La Maison du
peuple
De Louis Guilloux
Avec Marcel Maréchal
Donner de la voix au roman, c’est la
gageure d’un passionné que le
Théâtre de Fort de France a tiré de
sa collection « Arts et Dialogues »
Rares sont les artistes qui savent
se dépasser, qui s’engagent sans
mesure, pour la seule nécessité d’un
supplément d’âme. Ceux–la
transmettent leur témoignage humain
comme un choc lyrique qui nous
électrise dans un souffle d’élan
total. C’est le cas de Marcel
Maréchal. Cet habitué du grand
théâtre, comédien surdoué, promène
sa bonhomie dans l’enseignement
généreux d’un théâtre souvent
populaire. Dans des registres des
plus divers, du classique Molière au
tonitruant Arrabal, du répertoire
héroïque d’une comédie française aux
facéties jouées des dramaturgies
contemporaines; il excelle
simplement.
L’éthique du bien
dire
Depuis 1999, date à laquelle Louis
Guilloux aurait eu 100 ans, Marcel
Maréchal tient la gageure
d’interpréter ses textes
autobiographiques et pour nous faire
vivre « La maison du peuple »,
premier roman de l’auteur, Marcel
Maréchal développe sa rhétorique
précieusement offerte dans une
éthique du bien dire. Il ose. Il
revendique en direct chaque parcelle
de la résonance de ce texte comme
dans le brasier vivant d’une
passion. Ce n’est pas de lui dont le
sens du texte dépend mais de la
manière dont il le porte, de la
façon que les mots sont reçus par
l’autre. Les mots, il les « envole »
ou les crucifie. Ces mots exacts et
sûrs, il les rabote et les ouvre,
les contrarie et les restitue
toujours dans la nature d’une
lecture courtoise. Il dit la
musique, la sonorisation des mots
jusqu’à leur incandescence dans le
jeu répété des assonances et des
consonances ; ces mots dits d’auteur
qu’il habille de songe, saupoudrent
d’éternité. Dans ce train de langage
express, le texte est savant,
l’homme est locomotive.
Il danse avec le
texte
Marcel Maréchal colle à sa voix le
timbre indissociable de la clarté ou
de l’opacité du texte, de sa fuite
ou de sa présence. Parfois, quand
les mots fanfaronnent, se
retranchent ou se taisent, il les
fait vivre dans leur trajectoire,
dans sa respiration propre et fait
tinter les syllabes pour en
rechercher l’inouï, les ressorts
intimes accrochés aux accents de sa
voix. Ainsi l’impulsion est donnée à
une autre part que les figuratifs
textes à voir, à un art de création,
de paroles sonores et captivantes.
Au silence de lire, se juxtaposent
l’expression orale, la gestuelle
complice et sa musique articulée.
L’art commence à l’instant où
l’homme crée. D’un texte pur, Marcel
Maréchal cisèle et grave un bijou de
littérature à s’offrir sans
modération. Désormais, par le jeu
sacré des modulations et des
tonalités, il danse avec le texte,
le sort de l’ombre et en fait
revivre la mémoire dans l’ondulation
luxuriante des pleins et déliés de
ces mots mariés pour le meilleur et
pour le dire. Il célèbre dans le
triomphe d’une ponctuation
académique et fluide ces mots qui
parcourent la langue d’un bord à
l’autre sans s’y attacher quand leur
sens se dérobe dans la brûlure
indicible d’un alphabet majuscule.
Il ose !
Christian Antourel
Photos C.A
04
Mars 2006