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Une
interview de Jandira Bauer à propos de
4.48 Psychose de Sarah Kane
"Il est question dans ce texte de
théâtralité explosive, de lyrisme,
de puissance de l’émotion et d'humour
glacé"

Pourquoi cette pièce ici et
maintenant ?
Pourquoi pas ? J’ai souvent entendu
dire que chaque public « a droit »
au théâtre qui lui correspond. Je me
suis toujours élevée contre ce
cloisonnement inepte .
En
tant que metteur en scène, je
ressens le besoin de la mise en
abîme, de l’audace qu’impose le
théâtre contemporain.
Comment éviter une lecture
biographique de la pièce?
Dans son compte
rendu de 4h48
Psychose, Michael
Billington a
mentionné un
précédent: une des
dernières œuvres de
la poètesse
américaine Sylvia
Plat commence par
ces vers:
Cette femme se voit
parachevée.
Son corps mort revêt
le sourire de
l'accomplissement.
Cela était à
certains égards, la
démarche critique la
plus évidente face à
la tache difficile
de devoir rendre
compte de cette
pièce: Un billet
annonçant un
suicide.
Dans 4:48 Sarah Kane
a pénétré plus
profondément dans
son propre psychisme
et je crois qu'elle
savait qu'elle
creusait
là profondément, non
pas de difficultés
avec cette pièce,
mais une réaction
affective très forte
envers elle. Elle
épuisait une sorte
de réserve à l'
intérieur d'elle
même.
Selon Edward Bond,
pour comprendre 4:48
Psychose, "il
importe que sa
structure soit
utilisé dans une
optique théâtrale,
qu'elle devienne une
fenêtre à travers
laquelle on voit la
pièce".
Le travail de mise
en scène consiste à
universaliser la
situation dans
laquelle l’auteure
se met en scène
elle-même ( Elle a
d’ailleurs joué son
rôle jusqu’au bout).
Mon travail consiste
à rassembler les
indices qui
conduisent à Sarah
Kane, l’auteure, à
travers son texte
,et non pas au
personnage qu’elle
met en scène (ce
personnage étant
elle-même).
Comment faire pour que ce ne soit
pas non plus une "présentation de
malade" à la Charcot?
Il est
question dans ce texte de
théâtralité explosive, de lyrisme,
puissance de l’émotion et humour
glacé.
Ce
texte constitue un métadiscours
libéré du langage ordinaire. Les
images théâtrales permettent au
personnage de partager ses errances
avec le public. 4 :48 Psychose
reprend également le thème majeur
qu’est la fragilité de l’amour.
Rien à
voir, donc, avec une restitution
« in vivo » de la pathologie
psychotique !
Quel parti pris de mise en scène
avez-vous fait?
Tout
d’abord, un travail de lecture
approfondi , associé à la recherche,
pour emprunter le chemin de
l’auteure, pour mieux traduire son
œuvre, et y rester fidèle.
Sarah
Kane a écrit « je vous montre à quoi
le monde ressemble de mon point de
vue » . Cela créée chez le
spectateur un grand sentiment
d’inconfort à l’égard du monde, et
nous suggère une reprise de contact
avec nos émotions, quelque soit la
part de risque encouru.
Le
parti pris de la mise en scène
repose principalement sur la
performance du jeu de la comédienne.
L’effort qu’elle doit faire sur
scène pour être traversée par
plusieurs états, le réél,
l’imaginaire, le psychique,
l’émotionnel, sans compromettre le
JEU. Et sans s’éloigner du jeu.
Le
public est le grand témoin de Sa
présence sur scène.
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Jeanne Baudry |
Entre l'extrême sobriété d'une
Isabelle Huppert dans un travail de
Claude Régy et la tentation d'"hystérisation",
de surjeu inhérente à un texte aussi
difficile qu'elle a été votre
démarche avec votre comédienne?
« Le
corps et l’âme ne peuvent jamais
être mariés »
« je
veux me sentir physiquement comme je
me sens émotionnellement »
Le
texte de Sarah Kane, écrit à l’âge
de 28 ans, est ponctué de
soubresauts, sans économie de soi.
C’est une mise à l’épreuve,
révélatrice de sa jeunesse.
Je
vois mal comment faire jouer
autrement que avec sobriété, une
comédienne comme Isabelle Huppert,
ayant atteint une certaine maturité.
Je pense même que, dans une certaine
mesure, Claude Régy a été obligée de
brider la capacité de cette
comédienne de sentir et de
percevoir, pour ne pas tomber dans
le cliché de « la présentation de
malade » évoqué précédemment.
La
mise en scène que je propose, avec
Jeanne BEAUDRY, jeune comédienne, ne
boude pas la sobriété, bien au
contraire, afin d’éviter les excès
caricaturaux. Cependant, la
fraîcheur inhérente à son jeune âge
contribue au rapprochement de la
comédienne avec la dimension
audacieuse du personnage.
Pourquoi avoir confié à une jeune
comédienne un rôle aussi complexe?
Le
parallèle qui existe entre le jeune
âge de l’auteure Sarah Kane, et
celui de la comédienne Jeanne
Beaudry, confirme la crédibilité de
la situation théâtrale.
Mais
cela ne suffirait pas . Jeanne est
en pleine maturation de sa carrière.
Elle se donne, sans retenue, prend
des risques, et témoigne pourtant
d’une certaine maturité dans ses
choix artistiques.
Propos recueillis
par R.S.
Les 18, 19 et 20
mai à 19h 30
Théâtre Aimé
Césaire de Fort-de-France
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