Joby Bernabé
Dit les paroles de
son répertoire
Pendant 25 années, le répertoire des
paroles de Joby Bernabé a été en
constante évolution, par son chant,
par sa voix et la fascination
qu’elle provoque, pour une émotion,
l’artiste bonifie ses textes jusqu’à
l’ultime version.
Son aventure est celle de
l’imagination. Ne pas faire de la
littérature, mais dire les choses,
des choses qui sont préoccupantes
bien sûr. Alléger leur thème grave
et faire en sorte qu’on en rit,
est-ce un art ou un don ? Il sait en
partant du quotidien le plus banal,
d’une situation simple et
habituelle, tirer la quintessence
d’une histoire à dire. Il jongle
avec les mots et surtout les met en
situation. Ici c’est un portrait
plus vrai que nature, un pamphlet
élégant ou quelques diatribes aux
accents si cocasses et coquins qu’on
en oublie la raillerie ou la satyre
originale. Là, une caricature si peu
contestable, qu’elle force le
respect et dévoile le talent de
l’artiste qui emporte avec lui nos
hypocrisies, notre hypocondrie et
nos histoires cachées.
Rien n’est plus difficile à
maîtriser que le langage.
Non seulement il faut articuler les
sons, mais il faut aussi employer
les mots dans une certaine musique,
d’ailleurs qu’elle endorme ou
qu’elle séduise. Par l’observation
méticuleuse du réel, c’est ainsi
qu’il touche au fantastique de
l’absurde, à sa dérision et nous
livre de savoureuses pages
linguistiques raisonnables et
logiques. Parler du comportement
humain, des travers humains sans
excès, sans débordement, dire des
choses dans certains cas et pas dans
d’autres : c’est finalement
peut-être un don. Mais « avoir un
don ne consiste pas seulement à
savoir faire les choses, il faut
aussi savoir travailler ces
choses ». Alors, il sait la
psychologie du public, comment il
reçoit les choses pour ne pas se
tromper, quand parfois le public est
disposé et adhère franchement, c’est
bien. Mais parfois il faut aller le
chercher. Quand nous avons de plus
en plus tendance au monologue, Joby
Bernabé crée l’ouverture, la
réflexion commune : la conversation.
Joby, infatigable chercheur de la
chose linguistique, orfèvre de la
morphologie et de la syntaxe, a l’oeil
du visionnaire acerbe et précis,
mais un cœur de paysan qui le lie à
la terre, qui le délivre du péché
d’orgueil : voici sa force. Les
philosophes devraient le reconnaître
comme l’un des leurs, à cette
différence près : il a gardé le goût
du jeu et des grimaces, celui du « siyak »,
de la farce et de l’étonnement. Il y
a toujours une âme d’enfant chez
l’artiste. La scène est son goûter
et la confiture qui dégouline de son
vocabulaire nous nourrit autant
d’intonations suaves et persuasives
que d’amour arc en ciel.
Il semble nous dire, quand sa voix
fait silence, que « l’homme qui ne
rit jamais est un homme malade ».
Christian Antourel
Photos
C.A
Au
CMAC, le samedi 8 avril 2006 dans la
grande salle