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Lire les chroniques culturelles de Christian Antourel

 

Narcisse se suffit à lui-même
 

par Roland Sabra

  La Compagnie « Les corps beaux » qui s'inscrit dans le sillage du théâtre Si de Médina a le grand mérite de nous faire découvrir un immense auteur cubain, Alberto Pedro Torriente. Le précédent travail de la troupe nous avait présenté « Manteca » ( lire la critique ) il y a deux ans déjà, avant d'aller à Avignon et d'y retourner l'an dernier avec une version plus aboutie. La troupe de Ricardo Miranda poursuit avec « Mar Nuestra » l'exploration du répertoire de cet auteur, décédé en 2004 à l'âge de 50 ans d'une cirrhose du foie à l'hôpital Allende de La Havane. Trois femmes, une noire, une métisse et une blanche sur un radeau sont à la fois unies dans la recherche d'un paradis, une terre ferme occidentale il va de soi, et par les conditions nécessaires à leur survies, le partage du peu de biens alimentaires dont elles disposent et divisées , partagées par ce qui structure leur identité, à savoir, le racisme, les superstitions, le dogmatisme. Sur ce radeau à la dérive sur une mer sans limites, avec lequel elles prétendent franchir les frontières, dans leur quête d'un paradis, elles se heurtent à l'infranchissable barrière de l'enfer des préjugés de races, de classes et d'idéologies qu'elles ont embarqués avec elles. Même le crime partagé, pourtant fondateur en d'autres lieux de solidarités, ne suffira pas  face aux divisions et aux haines immémoriales qui les traversent.

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Trois femmes sur un radeau

par Selim Lander

un radeau  Comment s’hasarder à écrire une critique théâtrale sans soulever l’hostilité (ou au moins l’incompréhension) d’une grand partie de ses lecteurs ? En dehors des constats les plus évidents (par exemple un comédien insuffisant pour porter son rôle), tout le reste peut-être revendiqué par le metteur en scène comme intentionnel. Le texte est-il dépourvu de la moindre intrigue ? C’est voulu. Le décor est-il réduit à rien ? C’est voulu aussi. L’éclairage est-il parcimonieux ? C’est voulu encore. Etc, etc. Et de fait, il n’y a pas à discuter sur les goûts et les couleurs : au nom de quoi, en effet, le critique pourrait-il ériger ses préférences en règles auxquelles tous devraient se plier ?

Le terme « critique » est donc fort mal choisi. Dans une chronique comme celle-ci, il n’est pas question de juger, de donner une note qui ne serait justifiée par aucun critère objectif. Un spectacle est montré, il est reçu par les spectateurs. Le chroniqueur de théâtre est d’abord un spectateur comme les autres, qui parle avant tout en son nom propre, même s’il peut lui arriver de se cacher derrière la forme du discours savant.

C’est donc en assumant notre subjectivité que nous dirons tout le bien et le peu de mal que nous pensons du dernier spectacle présenté par Ricardo Miranda et Ludwin Lopez à partir d’un texte de l’écrivain cubain Alberto Pedro Torriente (après le célébré Manteca du même Torriente). Le peu de mal que nous avons à dire concerne le choix du texte. On comprend que des hommes de théâtre d’origine cubaine aient envie de mettre en scène un auteur de Cuba et qu’ils puissent s’intéresser au syncrétisme religieux qui règne sur l’île. Mais ce thème est-il vraiment exportable ? Peut-être s’il s’appuyait sur une intrigue un tant soit peu élaborée. Or il est difficile de caractériser ainsi une histoire qui réunit sur un radeau trois femmes, obsédées par la religion, qui passent par un certain nombre d’états largement prévisibles : extase, désespoir, adoration, violence, complicité, agressivité, faim, soif, hallucination mystique.

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4:48 Psychose  de Sarah Kane, une mise en scène de Jandira Bauer à Foyal

L'art de l'entre-deux

 

Jeanne Baudry et les "maudits" lacets

par Roland Sabra

 A l'ouverture de la salle, Jeanne Baudry est déjà sur la scène qu'elle arpente de long en large en fond de plateau, irrémédiablement perdue en elle-même.  Sur la partie gauche du tableau  le gril laisse pendre deux immenses lacets noirs, en rappel à ceux qu'utilisa Sarah Kane pour mettre fin à ses jours, sur la droite deux paires de chaussures abandonnées complètent le décor. Et ça commence! C'est une voix de l'intérieur, une voix des cavernes, une voix des profondeurs, une voix qui la parle plus qu''elle ne parle et qui se fait entendre ou plutôt qui nous fait entendre ce que nous voulons bien entendre de notre propre rapport à la déraison. Tout le texte de Sarah Kane est tentative de découvrir ce que la forme poétique  peut contenir de théâtrale. La structure du texte est apparemment brisée, désarticulée, afin de livrer un matériau brut, le plus polysémique possible. Un pur travail sur la langue. C'était l'obsession de l'auteure que de pouvoir unifier la forme et le fond. Sarah Kane : " La forme et le contenu tentent d’être une seule et même chose – la forme est le sens".  Reprise d'une problématique  connue et déclinée de multiples façons sur de multiples registres, de Buffon, "Le style, est l'homme même" à Marshall McLuhan  "Le medium, c'est le message" etc. 4:48 Psychose est sans cesse sur le fil du rasoir, entre rêve et réalité, entre réel et imaginaire, entre désir de vie et jouissance mortifère du suicide. C'est dans la multitude des écarts lovés au sein du texte que le foisonnement des sens prend sa naissance.  Le sens est dans la salle et non pas sur le plateau. Il n'y a d'ailleurs pas de spectacle. Et là réside l'obstacle majeur à une mise en scène : comment éviter que le geste du comédien vienne  polluer la production du sens par le spectateur. Claude Régy avec Isabelle Huppert avait choisi l'effacement de l'actrice en lui imposant une quasi immobilité et un incroyable travail de diction.  On y reconnaissait la patte du Maître.

Tout le travail de Jandira Bauer et de sa comédienne Jeanne Baudry consiste à déployer  le refus du choix, le refus de l'objectivation comme tentative de chosification dans un art de l'entre-deux cultivé au sein du même. Fidèles à la dramaturge, elles décloisonnent et déconstruisent les catégories unilinéaires de la masculinité et de la féminité, de la normalité et de la déviance, de la santé mentale et de la folie, de la rage de vivre et du besoin de mort. Jeanne Baudry  n'a pas l'indécence de jouer la folle,  ou de faire semblant.  On serait presque tenté d'écrire "Dieu merci!" si ce n'était, à partir d'une critique des dichotomies trop simplistes entre l'âme et le corps, le bien et le mal, le ciel et l'enfer de la religion catholique, que Sarah Kane refusait toute assignation monolithique à un rôle ou à un statut réducteur, forcément réducteur. On pourrait épiloguer à l'infini sur les rapports personnels et intimes qu'entretenait Sarah Kane avec la psychose. Aucun intérêt, 4:48. Psychose n'est pas une autobiographie! Jeanne Baudry le sait qui ne s'adresse pas au public, qu'elle n'oublie pas d'ignorer. Dans une bulle invisible, mais que l'on pourrait toucher du doigt, elle est prise dans un dispositif discursif à la fois hétérogène, hétéroclite, délirant, prosaïque et flamboyant, devant lequel elle s'efface  pour laisser place à un espace d'identification, ou très exactement de reconnaissances d'une inquiétante étrangeté, d'une familière épouvante qui finit par abolir la distance entre le plateau et la salle. Jandira Bauer a demandé à sa comédienne de se parler à elle-même comme si elle parlait à une autre. Ce choix rimbaldien (Je est un autre) est judicieux car au-delà du clin d'œil schizophrénique et approprié, il permet le déploiement du registre de l'Imaginaire foisonnant. La multiplicité des lieux d'émergence de la parole est sans cesse suscitée. Le public scolaire ne s'y est pas trompé. Après la représentation, les jeunes spectateurs ont dit comment ce texte, parfois hermétique, était au plus près de leurs expériences. "Moi aussi, il m'arrive d'avoir cette pensée.."

Et c'est parce que cette mise-en scène a refusé la monstration de la folie et l'hystérisation du jeu de la comédienne, en se mettant au service du texte, que ce travail qui demande à être peaufiner, notamment du côté de l'articulation entre le  dire du texte et son expression corporelle,  ( en quoi le geste soutient, détourne ou annule le propos?) est somme toute une réussite. La métamorphose de Jeanne Baudry est quelque peu impressionnante, pour qui l'avait vue dans la première version des "Bonnes" l'an dernier à Fort-de-France.   On saluera aussi le beau travail des lumières de "Pierrot" que l'on souhaiterait voir aussi sur d'autres spectacles.   

R.S.

 

Un pamphlet :
Bloody Niggers

par Selim Lander

Frantz-Fanon aurait-il apprécié le spectacle qui vient d’être présenté dans la salle de l’Atrium qui porte son nom ? Les 14 et 15 mai, le trio Groupov (Dorcy Rugamba, auteur et comédien, à droite sur la photo, accompagné par Younouss Diallo et Pierre Etienne) y a proposé son spectacle Bloody Niggers. L’argument est simple : trois hommes, deux noirs et un blanc, en costume-cravate, chacun devant son micro, énumèrent les violences dont s’est rendu coupable l’homme blanc depuis les croisades. Le sujet est éminemment grave et sérieux mais néanmoins susceptible de devenir fastidieux. On est bien dans le registre du pamphlet tant sur le fond (le procès unilatéral d’une race qui se croit à tort meilleure que les autres) que sur la forme (un acte d’accusation récité sans autre mise en scène que l’alternance des voix qui se partagent le texte).

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4:48 Psychose
L’Arte Povera de Jandira Bauer

par Selim Lander

Soirée mémorable, ce lundi 18 mai 2009, au Théâtre de Fort-de-France : c’était la première de la nouvelle création de Jandira De Jesus Bauer. Après la mise en scène « vaudou » des Bonnes de Genet, qu’elle avait proposée dans ce même théâtre l’année dernière (avant de la faire voyager jusqu’en Avignon), réussirait-elle à frapper encore plus fort ? D’une certaine manière, la réponse est oui.

« Proposer aux comédiens » (et suppose-t-on également aux spectateurs) « une autre réflexion sur le théâtre contemporain », indique le manifeste de sa compagnie, Activ’Art. Outre Genet, Becket fait partie de ses références les plus anciennes. Elle apprécie particulièrement la manière qu’a le second auteur d’exprimer « l’image de l’esprit aliéné du corps ». Il n’est donc pas trop étonnant que J. Bauer ait choisi de nous présenter le dernier texte de Sarah Kane, une auteure et comédienne qui fut aliénée au point de suicider à l’âge de 28 ans.

Les lecteurs de ce papier ne savent peut-être pas tous qui fut Sarah Kane (1971-1999). Elle est moins connue chez nous qu’en Angleterre où elle gagna une sorte de célébrité grâce au scandale suscité par sa première pièce, Blasted. Nous renvoyons là-dessus au long article, très documenté, tiré du journal The Guardian, repris dans la précédente livraison de Madinin-Art grâce aux soins diligents de Roland Sabra. Dire que Sarah Kane est un auteur « moderne » serait un euphémisme. Elle se rattache plutôt au théâtre expérimental, ce théâtre qui ressemble à l’art plastique dit « contemporain », dont le propos est donc moins de plaire que de choquer le spectateur. Et Sarah Kane y est parvenu d’emblée avec Blasted, d’autant que cette pièce fut créée, contre toute attente, sur la scène habituellement plus conservatrice du Royal Court Theater de Londres.

 

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Une semaine de Théâtre  à Fort-de-France

  Michèle Césaire, directrice du Théâtre Aimé Césaire à Fort-de-France  et Manuel Césaire directeur du CMAC Atrium à Fort-de-France ne se  rencontrent pas, ne communiquent pas, ne se téléphonent pas, ne se parlent pas. La programmation concurrentielle se poursuit allègrement, comme c'est le cas depuis de longues années. L'affiche peut rester vide pendant des semaines, pas la moindre petite pièce à se mettre sous la dent et puis tout à coup, spectacles à l'Atrium et au Théâtre de Foyal au même moment, c'est à dire aux mêmes dates, aux mêmes heures. Comme si le public était assez nombreux pour se partager! Comme si il n'était pas préférable d'étaler sur l'année les trop rares pièces proposées! Comme si les autorités de tutelles étaient incapables d'imposer une concertation! Faut-il rappeler qu'elles sont elles aussi en concurrence  politique? Il est a parier que même une assemblée unique échouerait à relever un tel défi. A nous de faire entre vaches maigres et (relative) abondance.

R.S

 

 

"Bloody Niggers"

"Le théâtre : un lieu où l'on est l'autre"

  Le mot est de Ariane Mnouchkine dans un texte aujourd'hui célèbre et  intitulé " Tout théâtre est politique". Manuel Césaire nous en offre une illustration avec la programmation de "Bloody Niggers" ( cf la critique ci-après de Selim Lander).  Le metteur en scène Jacques Delcuvellerie, est un français installé en Belgique, professeur au Conservatoire Royal de Liège, qui a fondé en 1980 Goupov, un collectif d'artistes pluridisciplinaires ayant vocation à créer un espace d'expérimentation théâtrales. Les années 90 seront consacrées au Projet Vérité qui pointera du doigt les croyances capables de mobiliser un être jusqu'à la mort. C'est dans la suite logique de ce travail qu'il propose en 1999, "Rwanda 1994" une pièce fleuve de six heures qui remontait aux causes du génocide rwandais. Younnouss Diallo qui jouait dans Rwanda 1994 participe cette fois non seulement comme comédien mais aussi comme adaptateur et concepteur à "Bloody Niggers" la dernière production de Groupov. Le texte de Dorcy Rugamba, rescapé du génocide rwandais est un long cri de révolte, de dénonciation et de douleur ensanglantées contre les massacres, les boucheries, les exterminations, commises au nom des Dieux de la Bible, de la Bourse et de Wall Street. L'intelligence du propos consiste à mettre en accusation un système, une logique, plus que des individus. L'invention d'un système qui délaissant une logique de prélèvement sur la nature et qui la laissait intacte pour les générations suivantes est passé à une logique d'exploitation de la nature avec son aboutissement inéluctable qui consistera à considérer l'humain comme une matière première bonne à faire des abat-jours, des engrais, du savon etc.. Dorcy Rugumba mettra en scène à la fin des années 90 "L'instruction" de Peter Weiss, récit du génocide juif par une équipe de rwandais. C'est la grande force de ce travail que de dénoncer l'ethnicisme, le racisme, dans une pratique théâtrale concrète et pas seulement de façon verbale. La structure de "Bloody Niggers" relève de cette problématique. L'ouverture se fait avec un écran sur lequel on revoit pour la énième fois les Twin Towers percutées par les avions détournés le 11 septembre 2001. Ensuite la première partie est consacrée à un rappels de faits historiques et attestés qui des Croisades, aux massacres de Sétif marque le chemin de sang et de feu de l'Occident sur le corps des cultures qu'il anéantit dans son expansion, dans sa croissance. La seconde partie dénonce les responsabilités complices des Africains eux-mêmes dans la perpétuation d'un système néocolonial.  Le propos est fort, puissant, plus théâtral dans le temps deux que dans le temps un, ou la thématique du réquisitoire prédomine. Il fait dire que l'âpreté du  discours, l'insoutenable violence des faits rapportés se prêtaient mal à une "mise-en-scène" et surtout pas à une illustration. Face à l'horreur les mots suffisent, les gestes viennent à manquer.  L'intelligence de la mise en scène consiste à avoir moduler ces deux temps sur deux registres expressifs en parfait accord avec le texte. Toujours avec sobriété. Il s'agit d'un théâtre politique qui jamais n'assujettit la pratique artistique à un discours militant. Jacques Delcuvellerie, poursuit avec systématisme son travail d'expérimentation théâtrale. Il prend des risques, dérange et c'est tant mieux. La scénographie, le travail des lumières, la musique, les pauses dans le récit, la place et le rôle de l'écran qui masque et qui projette, participent à la création d'un théâtre total dont on ne sort pas indemne.

Roland Sabra

 

 Pourquoi cette pièce, ici et maintenant ?

Pourquoi pas ? J’ai souvent entendu dire que chaque public « a droit » au théâtre qui lui correspond. Je me suis toujours élevée contre ce cloisonnement inepte .

En tant que metteur en scène, je ressens le besoin de la mise en abîme, de l’audace qu’impose le théâtre contemporain.

Peut-on éviter une lecture biographique de la pièce, ce dont ne voulait pas Sarah Kane?

4 :48 PSYCHOSE est une écriture autobiographique. Le travail de mise en scène consiste à universaliser la situation dans laquelle l’auteure se met en scène elle-même ( Elle a d’ailleurs joué son rôle jusqu’au bout). Mon travail consiste à rassembler les indices qui conduisent à Sarah Kane, l’auteure, à travers son texte ,et non pas au personnage qu’elle met en scène (ce personnage étant elle-même). « Il ne faut pas confondre le texte de S. Kane et sa vie »

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Théâtre Aimé Césaire : Jandira Bauer monte
4.48 Psychose
de Sarah Kane

 

  La première pièce de Sarah Kane, Anéantis, fit scandale; mais dans les années qui précédèrent son suicide - elle mit fin à ses jours en 1999 - on en vint à reconnaître en elle une voix poétique brillante et tourmentée. Tous ceux qui l'ont connue sont formels: il ne faut pas confondre son œuvre et sa vie. Difficile pourtant d'éviter les parallèles.

Quand Mel Kenyon, lors de la cérémonie d'hommage à Sarah Kane, s'est levée pour faire un bref discours, les mots lui ont manqué. Elle s'y est reprise à deux ou trois fois, avant d'être vaincue par les larmes. Elle a finalement demandé à la foule des amis et des proches, réunis au Royal Court de Londres, d'écouter une chanson en l'honneur de Sarah. Kane s'était suicidée seulement quelques mois auparavant, et le sanglot d'une douleur encore à vif secoua le théâtre tout entier. En un sens, You get whatyou give des New Radicals - un appel passionné à sortir du désespoir, à comprendre qu'il y a une raison de vivre - était incroyablement inapproprié. Sarah avait fait exactement le contraire - elle avait lâché l'affaire, elle avait renoncé. Et pourtant cette chanson extatique - qui réfute tout ce qu'il y a de triste, de cruel ou de merdique dans la vie, qui affirme l'amour et le sens envers et contre tout - était en quelque sorte parfaite.

La mort de Kane à 28 ans fit les gros titres, tout comme l'avait fait sa première pièce Anéantis. Les auteurs de nécrologies parlèrent de la nature controversée de son œuvre, allèrent chercher leur dictionnaire des synonymes, se livrèrent, ainsi que les journalistes l'avaient toujours fait, à l'inventaire lubrique des éléments du scandale - fellation et masturbation, miction et défécation, viol et pendaison, arrachage des yeux et cannibalisme. Ils citèrent également « Le répugnant régal d'ordures », titre infamant sous lequel avait paru la critique de Jack Tinker dans le Daily Mail.

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  La 23e édition des Molières a vu la réconciliation du théâtre classique, de l'originalité et du théâtre populaire au cours d'une cérémonie au Théâtre de Paris.

La XXIIIe édition des Molières a vu dimanche soir 26 avril la réconciliation du théâtre classique, de l'originalité et du théâtre populaire au cours d'une cérémonie rythmée par les élans lyriques de Frédéric Mitterand et les facéties de Laurent Baffie avec la consécration de "Coriolan" de Shakespeare. Comédiens, metteurs en scène, auteurs et autres professionnels du spectacle vivant privé et public étaient réunis pour une cérémonie qui a débuté à 20h35 sur France 2 en direct du Théâtre de Paris. La ministre de la Culture, Christine Albanel, assistait à la cérémonie.

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Trames de Gerty Dambury

 

Dans un décor réduit à peu de choses  Gerty Dambury, d’origine guadeloupéenne et auteure de théâtre déjà confirmée a mis en scène sa dernière pièce, Trames, présentée ces jours-ci au théâtre Aimé Césaire à Fort-de-France.

Dans un décor réduit à peu de choses mais qui colle bien avec l’esprit de la pièce, Firmine Richard, la mère, reçoit de temps en temps la visite de Jalil Leclaire, son fils, tandis que Martine Maximin endosse tour à tour plusieurs « petits » rôles : servante de scène, archétype de la femme antillaise, fille perdue au grand cœur. La progression dramatique est plutôt bien menée, nous comprenons peu à peu quelles raisons ont pu conduire le fils vers sa déchéance présente. Bien qu’astucieux et beau parleur, ayant même poursuivi des études d’économie à l’université, il n’arrive pas à sortir du cercle vicieux de la drogue, de la misère et de l’oisiveté. Les rapports entre les deux personnages principaux sont bien décrits dans toute leur ambiguïté. Tous les deux ont bien du mal à faire vivre l’amour qui est pourtant censé exister d’une manière toute naturelle entre une mère et son fils.

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Le Prophète et Monsieur de Pourceaugnac

 

  A la question, « qu’est-ce que le théâtre ? », on peut répondre en s’aidant de l’étymologie. En grec « drama » signifie action. Le théâtre est un genre hybride qui donne aussi bien à entendre, à voir ou à ressentir ce que suggèrent les acteurs par leur voix, leur corps, la scénographie par le décor, l’éclairage et la musique, et la mise en scène, par les choix personnels du metteur en scène. Le théâtre est un art vivant qui fait appel à tous les sens du spectateur. C’est pourquoi la représentation est une véritable épreuve pour les acteurs qui sentent dès le lever du rideau la réceptivité de la salle, son frémissement ou son apathie. Le théâtre ne pardonne pas ! Quoi de plus décevant que d’entendre des spectateurs s’assoupir ou bien de voir la salle se vider après quelques timides applaudissements ? Comment éviter cela ? Molière pourrait répondre : « la grande règle est de plaire ». Pour y arriver, il ne s’agit pas seulement de satisfaire aux attentes du spectateur, mais plutôt de le bousculer, de le surprendre et surtout de susciter son attention. Le choix du texte entre pour une bonne part dans l’éveil de l’intérêt du spectateur. Mais cela ne suffit pas.

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Les 22è Rencontres théâtrales de Fort-de-France

Nèg pa ka mô 

Une pièce écrite et mise en scène par Daniély Francisque, interprétée par la troupe Mawon

 

  Voir la grande salle de l’Atrium complètement remplie pour une pièce de théâtre ! Qui voudrait bouder son plaisir. Sans doute le fait que ce spectacle ait été offert gratuitement a-t-il contribué à son succès, mais si c’est là la condition pour amener au théâtre de nouveaux spectateurs, on ne le regrettera pas. Cela étant, les spectateurs étaient-ils vraiment nouveaux ? Il est difficile de l’affirmer car la pièce a pu attirer les habitués des comédies créoles, Bankoulélé ou autres.

Nèg pa ka mô mêle en effet assez agréablement des genres différents. Des scènes de comédie pure, en créole, à des scènes plus dramatiques souvent en français, des évocations de la vie des noirs au temps de l’esclavage – déportation, travaux des champs, etc. – sous forme de tableaux chorégraphiés, enfin des scènes plus proches de notre présent, comme celle de la veillée qui suit l’exécution du nèg mawon. Le tout relié par le récit du temps d’antan qu’une grand-mère adresse à sa petite fille.

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Le Horla de Nouméa : un Maupassant insolite à la Nouvelle Calédonie


par Alvina Ruprecht

  À Nouméa, le théâtre se joue de jeudi à dimanche. Souvent les spectacles ne passent que quatre soirées pour ensuite partir en tournée dans les écoles ou dans les provinces du Nord et du Sud où les lieux d’accueil peuvent être un grand espace vert, la cour d’une maison, une salle de sport ou une salle de classe. L’Association « le Chapitô », d’Anne Sophie Arzul, est une exception car elle fait circuler les productions professionnelles

partout dans l’île sous un énorme chapiteau de 400 places qu’elle fait installer dans un lieu approprié (après avoir « fait la coutume », échange rituel avec les chefs Kanak pour légitimer le séjour sur leur terre). L’installation même du chapiteau se fait grâce à une équipe de monteurs dont les membres sont parfois de jeunes Kanak attirés par ces spectacles de théâtre itinérant de passage chez eux. Selon Mme Arzul, ces productions du « Chapitô » permettent au public loin de Nouméa de voir des œuvres mises en scènes dans les mêmes conditions que celles des grandes salles de la capitale.

Tout ceci pour dire que la notion de « théâtre » à la Nouvelle Calédonie est complexe, très large et surtout toujours en voie de redéfinition selon les publics, selon les apports culturels des multiples communautés qui cohabitent dans l’île, selon les possibilités matérielles des lieux de création et selon les matières traitées par les artistes.

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Entretien Vincent Baudriller

L’Europe, l’espace naturel du Festival d’Avignon

  Pour Vincent Baudriller, codirecteur du Festival d’Avignon depuis 2004, la programmation internationale offre une traversée de territoires artistiques très divers et permet de questionner, à travers la confrontation des différences, la richesse de la culture européenne.

Les artistes associés du festival ont été majoritairement des personnalités étrangères, sauf Frédéric Fisbach et Valérie Dréville. Pourquoi une telle dimension internationale '

 

Le Prophète
de Khalil Gibran

Mise en scène de Francesco Agnello

avec
Michel Le Royer

de la Comédie Française

A l'Atrium de Fort-de-France

Ce texte fait aujourd’hui partie des grands classiques de la littérature mondiale. Il y a des livres qui semblent échapper à toute échelle de valeurs ; des livres qui vivent, parlent et souvent nous enseignent ce que les sciences et les doctrines traditionnelles ne savent pas, ne peuvent ou ne veulent par voir.

Le Prophète de Khalil Gibran est de ceux là.

Dès sa parution, en 1923, le succès fut immédiat. Ce texte fait aujourd’hui partie des grands classiques de la littérature mondiale. Il suscite encore, de nos jours, l’intérêt de milliers de lecteurs.

Le mystère de ce succès n’est, peut-être, pas si diffcile à percer : le message du livre est universel, hors temps car il parle au cœur de nous tous.

Le message essentiel du prophète est celui de la reconnaissance envers l’existence et vers les mystèrieux mécanismes qui la régulent. Chacun de nous ayant la capacité de cette compréhension, au-delà de toute appartenance à une culture, une langue ou une religion.

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Les 22ème Rencontres théâtrales de l'Atrium
L'ici et l'ailleurs de l'Atrium

Guillaume Gallienne sur un texte de Dario Fo :Saint-François, le divin jongleur

 par Roland Sabra

  Les 22 ème Rencontres théâtrales de Fort-de-France battent son plein. Commencées au lendemain de la reprise générale du travail dans l'ile elles ont atteint aujourd'hui leur rythme de croisière : une quinzaine de manifestations en quatre semaines, du 26 mars au 23 avril 2009. Le programme est un mélange de théâtre amateur, innovation de cette année, avec du théâtre professionnel, de théâtre d'outre-Atlantique avec des productions locales. Toujours ce même souci de métissage, d'allées et venues entre un ici et un ailleurs, qui est semble-t-il la ligne directrice de Manuel Césaire , qu'il s'agisse de théâtre, de musiques ou de tout autre art de la scène. On ne peut que saluer ce souci d'ouverture au monde, qui ne relève pas d'une simple posture mais d'un engagement réel et d'une politique concrète . Reste bien sûr la question du contenu de la programmation. Sage comme toujours diront les uns, trop sage diront  les autres, mais tous se retrouveront sur la qualité. L'ouverture s'est faite avec l'excellent travail de Claude Mathieu qui mettait en scène Guillaume Gallienne sur un texte de Dario Fo, Prix Nobel de littérature 1997, et qui s'intitule Saint-François, le divin jongleur.  Librement inspiré de la vie du Saint d'Assise le texte est un hommage à la liberté de penser, à l'insolence nécessaire face aux pouvoirs institués qu'ils se nomment église ou parti, encore que la distinction n'a  que trop souvent plus lieu d'être. Ce spectacle du Studio-Théâtre de la Comédie-Française, excusez du peu, est marqué du  double sceau de son origine : classicisme et professionnalisme. Néanmoins, la performance du comédien qui tient, littéralement, la salle en haleine, est telle qu'il ne manquait que les yé cric, yé crac pour l'emmener définitivement sur des terres plus familières que celles de l'Ombrie et plus proches de nous que celles des bords de Seine.  Le jeu est à la fois distancié, avec une once d'ironie qui transperce dans la diction et grave par la critique sociale qu'il laisse deviner plus qu'il n'assène. Fort heureusement sinon on se serait lassé. Un travail très corporel dans un espace nu et qui par conséquent ne pardonne aucune faiblesse. Et de faiblesse il n'y eut pas! Le public martiniquais qui s'était déplacé en petit nombre a joui avec bonheur de ces instants magiques. Ceux qui ne sont pas venus en sont bien punis.

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Jan Fabre jouit franc-jeu

 

Danse. «L’Orgie de la tolérance», nouveau spectacle marquant de l’artiste flamand.

par Marie-Christine VERNAY

Le metteur en scène et chorégraphe belge Jan Fabre ne s’est pas calmé   Tout commence avec une immense branlette collective coachée par des gugusses pas très catholiques : des sortes de collabos-maquisards, la carabine en bandoulière, qui comptent les points. A qui jouira le premier ou la première, Viagra ou pas : là où le sexe est devenu un sport, une performance, un challenge. Le metteur en scène et chorégraphe belge Jan Fabre ne s’est pas calmé. Tapageur, subversif, il s’en prend ici à la société de consommation pour en dénoncer la vulgarité, la cochonnerie, les tristes pitres et moniteurs de sport. Jan Fabre le fait au premier degré, frontalement, irrité par la marchandisation de tout ce qui tombe entre les mains des profiteurs : le cul, Dieu, le plaisir, la jouissance, le désir… Son Orgie de la tolérance est une énorme farce, une mascarade avec un seul mot d’ordre : fuck you.

Godemichés. Pendant deux ans, il a travaillé à partir de dessins puis d’improvisations avec neuf performers irrésistibles. Ensemble, car il est évident qu’il s’agit d’une création collective, ils ont exploré de nombreux thèmes comme la course à l’orgasme, l’instrumentalisation du religieux, les pratiques consuméristes, le sofa comme prolongement de la libido ou encore le glissement du politique vers l’extrême droite. La troupe rend aussi un hommage décalé aux Monty Python, à leurs sketchs gaulois et délirants des années 70. Et hormis quelques scènes un peu faciles, comme la valse de la supérette, on rit franchement, des autres et de soi-même.

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Culture et Politique culturelle : quoi de neuf ?

 par José Alpha

José Alpha  Pourquoi n’existe-t-il pas une entreprise des métiers de la scène et du spectacle vivant en Martinique ? Une des nombreuses interrogations posées par de nombreux Martiniquais qui ont l’audace d’imaginer la production culturelle et artistique comme source de revenus et de développement pour la Martinique mais aussi comme vecteur dans le monde d’une culture insulaire caribéenne issue de notre métissage.

Cette question pose l’évident problème de la gestion des potentiels humains et culturels martiniquais quand on mesure les efforts consentis depuis plusieurs années par les collectivités aux nombreuses aides aux projets d’actions et d’exploitations culturelles et touristiques, à la formation des hommes et à la validation des acquis, dont les objectifs sont bien de favoriser l’économie culturelle et d’élever l’esprit critique populaire à la compréhension de ses origines et de ses potentiels existentiels.

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La politique théâtrale à l’épreuve

 

 par Emmanuel Wallon

  Le 10 juillet 2003, « la mort dans l’âme », comme le disaient les affiches et calicots des protestataires, les directeurs Stéphane Lisner et Bernard Faivre d’Arcier durent se résolurent à annoncer l’annulation de leurs festivals respectifs d’Aix-en-Provence et d’Avignon, que la fièvre de1968 avait perturbés mais point empêchés. Mécontents des nouvelles dispositions applicables à leur régime d’assurance chômage, artistes et techniciens s’engageaient dans un mouvement revendicatif d’une ampleur et d’une âpreté sans exemple dans les annales. La signature du protocole du 26 juin 2003 venait de mettre le monde du spectacle en émoi. Partout en France, des gens de théâtre votèrent la grève lors d’assemblées générales où la parole rebondissait en tous sens. Voyant les manifestations de l’été se saborder en chaîne, certains observateurs étrangers ne purent cacher leur perplexité. Le pays de « l’exception culturelle » entretient décidément un rapport tourmenté avec son théâtre.

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Les contenus de la formation : comment apprendre à devenir acteur

  Comment apprendre à devenir acteur ' Que doit-on enseigner ' Entre autres paramètres, technique, culture littéraire, imprégnation et appropriation se combinent, pour préparer l'apprenti comédien à se confronter au texte dans sa réalité scénique, pour qu'il s'imprègne véritablement du rôle, intérieurement. Un exercice qui traduit l'affirmation d'une liberté au c'ur de multiples contraintes. Un apprentissage qui se poursuit tout au long de la vie, et nécessite un travail considérable.

Entretien  avec Wajdi Mouawad 

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un mouvement revendicatif d’une ampleur et d’une âpreté sans exemple dans les annales

  Le métier de comédien a évolué au cours des siècles et répond à des critères spécifiques selon les époques. Abordant la question de la formation dans une perspective historique, Odette Aslan, chercheuse au CNRS, et Julie Sermon, dramaturge, explorent notamment la figure du personnage théâtral contemporain en soulignant les changements générés par les écritures contemporaines, qui mettent en 'uvre une dramaturgie plus chorale que linéaire, un jeu d'acteur centré sur le présent de l'énonciation.

Entretien Odette Aslan

Odette Aslan : Vers un acteur pluridisciplinaire plus créatif

Vers un acteur pluridisciplinaire plus créatif

« En un siècle, l'acteur est passé de l'emphase de la déclamation à pleine voix à une diction plus intime (?). Aujourd'hui, le théâtre n'hérite plus des traditions théâtrales des aînés, mais du cinéma et des nouvelles technologies, des lights shows ou du sport », conclut l'essayiste Odette Aslan, dans L'acteur au 20ème siècle*. Cette grande observatrice de la scène théâtrale revient ici sur les évolutions essentielles de la formation.

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Les 22ème Rencontres théâtrales de l'Atrium

A quoi peut servir le théâtre ?

par José ALPHA

 

   En écoutant André Lucrèce, écrivain et sociologue, le 31 mars dernier à l’Atrium de Fort de France en ouverture des Rencontres théâtrales 2009 en Martinique, sur « le Théâtre de Shakespeare et la cérémonie de la violence », la question de l’utilité de la représentation théâtrale dans notre société, s’est imposée à deux niveaux.

Le premier : comment expliquer la crise qui maltraite depuis trop longtemps le théâtre public en Martinique, comme ailleurs du reste ? Le second : quels ressorts permettront à la théâtralisation du drame humain de répondre au besoin de théâtre que la vie collective produit à une densité si haute ?

A travers la rencontre exposée par le conférencier entre la violence des situations, des intrigues et des personnages dans le Théâtre de Shakespeare et la « sauvagerie sociale que chaque société tend le plus souvent à surmonter en se lançant le défi dans des œuvres de civilisation comme le théâtre », deux écrivains témoins de leur époque, William Shakespeare et Antonin Arthaud, séparés par plus de 3 siècles, mais disparus tous deux à l’âge de 52 ans, ont en effet raconté les actions des hommes et peint chacun à leur manière, les mœurs de leurs époques respectives.

 

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Thomas Ostermeier a beau s'habiller d'une façon urbaine et passe-partout, avec un sweat à capuche, il s'impose immédiatement comme un chef. Quand il marche dans les couloirs de la Schaubühne, le théâtre qu'il dirige à Berlin, les plafonds semblent bas : 1,96 m, cela fait de l'effet, surtout associé à une carrure imposante. Mais le plus impressionnant, ce sont les yeux. Très grands, très bleus, ils posent sur l'interlocuteur un regard qui ne laisse rien passer. Comme au théâtre.

Les mises en scène de Thomas Ostermeier sont guidées par une intelligence froide et corrosive qui l'a propulsé au rang de star en Europe. Un bel exemple en est donné avec John Gabriel Borkman, d'Ibsen, présenté à Paris au Théâtre de l'Odéon (du 2 au 11 avril). Soit un banquier qui a ruiné ses clients en spéculant sur leur argent. Une histoire d'aujourd'hui ? Non, elle date de 1894. Oui, elle nous parle du monde tel que le voit Thomas Ostermeier, avec son bagage d'Allemand tout juste entré dans la quarantaine. 

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De la race en Amérique : Barack Obama à Paris

Par Alvina Ruprecht

La réflexion d’Obama sur La Race , prononcée le 18 mars à Philadelphie,Un défi de taille : mettre en scène un discours politique de Barak Obama, qui aborde une question aussi délicate, aussi complexe et surtout aussi tabou en France que celui de la question « raciale ».

D’ailleurs le moment était bien choisi, il faut le reconnaître. L’auteur et metteur en scène José Pliya en tandem avec l’acteur Vincent Byrd le Sage ont réalisé ce projet par suite d’un désir de faire connaître à ceux qui ne connaissent pas l’anglais, ce grand texte, au moment où son auteur s’apprête à devenir le premier président noir des États-unis .

La réflexion d’Obama sur La Race , prononcée le 18 mars à Philadelphie, fait suite aux critiques proférées contre lui lorsque le révérend Wright de l’Église de la Trinité, une force importante dans la formation spirituelle du jeune Obama, semblait exprimer une haine non mitigée contre les Blancs, en déclarant « que Dieu maudisse l’Amérique ».

Les critiques fusaient contre Obama et « son » père spirituel. Il fallait donc mettre les choses au point.

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Nathaly Coualy et le One Woman stand up: un équilibre fragile

Par Alvina Ruprecht

Ce spectacle serait une version retravaillée (avec Légitimus) d’un monologue (intitulé Seule), présenté l’année dernière. Oui, le titre de la pièce est le nom de la comédienne - Nathaly Coualy- que nous avons vue pour la première fois en Avignon « off » (2008) au théâtre de la Chapelle du verbe incarné où elle a joué la copine blonde du mari volage (interprété par Philippe Calodat) dans Projection Privée, sur un texte de Rémi de Vos mis en scène par Greg Germain. Dans sa prestation récente, Nathaly, redevenue semblable à elle-même (car elle n’est pas blonde), nous fait un monoloque « confession » qui vire vite au « stand up » interactif, profitant ainsi d’une petite salle (60 places?) où la disposition salle-scène invite les échanges intimes. Ce spectacle serait une version retravaillée (avec Légitimus) d’un monologue (intitulé Seule), présenté l’année dernière. Cette fois-ci, l’idée était justement de réduire les artifices d’un spectacle théâtral pour créer l’illusion d’une rencontre entre un public qui tient lieu de psychiatre, voire de psychanalyste, et la comédienne. En effet, Mlle Coualy est à peine maquillée. Elle porte un ensemble foncé discret, les cheveux coupés très court, rien de remarquable dans la présentation. Elle a l’allure belle, raffinée et même un peu timide. Quelques accessoires dans l’espace de jeu : deux petites tables recouvertes de livres nous portent à penser que ce sera peut-être une discussion littéraire, ou du moins une rencontre spirituelle et intelligente. La curiosité est piquée! . . Mais on va être détrompé car ce n’est pas du tout ce qui nous attend.

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La Voyageuse : un magnifique hommage théâtral à Maryse Condé

par Alvina Ruprecht

  Ce voyage théâtral à travers les extraits de huit œuvres de Maryse Condé, narré par l’écrivaine « voyageuse » et guidé par la main du metteur en scène Jean-Michel Martial, a eu sa première au Ciné-théâtre Lamentin lors du Premier congrès international des écrivains de la Caraïbe en Guadeloupe. Cette traversée scénique des multiples personnages femmes venus de tous les lieux, toutes les classes sociales, toutes les origines culturelles voire de divers moments historiques, semblait symboliser le réseau de relations constitutif de la Caraïbe évoqué lors du colloque. Et surtout, cette pièce incarne le projet Théâtre Caraïbe – le Répertoire, une entreprise que Jean-Michel Martial et son équipe de spécialistes sont en train de réaliser, grâce à l’appui de la Région Guadeloupe. Disons-le en passant, cette vision d’un rassemblement des meilleurs écrits dramaturgiques sélectionnés de l’ensemble de la production théâtrale caribéenne (écrits qui seront analysés, mis en scène, traduits en français et publiés avec commentaires à l’appui), rentre tout à fait dans l’esprit des conclusions énoncées par les fondateurs de la nouvelle association des écrivains, mise en place pendant le congrès en Guadeloupe. La nécessité vitale d’un rapprochement entre les écrivains et les artistes de la région ne fait plus de doute et ce qui était déjà depuis très longtemps une évidence parmi les créateurs les plus perspicaces, est enfin pris en charge par les institutions de l’état.

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Censure d’Etat

Mort au poison salutaire du théâtre

Convoi militaire français, à Madagascar, le 25 septembre 1947 (AFP).

Par Bruno Tackels


 Au mois de septembre, le metteur en scène Thierry Bedard travaille à Madagascar, avec l’écrivain Jean-Luc Raharimanana. Au Centre culturel français de Tananarive, ils créent 47, un spectacle important, présenté quelques jours plus tard dans le cadre du dynamique Festival des Francophonies de Limoges. L’enjeu est de ranimer la mémoire douloureuse de l’insurrection malgache contre la colonisation française, en 1947, atrocement réprimée dans le sang. Sur un mode très simple, deux acteurs (un malgache et un français), comme une veillée des morts, les mots réveillent ce terrible moment de l’histoire de France, qui n’a aucune existence collective dans notre Histoire de France. Lors de sa création à Madagascar, devant un public essentiellement malgache, le spectacle a suscité de nombreuses réactions, affectives, humaines, citoyennes, politiques. Là, on se dit que le théâtre tape juste, qu’il répond à sa mission profonde, qu’il a encore de beaux jours devant lui.

A Limoges, il se disait déjà que les choses n’avaient pas été simples, lors de la création de 47. Que des pressions avaient été exercées pour ne pas réveiller de mauvais souvenirs : pas le moment, pas comme ça. La realpolitik, toujours. Et puis voilà que la bombe éclate. La force du spectacle appelle naturellement de le faire tourner dans l’ensemble de la zone de l’Océan indien. Il est proposé à la diffusion dans les Centres culturels français de la région. Début novembre, « 47 » est retiré des propositions de programmation.

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Théâtre pour tous

Salle Aimé Césaire Lycée Shoelcher

 

 1- Le premier mercredi de chaque mois , à 16h30 précises, un temps de réflexion sera consacré aux ateliers de pratique artistique théâtre. Les collègues ( des ateliers théâtre) pourront échanger sur les différents aspects de leur travail partenarial, l'avancée du projet, les difficultés rencontrées, les solutions à mettre en œuvre, etc...

Ensuite, ils pourront assister à la projection sur grand écran du DVD d'une pièce de théâtre, choisie parmi les 40 œuvres filmées dont dispose l'ADAPACS. La projection sera suivie d'une discussion. Le but est de proposer des mises en scènes particulièrement intéressantes, et d'enrichir notre culture théâtrale en confrontant nos opinions.

-2- Les autres mercredis, seront consacrés au jeu théâtral sous toutes ses formes, depuis la gamme infiniment riches des exercices dits d' "échauffement" qui portent en germe le geste théâtral, jusqu'au travail sur les situations, sur les personnages, sur les textes que nous aurons décidé d'approcher. Les objectifs pourront ne pas être les mêmes pour tous: lecture, mise en espace, mise en scène. Tout dépendra du nombre des présents, des choix qui seront faits et de la motivation du groupe.

Rendez-vous, donc, mercredi prochain, 17 décembre 2008 à 16h 20, précises, pour que, passé le moment convivial où on se dit " bonjour-comment-ça-va", nous puissions commencer à l'heure. N'oubliez pas de porter ou d'apporter une tenue pratique et souple.

D'ici là, pensez à ce que vous avez envie de faire, apportez des textes, des idées et des rêves, c'est de tout cela que le théâtre d'aujourd'hui se nourrit, et c'est bon pour la santé.

Bien cordialement.

Michel Dural, Président de l'ADAPACS

 

Théâtre

Par Marius Gottin

 

 José Exélis a le nez fin, ou creux. Peut être les deux, j’ai oublié la différence. Vous me direz: c’est son côté artiste, d’aucun diraient handicapé, vous savez lorsque certains, souffrant par ailleurs de manques, développent des facultés particulières qui font qu’ils ressentent les choses différemment et c’est ce ressenti particulier qui explique la vision du monde qu’ils nous restituent en tant qu’artiste.

Il y a de cela plus d’un mois, l'intéressé m’appelle et m’annonce qu’il a pensé à moi pour introduire un débat tournant autour du thème : Théâtre & politique…et me revient cette déclaration de l’ancien président du parlement international des écrivains, l’américain Russel Banks: « la fonction de l’écrivain est de faire en sorte que nul ne puisse ignorer le monde et que nul ne puisse s’en dire innocent »

Ah bon, cela veut dire qu’à un moment ou à un autre, il faut dire les choses, les nommer, les mettre sur la table ? Sur les questions qui agitent le théâtre (et notre société martiniquaise empêtrée dans des questions identitaires) cela fait déjà trois ans au moins que ces questions tarabustent l’auteur, le metteur en scène, le comédien José  Exélis; et qu’il nous invite, cette année encore, à y réfléchir, à la mise en relation, mise en perspective de deux mots recouvrant deux activités dissemblables mais rien n’est moins sûr, « théâtre et politique ».

S’il est une chose que j’éclaircirai d’emblée, c’est bien cette notion de politique qu’il nous faut prendre au sens premier de la polis des Grecs (reposant, pour faire court, sur l’organisation collective et la communauté de biens des citoyens dans la cité), si loin de ce qui est de nos jours généralement appréhendé comme la seule relation pas toujours nette d’un électeur avec le Pouvoir et les institutions qui l’incarnent, tout le monde prétendant œuvrer pour le bonheur du plus grand nombre.

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Au Japon, les robots font du théâtre

  Le théâtre entre dans l'ère de la robotique. Mardi 25 novembre, à l'université d'Osaka, dans l'ouest du Japon, la presse a pu assister à la première pièce jouée par un humain, la comédienne Minako Inoue, et un robot humanoïde, Momoko, conçu par la société Mitsubishi.
 

Cette pièce expérimentale de vingt minutes a été écrite et mise en scène par Oriza Hirata, une figure de l'avant-garde japonaise. Né en 1962, Oriza Hirata vit et travaille à Tokyo, où il fait du théâtre dans sa maison d'enfance. C'est un personnage et un dramaturge important. A 16 ans, il a parcouru seul et à bicyclette quelque 20 000 kilomètres à travers l'Europe. Puis il a étudié, à Tokyo et en Corée, avant de créer sa compagnie, en 1988. Depuis, il a écrit une vingtaine de pièces, dont certaines font le tour du monde, en passant par la France, où son théâtre est régulièrement joué depuis 2000. Oriza Hirata est venu en personne présenter Tokyo Notes au Théâtre de Gennevilliers et à l'invitation du Festival d'automne.

Sa pièce expérimentale d'Osaka, qui pour l'instant n'a pas de nom, pourrait faire l'objet de représentations publiques en 2009. On ne sait pas encore exactement quand, mais ce jour-là devrait marquer l'histoire de l'art dramatique.

B. Sa.

Article paru dans l'édition du 28.11.08 Le Monde

 

Journée Internationale du Théâtre-Education : 27 Novembre 2008

 

 En tant que Président d’IDEA, j’ai l’honneur de déclarer le 27 novembre Journée Internationale de l’Education Artistique en Théâtre. Nous avons désormais une date spécifique pour célébrer notre riche et singulière contribution au projet global de développement de l’éducation des hommes, des droits de l’homme et de la paix pour tous, et tout particulièrement pour les jeunes, les enfants et les exclus menacés par la violence.
Ce n’est pas, bien sûr, la meilleure période pour une célébration. Toutes les générations et tous les continents prennent douloureusement conscience du réchauffement de la planète, des nombreuses inégalités sociales, de la violence, de la pauvreté et du SIDA qui touchent nos vies personnelles et menacent notre avenir. Chaque professeur de théâtre, chaque élève, artiste de théâtre et communauté semble placer au cœur de son activité artistique quotidienne la question de la déshumanisation croissante et du désespoir des jeunes soumis aux pressions insoutenables de la compétition mondiale. Et depuis le 11 septembre, des crises financières quotidiennes menacent de transformer vos maisons, écoles et lieux de travail en un atelier global du désespoir ou en un théâtre du déni.

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Un Marmonneur Providentiel.?

Je suis un gueuleur …

par Christian Antourel

Aimé Césaire a mis de la dynamite dans le cœur de celui qui l’écoute, du piment comme amour, sur la blessure qui s’ajoute …

« Il faut rêver, il faut agir »

- Tout est dit, le voyage de l’homme noir vers la lumière. Dire le venin et cracher la hargne, toute la rage de l’imprécateur, mais «  passeur »de rêve. Le poète a capté dans l’espace d’extraordinaires messages… «  pleins de poignards de nuits, de gémissements ; une vaste improvisation de tornades, de coups de soleil… » Reste maintenant la façon d’écrire la manière de restituer limpide «  tout le sang dans sa mémoire … homme seul emprisonné de blanc.

 

Un marmonneur providentiel?
Je suis un Gueuleur

de Hervé Deluge

 On connait bien Hervé Deluge . Il a  travaillé ces derniers temps sous la direction de Lucette Salibur. Les résultats étaient inégaux, avec une question lancinante : qui du comédien ou du metteur en scène devait payer la facture? Le spectacle proposé les 20 et 21 novembre 2008 à l'Atrium donne une réponse en forme de pirouette. Hervé Deluge se met en scène lui-même. Avec un coup de main de Rudy Sylaire il est vrai. Le matériau central d"Un marmonneur providentiel" est tiré de "Cahier d'un retour au pays natal", "Et les chiens se taisaient" et aussi d'autres textes césairiens. Hervé Deluge connait son Césaire. Une des qualités de ce travail, il en a plusieurs, est de mettre en évidence une force d'interprétation du verbe du poète qui le porte à une telle incandescence que la forme se consume ne laissant subsister que le trait acéré qu'elle enveloppait. Hervé Deluge  a fait une vraie lecture des textes de Césaire, en se les appropriant de façon charnelle, en leur faisant l'amour, et nous les restituant, transformés par la seule magie du dire, en une langue presque naturelle. Et ce n'est que par moments fugaces, au détour d'un vers trop connu, quand la brillance de la forme fait écran, que le spectateur se souvient et se dit :"Mais c'est du Césaire!" Comme s'il pouvait en être autrement! Hervé Deluge  incarne, donne corps à des textes, trop souvent cantonnés par le lecteur dans le nimbe doré de l'art poétique. Il donne aussi de son corps avec une belle occupation du plateau, même si l'épisode de la roue qui ouvre le spectacle a semblé un peu long. Avec peu de moyens, des objets scéniques en petit nombre (une roue pour l'essentiel), mais innovateurs pour la Martinique, et une utilisation parcimonieuse, assujettie au propos qu'elle accompagne, la scénographie de Valéry Pétris   et Dominique Guesdon, qui est aussi aux lumières, est une vraie réussite. Les images vidéo, par contrecoup, , notamment celles de coraux balancés par la mer, paraissent beaucoup plus banales. 

Mais la première qualité de ce travail est peut-être d'avoir réussi à fédérer autour de lui, sous la forme de concours vocaux à une bande son, les apports d'une dizaine de comédiens et metteurs en scène martiniquais. Ce qui n'est pas rien! Les raccords du comédien avec la bande sonore manquaient parfois de répétition, de pratique.

On regrettera la frilosité de la programmation de l'Atrium qui a limité à deux représentations un spectacle qui méritait bien plus. L'audace et la prise de risques en matière théâtrale martiniquaise sont des denrées rares.

R.S.

 

Lettres à l'humanité

de José Pliya

  L’évidente théâtralité des textes épistolaires explose ici encore dans un spectacle puissant, poignant que défendent trois comédiens brillants. Un état des lieux du monde contemporain qui puise son authenticité dans la triste vérité de l’Histoire.


Une blague juive ouvre le bal. Jean-Pierre Becker, sans chercher à emphatiser avec des accents et tics ethniques, s’avère un excellent conteur. Difficile d’en attendre moins d’un comédien qui réunit une carrière qui navigue entre Shakespeare, Tchekhov, Blier et Rivette. Cette blague un peu potache ne donnera pas le « la », bien au contraire. En parfait contrepoint à ce qui suit, elle annonce ce qui ne viendra pas.


En lieu et place aux attentes induites par cet étrange prologue, une série de textes prodigieusement écrits, ciselés, travaillés, peaufinés. Des lettres plus exactement. Des courriers adressés essentiellement aux « grands » de ce monde : Hitler, Ben Gourion, Pétain, De Gaulle, Schwarzenegger (le gouverneur, bien sûr). Ces lettres n’ont pas toujours pour dessein une requête. Elles se contentent parfois de relater des faits, anecdotes dont les locataires des hautes sphères du pouvoir n’ont pas plus cure que conscience de leur dimension parfois tragique.

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Un marmonneur providentiel?
Je suis un Gueuleur

de Hervé Deluge

 On connait bien Hervé Deluge . Il a  travaillé ces derniers temps sous la direction de Lucette Salibur. Les résultats étaient inégaux, avec une question lancinante : qui du comédien ou du metteur en scène devait payer la facture? Le spectacle proposé les 20 et 21 novembre 2008 à l'Atrium donne une réponse en forme de pirouette. Hervé Deluge se met en scène lui-même. Avec un coup de main de Rudy Sylaire il est vrai. Le matériau central d"Un marmonneur providentiel" est tiré de "Cahier d'un retour au pays natal", "Et les chiens se taisaient" et aussi d'autres textes césairiens. Hervé Deluge connait son Césaire. Une des qualités de ce travail, il en a plusieurs, est de mettre en évidence une force d'interprétation du verbe du poète qui le porte à une telle incandescence que la forme se consume ne laissant subsister que le trait acéré qu'elle enveloppait. Hervé Deluge  a fait une vraie lecture des textes de Césaire, en se les appropriant de façon charnelle, en leur faisant l'amour, et nous les restituant, transformés par la seule magie du dire, en une langue presque naturelle. Et ce n'est que par moments fugaces, au détour d'un vers trop connu, quand la brillance de la forme fait écran, que le spectateur se souvient et se dit :"Mais c'est du Césaire!" Comme s'il pouvait en être autrement! Hervé Deluge  incarne, donne corps à des textes, trop souvent cantonnés par le lecteur dans le nimbe doré de l'art poétique. Il donne aussi de son corps avec une belle occupation du plateau, même si l'épisode de la roue qui ouvre le spectacle a semblé un peu long. Avec peu de moyens, des objets scéniques en petit nombre (une roue pour l'essentiel), mais innovateurs pour la Martinique, et une utilisation parcimonieuse, assujettie au propos qu'elle accompagne, la scénographie de Valéry Pétris   et Dominique Guesdon, qui est aussi aux lumières, est une vraie réussite. Les images vidéo, par contrecoup, , notamment celles de coraux balancés par la mer, paraissent beaucoup plus banales. 

Mais la première qualité de ce travail est peut-être d'avoir réussi à fédérer autour de lui, sous la forme de concours vocaux à une bande son, les apports d'une dizaine de comédiens et metteurs en scène martiniquais. Ce qui n'est pas rien! Les raccords du comédien avec la bande sonore manquaient parfois de répétition, de pratique.

On regrettera la frilosité de la programmation de l'Atrium qui a limité à deux représentations un spectacle qui méritait bien plus. L'audace et la prise de risques en matière théâtrale martiniquaise sont des denrées rares.

R.S.

 

L'entretien de M. Descartes avec M. Pascal le Jeune

de Jean Claude Brisville

THEATRE DE FORT-DE -France, les 29, 30 et 31 octobre

par Laurence Aurry

avec Daniel Mesguich et William Mesguich Entre Descartes, le citoyen du monde et Pascal, le farouche janséniste, la rencontre semble impossible : d'un côté, le philosophe rationnel qui parcourt l'Europe; de l'autre, le mathématicien sceptique, dominé par la foi qui recherchera la solitude et la retraite à Port-Royal. L'idée géniale du metteur en scène est d'avoir su imaginer, à partir d'une entrevue qui a eu lieu à huis clos, le 24 septembre 1647, dans le couvent des Minimes, l'échange de ces monstres sacrés du XVIIè siècle.

L'habileté de l'entretien imaginé par Jean-Claude Brisville réside dans son agencement qui ne s'apparente pas à un simple montage d'éléments biographiques, envisagés arbitrairement d'une manière chronologique. L'adaptation a su partir des attentes supposées des deux philosophes à cette période, saisis chacun à un tournant de leur vie. Pour Descartes, prêt à entreprendre son dernier voyage en Suède, il s'agit de poursuivre et d'approfondir les recherches scientifiques et philosophiques qui permettent de mieux comprendre son univers. Il voit dans le jeune et brillant Pascal un possible successeur et il espère qu'il se nourrira de ses recherches. Peut-être sont-ce ses théories de "l'arbre de la science" ou ses Principes de la philosophie qu'il lui demande d'examiner. Mais, le jeune mathématicien, qui vient d'avoir la révélation de la foi, a d'autres attentes. Il tend à se détourner de la science qu'il juge vaine et dangereuse. Il y voit de l'orgueil, de la vanité. Tout entier habité de l'angoisse métaphysique, il ne pense qu'à la question du Salut et de la Grâce, préoccupation centrale qui sera développée plus tard dans les Lettres à un provincial où il prendra avec ardeur la défense de la cause janséniste. Dans cet entretien, il espère une aide de Descartes pour faire libérer son ami, Antoine Arnauld, emprisonné et accusé d'hérésie. Il s'agit donc de faire vivre sur scène le conflit de ces deux éminents philosophes.

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Un Opéra créé par le Théâtre Vollard au Théâtre Jean-Vilar de Vitry.

Maraina. L’aventure des premiers Réunionnais

 

  Maraina, nous transporte dans les sillages d’un Giancarlo Menotti atonal, d’un théâtre lyrique de George Gershwin aux rythmes de jazz, et des créations visuelles et multimédia postmodernes de Bob Wilson assorties des accès mélodramatiques et des conventions bien ancrées dans la tradition d’opéra léger. Ajoutons les danses et les chants d’inspiration malgache dont les traditions ont profondément marqué l’île de la Réunion et le résultat est une création qui étonne et bouleverse.

Une des grandes qualités de ce spectacle est justement le fait qu’il nous apprend beaucoup sur l’histoire de la Réunion, comme l’ont fait d’ailleurs, presque toutes les oeuvres scéniques d’Emmanuel Genvrin, dont les textes sont publiés à la Réunion mais qui restent peu connues en Europe.

Toutefois, ce spectacle est aussi un magnifique voyage artistique grâce à l’immense talent de toute l’équipe : l’auteur du livret et metteur en scène Emmanuel Genvrin (fondateur de la troupe Vollard), le compositeur et chef d’orchestre Jean-Luc Trulès, le scénographe Hervé Mazelin, les solistes de premier ordre et des danseurs et membres du chœur venus de la Guadeloupe, de la Martinique, de Tahiti, de la Réunion, de Madagascar et du Val de Marne. Créé à la Réunion en 2005, Maraina faisait salle comble ce dimanche après-midi d’octobre 2008, au théâtre Jean-Vilar à Vitry.

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Marie Stuart, fable sur le pouvoir de Friedrich Schiller

Marie-Céline Tuvache et Isabelle Siou

Théâtre de Fort-de-France les 7,8,9,10,11 octobre à 19h30

Par Laurence Aurry

 Choisir un drame romantique historique comme Marie Stuart aujourd'hui où le théâtre se fait de moins en moins politique et où la politique se donne de plus en plus en spectacle, relève de la gageure. Comment intéresser les spectateurs contemporains à un conflit qui peut leur paraître si lointain ? Comment rendre la force et le souffle du grand dramaturge allemand, Schiller ? Comment traduire à travers la rivalité de ces figures féminines héroïques, Marie Stuart et Élisabeth 1ère, les enjeux idéologiques, moraux et religieux qui traversèrent le XVIè siècle, en proie aux guerres de religion, et le XVIIIè siècle, avide de libertés ?

La tentative est louable. Le choix des costumes et la scénographie témoignent d'une recherche intéressante. La couleur des vêtements, le rouge, le mauve, le gris, symbolise assez bien la passion ou l'austérité selon qu'il s'agit de la séduisante Marie Stuart, de la digne Élisabeth ou des sombres lords, juges de Marie Stuart. Les lignes droites des costumes masculins renforcent le caractère martial de leur personnage. La scène, recouverte de sable, suggère grâce à un effet visuel et sonore, une plage ou une arène où s'affrontent les personnages.

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"Marie Stuart"

par Roland Sabra

Marie-Céline Tuvache et Isabelle Siou Assis en fond de scène du début à la fin du spectacle, ils attendent leur tour pour venir dans la lumière sur le devant du plateau. Peut-être figurent ils aussi, par leur présence immobile le rôle des conseillers de l'ombre? Avant de prendre la parole le plus souvent ils contournent le cercle de feu dessiné sur le sable de la scène, se tenant à la lisière du jour et de la nuit. Seules les deux reines occupent plus systématiquement le centre de l'espace. Les comédiens se font souvent récitants comme pour mieux s'effacer derrière le texte. Il s'agit là d'un théâtre minimaliste dans sa figuration et d'une exigence affirmée dans sa conception, d'une grande épure qui use de sobriété pour faire valoir un texte dont la traduction retenue est la plus classique. L'atemporalité de la thématique abordée dans la pièce relève d'un affrontement éternel, celui qui oppose principe de plaisir et principe de réalité. La mise en scène valorise la soumission douloureuse de Elisabeth 1ère aux impératifs qui sont ceux de sa charge. Elle  sacrifie sa vie de femme, demeurant une "reine vierge" en n'acceptant dans son lit que la raison d'Etat. Face à elle Marie Stuart tente un compromis impossible, ou plutôt cède à ses passions, celles de son chemin de croix.  Mais au delà de ce qui les oppose, les deux reines partagent une même condition, celle de femmes de pouvoir dans une société qui ne laisse que très peu de place aux femmes. Plus précisément le texte n'élude pas la question des rapports de domination hommes/femmes et souligne l'incompatibilité absolue qu'il peut y avoir, pour l'une et l'autre, sur des registres tout à fait opposés, l'une épousant ses amants pour son malheur, l'autre épousant son malheur au détriment de ses amants, à vouloir concilier femme-maitresse et maitresse-femme dans une société patriarcale.

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Le Complexe de Thénardier

Texte : José Pliya

Mise en scène : Denis Marleau

 

Phot de José PliyaQuand l’ombre des ailes du vampire s’abat au fond des âmes

Par Sylvie Chalaye

Dialogue improbable entre une servante et sa maîtresse, une fille placée et sa tutrice, une Vidomégon et sa tatie, entre une fille adoptive et sa mère, entre la rescapée d’un génocide et celle qui lui a sauvé la vie, entre une force d’avenir et un attachement au passé… Le complexe de Thénardier est une pièce du dramaturge franco-béninois José Pliya (aujourd’hui caribéen d’adoption puisqu’il dirige la Scène Nationale de l’Artchipel à la Guadeloupe) que vient de monter le canadien Denis Marleau. Mais c’est sur le vieux continent, à Limoges, dans le cadre du 25e Festival des Francophonies en Limousin, en septembre dernier que la création du metteur en scène québécois a vu le jour. Au delà de la situation dramatique première qui pourrait convoquer une nouvelle variation sur le rapport hégélien entre maître et esclave, la maîtresse ne voulant pas laisser partir l’esclave qui demande son affranchissement, il y a une portée métaphorique qui prend toute sa valeur dans la perspective transatlantique qui accompagne cette création. Tandis que dans la tête de la jeune Vido qui demande à partir, poussent des rêves de ciel et de grands espaces, comme celui du « soldat aux cheveux bleus qui sent bon le Dakota », la tête de Madame, qui refuse de la laisser s’en aller, est au contraire encombrée de souvenirs sombres à l’obscurité inarticulable. Tout se passe un peu comme si le nouveau monde affrontait la vieille Europe en une tentative de se détacher par une inexorable dérive historique de

 

TEXACO, à l’Atrium

 

Par Laurence Aurry

Jean-Stéphane Souchaud dans TEXACO Certes, quand on lit Texaco, le roman de Patrick Chamoiseau, récompensé du Prix Goncourt en 1992, et qu'on imagine une adaptation théâtrale de cette œuvre, on pense spontanément, pour représenter les personnages haut en couleur de la vieille câpresse, Marie-Sophie Laborieux ou de son père, le "nègre-chien" affranchi, Esternome, à des acteurs antillais talentueux comme Aurélie Dalmat ou Jacques Martial, par exemple. Et lorsqu'on découvre la scène avec ce jeune comédien fluet, Jean-Stéphane Souchaud, plus blanc qu'un mabouya, on reste circonspect. Il semblait si logique et naturel de la voir jouer par des acteurs qui portent encore en eux l'empreinte indélibile du lourd passé de l'esclavage.

Il soufflait donc, vendredi 26 septembre, dans la salle Frantz Fanon, un vent de scepticisme assez perceptible que l'accent plat de Jean-Stéphane Souchaud attisait.

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ATRIUM les 26 & 27/09/08 à 20 h

« Texaco » par La Nuit Venue


  En adaptant « Texaco », roman de Patrick Chamoiseau, Jean-Stéphane Souchaud de la compagnie La Nuit venue n'a pas choisi la facilité. Roman foule partiellement écrit en créole, le prix Goncourt 1992 couvre trois générations martiniquaises par la voix de Marie-Sophie Laborieux, petite fille du dernier esclave. Les difficultés sont nombreuses (langage, multiplicité des tableaux, contexte), aussi le comédien s'est fait aider par Dominique Unternehr pour l'adaptation et par Gilles Lefeuvre pour (a mise en scène. Le résultat est probant, étonnant parfois. L'élasticité de Souchaud semble sans limite. Noir, blanc, homme, femme, jeune, vieux, sage, fou, esclave, maître, il y a quelque chose du music-hall dans la manière qu'il a de coiffer un chapeau pour changer de rôle sous les portraits de de Gaulle et d'Aimé Césaire
 

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Quelques brèves d’Avignon
par Laurence Aurry

NOTES D’AVIGNON 2008 de Alvina Ruprecht

 

Rentrée théâtrale : brochette de stars pour le privé, reprises pour le public

'Athénée-Louis-Jouvet
Le Théâtre de l'Athénée-Louis-Jouvet, à Paris. AGATHE POUPENEY/FEDEPHOTO
Laetitia Casta, Jacques Vergès, Raymond Depardon et Marcel Pagnol : une sélection de spectacles

  Michel Bouquet donne le coup d'envoi de la rentrée, à Paris, avec Le Malade imaginaire, de Molière, qu'il joue à la Porte-Saint-Martin à partir du 5 septembre. C'est l'une des têtes d'affiche du théâtre privé, qui aligne une jolie brochette de noms connus.

Au rang des actrices que Jean-Claude Brialy appelait " Mademoiselle ", il y a Laetitia Casta, dans Elle t'attend, la nouvelle pièce de Florian Zeller (Madeleine, à partir du 9 septembre), et Clotilde Courau, qui rejoint Pierre Arditi dans Faisons un rêve, la pièce de Sacha Guitry mise en scène par Bernard Murat, qui a fait une audience record (5,4 millions de spectateurs) lors de sa diffusion sur France 2, le 3 novembre 2007 (Edouard-VII, à partir du 9 septembre).

Myriam Boyer, elle, retrouve La Vie devant soi, adaptée du roman d'Emile Ajar, qui lui a valu le Molière de la meilleure comédienne (L'Œuvre, à partir du 9 septembre). Quant à Zabou Breitman, elle se lance dans un pari intéressant : porter à la scène, sous le titre Des gens, deux documentaires de Raymond Depardon, Urgences et Faits divers (Petit-Montparnasse, à partir du 12 septembre).

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Aperçus du Festival de Fort-de-France

par Selim Lander

L’étrangère

Habitué à louer la programmation du Théâtre de Fort-de-France, nous avons été d’autant plus désagréablement surpris par le choix de cette Etrangère. On comprend qu’une intrigue qui mêle les fameux (ou fameuses) « touloulous » guyanais au culte Vaudou et aux racines africaines des noirs des Amériques puisse avoir a priori une certaine résonnance auprès du public martiniquais. Mais cela constitue-t-il un argument suffisant pour faire venir une pièce qui – au moins dans la mise en scène qui nous a été proposée – ne parvient jamais à créer l’émotion (ou a défaut le simple plaisir) qu’on attend du théâtre ?

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Luc Bondy dévoile " Les Bonnes "

Les bonnes de jean genet  Beaucoup en rêvent, Luc Bondy va le faire : mettre en scène Cate Blanchett au théâtre. Au printemps 2007, l'actrice australienne est venue à Vienne avec son mari, Andrew Upton, qui codirige avec elle un théâtre à Sydney. Ils voulaient voir Le Roi Lear, de Shakespeare, mis en scène par Luc Bondy, dont Andrew Upton connaissait le travail : il avait déjà vu Hercules, l'opéra de Haendel, à New York, et Cruel and Tender, la pièce de Martin Crimp, à Londres.

Cate Blanchett, elle, allait à la découverte. Après la représentation du Roi Lear, elle a demandé à Luc Bondy de la diriger dans Grand et petit, de Botho Strauss. Cela se fera en 2010. La création aura lieu en mars à Sydney. Ensuite, le spectacle ira à Londres un mois, puis à Vienne dans le cadre du WienerFestwochen, le Festival que dirige Luc Bondy, puis en Allemagne, à la Ruhr Triennal. En tout, Grand et petit devrait être joué soixante-dix fois.

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Festival de Trinité 

Les monologues du vagin

mise en scène Jacques-Olivier Ensfelder

En clôture du festival de Théâtre Amateur de Trinité Jacques-Olivier Ensfelder présentait les désormais célèbres " Monologues du vagin". Jacques-Olivier Ensfelder  est un ancien élève de l’école supérieure d’art dramatique de paris, il a joué dans de nombreuses pièces de théâtre à la télévision et au cinéma. Prix du meilleur acteur au festival caribéen du court métrage, et prix du scénario d’outre mer organisée par RFO aux festivals de Cannes, il s’adonne à l’écriture et a publié deux recueils de poèmes aux éditions Librairie Galerie Racine. Il est aussi intervenant en milieu scolaire agrée DRAC et Education Nationale, et professeur d’art dramatique. Un homme du métier en quelque sorte. La pièce de Eve Ensler a  beau avoir fait le tour du monde, été jouée des milliers de fois, mise en scène pas loin d'une centaine de foi, elle garde une charge corrosive absolument délicieuse. Ensfelder a choisi de représenter sur scène le bureau de l'auteure, dans lequel vont défiler les femmes venues témoigner des rapports qu'elles ont avec leur sexe, leur vulve, leur vagin, etc. ( la liste et longue et c'est d'ailleurs l'objet d'une saynète très drôle) de ce qu'elles en  font, de ce qu'elles attendent que les autres, hommes ou femmes, en fassent, et d'un façon plus générale de la considération due à cette partie de leur anatomie.

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Festival  2008 de Trinité

Quand on aime (le théâtre), on a toujours 20ans

  Un des bonheur de chroniqueur de théâtre est de faire une découverte. Un soir comme ça, vous prenez votre voiture pour affronter les embouteillages, les chauffards, la pluie, la route glissante et la nuit tombante. Une heure pour faire moins de 30 kilomètres, en conduisant vous pensez non pas à la mort de Ivan Illitch mais à Ivan Illich le sociologue écologiste qui avançait que si l'on additionnait au temps passé dans nos bagnoles le temps de travail nécessaire à leur achat et à leur entretien pour diviser la distance parcourue, la vitesse obtenue serait telle qu'on achèterait tous des vélos. Bref, vous êtes un peu morose en allant au Festival de théâtre amateur de Trinité. Vous avez beau être ravi de l'initiative, vous déplorez l'absence quasi totale de communication autour de l'évènement et pour clore le tout vous vous dites que vraiment la municipalité aurait pu investir un minimum dans l'amélioration de la salle et qu'il s'agit là de la part des édiles d'une opération low coast. Et comme il se doit, le spectacle commence avec une bonne demi-heure de retard sur l'horaire prévu. Et vous voyez arriver sur scène, une troupe de seniors, de troisième âge qui pendant une heure trente va vous emporter dans une histoire dont l'argument est d'une banalité désarmante mais dont le récit est d'une toute autre facture.

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De la nécessiter d'organiser et de promouvoir le théâtre amateur en Martinique

   Le théâtre amateur en Martinique est bien vivace. Michèle Césaire vient de proposer au Théâtre de Foyal les Premières rencontres du Théâtre Amateur, en mai 2008, suivie par la ville de Trinité qui propose elle aussi des rencontres pendant la première semaine de juin. Jandira Bauer de Jesus l'an dernier dans "Madame Marguerite", la jeune Daniely Francisque le 22 mai de cette année, avec "Neg Pa Ka Mo", nous ont offert dans des registres très différents, des spectacles porteurs de promesses d'avenir. Il est grand temps, non pas de ressusciter le Centre Dramatique Régional (C.D.R.) mais de mettre en place une structure qui fédère les énergies investies par  de nombreux amoureux du plus bel art qui soit, en tout cas le plus complet. Début 2008, une rencontre à l'Atrium de gens du spectacle, pour dire vite, avait réuni une soixantaine de personnes amateurs dans leur immense majorité. On avait découvert ce soir là des pratiques multiples, isolées, solitaires, sans véritable réseau, à la recherche d'espaces, de lieux de répétition, de production. Des artistes travaillent à l'écart des circuits officiels en développant des thématiques qui ne correspondent pas toujours aux canons de la doxa ou bien qui traitent ces thèmes à travers un incessant dialogue entre la Caraîbe et les cultures d'outre-Atlantique, voire même de la vieille Russie. Le Bugaku, le Nô, le  Kyogen,  le Bunkaru, le Manzai,  le Kabuki du Japon d'avant l'ère Meiji ont sûrement à nous apprendre sur nous-mêmes. José Chalons et Yna Boulangé, avec Tête grainée nous ont montré, il y a déjà quelques temps, ce qu'il pouvait y avoir d'enrichissant à pousser jusqu'au Butô moderniste du pays du soleil levant en passant par l'Afrique ancestrale. A égale et grande distance d'un antillano-centrisme étriqué (Agoulouland) et d'un mimétisme occidental aliénant (Phèdre) ces troupes, ces compagnies explorent, sans aucun moyen, dans un manque matériel extrême, la diversité du monde pour mieux restituer la mosaïque caribéenne.  Ce dénuement, qui explique en grande partie les  évidentes imperfections de leurs travaux, n'est que le symptôme d'une crise plus générale de la culture en Martinique. Il serait grand temps, sans attendre "le" grand soir "institutionnel", que nos politiques s'en préoccupent.

R.S.

 

Je me considère depuis quelques années comme un metteur en scène "en chantier"

  Engagée! Dans toutes les acceptions les plus nobles du terme. D'abord dans son métier dont elle explore systématiquement, avec méthode et détermination toutes les palettes, ensuite dans chaque le mode d'expression retenu, sur scène elle impose avec force une présence dont l'évidence n'est pas à questionner. Les arts de la scène sont pour elle les espaces d'une construction identitaire, artistique et culturelle, qu'elle s'approprie avec un professionnalisme, pas si courant en Martinique. Elle a voulu maîtriser les modalités de l'interview qu'elle nous  à accordé et qu'elle considère comme une des dimensions de son métier. Quand elle est interrogée sur son intérêt ou son désintérêt pour ce que tout un chacun connait comme les "auteurs du répertoire", à savoir les Tchékhov, Shakespeare, Brecht, Molière, etc. elle fait semblant de ne pas comprendre la question, quand celle-ci se précise elle cite des auteurs contemporains dont la plupart ont une aura limitée, il faut bien le constater, au champ culturel caribéen. Comme si la recherche identitaire qui la porte était confondue, absorbée par une recherche illusoire des racines ou la quête mythique des origines ( cf. article de Jean-Bertrand Pontalis ). C'est le danger qui la guette que de se laisser absorber par le tropisme de l'insularité. Foi de néophyte d'une martiniquaise néo-implantée? Nostalgie d'un retour vers un ailleurs qui n'a pas été et qui n'en est que plus désirable? Le balancier d'avoir été trop retenu de l'autre côté de l'Atlantique n'en revient-il qu'avec plus de force, plus d'élan de ce côté ci?  C'est évidemment dans son aptitude à gérer la multiplicité de ses formations culturelles, sans en mutiler aucune, qu'elle tirera la force, l'originalité et l'intérêt pour un public de faire carrière.  Encore une fois le précepte d'Edouard Glissant la concerne au premier chef : "Agis dans ton lieu, mais pense avec le monde". On découvrira dans l'entretien ci-après une jeune femme dont l'étendue des talents n'a d'égale que la solidité et la résolution avec lesquelles elle souhaite les faire vivre et qui donc ne manque pas de s'interroger sur la politique culturelle en œuvre, ici dans son pays.  A suivre.

R.S.

Lire l'entretien avec Daniely Francisque

 

Daniely Francisque met en scène
"Nèg Pa Ka Mo"
Un travail prometteur...

Nèg Pa Ka Mo

   Daniely Francisque présentait à l'occasion du 160ème anniversaire de l'abolition de l'esclavage une nouvelle version de Nèg Pa Ka Mo, pièce dont elle est l'auteure et qu'elle a créée en 1995 en région parisienne. On peut résumer le propos comme étant : de la capture en Afrique à la mise à mort, sous le fouet, d'un nègre insoumis, figure identificatoire proposée comme miroir valorisant dans l'espace de l'habitation où l'honneur, le respect, la dignité n'avaient droit de citer que pour la caste esclavagiste. Une mamie raconte à sa petite fille ce que ça a été et son récit est entrecoupé de représentations du dire. Disons le tout de suite, il s'agit d'un théâtre porteur d'une parole, d'une affirmation, d'une volonté d'exister, d'un désir de vivre debout, tout à fait honorable. Et ce d'autant plus qu'il évite de tomber, de verser dans le théâtre militant réducteur. Si quelques passages pourraient être affinés, les enjeux politiques sous-jacents, les problématiques historiques sont assez bien restituées pour nous inviter à une véritable réflexion. On sort du spectacle non seulement envahi par l'émotion mais aussi habité par des questionnements qui travaillent encore le spectateur longtemps après.

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L'enfer d'un couple tabou

La pédophilie au centre de la pièce "Blackbird", de David Harrower

"Blackbird", de David HarrowerUn homme d'un certain âge, Ray (Maurice Bénichou), une jeune femme, Una (Léa Drucker). Ils ne se sont pas vus depuis longtemps. Il n'est pas à l'aise. Elle, apparemment, oui. Il ne tient pas à ce qu'on les voie ensemble. Il l'a amenée dans cette pièce, une sorte de salle de repos dans un entrepôt ou une usine. Armoires métalliques, une table de cantine, des chaises et une énorme poubelle qui déborde de canettes vides, d'emballages de pizzas ou de hamburgers, de bouteilles. Il y a même des détritus au sol.

Elle l'a retrouvé parce qu'elle a vu une photo de lui sur un magazine trouvé dans une salle d'attente. Il ne comprend pas pourquoi elle est là, pourquoi elle est venue, ce qu'elle cherche, ce qu'elle veut de lui. Il lui demande qui l'a envoyée. Elle ne répond pas. Elle bavarde comme si de rien n'était. Elle pose des questions sur ce qu'il est devenu, ce qu'il a fait de sa vie. Et puis, elle lui demande : " Tu as couché avec combien de filles de 12 ans ? "

Sordide ? Choquant ? Monstrueux ? Forcément. Mais une fois que l'on a admis l'impensable, ce que l'on voit c'est un homme et une femme qui se débattent dans ce qu'il faut admettre aussi comme une histoire d'amour. Que veut-elle alors de cet homme ? Que cherche-t-elle ? Se venger ? Régler ses comptes ? Comprendre ? Le sait-elle vraiment ? Les questions s'accumuleront sans qu'il n'y ait jamais vraiment de réponses.

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 José Pliya Michèle Montantin PolémiqueMontantin-Pliya

  Dans le beau numéro 168 de Cultures Sud dont  l'éditorial précise : "Outre le vaste panorama culturel que ce dossier propose, qu’il s’agisse de linguistique, de littérature, d’histoire, de musique ou encore d’arts visuels, [qu'] il tente d’abord d’élucider ce qui fédère et ce qui sépare les différents pays du bassin Caraïbe (des Antilles françaises aux portes du Brésil, d’Haïti et de la République Dominicaine à Saint Martin, de Cuba à Trinidad), et dont la problématique centrale se résume à la question suivante :  "Comment dégager une identité commune ? Comment mutualiser un patrimoine au-delà des divergences linguistiques et des tensions politiques ?", José Pliya écrit : "La pratique théâtrale, dans ces îles, est traversée par une tension, un dilemme des créateurs entre l’ancrage local et la diffusion à l’international. Bien souvent, ceux qui restent appauvrissent leur discours théâtral en termes d’esthétique mais gardent un « public » populaire et une reconnaissance « intra-muros ». De l’autre côté, ceux qui partent, s’enrichissent artistiquement, sont invités sur les scènes du monde, mais deviennent des inconnus dans leur île."

Ce qui lui vaut un réponse assez vive de Michèle Montantin qui rappelle à l'occasion ses états de services.

Il faut reconnaître que le dilemme devant lequel se trouvent de nombreux artistes antillais, rester ou partir, n'est pas une invention. Ici en Martinique, José Exélis, songe sérieusement à s'expatrier afin de poursuivre, dans un environnement artistique autre, l'aventure théâtrale qu'il a engagée. On peut le regretter, mais on ne saurait lui en vouloir.

Lire l'article de Pliya et la lettre de Montantin

 

« Le Dindon » de G.Feydeau

Une comédie délirante

  Tout fait divers devrait s’appeler Feydeau, tant l’auteur a le réflexe spontané de l’histoire surgie au coin du quotidien. De ces choses de peu d’importance, postures et gestes des plus anodins, il fait le vaudeville, comédie légère fondée sur l’intrigue et le quiproquo et la Cie Courtes Lignes présente cette pièce qui résiste à l’épreuve du temps, qui dit, sans y paraître l’humour dans son habit de lumière. Gardons nous d’applaudir trop tôt et voyons quel rythme, quelle mise en espace, quel imaginaire scénique nourri à la source buissonnière, hors l’académie du théâtre, dans une langue réinventée pour saltimbanques d’un théâtre de salon, mérite un tel succès. A n’en point douter, le verbe aimer le théâtre composé, conjugué de passion et de professionnalisme est un élément à considérer et quand on verra avec quel ravissement, l’esprit cocasse, la justesse du verbe et le geste précis précipitent dans l’élégance agitée les mots en chute exacerbée, il se peut que nous soyons convaincus.

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Le Dindon ou quand l’amateurisme devient du professionnalisme

La Compagnie Courtes Lignes, Théâtre de Fort-de-France les 7, 8, 9 et 10 mai

Par Laurence Aurry

La compagnie Courteslignes Avec Feydeau, on est assuré de séduire un large public, tant le dramaturge est passé maître dans les intrigues conjugales bien ficelées.

Avec Feydeau, la comédie domestique de le Belle Epoque a trouvé ses lettres de noblesse. Les situations complexes, les quiproquos, les coups de théâtre, les savoureux jeux de mots font de ses vaudevilles des spectacles très plaisants, même si la satire sociale n’est plus d’actualité.

Toute la gageure pour celui qui entreprend de monter une de ses pièces est d’arriver à restituer sa légèreté et à rendre l’effet comique en maintenant un rythme soutenu.

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Le Bourgeois Gentilhomme

 les 2 et 3 mai à L’Atrium

Groupe Ex-Abrupto, Toulouse

Par Laurence Aurry

Le groupe Ex-Abrupto, sous la direction de Didier Carette, metteur en scène et directeur du théâtre Sorano de Toulouse, nous a donné les 2 et 3 mai derniers une représentation du Bourgeois Gentilhomme, très originale. Un Molière comme on l’avait encore jamais vu joué ni même imaginé.

Un Bourgeois Gentilhomme, d’une grande audace et d’une grande force.

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Ce n'est pas une révolution, c'est une explosion : de 1968 à 2008, le nombre de salles de théâtre à Paris a doublé, et l'offre de spectacles a été multipliée au moins par cinq. En 1968, on comptait une soixantaine de salles, et une moyenne de 70 spectacles par semaine. Quarante ans plus tard, on dénombre 130 salles environ, et une moyenne de 300 spectacles par semaine, ce chiffre pouvant monter jusqu'à plus de 450 en période pleine.

L'"avignonisation" de Paris. Cette offre faramineuse, et désarmante pour un spectateur non averti, témoigne de ce que l'on appelle l'"avignonisation" de Paris, en référence à Avignon, où, à côté du Festival créé par Jean Vilar en 1947, le Festival "off", né autour de 1968, est passé de quelques spectacles à plus de 600 en moyenne par jour, pendant le mois de juillet.

 

Humour noir et rire jaune : la comédie grinçante des couleurs de l'empire colonial
"Qu'est ce que nous avons à faire de cela maintenant et ensemble ?"

 (Lotfi Achour)

A propos de la Comédie indigène jouée à l'Atrium

A l'Atrium de Fort-de-France
M. Jourdain, baroque et jubilatoire

par Roland Sabra

Le bourgeois gentilhomme  Didier Carette n'aime pas Molière. Il a du mal avec le théâtre du XVII ème siècle dont il trouve l'écriture trop « monologuante » et les personnages trop « monolithes ». Le contraire de ce qu'il aime dit-il. Le metteur en scène à des affinités avec Bretch, avec Shakespeare, pas beaucoup avec Jean-Baptiste Poclain. C'est pour des raisons économiques, pour assurer des recettes, il faut bien vivre, qu'il se contraint à monter « Le Bourgeois gentilhomme » pièce du répertoire dont le grand public est friand. Comme Didier Carette est un homme de paradoxes que les défis stimulent il confie le rôle de M. Jourdain à Georges Gaillard qui lui détestait franchement cette pièce et « Le Medecin malgré lui » avec. Le résultat? Il est jubilatoire!

Le travail de Didier Carette se situe dans la veine d'un théâtre baroque qu'il tire vers l'expressionnisme allemand à la Murnau pour inventer, à l'instar du cinéma de même nom, une sorte de théâtre noir, de théâtre d'horreur dans lequel il s'évertue à chercher dans les personnages les plus négatifs ce qu'il y a d'humanité profonde. Au lieu de faire de M. Jourdain un bourgeois prétentieux et ridicule il en fait un doux idéaliste, un peu paumé, curieux de tout et avide de savoir, persécuté par sa mégère de femme à la tête un peu trop près du bonnet. M. Jourdain est un rêveur perdu entre Zizi Jeanmaire et Sarkozy, entre « mon truc en plume » et sa rollex, entre les paillettes et le bling bling. Peut-être. Sans doute. Mais son entourage n'en parait que plus étroit d'esprit, plus mesquin, plus écrasé par les petites conventions, plus à l'aise dans la pataugeoire des médiocres renoncements au jour le jour. Il y a du Don Quichotte dans ce M. Jourdain.

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Les Rencontres théâtrales académiques en Martinique
Comptes-rendus


par Selim Lander

  Deux jours et demi de représentations non stop, trente-quatre spectacles différents (plus trois séquences de slam) pour cette fin d’année scolaire : des bouts de pièce montés par des élèves, collégiens, lycéens surtout, qui durent de dix à vingt minutes chacun et qui mobilisent au minimum deux élèves, au maximum une classe entière et ceci aussi bien à l’intérieur du cursus des élèves (options facultatives, options de spécialité) qu’en dehors du cursus (ateliers de pratique artistique). Tout cela suppose, on s’en doute, un effort considérable de la part des professeurs et des artistes, intervenants extérieurs, qui encadrent les élèves, comme de la part des techniciens de l’Atrium (qui accueillait les rencontres dans la salle Frantz Fanon). On ne peut pas les citer tous, mais on ne saurait manquer de signaler l’importance du travail du professeur Monique Percheron et de Jandira Bauer, la « metteuse en scène », les plus souvent présentes – ensemble ou séparément – sur les affiches.

Tous les élèves ne participent pas à ces représentations dans la même intention. Pour certains, c’est un galop d’essai avant la prestation devant un jury du baccalauréat. Pour d’autres, parfois les mêmes, c’est le rêve enfin concrétisé de jouer dans un vrai théâtre, avec musique et lumières, devant une salle pleine de spectateurs. Pour tous, c’est l’épreuve de vérité : est-ce qu’on saura « sortir » son texte sans se troubler, effectuer sans trembler les mouvements maintes fois répétés ? Epreuve de vérité aussi pour les autres : les partenaires qui paraissaient un peu faiblards lors des répétitions, sauront-ils se dépasser en cette occasion exceptionnelle ?

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La route
Une route pavée de mauvaises intentions

c’est guignol et c’est surtout l’enfer

par Christian Antourel


  Proposant un montage théâtral, au rythme ascendant presto, pour restituer à l’œuvre de Zakes Mda la vérité glauque hyper réaliste, la complexité du dialogue entre la musique et les mots dans le silence et les ruptures, Ewlyne Guillaume, entre passion et sagesse, signe là une pièce de genre et, dans sa mise en scène exemplaire sinueuse et forte, elle révèle par cette réflexion véritable ce qui se cache au détour des habitudes. Ewlyne est de ceux pour qui garder en haleine le spectateur constitue, outre une maîtrise dramaturgique, une conscience et une seconde nature. Elle porte un regard chirurgical sur les travers d’une société qui se travestit de bonne grâce jusqu'à l’hypocrisie, jusqu'à la violence, jusqu'à l’incompréhension et jusqu'à l’absurde. Pour rendre le « craquant » d’une tragédie humaine, comme d’un génocide apprivoisé, à peine voilé de noir et de blanc, Ewlyne réunit Serge Abatucci et Bass Dhem pour interpréter cette pièce, que son auteur présente folle allégorie de l’homme global et seul, transposée dans le pays de l’apartheid avec ses interdits, ses vérités dos à dos éclatées d’idéologie incompatible : incompréhension et manipulation brûlante et brutale d’un racisme certain.

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Fétou : la rencontre de la pédagogie et du théâtre,

ou l’art et la manière de mijoter une nourriture faite de structures sociales et  d’ingrédients pour la vie.

Théâtre et éducation

par Christian Antourel

 

  Ce n’est pas du théâtre, c’est pire. Théâtre et pédagogie, deux arts en un bientôt trois, puisque dans un coin de la scène voisine un discret talent qu’il est aisé de reconnaître alors même qu’il se fond dans cette matière encore nouvelle : enseignement et théâtre. A découvrir. Ces gens là ne sont en rien des fonctionnaires du bon goût, ce sont des artistes avec ce que cela comporte de liberté prise envers les standards de l’éducation. Voici leur étendard, en avant, façon « rebels » qui veut porter un enseignement fort tout en étant divertissement. C’est évidemment dans une action armée de courage que Charly Lérandy situe sa démarche sociale et humaniste, sa foi inébranlable dans la jeunesse d’aujourd’hui, celle de demain, capable d’anticiper un monde meilleur. Quand l’individualisme entraîne parfois sur des chemins chaotiques, le marginal mène son expérience et fixe des principes en solitaire, alors que la vie et la science se développent collectivement. Le théâtre est leur miroir. C’est donc du théâtre que s’identifient les atomes crochus et l’école de la vie.

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Ecorce de peines

Un moment de vérité et de deuil au théâtre de Fort-de-France

par Selim Lander

Théâtre D’ de Kabal]  On peut débarquer du « 9-3 », être nourri de la culture des banlieues, être porteur d’une identité bâtarde, avec du martiniquais mêlé à bien d’autres origines, et être néanmoins capable de s’adresser aux Antillais d’ici, à ceux qui ont fait le choix de rester dans le pays du premier exil, le pays des anciennes humiliations et des douleurs jamais complètement effacées. A en juger par l’émotion qui a saisi les spectateurs, D’ de Kabal, l’auteur et principal interprète d’Ecorce de peines, présentée à Fort-de-France le 17 avril, a su les toucher au plus profond et, qui sait ? leur apprendre quelque chose d’eux-mêmes qu’ils ignoraient, comme la fraternité profonde qui les lie aux « sauvageons » des banlieues, à l’égard desquels il leur arrive pourtant – quand la violence se met à déferler sur les cités – de tenir des propos dépourvus de toute compréhension.

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"Soweto"de Serge Bilé :
la recette d'un succès populaire
ambigu

par Roland Sabra
 Soweto texte de Serge Bilé

 Comme toute recette de cuisine tout dépend de l'endroit où vous concoctez votre plat. On ne fait pas une bouillabaisse de la même façon à Marseille, à Miami, à Tokyo, à Fort-de-France. Il est important de tenir compte des ingrédients locaux, de ce que vous pourrez trouver sur le marché.

Prenons l'exemple de Soweto, spectacle qu'il est difficile de qualifier, tant il relève de genres indéfinis, (comédie musicale? tour de chant? danses? music-hall? variétés?) et qui a suscité un enthousiasme populaire indéniable à l'Atrium de Fort-de-France. Les trois représentations ont été doublées et chaque fois elles ont fait salle comble.

Lire la suite et l'article de Rodolf Etienne de France-Antilles des  05&06/04/08

 

La Route de Zakes Mda

Ahmadou Tidiane Sall et Serge Abatucci

par Selim Lander


Ahmadou Tidiane Sall et Serge Abatucci dans "La Route"  Zakes Mda est un noir sud-africain, né en 1948 à Soweto, auteur de sept romans et de cinq pièces de théâtre. Il a dû s’exiler, a enseigné le creative writing à l’université d’Ohio, avant de revenir s’installer dans son pays. Sur la foi de La Route – présentée à l’Atrium de Fort-de-France les 11 et 12 avril 2008, après être passée par Avignon l’été précédent – on est forcé de conclure qu’il s’agit d’un écrivain talentueux et l’on regrette qu’il soit resté jusqu’ici si peu connu en France (trois romans ont néanmoins été traduits : Au pays de l’ocre rouge, Le Pleureur, La Madone d’Excelsior). Dieu sait pourtant qu’on pouvait redouter le pire : que peut bien apporter une pièce (de plus) sur l’apartheid qu’on ne sache déjà ? Nos craintes étaient heureusement injustifiées. Et, de fait, le théâtre n’a nul besoin de chercher des sujets originaux, les tragédiens français du Grand Siècle en étaient les premiers convaincus, eux qui revisitaient inlassablement les mythes antiques.


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"Lectures dramatiques"

dans les jardins du théâtre

par Laurence Aurry


  Il faut saluer l’initiative d’ETC Caraïbe et remercier Michèle Césaire et le Théâtre de Fort-de-France pour les lectures dramatiques publiques organisées dans les jardins du théâtre les 8 et 9 avril derniers.

ETC Caraïbe ( Ecritures Théâtrales Contemporaines en Caraïbe) est une jeune association dynamique qui s’est donné pour mission de susciter et de promulguer la création dramaturgique dans le bassin caribéen. Depuis quatre ans, elle organise des concours d’écriture permettant l’émergence et la révélation de jeunes talents. En partenariat avec le Rectorat et la DRAC, elle a mis en place dans les établissements scolaires et les prisons des rencontres avec des metteurs en scène, des acteurs et des auteurs confirmés. Dans les locaux de Fonds Saint-Jacques, éditeur, auteurs dramatiques viennent régulièrement animer des ateliers d’écriture pour les apprentis-dramaturges. ETC Caraïbe œuvre à l’ouverture et au métissage culturels. Avec ces intervenants de tous horizons (cubains, vénézueliens, canadiens, français, africains…) et ses actions dans de nombreuses villes en France (Paris, Avignon, Toulouse…) et à l’étranger (Montréal, Caracas, bientôt New York…) ETC Caraïbe offre une chance extraordinaire de faire rayonner notre culture insulaire et de nous ouvrir au monde.

Ainsi, les lectures dramatiques, organisées dans les jardins du Théâtre de Fort-de-France, nous ont permis de découvrir deux auteurs.

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 "Les Bonnes" : une création foyalaise

« Solange » Aïdoudi éblouissante dans une cérémonie sacrificielle, érotique et religieuse

par Roland Sabra

  Les comédiens et les comédiennes sont des êtres insupportables. Narcissiques, auto-centrés, mégalomanes, d'une redoutable fragilité qui se pare de la robe de l'infantilisme le plus indécrottable, on ne peut que les haïr de ne pouvoir faire du théâtre sans eux. Et pourtant... l'adage est bien connu qui affirme que l'on apprécie les gens que pour leurs qualités alors qu'on les aime pour leur défauts. Jandira de Jesus Bauer a été comédienne, ce qui explique pourquoi elle est sans doute assez folle pour s'embarquer avec trois comédiennes antillaises et monter « Les Bonnes » à Fort-de-France. Le résultat est à la mesure de l'entreprise, décalé, iconoclaste et fidèle, inventif et décapant, mais surtout réussi.

Toute l'œuvre de Genet peut se lire autour de deux axes, le bien/le mal, le masculin/le féminin. « Les bonnes » ont d'ailleurs été jouées plusieurs fois par des hommes. « Sol Ange » est un nom de personnage qui apparaît pour la première fois dans « Notre Dame des Fleurs » et Claire est aussi un signifiant qui renvoie à celui qui quitte le monde laïque pour le monde ecclésial. Il est des façons religieuses d'être païen. Jandira de Jesus Bauer inscrit son travail dans création dans la longue tradition des grands metteurs en scène qui du théâtre au cinéma se sont confrontés au texte de Genet. De Victor Garcia, à Claude Chabrol, en passant par Philippe Adrien, et Pierre Zadek, Jean-Marie Serreau, Roland Monod et Jean-Marie Patte, Tania Balachova, Alfredo Arias etc. ( la liste est longue...) tous évoquent une cérémonie, un rituel, une messe noire, un exorcisme.

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Les Bonnes au Théâtre de Fort-de-France

10, 11 et 12 avril 2008

Vertiges et folie dans le grenier des morts-vivants

par Selim Lander


« Au moins cette beauté doit-elle avoir la puissance d’un poème,

c’est-à-dire d’un crime ». Jean Genet


  Le théâtre de Genet est fait d’outrance et d’excès. Il ne se complaît pas dans le médiocre. Les sentiments ordinaires n’y ont pas leur place. Les vertus, surtout, n’existent pas. Il n’y a pas d’amour sans haine, de respect sans moquerie, de modestie sans orgueil, d’attention sans dérision. Et puis, au-delà de tout ce qui précède, il y a la malédiction suprême – « La scène est un lieu voisin de la mort » – et les comédiens ne sont déjà plus de notre monde : il leur faut « des accoutrements terribles, qui ne seraient pas à leur place sur les épaules des vivants ». Impossible donc d’aborder une pièce de Genet sans accepter d’être confronté à la cruauté sous toute ses formes : jalousie, mépris, méchanceté, jusqu’au meurtre. Il faut « que le mal sur la scène explose ».

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"Soweto"
de Serge Bilé :
la recette d'un succès populaire
ambigu

par Roland Sabra
Soweto texte de Serge Bilé

 Comme toute recette de cuisine tout dépend de l'endroit où vous concoctez votre plat. On ne fait pas une bouillabaisse de la même façon à Marseille, à Miami, à Tokyo, à Fort-de-France. Il est important de tenir compte des ingrédients locaux, de ce que vous pourrez trouver sur le marché.

Prenons l'exemple de Soweto, spectacle qu'il est difficile de qualifier, tant il relève de genres indéfinis, (comédie musicale? tour de chant? danses? music-hall? variétés?) et qui a suscité un enthousiasme populaire indéniable à l'Atrium de Fort-de-France. Les trois représentations ont été doublées et chaque fois elles ont fait salle comble.

Lire la suite et l'article de Rodolf Etienne de France-Antilles des  05&06/04/08

Zandoli pa tini pat

Bestiaire chorégraphique

Claire Moineau dans Crescendo

par Selim Lander

  Décidément, les mauvaises habitudes ont la vie dure. A Fort-de-France où l’on n’est pas submergé par une offre surabondante de spectacles vivants, on observe souvent que les représentations, au lieu de s’étager tout au long de l’année suivant un calendrier harmonieux, sont souvent programmées de façon à se phagocyter mutuellement. A croire que les responsables de la programmation ont suivi des études de sciences économiques et qu’ils en sont sortis convaincus à tout jamais des vertus de la concurrence.

Le 3 au soir pour la première de Zandoli, il n’y avait pas beaucoup plus de 30 personnes au Théâtre de Fort-de-France. Sans doute les afficionados du spectacle vivant s’étaient-ils précipités à l’adaptation martiniquaise de Soweto, présentée exactement aux mêmes dates, 3-4-5 avril à l’Atrium… On espère que les deux soirées suivantes seront plus équilibrées et que l’on verra davantage de spectateurs au Théâtre car il n’est pas normal que des artistes de qualité se produisent devant une salle presque vide.

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«« Les bonnes » création à Fort-de-France : homosexualité, religions, candomblé et luttes des classes

Une créatrice  marginale et provocatrice, profondément humaine.

Jandira de Jesus Bauer

Jandira de Jesus Bauer, crée une version caribéenne et sulfureuse de la célèbre pièce de Jean Genet
 

  Elle arrive à l'heure au rendez-vous, qu'elle a demandé plusieurs fois à déplacer, parée des couleurs du diable : noire et rouge. Martinico-brésilienne, elle a gardé cet accent lent et chanté de son pays natal. La langue a du mal à maîtriser le bouillonnement de l'esprit. Venue parler de sa dernière création «  Les Bonnes » présentée pour la première fois à Fort-de-France, jeudi 10 avril avant Le Festival d'Avignon cet été, elle profite d'une incise, dans la conversation, sur Jean-Luc Lagarce pour décortiquer, pendant deux bonnes heures, la façon dont il faut lire « Juste la fin du monde » qu'elle travaille en ce moment avec des élèves comédiens. Genet, Lagarce, des auteurs à ne pas mettre en toutes les mains et dont Jandira de Jésus Bauer fait son quotidien. Un quotidien qui n'a rien de monotone, son rapport aux textes est charnel, il est fait de sexe, de transgressions, de tendresse, de mise en danger, de passions, et les mots sont à l'avenant, directs, sans fioritures, les formules assassines et drôlement imagées de tournures lusophones, en un mot, un discours d'humanité.

Va-t-elle enfin consentir à parler des « Bonnes »? Elle préfère évoquer son prochain travail celui dont elle s'éprend pour se déprendre de celui qui la travaille encore. Elle se lance ainsi d'une passion à une autre. Toute. Entière. Et quand elle finit par aborder l'aventure dans laquelle elle a embarqué deux comédiennes professionnelles, Amel Aïdoudi, Yna Boulangé et une débutante Jeanne Baudry , toutes les trois majeures et consentantes, il faut le souligner, vous vous dites que la Martinique a des chances de souvenir longtemps de ce qu'elle pourra voir sur scène et que le scandale...

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Le tour du monde en 80 jours

par Christian Antourel


  Il y a de la prestidigitation, de l’illusion à l’infini dans ce spectacle autour du savoir faire théâtre. A ne pas manquer.

Drôle, fantastique, ce voyage se veut magique où le merveilleux s’étale en toile de fond et s’emmêle sans ambages aux ressorts de l’imaginaire de Jules Verne. Il a fait ce rêve, vivons le. Une opérette ? Le décor est trompeur, c’est bien du théâtre avec un grand T comme truculent, haut en couleur, un spectacle qui éblouit, s’installe dans notre émotion et parle d’emblée à notre mémoire. 39 personnages envahissent la scène, alors que seulement 5 comédiens survoltés habitent la chimère de ce spectacle qui devient palpable en leur prêtant des métamorphoses, leurs corps, leur talent et comme une âme toute acquise aux éclats de rire. Vous les verrez entrer dans ce jeu plein de malice, chacun à son tour et ensemble faire ce tour du monde en 80 jours, en une heure quinze chrono, juste le temps du divertissement. Philéas Fogg, riche anglais flegmatique et Passepartout, son valet de chambre fidèle et débrouillard, font le pari de ce tour de force et suivent l’itinéraire tracé dans le roman de Jules Verne.

Aux limites de la culture circassienne

La mise en scène propose au public un parcours théâtral très diversifié et récréatif fait de la rencontre d’une ronde folle et tumultueuse, aux limites de la culture circassienne et d’un voyage original dans lequel on se laisse envelopper le cœur heureux et l’oeil rieur. L’itinéraire est un calcul d’une précision que seul le théâtre parvient à respecter à l’illusion prêt. La pièce prend des allures de festival et son apparence expulsée d’un cirque invisible, bourrée de charme, d’humour et de talent disparaît derrière un voile, qui aussitôt s’évanouit dans une autre contradiction, dans un autre continent, où se tournent sans cesse des pages d’images aux lisières du réel, au gré du songe et de sa fantaisie. A sa création, la comédie a immédiatement reçu un vif succès et battu des records d’affiche avec, au Théâtre du Châtelet, 3007 représentations, du trois Avril 1876 à 1940. Qu’en sera t-il plus de 130 ans après la première pour le public Martiniquais au Théâtre de Fort-de-France qui prêtera son intimité feutrée et donnera l’impression de s’étirer en largeur et profondeur quand arriveront Sébastien Azzopardi et Sacha Danino avec leurs acteurs ? Dans leurs bagages, le décor fabuleux d’Olivier Prost : pas moins de quatre continents, trois océans, un paquebot, un train et un éléphant. A onze ans, son père le rattrape, quand Jules Verne s’embarque comme mousse sur un long courrier pour les Indes. Il promet « Je ne voyagerai plus qu’en rêve » promesse tenue… et quel voyage !

Christian Antourel

Photos D.R

Au Théâtre de Fort-de-France

 

Epilogue d’une trottoire

Par Alvina Ruprecht

Epilogue Trottoire

Le Théâtre du Grand Marché qui a la mission du Centre dramatique de l’Océan indien, se trouve tout au fond du pavillon du « grand marché », comme un bijou qu’on cache pour éviter que les indésirables ne le subtilisent. Pourtant, ce bijou de création scénique ouvre grand ses portes à tous les publics de Saint-Denis de la Réunion, en leur offrant une programmation des plus stimulantes et un lieu de rencontre agréable où artistes et grand public prennent un verre, se côtoient, et échangent des idées. Ce théâtre reçoit souvent les productions d’outre-mer pour alimenter le dialogue artistique au grand plaisir des habitants de la région. C’est dans le contexte de cette programmation ouverte qu’un texte intitulé Épilogue d’une trottoire, œuvre jouée dans le « cycle de l’Étranger(s) » au theatre Notoire (le CDR d’Annecy), a été donné au Théâtre du Grand Marché cette saison.

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Super-Nana à l’Atrium !
Les Souvenirs de la dame en noir

de et avec Maïmouna Gueye

de et avec Maïmouna Gueye

  Carte blanche était donnée à la magnifique Maïmouna Gueye. Elle a proposé aux spectateurs de l'Atrium ses deux spectacles dans l'ordre chronologiques de leur création, "Souvenirs de la dame en noir" et "Bambi elle est noire , mais elle est belle". Deux productions qui n'ont pas laissé le public indifférent, loin s'en faut!. On lira deux critiques ainsi qu'une interview de Maïmouna Gueye donnée à Brigitte Salino

Lire la critique de Laurence Aurry

Lire la  critique de Selim Lander
et l'entretien avec Brigitte Salino

 

 "Mémoires d'Iles" d'Ina Césaire.
Adaptation et mise en scène : José Exélis

Nostalgie Blue's et lutte des classes

par Roland  Sabra

   Le rideau s'ouvre sur un espace vide dessiné par José Exélis et sculpté par la lumière de Valéry Pétris. Réussite. Elles sont deux, deux de cet âge qui n'a plus nom. Elles sont d'un autre temps, de ce temps où la mémoire de ce que l'on a fait prend le pas sur ce qui reste à faire.. Deux d'un même père, mais l'une mulâtresse et l'autre mal sortie. L'une reconnue et l'autre ignorée. Deux sœurs donc, par le père. Impair et passe. Elles vont se laisser aller à remonter le temps. Hermance, truculente, joue la carte couleur, négresse elle est, négresse elle se revendique. Aurore, elle a en mains deux paires, une paire blanche une paire noire. Elle hésitera toujours à jouer. Ambivalence de classe, de l'entre-deux. Elle s'enorgueillit de bien parler français, d'avoir intégrer les codes de la classe dominante, et se révolte à l'assassinat, resté impuni, par un gendarme blanc, de Zizine et Désétages à la veille d'un scrutin municipal : « Elections sans incident » dira la presse à la botte. Préjugés de classe, habitus, représentations mentales prévalentes de par la position sociale, la couleur de la peau, elles n'échappent ni l'une ni l'autre au déterminisme qui leur affecte des rôles sociaux passés au surligneur.

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"Ensemble, nous rebâtirons l'Irak",

Retrouvailles de théâtre à Bagdad

Portez-vous une arme ?" Kalachnikov en bandoulière, le militaire qui palpe nos poches a posé la question presque machinalement. Lui et ses collègues la posent à tous ceux qui veulent franchir la haute muraille antibombe qui cerne désormais tous les bâtiments publics - et souvent privés - de l'Irak. Fermé pendant trois ans après l'invasion américaine de mars 2003, le Théâtre national de Bagdad ne fait pas exception. Edifié dans les années 1980 au coeur de la ville, sous le règne de Saddam Hussein, le bâtiment sans charme qui abritait jadis l'élite de la comédie irakienne a été attaqué et pillé, comme toutes les scènes et les cinémas désormais fermés de la capitale. Sous la houlette - timide et chiche - d'un gouvernement qui a bien d'autres choses à faire, et d'un milliardaire généreux, amoureux des arts, Fakhri Karim, il tente aujourd'hui de revivre.

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par Laurence Aurry

  En tant que simple amatrice de théâtre, je voudrais juste vous faire part de mes impressions concernant la pièce de Musset, jouée vendredi et samedi 22 et 23 février, dans la petite salle de l’Atrium.

Je vous avoue qu’une mise en scène de Yoshvina Médina me laissait espérer un plus agréable moment.

D’abord le choix même du texte surprend, une œuvre peu connue, Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée, et pour cause ! Le titre résume assez bien le bavardage de cette pièce en un acte, proche du marivaudage mais n’en possédant pas toute la saveur. Pourquoi ce texte désuet alors que le répertoire de Musset offre tant d’œuvres passionnantes et que le théâtre contemporain regorge de pièces courtes autrement plus intéressantes ? Veut-on ramener le public dans les salles ou définitivement signer l’arrêt de mort d’un art déjà moribond ?

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