Les artistes
associés du festival ont été
majoritairement des
personnalités étrangères,
sauf Frédéric Fisbach et
Valérie Dréville. Pourquoi
une telle dimension
internationale '
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Chaque
artiste
révèle sa
singularité
tout en
relevant
d’une
histoire
commune |
L’Europe et l’international
constituent l’espace naturel
du festival, dans la lignée
de l’évolution impulsée par
Vilar qui ouvrit la
programmation à des artistes
étrangers dès 1966 en
invitant Maurice Béjart. Le
choix d’artistes associés
européens, constituant les
points de départ de notre
réflexion sur les arts de la
scène avant de composer la
programmation, revêt une
portée symbolique et rejoint
une question essentielle :
ce que pourrait être une
culture européenne, dont la
richesse réside justement
dans ses différences et sa
capacité à rêver un projet
commun nourri d’altérités.
Le festival offre, en
quelques semaines, une
traversée de territoires
artistiques très divers et
permet à chaque spectateur
de se confronter aux
différences. Avec, comme
artistes associés, Valérie
Dréville, comédienne
française habitant Londres,
qui est allée en Russie
apprendre auprès d’un
maître, et Romeo Castellucci,
metteur en scène italien, la
dimension européenne
s’affirme encore. La Cour
d’honneur accueillera deux
textes fondateurs :
Hamlet, de Shakespeare,
mise en scène par l’Allemand
Thomas Ostermeier, et la
Divine comédie, de
Dante, vue par Romeo
Castellucci. Cette pluralité
apparaît d’autant mieux que
la confrontation se produit
en un même lieu, en quelques
jours. Chaque artiste révèle
sa singularité tout en
relevant d’une histoire
commune. Se dessinent ainsi,
au fil d’une édition, les
branches et les
ramifications nées de la
tradition théâtrale
occidentale. Voir cette
diversité des esthétiques,
du rapport au texte, à
l’image et au plateau, du
jeu des d’acteurs, est
passionnant. On peut
pleinement l’apprécier grâce
au surtitrage.
Quelle est la place
du festival sur la scène
internationale '
Son histoire, sa résonance
symbolique, l’idée de
théâtre de service public
qu’il porte, en font sans
doute l’un des plus
importants au monde. Les
artistes invités, les
échanges et les débats
esthétiques le placent au
cœur des questionnements sur
le théâtre d’aujourd’hui.
D’autre part, nous
travaillons en étroite
relation avec les autres
grands festivals européens
pour coproduire les projets.
Enfin, cet événement
rassemble énormément de
programmateurs français et
étrangers et joue comme une
plateforme de spectacles qui
essaimeront ensuite sur tous
les continents.
« Les artistes invités, les
échanges et les débats
esthétiques le placent au
cœur des questionnements sur
le théâtre d’aujourd’hui. »
Qu’est-ce qui fait
la spécificité de cette
manifestation '
Le comportement des
spectateurs ! 35% viennent
de la région. Les autres se
déplacent de toute la France
ou du monde, comme des
pèlerins. Sur place, ils
rompent avec leur rythme
quotidien et se montrent
très disponibles pour
rencontrer les œuvres, pour
suivre des formes ou des
propositions atypiques.
Avignon se transforme en un
vaste théâtre, en un forum
permanent où chacun peut
discuter avec ses amis ou
voisins sur ce qu’il a vu ou
va voir, dialoguer avec les
artistes, assister à des
débats, écouter un
philosophe au Théâtre des
Idées. Le partage de
l’expérience est aussi
important que l’expérience
elle-même et l’enrichit.
Cette situation est très
rare, sinon unique. Elle
surprend et charme nombre
d’artistes, car elle offre
une grande liberté
artistique. La durée des
spectacles n’est pas soumise
aux horaires du métro par
exemple ! L’importance
donnée à la création
constitue l’autre
spécificité du Festival
d’Avignon. Cette année, 20
des 35 spectacles ont été
programmés avant même leur
existence.
Entretien réalisé par
Gwénola David