocuteur un regard qui ne
laisse rien passer. Comme au
théâtre.
Les mises en scène de Thomas
Ostermeier sont guidées par une
intelligence froide et corrosive qui
l'a propulsé au rang de star en
Europe. Un bel exemple en est donné
avec John Gabriel Borkman,
d'Ibsen, présenté à Paris au Théâtre
de l'Odéon (du 2 au 11 avril). Soit
un banquier qui a ruiné ses clients
en spéculant sur leur argent. Une
histoire d'aujourd'hui ? Non, elle
date de 1894. Oui, elle nous parle
du monde tel que le voit Thomas
Ostermeier, avec son bagage
d'Allemand tout juste entré dans la
quarantaine.
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De la
race
en Amérique :
Barack Obama à Paris
Par Alvina
Ruprecht
Un
défi de taille : mettre en scène un
discours politique de Barak Obama, qui
aborde une question aussi délicate,
aussi complexe et surtout aussi tabou en
France que celui de la question
« raciale ».
D’ailleurs le moment était bien choisi,
il faut le reconnaître. L’auteur et
metteur en scène José Pliya en tandem
avec l’acteur Vincent Byrd le Sage ont
réalisé ce projet par suite d’un désir
de faire connaître à ceux qui ne
connaissent pas l’anglais, ce grand
texte, au moment où son auteur s’apprête
à devenir le premier président noir des
États-unis .
La
réflexion d’Obama sur La Race ,
prononcée le 18 mars à Philadelphie,
fait suite aux critiques proférées
contre lui lorsque le révérend Wright de
l’Église de la Trinité, une force
importante dans la formation spirituelle
du jeune Obama, semblait exprimer une
haine non mitigée contre les Blancs, en
déclarant « que Dieu maudisse
l’Amérique ».
Les critiques fusaient contre Obama et
« son » père spirituel. Il fallait donc
mettre les choses au point.
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Nathaly
Coualy et le One Woman stand up: un
équilibre
fragile
Par Alvina
Ruprecht

Oui, le titre de la pièce est le nom de
la comédienne - Nathaly Coualy- que nous
avons vue pour la première fois en
Avignon « off » (2008) au théâtre de la
Chapelle du verbe incarné où elle a joué
la copine blonde du mari volage
(interprété par Philippe Calodat) dans
Projection Privée, sur un texte
de Rémi de Vos mis en scène par Greg
Germain. Dans sa prestation récente,
Nathaly, redevenue semblable à elle-même
(car elle n’est pas blonde), nous fait
un monoloque « confession » qui vire
vite au « stand up » interactif,
profitant ainsi d’une petite salle (60
places?) où la disposition salle-scène
invite les échanges intimes. Ce
spectacle serait une version
retravaillée (avec Légitimus) d’un
monologue (intitulé Seule),
présenté l’année dernière. Cette
fois-ci, l’idée était justement de
réduire les artifices d’un spectacle
théâtral pour créer l’illusion d’une
rencontre entre un public qui tient lieu
de psychiatre, voire de psychanalyste,
et la comédienne. En effet, Mlle Coualy
est à peine maquillée. Elle porte un
ensemble foncé discret, les cheveux
coupés très court, rien de remarquable
dans la présentation. Elle a l’allure
belle, raffinée et même un peu timide.
Quelques accessoires dans l’espace de
jeu : deux petites tables recouvertes de
livres nous portent à penser que ce sera
peut-être une discussion littéraire, ou
du moins une rencontre spirituelle et
intelligente. La curiosité est piquée! .
. Mais on va être détrompé car ce n’est
pas du tout ce qui nous attend.
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La
Voyageuse
: un
magnifique hommage
théâtral à Maryse Condé
par Alvina
Ruprecht

Ce voyage théâtral à travers les
extraits de huit œuvres de Maryse Condé,
narré par l’écrivaine « voyageuse » et
guidé par la main du metteur en scène
Jean-Michel Martial, a eu sa première au
Ciné-théâtre Lamentin lors du Premier
congrès international des écrivains de
la Caraïbe en Guadeloupe. Cette
traversée scénique des multiples
personnages femmes venus de tous les
lieux, toutes les classes sociales,
toutes les origines culturelles voire de
divers moments historiques, semblait
symboliser le réseau de relations
constitutif de la Caraïbe évoqué lors du
colloque. Et surtout, cette pièce
incarne le projet Théâtre Caraïbe –
le Répertoire, une entreprise
que Jean-Michel Martial et son équipe de
spécialistes sont en train de réaliser,
grâce à l’appui de la Région Guadeloupe.
Disons-le en passant, cette vision d’un
rassemblement des meilleurs écrits
dramaturgiques sélectionnés de
l’ensemble de la production théâtrale
caribéenne (écrits qui seront analysés,
mis en scène, traduits en français et
publiés avec commentaires à l’appui),
rentre tout à fait dans l’esprit des
conclusions énoncées par les fondateurs
de la nouvelle association des
écrivains, mise en place pendant le
congrès en Guadeloupe. La nécessité
vitale d’un rapprochement entre les
écrivains et les artistes de la région
ne fait plus de doute et ce qui était
déjà depuis très longtemps une évidence
parmi les créateurs les plus
perspicaces, est enfin pris en charge
par les institutions de l’état.
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Censure d’Etat
Mort au poison
salutaire du théâtre
Convoi militaire
français, à Madagascar, le 25 septembre
1947 (AFP).
Par
Bruno Tackels
 Au
mois de septembre, le metteur en scène
Thierry Bedard travaille à Madagascar,
avec l’écrivain Jean-Luc Raharimanana.
Au Centre culturel français de
Tananarive, ils créent 47, un
spectacle important, présenté quelques
jours plus tard dans le cadre du
dynamique Festival des Francophonies de
Limoges. L’enjeu est de ranimer la
mémoire douloureuse de l’insurrection
malgache contre la colonisation
française, en 1947, atrocement réprimée
dans le sang. Sur un mode très simple,
deux acteurs (un malgache et un
français), comme une veillée des morts,
les mots réveillent ce terrible moment
de l’histoire de France, qui n’a
aucune existence collective dans
notre Histoire de France. Lors de sa
création à Madagascar, devant un public
essentiellement malgache, le spectacle a
suscité de nombreuses réactions,
affectives, humaines, citoyennes,
politiques. Là, on se dit que le théâtre
tape juste, qu’il répond à sa mission
profonde, qu’il a encore de beaux jours
devant lui.
A Limoges, il se disait déjà que les
choses n’avaient pas été simples, lors
de la création de 47. Que des
pressions avaient été exercées pour ne
pas réveiller de mauvais souvenirs : pas
le moment, pas comme ça. La
realpolitik, toujours. Et puis voilà
que la bombe éclate. La force du
spectacle appelle naturellement de le
faire tourner dans l’ensemble de la zone
de l’Océan indien. Il est proposé à la
diffusion dans les Centres culturels
français de la région. Début novembre,
« 47 » est retiré des propositions de
programmation.
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Théâtre pour tous
Salle Aimé Césaire Lycée Shoelcher
1-
Le premier mercredi de chaque
mois , à 16h30 précises, un
temps de réflexion sera consacré aux
ateliers de pratique artistique
théâtre. Les collègues ( des
ateliers théâtre) pourront échanger
sur les différents aspects de leur
travail partenarial, l'avancée du
projet, les difficultés rencontrées,
les solutions à mettre en œuvre,
etc...
Ensuite, ils pourront assister à la
projection sur grand écran du DVD
d'une pièce de théâtre, choisie
parmi les 40 œuvres filmées dont
dispose l'ADAPACS. La projection
sera suivie d'une discussion. Le but
est de proposer des mises en scènes
particulièrement intéressantes, et
d'enrichir notre culture théâtrale
en confrontant nos opinions.
-2- Les autres mercredis, seront
consacrés au jeu théâtral sous
toutes ses formes, depuis la gamme
infiniment riches des exercices dits
d' "échauffement" qui portent en
germe le geste théâtral, jusqu'au
travail sur les situations, sur les
personnages, sur les textes que nous
aurons décidé d'approcher. Les
objectifs pourront ne pas être les
mêmes pour tous: lecture, mise en
espace, mise en scène. Tout dépendra
du nombre des présents, des choix
qui seront faits et de la motivation
du groupe.
Rendez-vous, donc, mercredi
prochain, 17 décembre 2008 à 16h 20,
précises, pour que, passé le moment
convivial où on se dit
" bonjour-comment-ça-va", nous
puissions commencer à l'heure.
N'oubliez pas de porter ou
d'apporter une tenue pratique et
souple.
D'ici là, pensez à ce que vous avez
envie de faire, apportez des textes,
des idées et des rêves, c'est de
tout cela que le théâtre
d'aujourd'hui se nourrit, et c'est
bon pour la santé.
Michel Dural, Président de l'ADAPACS
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Théâtre
Par Marius Gottin
José Exélis a le nez fin, ou creux.
Peut être les deux, j’ai oublié la
différence. Vous me direz: c’est son
côté artiste, d’aucun diraient
handicapé, vous savez lorsque certains,
souffrant par ailleurs de manques,
développent des facultés particulières
qui font qu’ils ressentent les choses
différemment et c’est ce ressenti
particulier qui explique la vision du
monde qu’ils nous restituent en tant
qu’artiste.
Il y a de cela plus d’un mois,
l'intéressé m’appelle et m’annonce qu’il
a pensé à moi pour introduire un débat
tournant autour du thème : Théâtre &
politique…et me revient cette
déclaration de l’ancien président du
parlement international des écrivains,
l’américain Russel Banks: « la fonction
de l’écrivain est de faire en sorte que
nul ne puisse ignorer le monde et que
nul ne puisse s’en dire innocent »
Ah bon, cela veut dire qu’à un moment ou
à un autre, il faut dire les choses, les
nommer, les mettre sur la table ? Sur
les questions qui agitent le théâtre (et
notre société martiniquaise empêtrée
dans des questions identitaires) cela
fait déjà trois ans au moins que ces
questions tarabustent l’auteur, le
metteur en scène, le comédien José
Exélis; et qu’il nous invite, cette
année encore, à y réfléchir, à la mise
en relation, mise en perspective de deux
mots recouvrant deux activités
dissemblables mais rien n’est moins sûr,
« théâtre et politique ».
S’il est une chose que j’éclaircirai
d’emblée, c’est bien cette notion de
politique qu’il nous faut prendre au
sens premier de la polis des
Grecs (reposant, pour faire court, sur
l’organisation collective et la
communauté de biens des citoyens dans la
cité), si loin de ce qui est de nos
jours généralement appréhendé comme la
seule relation pas toujours nette d’un
électeur avec le Pouvoir et les
institutions qui l’incarnent, tout le
monde prétendant œuvrer pour le bonheur
du plus grand nombre.
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Au Japon, les robots font du théâtre
Le
théâtre entre dans l'ère de la
robotique. Mardi 25 novembre, à
l'université d'Osaka, dans l'ouest
du Japon, la presse a pu assister à
la première pièce jouée par un
humain, la comédienne Minako Inoue,
et un robot humanoïde, Momoko, conçu
par la société Mitsubishi.
Cette
pièce expérimentale de vingt minutes
a été écrite et mise en scène par
Oriza Hirata, une figure de
l'avant-garde japonaise. Né en 1962,
Oriza Hirata vit et travaille à
Tokyo, où il fait du théâtre dans sa
maison d'enfance. C'est un
personnage et un dramaturge
important. A 16 ans, il a parcouru
seul et à bicyclette quelque 20 000
kilomètres à travers l'Europe. Puis
il a étudié, à Tokyo et en Corée,
avant de créer sa compagnie, en
1988. Depuis, il a écrit une
vingtaine de pièces, dont certaines
font le tour du monde, en passant
par la France, où son théâtre est
régulièrement joué depuis 2000.
Oriza Hirata est venu en personne
présenter Tokyo Notes au
Théâtre de Gennevilliers et à
l'invitation du Festival d'automne.
Sa
pièce expérimentale d'Osaka, qui
pour l'instant n'a pas de nom,
pourrait faire l'objet de
représentations publiques en 2009.
On ne sait pas encore exactement
quand, mais ce jour-là devrait
marquer l'histoire de l'art
dramatique.
Article paru dans l'édition du
28.11.08 Le Monde
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Journée Internationale du
Théâtre-Education : 27 Novembre 2008
En
tant que Président d’IDEA, j’ai
l’honneur de déclarer le 27 novembre
Journée Internationale de l’Education
Artistique en Théâtre. Nous avons
désormais une date spécifique pour
célébrer notre riche et singulière
contribution au projet global de
développement de l’éducation des hommes,
des droits de l’homme et de la paix pour
tous, et tout particulièrement pour les
jeunes, les enfants et les exclus
menacés par la violence.
Ce n’est pas, bien sûr, la meilleure
période pour une célébration. Toutes les
générations et tous les continents
prennent douloureusement conscience du
réchauffement de la planète, des
nombreuses inégalités sociales, de la
violence, de la pauvreté et du SIDA qui
touchent nos vies personnelles et
menacent notre avenir. Chaque professeur
de théâtre, chaque élève, artiste de
théâtre et communauté semble placer au
cœur de son activité artistique
quotidienne la question de la
déshumanisation croissante et du
désespoir des jeunes soumis aux
pressions insoutenables de la
compétition mondiale. Et depuis le 11
septembre, des crises financières
quotidiennes menacent de transformer vos
maisons, écoles et lieux de travail en
un atelier global du désespoir ou en un
théâtre du déni.
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Un
Marmonneur Providentiel.?
Je suis un gueuleur …
par Christian Antourel
Aimé
Césaire a mis de la dynamite dans le
cœur de celui qui l’écoute, du piment
comme amour, sur la blessure qui
s’ajoute …
« Il faut
rêver, il faut agir »
- Tout est
dit, le voyage de l’homme noir vers la
lumière. Dire le venin et cracher la
hargne, toute la rage de l’imprécateur,
mais « passeur »de rêve. Le poète a
capté dans l’espace d’extraordinaires
messages… « pleins de poignards de
nuits, de gémissements ; une vaste
improvisation de tornades, de coups de
soleil… » Reste maintenant la façon
d’écrire la manière de restituer
limpide « tout le sang dans sa mémoire
… homme seul emprisonné de blanc.
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Un
marmonneur providentiel?
Je suis un Gueuleur
de Hervé Deluge
On
connait bien Hervé Deluge . Il a
travaillé ces derniers temps sous la
direction de Lucette Salibur. Les
résultats étaient inégaux, avec une
question lancinante : qui du comédien ou
du metteur en scène devait payer la
facture? Le spectacle proposé les 20 et
21 novembre 2008 à l'Atrium donne une
réponse en forme de pirouette. Hervé
Deluge se met en scène lui-même. Avec un
coup de main de Rudy Sylaire il est
vrai. Le matériau central d"Un
marmonneur providentiel" est tiré de "Cahier
d'un retour au pays natal", "Et
les chiens se taisaient" et aussi
d'autres textes césairiens. Hervé Deluge
connait son Césaire. Une des qualités de
ce travail, il en a plusieurs, est de
mettre en évidence une force
d'interprétation du verbe du poète qui
le porte à une telle incandescence que
la forme se consume ne laissant
subsister que le trait acéré qu'elle
enveloppait. Hervé Deluge a fait une
vraie lecture des textes de Césaire, en
se les appropriant de façon charnelle,
en leur faisant l'amour, et nous les
restituant, transformés par la seule
magie du dire, en une langue presque
naturelle. Et ce n'est que par moments
fugaces, au détour d'un vers trop connu,
quand la brillance de la forme fait
écran, que le spectateur se souvient et
se dit :"Mais c'est du Césaire!"
Comme s'il pouvait en être autrement!
Hervé Deluge incarne, donne corps à des
textes, trop souvent cantonnés par le
lecteur dans le nimbe doré de l'art
poétique. Il donne aussi de son corps
avec une belle occupation du plateau,
même si l'épisode de la roue qui ouvre
le spectacle a semblé un peu long. Avec
peu de moyens, des objets scéniques en
petit nombre (une roue pour
l'essentiel), mais innovateurs pour la
Martinique, et une utilisation
parcimonieuse, assujettie au propos
qu'elle accompagne, la scénographie de
Valéry Pétris et Dominique Guesdon,
qui est aussi aux lumières, est une
vraie réussite. Les images vidéo, par
contrecoup, , notamment celles de coraux
balancés par la mer, paraissent beaucoup
plus banales.
Mais la
première qualité de ce travail est
peut-être d'avoir réussi à fédérer
autour de lui, sous la forme de concours
vocaux à une bande son, les apports
d'une dizaine de comédiens et metteurs
en scène martiniquais. Ce qui n'est pas
rien! Les raccords du comédien avec la
bande sonore manquaient parfois de
répétition, de pratique.
On
regrettera la frilosité de la
programmation de l'Atrium qui a limité à
deux représentations un spectacle qui
méritait bien plus. L'audace et la prise
de risques en matière théâtrale
martiniquaise sont des denrées rares.
R.S.
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Lettres à
l'humanité
de
José Pliya

L’évidente théâtralité des textes
épistolaires explose ici encore dans un
spectacle puissant, poignant que
défendent trois comédiens brillants. Un
état des lieux du monde contemporain qui
puise son authenticité dans la triste
vérité de l’Histoire.
Une
blague juive ouvre le bal. Jean-Pierre
Becker, sans chercher à emphatiser avec
des accents et tics ethniques, s’avère
un excellent conteur. Difficile d’en
attendre moins d’un comédien qui réunit
une carrière qui navigue entre
Shakespeare, Tchekhov, Blier et Rivette.
Cette blague un peu potache ne donnera
pas le « la », bien au contraire. En
parfait contrepoint à ce qui suit, elle
annonce ce qui ne viendra pas.
En lieu
et place aux attentes induites par cet
étrange prologue, une série de textes
prodigieusement écrits, ciselés,
travaillés, peaufinés. Des lettres plus
exactement. Des courriers adressés
essentiellement aux « grands » de ce
monde : Hitler, Ben Gourion, Pétain, De
Gaulle, Schwarzenegger (le gouverneur,
bien sûr). Ces lettres n’ont pas
toujours pour dessein une requête. Elles
se contentent parfois de relater des
faits, anecdotes dont les locataires des
hautes sphères du pouvoir n’ont pas plus
cure que conscience de leur dimension
parfois tragique.
Lire la suite
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Un marmonneur providentiel? Je
suis un Gueuleur
de Hervé Deluge
On
connait bien Hervé Deluge . Il a
travaillé ces derniers temps sous la
direction de Lucette Salibur. Les
résultats étaient inégaux, avec une
question lancinante : qui du comédien ou
du metteur en scène devait payer la
facture? Le spectacle proposé les 20 et
21 novembre 2008 à l'Atrium donne une
réponse en forme de pirouette. Hervé
Deluge se met en scène lui-même. Avec un
coup de main de Rudy Sylaire il est
vrai. Le matériau central d"Un
marmonneur providentiel" est tiré de "Cahier
d'un retour au pays natal", "Et
les chiens se taisaient" et aussi
d'autres textes césairiens. Hervé Deluge
connait son Césaire. Une des qualités de
ce travail, il en a plusieurs, est de
mettre en évidence une force
d'interprétation du verbe du poète qui
le porte à une telle incandescence que
la forme se consume ne laissant
subsister que le trait acéré qu'elle
enveloppait. Hervé Deluge a fait
une vraie lecture des textes de Césaire,
en se les appropriant de façon
charnelle, en leur faisant l'amour, et
nous les restituant, transformés par la
seule magie du dire, en une langue
presque naturelle. Et ce n'est que par
moments fugaces, au détour d'un vers
trop connu, quand la brillance de la
forme fait écran, que le spectateur se
souvient et se dit :"Mais c'est du
Césaire!" Comme s'il pouvait en être
autrement! Hervé Deluge incarne,
donne corps à des textes, trop souvent
cantonnés par le lecteur dans le nimbe
doré de l'art poétique. Il donne aussi
de son corps avec une belle occupation
du plateau, même si l'épisode de la roue
qui ouvre le spectacle a semblé un peu
long. Avec peu de moyens, des objets
scéniques en petit nombre (une roue pour
l'essentiel), mais innovateurs pour la
Martinique, et une utilisation
parcimonieuse, assujettie au propos
qu'elle accompagne, la scénographie de
Valéry Pétris et Dominique
Guesdon, qui est aussi aux lumières, est
une vraie réussite. Les images vidéo,
par contrecoup, , notamment celles de
coraux balancés par la mer, paraissent
beaucoup plus banales.
Mais la
première qualité de ce travail est
peut-être d'avoir réussi à fédérer
autour de lui, sous la forme de concours
vocaux à une bande son, les apports
d'une dizaine de comédiens et metteurs
en scène martiniquais. Ce qui n'est pas
rien! Les raccords du comédien avec la
bande sonore manquaient parfois de
répétition, de pratique.
On
regrettera la frilosité de la
programmation de l'Atrium qui a limité à
deux représentations un spectacle qui
méritait bien plus. L'audace et la prise
de risques en matière théâtrale
martiniquaise sont des denrées rares.
R.S.
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L'entretien de M.
Descartes avec M. Pascal le Jeune
de
Jean Claude Brisville
THEATRE DE FORT-DE -France, les 29,
30 et 31 octobre
par Laurence Aurry
 Entre
Descartes, le citoyen du monde et
Pascal, le farouche janséniste, la
rencontre semble impossible : d'un côté,
le philosophe rationnel qui parcourt
l'Europe; de l'autre, le mathématicien
sceptique, dominé par la foi qui
recherchera la solitude et la retraite à
Port-Royal. L'idée géniale du metteur en
scène est d'avoir su imaginer, à partir
d'une entrevue qui a eu lieu à huis
clos, le 24 septembre 1647, dans le
couvent des Minimes, l'échange de ces
monstres sacrés du XVIIè siècle.
L'habileté de l'entretien imaginé par
Jean-Claude Brisville réside dans son
agencement qui ne s'apparente pas à un
simple montage d'éléments biographiques,
envisagés arbitrairement d'une manière
chronologique. L'adaptation a su partir
des attentes supposées des deux
philosophes à cette période, saisis
chacun à un tournant de leur vie. Pour
Descartes, prêt à entreprendre son
dernier voyage en Suède, il s'agit de
poursuivre et d'approfondir les
recherches scientifiques et
philosophiques qui permettent de mieux
comprendre son univers. Il voit dans le
jeune et brillant Pascal un possible
successeur et il espère qu'il se
nourrira de ses recherches. Peut-être
sont-ce ses théories de "l'arbre de la
science" ou ses Principes de la
philosophie qu'il lui demande
d'examiner. Mais, le jeune
mathématicien, qui vient d'avoir la
révélation de la foi, a d'autres
attentes. Il tend à se détourner de la
science qu'il juge vaine et dangereuse.
Il y voit de l'orgueil, de la vanité.
Tout entier habité de l'angoisse
métaphysique, il ne pense qu'à la
question du Salut et de la Grâce,
préoccupation centrale qui sera
développée plus tard dans les Lettres
à un provincial où il prendra avec
ardeur la défense de la cause
janséniste. Dans cet entretien, il
espère une aide de Descartes pour faire
libérer son ami, Antoine Arnauld,
emprisonné et accusé d'hérésie. Il
s'agit donc de faire vivre sur scène le
conflit de ces deux éminents
philosophes.
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Un
Opéra créé par le Théâtre Vollard au
Théâtre Jean-Vilar de Vitry.
Maraina. L’aventure des premiers
Réunionnais

Maraina,
nous transporte
dans les sillages d’un Giancarlo
Menotti atonal, d’un théâtre lyrique
de George Gershwin aux rythmes de
jazz, et des créations visuelles et
multimédia postmodernes de Bob
Wilson assorties des accès
mélodramatiques et des conventions
bien ancrées dans la tradition
d’opéra léger. Ajoutons les danses
et les chants d’inspiration malgache
dont les traditions ont profondément
marqué l’île de la Réunion et le
résultat est une création qui étonne
et bouleverse.
Une des grandes
qualités de ce spectacle est
justement le fait qu’il nous apprend
beaucoup sur l’histoire de la
Réunion, comme l’ont fait
d’ailleurs, presque toutes les
oeuvres scéniques d’Emmanuel Genvrin,
dont les textes sont publiés à la
Réunion mais qui restent peu connues
en Europe.
Toutefois, ce
spectacle est aussi un magnifique
voyage artistique grâce à l’immense
talent de toute l’équipe : l’auteur
du livret et metteur en scène
Emmanuel Genvrin (fondateur de la
troupe Vollard), le compositeur et
chef d’orchestre Jean-Luc Trulès, le
scénographe Hervé Mazelin, les
solistes de premier ordre et des
danseurs et membres du chœur venus
de la Guadeloupe, de la Martinique,
de Tahiti, de la Réunion, de
Madagascar et
du
Val de Marne. Créé à la Réunion en
2005, Maraina faisait salle comble
ce dimanche après-midi d’octobre
2008, au théâtre Jean-Vilar à Vitry.
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Marie Stuart, fable sur le
pouvoir de Friedrich Schiller

Théâtre de
Fort-de-France les 7,8,9,10,11 octobre à 19h30
Par Laurence Aurry
Choisir
un drame romantique historique comme Marie Stuart
aujourd'hui où le théâtre se fait de moins en moins
politique et où la politique se donne de plus en
plus en spectacle, relève de la gageure. Comment
intéresser les spectateurs contemporains à un
conflit qui peut leur paraître si lointain ? Comment
rendre la force et le souffle du grand dramaturge
allemand, Schiller ? Comment traduire à travers la
rivalité de ces figures féminines héroïques, Marie
Stuart et Élisabeth 1ère,
les enjeux idéologiques, moraux et religieux qui
traversèrent le XVIè siècle, en proie aux guerres de
religion, et le XVIIIè siècle, avide de libertés ?
La tentative est louable. Le choix des costumes et
la scénographie témoignent d'une recherche
intéressante. La couleur des vêtements, le rouge, le
mauve, le gris, symbolise assez bien la passion ou
l'austérité selon qu'il s'agit de la séduisante
Marie Stuart, de la digne Élisabeth ou des sombres
lords, juges de Marie Stuart. Les lignes droites des
costumes masculins renforcent le caractère martial
de leur personnage. La scène, recouverte de sable,
suggère grâce à un effet visuel et sonore, une plage
ou une arène où s'affrontent les personnages.
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"Marie Stuart"
par
Roland Sabra

Assis en fond
de scène du début à la fin du spectacle, ils
attendent leur tour pour venir dans la lumière sur
le devant du plateau. Peut-être figurent ils aussi,
par leur présence immobile le rôle des conseillers
de l'ombre? Avant de prendre la parole le plus
souvent ils contournent le cercle de feu dessiné sur
le sable de la scène, se tenant à la lisière du jour
et de la nuit. Seules les deux reines occupent plus
systématiquement le centre de l'espace. Les
comédiens se font souvent récitants comme pour mieux
s'effacer derrière le texte. Il s'agit là d'un
théâtre minimaliste dans sa figuration et d'une
exigence affirmée dans sa conception, d'une grande
épure qui use de sobriété pour faire valoir un texte
dont la traduction retenue est la plus classique.
L'atemporalité de la thématique abordée dans la
pièce relève d'un affrontement éternel, celui qui
oppose principe de plaisir et principe de réalité.
La mise en scène valorise la soumission douloureuse
de Elisabeth 1ère aux impératifs qui sont ceux de sa
charge. Elle sacrifie sa vie de femme, demeurant
une "reine vierge" en n'acceptant dans son lit que
la raison d'Etat. Face à elle Marie Stuart tente un
compromis impossible, ou plutôt cède à ses passions,
celles de son chemin de croix. Mais au delà de ce
qui les oppose, les deux reines partagent une même
condition, celle de femmes de pouvoir dans une
société qui ne laisse que très peu de place aux
femmes. Plus précisément le texte n'élude pas la
question des rapports de domination hommes/femmes et
souligne l'incompatibilité absolue qu'il peut y
avoir, pour l'une et l'autre, sur des registres tout
à fait opposés, l'une épousant ses amants pour son
malheur, l'autre épousant son malheur au détriment
de ses amants, à vouloir concilier femme-maitresse
et maitresse-femme dans une société patriarcale.
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Le Complexe de Thénardier
Texte : José Pliya
Mise en scène : Denis Marleau
Quand
l’ombre des ailes du vampire s’abat au fond des âmes
Par Sylvie Chalaye
Dialogue
improbable entre une servante et sa maîtresse, une
fille placée et sa tutrice, une Vidomégon et sa
tatie, entre une fille adoptive et sa mère, entre la
rescapée d’un génocide et celle qui lui a sauvé la
vie, entre une force d’avenir et un attachement au
passé… Le complexe de Thénardier est une
pièce du dramaturge franco-béninois José Pliya
(aujourd’hui caribéen d’adoption puisqu’il dirige la
Scène Nationale de l’Artchipel à la Guadeloupe) que
vient de monter le canadien Denis Marleau. Mais
c’est sur le vieux continent, à Limoges, dans le
cadre du 25e Festival des Francophonies
en Limousin, en septembre dernier que la création du
metteur en scène québécois a vu le jour. Au delà de
la situation dramatique première qui pourrait
convoquer une nouvelle variation sur le rapport
hégélien entre maître et esclave, la maîtresse ne
voulant pas laisser partir l’esclave qui demande son
affranchissement, il y a une portée métaphorique qui
prend toute sa valeur dans la perspective
transatlantique qui accompagne cette création.
Tandis que dans la tête de la jeune Vido qui demande
à partir, poussent des rêves de ciel et de grands
espaces, comme celui du « soldat aux cheveux
bleus qui sent bon le Dakota », la tête de
Madame, qui refuse de la laisser s’en aller, est au
contraire encombrée de souvenirs sombres à
l’obscurité inarticulable. Tout se passe un peu
comme si le nouveau monde affrontait la vieille
Europe en une tentative de se détacher par une
inexorable dérive historique de
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TEXACO,
à l’Atrium
Par Laurence Aurry
 Certes,
quand on lit Texaco, le roman de Patrick
Chamoiseau, récompensé du Prix Goncourt en 1992, et
qu'on imagine une adaptation théâtrale de cette
œuvre, on pense spontanément, pour représenter les
personnages haut en couleur de la vieille câpresse,
Marie-Sophie Laborieux ou de son père, le
"nègre-chien" affranchi, Esternome, à des acteurs
antillais talentueux comme Aurélie Dalmat ou Jacques
Martial, par exemple. Et lorsqu'on découvre la scène
avec ce jeune comédien fluet, Jean-Stéphane Souchaud,
plus blanc qu'un mabouya, on reste circonspect. Il
semblait si logique et naturel de la voir jouer par
des acteurs qui portent encore en eux l'empreinte
indélibile du lourd passé de l'esclavage.
Il soufflait donc,
vendredi 26 septembre, dans la salle Frantz Fanon,
un vent de scepticisme assez perceptible que
l'accent plat de Jean-Stéphane Souchaud attisait.
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ATRIUM les 26 &
27/09/08 à 20 h
« Texaco » par La Nuit Venue

En adaptant
« Texaco », roman de Patrick Chamoiseau,
Jean-Stéphane Souchaud de la compagnie La Nuit venue
n'a pas choisi la facilité. Roman foule
partiellement écrit en créole, le prix Goncourt 1992
couvre trois générations martiniquaises par la voix
de Marie-Sophie Laborieux, petite fille du dernier
esclave. Les difficultés sont nombreuses (langage,
multiplicité des tableaux, contexte), aussi le
comédien s'est fait aider par Dominique Unternehr
pour l'adaptation et par Gilles Lefeuvre pour (a
mise en scène. Le résultat est probant, étonnant
parfois. L'élasticité de Souchaud semble sans
limite. Noir, blanc, homme, femme, jeune, vieux,
sage, fou, esclave, maître, il y a quelque chose du
music-hall dans la manière qu'il a de coiffer un
chapeau pour changer de rôle sous les portraits de
de Gaulle et d'Aimé Césaire
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Quelques brèves d’Avignon
par Laurence Aurry |
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NOTES D’AVIGNON 2008 de Alvina Ruprecht
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Le Théâtre de
l'Athénée-Louis-Jouvet, à Paris. AGATHE POUPENEY/FEDEPHOTO
Laetitia Casta,
Jacques Vergès, Raymond Depardon et Marcel Pagnol :
une sélection de spectacles
Michel Bouquet donne le coup d'envoi de la rentrée, à
Paris, avec Le Malade imaginaire, de Molière,
qu'il joue à la Porte-Saint-Martin à partir du 5
septembre. C'est l'une des têtes d'affiche du théâtre
privé, qui aligne une jolie brochette de noms connus.
Au rang des actrices
que Jean-Claude Brialy appelait " Mademoiselle ", il y a
Laetitia Casta, dans Elle t'attend, la nouvelle
pièce de Florian Zeller (Madeleine, à partir du 9
septembre), et Clotilde Courau, qui rejoint Pierre
Arditi dans Faisons un rêve, la pièce de Sacha
Guitry mise en scène par Bernard Murat, qui a fait une
audience record (5,4 millions de spectateurs) lors de sa
diffusion sur France 2, le 3 novembre 2007 (Edouard-VII,
à partir du 9 septembre).
Myriam Boyer, elle,
retrouve La Vie devant soi, adaptée du roman
d'Emile Ajar, qui lui a valu le Molière de la meilleure
comédienne (L'Œuvre, à partir du 9 septembre). Quant à
Zabou Breitman, elle se lance dans un pari intéressant :
porter à la scène, sous le titre Des gens,
deux documentaires de Raymond Depardon, Urgences
et Faits divers (Petit-Montparnasse, à partir du
12 septembre).
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Aperçus
du Festival de Fort-de-France
par
Selim Lander
L’étrangère
Habitué à
louer la programmation du Théâtre de Fort-de-France,
nous avons été d’autant plus désagréablement
surpris par le choix de cette Etrangère. On comprend
qu’une intrigue qui mêle les fameux (ou fameuses)
« touloulous » guyanais au culte Vaudou et aux
racines africaines des noirs des Amériques puisse avoir a
priori une certaine résonnance auprès du public
martiniquais. Mais cela constitue-t-il un argument suffisant pour
faire venir une pièce qui – au moins dans la mise en
scène qui nous a été proposée – ne
parvient jamais à créer l’émotion (ou a
défaut le simple plaisir) qu’on attend du théâtre ?
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Luc Bondy dévoile "
Les Bonnes "

Beaucoup en rêvent,
Luc Bondy va le
faire : mettre en
scène Cate Blanchett
au
théâtre. Au
printemps 2007,
l'actrice
australienne est
venue à Vienne avec
son mari, Andrew
Upton, qui codirige
avec elle un théâtre
à Sydney. Ils
voulaient voir Le
Roi Lear, de
Shakespeare, mis en
scène par Luc Bondy,
dont Andrew Upton
connaissait le
travail : il avait
déjà vu Hercules,
l'opéra de Haendel,
à New York, et
Cruel and Tender,
la pièce de Martin
Crimp, à Londres.
Cate Blanchett,
elle, allait à la
découverte. Après la
représentation du
Roi Lear, elle a
demandé à Luc Bondy
de la diriger dans
Grand et petit,
de Botho Strauss.
Cela se fera en
2010. La création
aura lieu en mars à
Sydney. Ensuite, le
spectacle ira à
Londres un mois,
puis à Vienne dans
le cadre du
WienerFestwochen, le
Festival que dirige
Luc Bondy, puis en
Allemagne, à la Ruhr
Triennal. En tout,
Grand et petit
devrait être joué
soixante-dix fois.
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Festival de Trinité
Les monologues du
vagin
mise
en scène
Jacques-Olivier
Ensfelder

En clôture du
festival de Théâtre
Amateur de Trinité
Jacques-Olivier
Ensfelder présentait
les désormais
célèbres "
Monologues du vagin".
Jacques-Olivier
Ensfelder est un
ancien élève de
l’école supérieure
d’art dramatique de
paris, il a joué
dans de nombreuses
pièces de théâtre à
la télévision et au
cinéma. Prix du
meilleur acteur au
festival caribéen du
court métrage, et
prix du scénario
d’outre mer
organisée par RFO
aux festivals de
Cannes, il s’adonne
à l’écriture et a
publié deux recueils
de poèmes aux
éditions Librairie
Galerie Racine. Il
est aussi
intervenant en
milieu scolaire
agrée DRAC et
Education Nationale,
et professeur d’art
dramatique. Un homme
du métier en quelque
sorte. La pièce de
Eve Ensler a beau
avoir fait le tour
du monde, été jouée
des milliers de
fois, mise en scène
pas loin d'une
centaine de foi,
elle garde une
charge corrosive
absolument
délicieuse.
Ensfelder a choisi
de représenter sur
scène le bureau de
l'auteure, dans
lequel vont défiler
les femmes venues
témoigner des
rapports qu'elles
ont avec leur sexe,
leur vulve, leur
vagin, etc. ( la
liste et longue et
c'est d'ailleurs
l'objet d'une
saynète très drôle)
de ce qu'elles en
font, de ce qu'elles
attendent que les
autres, hommes ou
femmes, en fassent,
et d'un façon plus
générale de la
considération due à
cette partie de leur
anatomie.
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Festival 2008 de
Trinité
Quand on aime (le
théâtre), on a
toujours 20ans
 Un
des bonheur de
chroniqueur de
théâtre est de faire
une découverte. Un
soir comme ça, vous
prenez votre voiture
pour affronter les
embouteillages, les
chauffards, la
pluie, la route
glissante et la nuit
tombante. Une heure
pour faire moins de
30 kilomètres, en
conduisant vous
pensez non pas à la
mort de Ivan Illitch
mais à Ivan Illich
le sociologue
écologiste qui
avançait que si l'on
additionnait au
temps passé dans nos
bagnoles le temps de
travail nécessaire à
leur achat et à leur
entretien pour
diviser la distance
parcourue, la
vitesse obtenue
serait telle qu'on
achèterait tous des
vélos. Bref, vous
êtes un peu morose
en allant au
Festival de théâtre
amateur de Trinité.
Vous avez beau être
ravi de
l'initiative, vous
déplorez l'absence
quasi totale de
communication autour
de l'évènement et
pour clore le tout
vous vous dites que
vraiment la
municipalité aurait
pu investir un
minimum dans
l'amélioration de la
salle et qu'il
s'agit là de la part
des édiles d'une
opération low coast.
Et comme il se doit,
le spectacle
commence avec une
bonne demi-heure de
retard sur l'horaire
prévu. Et vous voyez
arriver sur scène,
une troupe de
seniors, de
troisième âge qui
pendant une heure
trente va vous
emporter dans une
histoire dont
l'argument est d'une
banalité désarmante
mais dont le récit
est d'une toute
autre facture.
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De la nécessiter
d'organiser et de
promouvoir le
théâtre amateur en
Martinique
Le
théâtre amateur en
Martinique est bien
vivace. Michèle
Césaire vient de
proposer au Théâtre
de Foyal les
Premières rencontres
du Théâtre Amateur,
en mai 2008, suivie
par la ville de
Trinité qui
propose elle aussi
des rencontres
pendant la première
semaine de juin.
Jandira Bauer de
Jesus l'an dernier
dans "Madame
Marguerite",
la jeune Daniely
Francisque le 22 mai
de cette année, avec
"Neg
Pa Ka Mo",
nous ont offert dans
des registres très
différents, des
spectacles porteurs
de promesses
d'avenir. Il est
grand temps, non pas
de ressusciter le
Centre Dramatique
Régional (C.D.R.)
mais de mettre en
place une structure
qui fédère les
énergies investies
par de nombreux
amoureux du plus bel
art qui soit, en
tout cas le plus
complet. Début 2008,
une rencontre à
l'Atrium de gens du
spectacle, pour dire
vite, avait réuni
une soixantaine de
personnes amateurs
dans leur immense
majorité. On avait
découvert ce soir là
des pratiques
multiples, isolées,
solitaires, sans
véritable réseau, à
la recherche
d'espaces, de lieux
de répétition, de
production. Des
artistes travaillent
à l'écart des
circuits officiels
en développant des
thématiques qui ne
correspondent pas
toujours aux canons
de la doxa ou bien
qui traitent ces
thèmes à travers un
incessant dialogue
entre la Caraîbe et
les cultures
d'outre-Atlantique,
voire même de la
vieille Russie. Le
Bugaku, le Nô, le
Kyogen, le Bunkaru,
le Manzai, le
Kabuki du Japon
d'avant l'ère Meiji
ont sûrement à nous
apprendre sur
nous-mêmes.
José Chalons et Yna
Boulangé, avec
Tête grainée
nous ont montré, il
y a déjà quelques
temps, ce qu'il
pouvait y avoir
d'enrichissant à
pousser jusqu'au
Butô moderniste du
pays du soleil
levant en passant
par l'Afrique
ancestrale. A égale
et grande distance
d'un antillano-centrisme
étriqué (Agoulouland)
et d'un mimétisme
occidental aliénant
(Phèdre)
ces troupes, ces
compagnies
explorent, sans
aucun moyen, dans un
manque matériel
extrême, la
diversité du monde
pour mieux restituer
la mosaïque
caribéenne. Ce
dénuement, qui
explique en grande
partie les
évidentes
imperfections de
leurs travaux, n'est
que le symptôme
d'une crise plus
générale de la
culture en
Martinique. Il
serait grand temps,
sans attendre "le"
grand soir
"institutionnel",
que nos politiques
s'en préoccupent.
R.S.
|
|
Je me considère
depuis quelques
années comme un
metteur en scène "en
chantier"

Engagée! Dans toutes
les acceptions les
plus nobles du
terme. D'abord dans
son métier dont elle
explore
systématiquement,
avec méthode et
détermination toutes
les palettes,
ensuite dans chaque
le mode d'expression
retenu, sur scène
elle impose avec
force une présence
dont l'évidence
n'est pas à
questionner. Les
arts de la scène
sont pour elle les
espaces d'une
construction
identitaire,
artistique et
culturelle, qu'elle
s'approprie avec un
professionnalisme,
pas si courant en
Martinique. Elle a
voulu maîtriser les
modalités de
l'interview qu'elle
nous à accordé et
qu'elle considère
comme une des
dimensions de son
métier. Quand elle
est interrogée sur
son intérêt ou son
désintérêt pour ce
que tout un chacun
connait comme les
"auteurs du
répertoire", à
savoir les Tchékhov,
Shakespeare, Brecht,
Molière, etc. elle
fait semblant de ne
pas comprendre la
question, quand
celle-ci se précise
elle cite des
auteurs
contemporains dont
la plupart ont une
aura limitée, il
faut bien le
constater, au champ
culturel caribéen.
Comme si la
recherche
identitaire qui la
porte était
confondue, absorbée
par une recherche
illusoire des
racines ou la quête
mythique des
origines (
cf. article de
Jean-Bertrand
Pontalis
). C'est le danger
qui la guette que de
se laisser absorber
par le tropisme de
l'insularité. Foi de
néophyte d'une
martiniquaise
néo-implantée?
Nostalgie d'un
retour vers un
ailleurs qui n'a pas
été et qui n'en est
que plus désirable?
Le balancier d'avoir
été trop retenu de
l'autre côté de
l'Atlantique n'en
revient-il qu'avec
plus de force, plus
d'élan de ce côté
ci? C'est
évidemment dans son
aptitude à gérer la
multiplicité de ses
formations
culturelles, sans en
mutiler aucune,
qu'elle tirera la
force, l'originalité
et l'intérêt pour un
public de faire
carrière. Encore
une fois le précepte
d'Edouard Glissant
la concerne au
premier chef : "Agis
dans ton lieu, mais
pense avec le monde".
On découvrira dans
l'entretien ci-après
une jeune femme dont
l'étendue des
talents n'a d'égale
que la solidité et
la résolution avec
lesquelles elle
souhaite les faire
vivre et qui donc ne
manque pas de
s'interroger sur la
politique culturelle
en œuvre, ici dans
son pays. A suivre.
R.S.
Lire l'entretien
avec Daniely
Francisque
|
|
Daniely Francisque
met en scène
"Nèg Pa Ka Mo"
Un travail
prometteur...

Daniely
Francisque
présentait à
l'occasion du 160ème
anniversaire de
l'abolition de
l'esclavage une
nouvelle version de
Nèg Pa Ka Mo, pièce
dont elle est
l'auteure et qu'elle
a créée en 1995 en
région parisienne.
On peut résumer le
propos comme étant :
de la capture en
Afrique à la mise à
mort, sous le fouet,
d'un nègre insoumis,
figure
identificatoire
proposée comme
miroir valorisant
dans l'espace de
l'habitation où
l'honneur, le
respect, la dignité
n'avaient droit de
citer que pour la
caste esclavagiste.
Une mamie raconte à
sa petite fille ce
que ça a été et son
récit est entrecoupé
de représentations
du dire. Disons le
tout de suite, il
s'agit d'un théâtre
porteur d'une
parole, d'une
affirmation, d'une
volonté d'exister,
d'un désir de vivre
debout, tout à fait
honorable. Et ce
d'autant plus qu'il
évite de tomber, de
verser dans le
théâtre militant
réducteur. Si
quelques passages
pourraient être
affinés, les enjeux
politiques
sous-jacents, les
problématiques
historiques sont
assez bien
restituées pour nous
inviter à une
véritable réflexion.
On sort du spectacle
non seulement envahi
par l'émotion mais
aussi habité par des
questionnements qui
travaillent encore
le spectateur
longtemps après.
Lire la suite
|
|
L'enfer d'un couple
tabou
La pédophilie
au centre de la
pièce "Blackbird",
de David
Harrower
Un
homme d'un certain
âge, Ray (Maurice
Bénichou), une jeune
femme, Una (Léa
Drucker). Ils ne se
sont pas vus depuis
longtemps. Il n'est
pas à l'aise. Elle,
apparemment, oui. Il
ne tient pas à ce
qu'on les voie
ensemble. Il l'a
amenée dans cette
pièce, une sorte de
salle de repos dans
un entrepôt ou une
usine. Armoires
métalliques, une
table de cantine,
des chaises et une
énorme poubelle qui
déborde de canettes
vides, d'emballages
de pizzas ou de
hamburgers, de
bouteilles. Il y a
même des détritus au
sol.
Elle l'a retrouvé
parce qu'elle a vu
une photo de lui sur
un magazine trouvé
dans une salle
d'attente. Il ne
comprend pas
pourquoi elle est
là, pourquoi elle
est venue, ce
qu'elle cherche, ce
qu'elle veut de lui.
Il lui demande qui
l'a envoyée. Elle ne
répond pas. Elle
bavarde comme si de
rien n'était. Elle
pose des questions
sur ce qu'il est
devenu, ce qu'il a
fait de sa vie. Et
puis, elle lui
demande : " Tu as
couché avec combien
de filles de 12 ans
? "
Sordide ? Choquant ?
Monstrueux ?
Forcément. Mais une
fois que l'on a
admis l'impensable,
ce que l'on voit
c'est un homme et
une femme qui se
débattent dans ce
qu'il faut admettre
aussi comme une
histoire d'amour.
Que veut-elle alors
de cet homme ? Que
cherche-t-elle ? Se
venger ? Régler ses
comptes ? Comprendre
? Le sait-elle
vraiment ? Les
questions
s'accumuleront sans
qu'il n'y ait jamais
vraiment de
réponses.
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PolémiqueMontantin-Pliya
Dans le beau numéro
168 de Cultures Sud
dont l'éditorial
précise : "Outre
le vaste panorama
culturel que ce
dossier propose,
qu’il s’agisse de
linguistique, de
littérature,
d’histoire, de
musique ou encore
d’arts visuels,
[qu'] il tente
d’abord d’élucider
ce qui fédère et ce
qui sépare les
différents pays du
bassin Caraïbe (des
Antilles françaises
aux portes du
Brésil, d’Haïti et
de la République
Dominicaine à Saint
Martin, de Cuba à
Trinidad), et
dont la
problématique
centrale se résume à
la question suivante
: "Comment
dégager une identité
commune ? Comment
mutualiser un
patrimoine au-delà
des divergences
linguistiques et des
tensions politiques
?", José Pliya
écrit : "La
pratique théâtrale,
dans ces îles, est
traversée par une
tension, un dilemme
des créateurs entre
l’ancrage local et
la diffusion à
l’international.
Bien souvent, ceux
qui restent
appauvrissent leur
discours théâtral en
termes d’esthétique
mais gardent un «
public » populaire
et une
reconnaissance «
intra-muros ». De
l’autre côté, ceux
qui partent,
s’enrichissent
artistiquement, sont
invités sur les
scènes du monde,
mais deviennent des
inconnus dans leur
île."
Ce qui lui vaut un
réponse assez vive
de Michèle Montantin
qui rappelle à
l'occasion ses états
de services.
Il faut reconnaître
que le dilemme
devant lequel se
trouvent de nombreux
artistes antillais,
rester ou partir,
n'est pas une
invention. Ici en
Martinique, José
Exélis, songe
sérieusement à
s'expatrier afin de
poursuivre, dans un
environnement
artistique autre,
l'aventure théâtrale
qu'il a engagée. On
peut le regretter,
mais on ne saurait
lui en vouloir.
Lire l'article de
Pliya et la
lettre de Montantin
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Une comédie délirante
Tout fait
divers devrait s’appeler Feydeau, tant l’auteur a le réflexe
spontané de l’histoire surgie au coin du quotidien. De ces
choses de peu d’importance, postures et gestes des plus
anodins, il fait le vaudeville, comédie légère fondée sur
l’intrigue et le quiproquo et la Cie Courtes Lignes présente
cette pièce qui résiste à l’épreuve du temps, qui dit, sans
y paraître l’humour dans son habit de lumière. Gardons nous
d’applaudir trop tôt et voyons quel rythme, quelle mise en
espace, quel imaginaire scénique nourri à la source
buissonnière, hors l’académie du théâtre, dans une langue
réinventée pour saltimbanques d’un théâtre de salon, mérite
un tel succès. A n’en point douter, le verbe aimer le
théâtre composé, conjugué de passion et de professionnalisme
est un élément à considérer et quand on verra avec quel
ravissement, l’esprit cocasse, la justesse du verbe et le
geste précis précipitent dans l’élégance agitée les mots en
chute exacerbée, il se peut que nous soyons convaincus.
Lire la suite
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Le Dindon
ou quand l’amateurisme devient du professionnalisme
La Compagnie
Courtes Lignes, Théâtre de Fort-de-France les 7, 8, 9 et 10
mai
Par Laurence Aurry

Avec Feydeau, on est
assuré de séduire un large public, tant le dramaturge est
passé maître dans les intrigues conjugales bien ficelées.
Avec Feydeau, la
comédie domestique de le Belle Epoque a trouvé ses lettres
de noblesse. Les situations complexes, les quiproquos, les
coups de théâtre, les savoureux jeux de mots font de ses
vaudevilles des spectacles très plaisants, même si la satire
sociale n’est plus d’actualité.
Toute la gageure
pour celui qui entreprend de monter une de ses pièces est
d’arriver à restituer sa légèreté et à rendre l’effet
comique en maintenant un rythme soutenu.
Lire la suite
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Le Bourgeois Gentilhomme
les 2 et 3 mai
à L’Atrium Groupe Ex-Abrupto,
Toulouse
Par Laurence Aurry
Le groupe Ex-Abrupto, sous la direction de Didier Carette, metteur en scène et
directeur du théâtre Sorano de Toulouse, nous a donné les 2 et 3 mai derniers
une représentation du Bourgeois Gentilhomme, très originale. Un Molière comme on l’avait encore jamais vu joué ni même
imaginé.
Un Bourgeois Gentilhomme, d’une grande audace et d’une grande force.
Lire la suite |
Ce n'est pas une
révolution,
c'est une
explosion : de
1968 à 2008, le
nombre de salles
de théâtre à
Paris a doublé,
et l'offre de
spectacles a été
multipliée au
moins par cinq.
En 1968, on
comptait une
soixantaine de
salles, et une
moyenne de 70
spectacles par
semaine.
Quarante ans
plus tard, on
dénombre 130
salles environ,
et une moyenne
de 300
spectacles par
semaine, ce
chiffre pouvant
monter jusqu'à
plus de 450 en
période pleine.
L'"avignonisation"
de Paris.
Cette offre
faramineuse, et
désarmante pour
un spectateur
non averti,
témoigne de ce
que l'on appelle
l'"avignonisation"
de Paris, en
référence à
Avignon, où, à
côté du Festival
créé par Jean
Vilar en 1947,
le Festival
"off", né autour
de 1968, est
passé de
quelques
spectacles à
plus de 600 en
moyenne par
jour, pendant le
mois de juillet.
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Humour noir et rire
jaune : la comédie
grinçante des
couleurs de l'empire
colonial
"Qu'est ce que nous
avons à faire de
cela maintenant et
ensemble ?"
(Lotfi
Achour)
A
propos de la Comédie
indigène jouée à
l'Atrium |
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A l'Atrium de
Fort-de-France
M. Jourdain, baroque et jubilatoire
par Roland Sabra

Didier Carette n'aime pas
Molière. Il a du mal avec le
théâtre du XVII ème siècle
dont il trouve l'écriture
trop « monologuante » et les
personnages trop
« monolithes ». Le contraire
de ce qu'il aime dit-il. Le
metteur en scène à des
affinités avec Bretch, avec
Shakespeare, pas beaucoup
avec Jean-Baptiste Poclain.
C'est pour des raisons
économiques, pour assurer
des recettes, il faut bien
vivre, qu'il se contraint à
monter « Le Bourgeois
gentilhomme » pièce du
répertoire dont le grand
public est friand. Comme
Didier Carette est un homme
de paradoxes que les défis
stimulent il confie le rôle
de M. Jourdain à Georges
Gaillard qui lui détestait
franchement cette pièce et
« Le Medecin malgré lui »
avec. Le résultat? Il est
jubilatoire!
Le travail de Didier Carette se
situe dans la veine d'un théâtre
baroque qu'il tire vers
l'expressionnisme allemand à la
Murnau pour inventer, à l'instar du
cinéma de même nom, une sorte de
théâtre noir, de théâtre d'horreur
dans lequel il s'évertue à chercher
dans les personnages les plus
négatifs ce qu'il y a d'humanité
profonde. Au lieu de faire de M.
Jourdain un bourgeois prétentieux et
ridicule il en fait un doux
idéaliste, un peu paumé, curieux de
tout et avide de savoir, persécuté
par sa mégère de femme à la tête un
peu trop près du bonnet. M. Jourdain
est un rêveur perdu entre Zizi
Jeanmaire et Sarkozy, entre « mon
truc en plume » et sa rollex, entre
les paillettes et le bling bling.
Peut-être. Sans doute. Mais son
entourage n'en parait que plus
étroit d'esprit, plus mesquin, plus
écrasé par les petites conventions,
plus à l'aise dans la pataugeoire
des médiocres renoncements au jour
le jour. Il y a du Don Quichotte
dans ce M. Jourdain.
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Les Rencontres
théâtrales académiques en Martinique
Comptes-rendus
par Selim Lander

Deux jours et demi de
représentations non stop, trente-quatre spectacles
différents (plus trois séquences de slam) pour cette
fin d’année scolaire : des bouts de pièce montés par
des élèves, collégiens, lycéens surtout, qui durent
de dix à vingt minutes chacun et qui mobilisent au
minimum deux élèves, au maximum une classe entière
et ceci aussi bien à l’intérieur du cursus des
élèves (options facultatives, options de spécialité)
qu’en dehors du cursus (ateliers de pratique
artistique). Tout cela suppose, on s’en doute, un
effort considérable de la part des professeurs et
des artistes, intervenants extérieurs, qui encadrent
les élèves, comme de la part des techniciens de
l’Atrium (qui accueillait les rencontres dans la
salle Frantz Fanon). On ne peut pas les citer tous,
mais on ne saurait manquer de signaler l’importance
du travail du professeur Monique Percheron et de
Jandira Bauer, la « metteuse en scène », les plus
souvent présentes – ensemble ou séparément – sur les
affiches.
Tous les élèves ne participent
pas à ces représentations dans la même intention.
Pour certains, c’est un galop d’essai avant la
prestation devant un jury du baccalauréat. Pour
d’autres, parfois les mêmes, c’est le rêve enfin
concrétisé de jouer dans un vrai théâtre, avec
musique et lumières, devant une salle pleine de
spectateurs. Pour tous, c’est l’épreuve de vérité :
est-ce qu’on saura « sortir » son texte sans se
troubler, effectuer sans trembler les mouvements
maintes fois répétés ? Epreuve de vérité aussi pour
les autres : les partenaires qui paraissaient un peu
faiblards lors des répétitions, sauront-ils se
dépasser en cette occasion exceptionnelle ?
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La
route
Une
route
pavée
de
mauvaises
intentions
c’est
guignol
et
c’est
surtout
l’enfer
par
Christian
Antourel
Proposant
un
montage
théâtral,
au
rythme
ascendant
presto,
pour
restituer
à
l’œuvre
de
Zakes
Mda
la
vérité
glauque
hyper
réaliste,
la
complexité
du
dialogue
entre
la
musique
et
les
mots
dans
le
silence
et
les
ruptures,
Ewlyne
Guillaume,
entre
passion
et
sagesse,
signe
là
une
pièce
de
genre
et,
dans
sa
mise
en
scène
exemplaire
sinueuse
et
forte,
elle
révèle
par
cette
réflexion
véritable
ce
qui
se
cache
au
détour
des
habitudes.
Ewlyne
est
de
ceux
pour
qui
garder
en
haleine
le
spectateur
constitue,
outre
une
maîtrise
dramaturgique,
une
conscience
et
une
seconde
nature.
Elle
porte
un
regard
chirurgical
sur
les
travers
d’une
société
qui
se
travestit
de
bonne
grâce
jusqu'à
l’hypocrisie,
jusqu'à
la
violence,
jusqu'à
l’incompréhension
et
jusqu'à
l’absurde.
Pour
rendre
le
« craquant »
d’une
tragédie
humaine,
comme
d’un
génocide
apprivoisé,
à
peine
voilé
de
noir
et
de
blanc,
Ewlyne
réunit
Serge
Abatucci
et
Bass
Dhem
pour
interpréter
cette
pièce,
que
son
auteur
présente
folle
allégorie
de
l’homme
global
et
seul,
transposée
dans
le
pays
de
l’apartheid
avec
ses
interdits,
ses
vérités
dos
à
dos
éclatées
d’idéologie
incompatible :
incompréhension
et
manipulation
brûlante
et
brutale
d’un
racisme
certain.
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la
suite |
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Fétou : la
rencontre de la pédagogie et du théâtre,
ou l’art et la manière de mijoter une
nourriture faite de structures sociales et
d’ingrédients pour la vie.
Théâtre et éducation
par Christian Antourel

Ce n’est pas du théâtre, c’est pire. Théâtre et pédagogie,
deux arts en un bientôt trois, puisque dans un coin de la
scène voisine un discret talent qu’il est aisé de
reconnaître alors même qu’il se fond dans cette matière
encore nouvelle : enseignement et théâtre. A découvrir. Ces
gens là ne sont en rien des fonctionnaires du bon goût, ce
sont des artistes avec ce que cela comporte de liberté prise
envers les standards de l’éducation. Voici leur étendard, en
avant, façon « rebels » qui veut porter un enseignement fort
tout en étant divertissement. C’est évidemment dans une
action armée de courage que Charly Lérandy situe sa démarche
sociale et humaniste, sa foi inébranlable dans la jeunesse
d’aujourd’hui, celle de demain, capable d’anticiper un monde
meilleur. Quand l’individualisme entraîne parfois sur des
chemins chaotiques, le marginal mène son expérience et fixe
des principes en solitaire, alors que la vie et la science
se développent collectivement. Le théâtre est leur miroir.
C’est donc du théâtre que s’identifient les atomes
crochus et l’école de la vie.
Lire la
suite |
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Ecorce
de peines
Un
moment de vérité et de deuil au théâtre de
Fort-de-France
par
Selim Lander
![Théâtre D’ de Kabal]](../images/ecorce_de_peine-2.jpg)
On peut débarquer
du « 9-3 », être nourri de la culture des
banlieues, être porteur d’une identité bâtarde,
avec du martiniquais mêlé à bien d’autres
origines, et être néanmoins capable de s’adresser
aux Antillais d’ici, à ceux qui ont fait le choix de
rester dans le pays du premier exil, le pays des anciennes
humiliations et des douleurs jamais complètement effacées.
A en juger par l’émotion qui a saisi les spectateurs, D’
de Kabal, l’auteur et principal interprète d’Ecorce
de peines, présentée à Fort-de-France le 17 avril, a su les toucher au plus
profond
et,
qui
sait ?
leur
apprendre
quelque
chose
d’eux-mêmes
qu’ils
ignoraient,
comme
la
fraternité
profonde
qui
les
lie
aux
« sauvageons »
des
banlieues,
à
l’égard
desquels
il
leur
arrive
pourtant
–
quand
la
violence
se
met
à
déferler
sur
les
cités
– de
tenir
des
propos
dépourvus
de
toute
compréhension.
Lire
la
suite |
"Soweto"de Serge Bilé :
la recette d'un succès populaire ambigu
par Roland Sabra

Comme toute recette de cuisine tout dépend de l'endroit où vous concoctez votre plat. On ne fait pas une bouillabaisse de la même façon à Marseille, à Miami, à Tokyo, à Fort-de-France. Il est important de tenir compte des ingrédients locaux, de ce que vous pourrez trouver sur le marché.
Prenons l'exemple de Soweto, spectacle qu'il est difficile de qualifier, tant il relève de genres indéfinis, (comédie musicale? tour de chant? danses? music-hall? variétés?) et qui a suscité un enthousiasme populaire indéniable à l'Atrium de Fort-de-France. Les trois représentations ont été doublées et chaque fois elles ont fait salle comble.
Lire la suite et l'article de Rodolf Etienne de France-Antilles des 05&06/04/08
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La Route de Zakes Mda
Ahmadou Tidiane Sall et Serge Abatucci
par Selim Lander
 Zakes Mda est un noir sud-africain, né en 1948 à Soweto, auteur de sept romans et de cinq pièces de théâtre. Il a dû s’exiler, a enseigné le creative writing à l’université d’Ohio, avant de revenir s’installer dans son pays. Sur la foi de La Route – présentée à l’Atrium de Fort-de-France les 11 et 12 avril 2008, après être passée par Avignon l’été précédent – on est forcé de conclure qu’il s’agit d’un écrivain talentueux et l’on regrette qu’il soit resté jusqu’ici si peu connu en France (trois romans ont néanmoins été traduits : Au pays de l’ocre rouge, Le Pleureur, La Madone d’Excelsior). Dieu sait pourtant qu’on pouvait redouter le pire : que peut bien apporter une pièce (de plus) sur l’apartheid qu’on ne sache déjà ? Nos craintes étaient heureusement injustifiées. Et, de fait, le théâtre n’a nul besoin de chercher des sujets originaux, les tragédiens français du Grand Siècle en étaient les premiers convaincus, eux qui revisitaient inlassablement les mythes antiques.
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"Lectures dramatiques"
dans les jardins du théâtre
par Laurence Aurry
Il faut saluer l’initiative d’ETC Caraïbe et remercier Michèle Césaire et le Théâtre de Fort-de-France pour les lectures dramatiques publiques organisées dans les jardins du théâtre les 8 et 9 avril derniers.
ETC Caraïbe ( Ecritures Théâtrales Contemporaines en Caraïbe) est une jeune association dynamique qui s’est donné pour mission de susciter et de promulguer la création dramaturgique dans le bassin caribéen. Depuis quatre ans, elle organise des concours d’écriture permettant l’émergence et la révélation de jeunes talents. En partenariat avec le Rectorat et la DRAC, elle a mis en place dans les établissements scolaires et les prisons des rencontres avec des metteurs en scène, des acteurs et des auteurs confirmés. Dans les locaux de Fonds Saint-Jacques, éditeur, auteurs dramatiques viennent régulièrement animer des ateliers d’écriture pour les apprentis-dramaturges. ETC Caraïbe œuvre à l’ouverture et au métissage culturels. Avec ces intervenants de tous horizons (cubains, vénézueliens, canadiens, français, africains…) et ses actions dans de nombreuses villes en France (Paris, Avignon, Toulouse…) et à l’étranger (Montréal, Caracas, bientôt New York…) ETC Caraïbe offre une chance extraordinaire de faire rayonner notre culture insulaire et de nous ouvrir au monde.
Ainsi, les lectures dramatiques, organisées dans les jardins du Théâtre de Fort-de-France, nous ont permis de découvrir deux auteurs.
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"Les Bonnes" : une création foyalaise
« Solange » Aïdoudi éblouissante dans une cérémonie sacrificielle, érotique et religieuse
par Roland Sabra
 Les comédiens et les comédiennes sont des êtres insupportables. Narcissiques, auto-centrés, mégalomanes, d'une redoutable fragilité qui se pare de la robe de l'infantilisme le plus indécrottable, on ne peut que les haïr de ne pouvoir faire du théâtre sans eux. Et pourtant... l'adage est bien connu qui affirme que l'on apprécie les gens que pour leurs qualités alors qu'on les aime pour leur défauts. Jandira de Jesus Bauer a été comédienne, ce qui explique pourquoi elle est sans doute assez folle pour s'embarquer avec trois comédiennes antillaises et monter « Les Bonnes » à Fort-de-France. Le résultat est à la mesure de l'entreprise, décalé, iconoclaste et fidèle, inventif et décapant, mais surtout réussi.
Toute l'œuvre de Genet peut se lire autour de deux axes, le bien/le mal, le masculin/le féminin. « Les bonnes » ont d'ailleurs été jouées plusieurs fois par des hommes. « Sol Ange » est un nom de personnage qui apparaît pour la première fois dans « Notre Dame des Fleurs » et Claire est aussi un signifiant qui renvoie à celui qui quitte le monde laïque pour le monde ecclésial. Il est des façons religieuses d'être païen. Jandira de Jesus Bauer inscrit son travail dans création dans la longue tradition des grands metteurs en scène qui du théâtre au cinéma se sont confrontés au texte de Genet. De Victor Garcia, à Claude Chabrol, en passant par Philippe Adrien, et Pierre Zadek, Jean-Marie Serreau, Roland Monod et Jean-Marie Patte, Tania Balachova, Alfredo Arias etc. ( la liste est longue...) tous évoquent une cérémonie, un rituel, une messe noire, un exorcisme.
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Les Bonnes au Théâtre de Fort-de-France
10, 11 et 12 avril 2008
Vertiges et folie dans le grenier des morts-vivants
par Selim Lander
« Au moins cette beauté doit-elle avoir la puissance d’un poème,
c’est-à-dire d’un crime ». Jean Genet
Le théâtre de Genet est fait d’outrance et d’excès. Il ne se complaît pas dans le médiocre. Les sentiments ordinaires n’y ont pas leur place. Les vertus, surtout, n’existent pas. Il n’y a pas d’amour sans haine, de respect sans moquerie, de modestie sans orgueil, d’attention sans dérision. Et puis, au-delà de tout ce qui précède, il y a la malédiction suprême – « La scène est un lieu voisin de la mort » – et les comédiens ne sont déjà plus de notre monde : il leur faut « des accoutrements terribles, qui ne seraient pas à leur place sur les épaules des vivants ». Impossible donc d’aborder une pièce de Genet sans accepter d’être confronté à la cruauté sous toute ses formes : jalousie, mépris, méchanceté, jusqu’au meurtre. Il faut « que le mal sur la scène explose ».
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"Soweto"
de Serge Bilé :
la recette d'un succès populaire ambigu
par Roland Sabra

Comme toute recette de cuisine tout dépend de l'endroit où vous concoctez votre plat. On ne fait pas une bouillabaisse de la même façon à Marseille, à Miami, à Tokyo, à Fort-de-France. Il est important de tenir compte des ingrédients locaux, de ce que vous pourrez trouver sur le marché.
Prenons l'exemple de Soweto, spectacle qu'il est difficile de qualifier, tant il relève de genres indéfinis, (comédie musicale? tour de chant? danses? music-hall? variétés?) et qui a suscité un enthousiasme populaire indéniable à l'Atrium de Fort-de-France. Les trois représentations ont été doublées et chaque fois elles ont fait salle comble.
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Zandoli pa tini pat
Bestiaire chorégraphique
Claire Moineau dans Crescendo
par Selim Lander
 Décidément, les mauvaises habitudes ont la vie dure. A Fort-de-France où l’on n’est pas submergé par une offre surabondante de spectacles vivants, on observe souvent que les représentations, au lieu de s’étager tout au long de l’année suivant un calendrier harmonieux, sont souvent programmées de façon à se phagocyter mutuellement. A croire que les responsables de la programmation ont suivi des études de sciences économiques et qu’ils en sont sortis convaincus à tout jamais des vertus de la concurrence.
Le 3 au soir pour la première de Zandoli, il n’y avait pas beaucoup plus de 30 personnes au Théâtre de Fort-de-France. Sans doute les afficionados du spectacle vivant s’étaient-ils précipités à l’adaptation martiniquaise de Soweto, présentée exactement aux mêmes dates, 3-4-5 avril à l’Atrium… On espère que les deux soirées suivantes seront plus équilibrées et que l’on verra davantage de spectateurs au Théâtre car il n’est pas normal que des artistes de qualité se produisent devant une salle presque vide.
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«« Les bonnes » création à Fort-de-France : homosexualité, religions, candomblé et luttes des classes
Une créatrice marginale et provocatrice, profondément humaine.

Jandira de Jesus Bauer, crée une version caribéenne et sulfureuse de la célèbre pièce de Jean Genet
Elle arrive à l'heure au rendez-vous, qu'elle a demandé plusieurs fois à déplacer, parée des couleurs du diable : noire et rouge. Martinico-brésilienne, elle a gardé cet accent lent et chanté de son pays natal. La langue a du mal à maîtriser le bouillonnement de l'esprit. Venue parler de sa dernière création « Les Bonnes » présentée pour la première fois à Fort-de-France, jeudi 10 avril avant Le Festival d'Avignon cet été, elle profite d'une incise, dans la conversation, sur Jean-Luc Lagarce pour décortiquer, pendant deux bonnes heures, la façon dont il faut lire « Juste la fin du monde » qu'elle travaille en ce moment avec des élèves comédiens. Genet, Lagarce, des auteurs à ne pas mettre en toutes les mains et dont Jandira de Jésus Bauer fait son quotidien. Un quotidien qui n'a rien de monotone, son rapport aux textes est charnel, il est fait de sexe, de transgressions, de tendresse, de mise en danger, de passions, et les mots sont à l'avenant, directs, sans fioritures, les formules assassines et drôlement imagées de tournures lusophones, en un mot, un discours d'humanité.
Va-t-elle enfin consentir à parler des « Bonnes »? Elle préfère évoquer son prochain travail celui dont elle s'éprend pour se déprendre de celui qui la travaille encore. Elle se lance ainsi d'une passion à une autre. Toute. Entière. Et quand elle finit par aborder l'aventure dans laquelle elle a embarqué deux comédiennes professionnelles, Amel Aïdoudi, Yna Boulangé et une débutante Jeanne Baudry , toutes les trois majeures et consentantes, il faut le souligner, vous vous dites que la Martinique a des chances de souvenir longtemps de ce qu'elle pourra voir sur scène et que le scandale...
Lire la suite
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Le tour du monde en 80 jours
par Christian Antourel
Il y a de la prestidigitation, de l’illusion à l’infini dans ce spectacle autour du savoir faire théâtre. A ne pas manquer.
Drôle, fantastique, ce voyage se veut magique où le merveilleux s’étale en toile de fond et s’emmêle sans ambages aux ressorts de l’imaginaire de Jules Verne. Il a fait ce rêve, vivons le. Une opérette ? Le décor est trompeur, c’est bien du théâtre avec un grand T comme truculent, haut en couleur, un spectacle qui éblouit, s’installe dans notre émotion et parle d’emblée à notre mémoire. 39 personnages envahissent la scène, alors que seulement 5 comédiens survoltés habitent la chimère de ce spectacle qui devient palpable en leur prêtant des métamorphoses, leurs corps, leur talent et comme une âme toute acquise aux éclats de rire. Vous les verrez entrer dans ce jeu plein de malice, chacun à son tour et ensemble faire ce tour du monde en 80 jours, en une heure quinze chrono, juste le temps du divertissement. Philéas Fogg, riche anglais flegmatique et Passepartout, son valet de chambre fidèle et débrouillard, font le pari de ce tour de force et suivent l’itinéraire tracé dans le roman de Jules Verne.
Aux limites de la culture circassienne
La mise en scène propose au public un parcours théâtral très diversifié et récréatif fait de la rencontre d’une ronde folle et tumultueuse, aux limites de la culture circassienne et d’un voyage original dans lequel on se laisse envelopper le cœur heureux et l’oeil rieur. L’itinéraire est un calcul d’une précision que seul le théâtre parvient à respecter à l’illusion prêt. La pièce prend des allures de festival et son apparence expulsée d’un cirque invisible, bourrée de charme, d’humour et de talent disparaît derrière un voile, qui aussitôt s’évanouit dans une autre contradiction, dans un autre continent, où se tournent sans cesse des pages d’images aux lisières du réel, au gré du songe et de sa fantaisie. A sa création, la comédie a immédiatement reçu un vif succès et battu des records d’affiche avec, au Théâtre du Châtelet, 3007 représentations, du trois Avril 1876 à 1940. Qu’en sera t-il plus de 130 ans après la première pour le public Martiniquais au Théâtre de Fort-de-France qui prêtera son intimité feutrée et donnera l’impression de s’étirer en largeur et profondeur quand arriveront Sébastien Azzopardi et Sacha Danino avec leurs acteurs ? Dans leurs bagages, le décor fabuleux d’Olivier Prost : pas moins de quatre continents, trois océans, un paquebot, un train et un éléphant. A onze ans, son père le rattrape, quand Jules Verne s’embarque comme mousse sur un long courrier pour les Indes. Il promet « Je ne voyagerai plus qu’en rêve » promesse tenue… et quel voyage !
Christian Antourel
Photos D.R
Au Théâtre de Fort-de-France
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Epilogue d’une trottoire
Par Alvina Ruprecht

Le Théâtre du Grand Marché qui a la mission du Centre dramatique de l’Océan indien, se trouve tout au fond du pavillon du « grand marché », comme un bijou qu’on cache pour éviter que les indésirables ne le subtilisent. Pourtant, ce bijou de création scénique ouvre grand ses portes à tous les publics de Saint-Denis de la Réunion, en leur offrant une programmation des plus stimulantes et un lieu de rencontre agréable où artistes et grand public prennent un verre, se côtoient, et échangent des idées. Ce théâtre reçoit souvent les productions d’outre-mer pour alimenter le dialogue artistique au grand plaisir des habitants de la région. C’est dans le contexte de cette programmation ouverte qu’un texte intitulé Épilogue d’une trottoire, œuvre jouée dans le « cycle de l’Étranger(s) » au theatre Notoire (le CDR d’Annecy), a été donné au Théâtre du Grand Marché cette saison.
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Super-Nana à l’Atrium !
Les Souvenirs de la dame en noir

de et avec Maïmouna Gueye
Carte blanche était donnée à la magnifique Maïmouna Gueye. Elle a proposé aux spectateurs de l'Atrium ses deux spectacles dans l'ordre chronologiques de leur création, "Souvenirs de la dame en noir" et "Bambi elle est noire , mais elle est belle". Deux productions qui n'ont pas laissé le public indifférent, loin s'en faut!. On lira deux critiques ainsi qu'une interview de Maïmouna Gueye donnée à Brigitte Salino
Lire la critique de Laurence Aurry
Lire la critique de Selim Lander
et l'entretien avec Brigitte Salino
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"Mémoires d'Iles" d'Ina Césaire.
Adaptation et mise en scène : José Exélis
Nostalgie Blue's et lutte des classes
par Roland Sabra
Le rideau s'ouvre sur un espace vide dessiné par José Exélis et sculpté par la lumière de Valéry Pétris. Réussite. Elles sont deux, deux de cet âge qui n'a plus nom. Elles sont d'un autre temps, de ce temps où la mémoire de ce que l'on a fait prend le pas sur ce qui reste à faire.. Deux d'un même père, mais l'une mulâtresse et l'autre mal sortie. L'une reconnue et l'autre ignorée. Deux sœurs donc, par le père. Impair et passe. Elles vont se laisser aller à remonter le temps. Hermance, truculente, joue la carte couleur, négresse elle est, négresse elle se revendique. Aurore, elle a en mains deux paires, une paire blanche une paire noire. Elle hésitera toujours à jouer. Ambivalence de classe, de l'entre-deux. Elle s'enorgueillit de bien parler français, d'avoir intégrer les codes de la classe dominante, et se révolte à l'assassinat, resté impuni, par un gendarme blanc, de Zizine et Désétages à la veille d'un scrutin municipal : « Elections sans incident » dira la presse à la botte. Préjugés de classe, habitus, représentations mentales prévalentes de par la position sociale, la couleur de la peau, elles n'échappent ni l'une ni l'autre au déterminisme qui leur affecte des rôles sociaux passés au surligneur.
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"Ensemble, nous rebâtirons l'Irak",
Retrouvailles de théâtre à Bagdad
Portez-vous une arme ?" Kalachnikov en bandoulière, le militaire qui palpe nos poches a posé la question presque machinalement. Lui et ses collègues la posent à tous ceux qui veulent franchir la haute muraille antibombe qui cerne désormais tous les bâtiments publics - et souvent privés - de l'Irak. Fermé pendant trois ans après l'invasion américaine de mars 2003, le Théâtre national de Bagdad ne fait pas exception. Edifié dans les années 1980 au coeur de la ville, sous le règne de Saddam Hussein, le bâtiment sans charme qui abritait jadis l'élite de la comédie irakienne a été attaqué et pillé, comme toutes les scènes et les cinémas désormais fermés de la capitale. Sous la houlette - timide et chiche - d'un gouvernement qui a bien d'autres choses à faire, et d'un milliardaire généreux, amoureux des arts, Fakhri Karim, il tente aujourd'hui de revivre.
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par Laurence Aurry
En tant que simple amatrice de théâtre, je voudrais juste vous faire part de mes impressions concernant la pièce de Musset, jouée vendredi et samedi 22 et 23 février, dans la petite salle de l’Atrium.
Je vous avoue qu’une mise en scène de Yoshvina Médina me laissait espérer un plus agréable moment.
D’abord le choix même du texte surprend, une œuvre peu connue, Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée, et pour cause ! Le titre résume assez bien le bavardage de cette pièce en un acte, proche du marivaudage mais n’en possédant pas toute la saveur. Pourquoi ce texte désuet alors que le répertoire de Musset offre tant d’œuvres passionnantes et que le théâtre contemporain regorge de pièces courtes autrement plus intéressantes ? Veut-on ramener le public dans les salles ou définitivement signer l’arrêt de mort d’un art déjà moribond ?
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