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Chronique du Théâtre ordinaire


 

Dans l’apparente tranquillité d’une distraction publique se cache une tragédie régulière, un cycle infernal.


 

Il y a toujours eu beaucoup d’angoisse autour du Théâtre art majeur, dans l’Illustre théâtre : celui de Molière. Comédie, tragédie, farce et spectacle théâtral en recherche d’identité, de quiétude évidemment. La création, la vie se donne dans la douleur. Sous les projecteurs, alors que sur nos scènes s’active la mise en scène décuplée, se joue dans nos vies un tout autre théâtre, celui-ci, en habit de lumière-tristesse-joie, selon le cas. Théâtre ordinaire de nos nuits et de nos jours. Plutôt que de dauber avec entrain sur le théâtre en Martinique, d’agiter nos quolibets, nos applaudissements en représentation systématique, où nos « ti sonson » marinent encaqués gwo siwo et subtilité soleil. Théâtre ou théâtre ? Lequel est caricature, imposture de l’autre ? Il faut donc s’isoler. Mais c’est à l’Endroit libre où le jeu de maux s’impose où l’intellect s’évacue, que la pensée à l’envers en danger d’anachronisme notoire reste fausse et sceptique. Devant la quantité spirale de l’interrogation, se catalogue de nos bassesses et de nos petites grandeurs, on retiendra un « Huis Clos » à ciel ouvert où se cultive un paradoxe stratagème sans alternative, qui pose, s’oppose, autant se repose, sexe pose et finalement s’explose. Nos attitudes, les comportements sont des rôles de composition, nos adaptations ou répliques improvisées. Des réponses au quotidien qui revient. L’occasion de suivre « Moïse » terre promise, rêve suspendu. Vouloir dire, vouloir croire tous les défauts et qualités de l’homme aimable et de l’homme sensible, estimable, ses vices de caractère ici défauts artificiels du rôle, là, malice, simplicité naturelle. Qu’est-ce que « Les enfants de la mer », dont le nom est l’ouvrage disent en substance ? A ne percevoir que le mal que ferait la franchise accolée à la vie ?


 

Vérités du masque et de l’ombre


 

Voilà de quel côté le caractère doit porter ses défauts, car la vie est une passion trop chargée de faiblesses. « Angélo tyran de Padoue » n’a que faire du faible. Mais il est tyran dans son rôle, si fragile en dedans. Il est normal que la colère submerge, là, pareille haine n’est plus un défaut, mais un sens interdit, une hérésie de la nature. « Iago » sait et garde la vérité de l’ombre, du masque et de la lumière. Ce n’est peut-être pas de l’homme dont il est ennemi mais de la méchanceté délirante, en lui-même sûrement, d’où naît le désordre de la société. Comment des suspicions illégitimes éthérées par ailleurs, peuvent aller masquer la face de la droiture, de l’honneur, de l’amour et de la probité ? Juliette s’interroge… déjà Roméo n’entend plus. Mais c’est bien « Phèdre » qui souligne l’incohérence de la pensée que la psychanalyse nomme magique, quand elle ponctue de sucre menteur l’espoir de sortir de l’espace. « Pourquoi l’eau de la mer est-elle salée ? » Le moulin aussi est magique, mais pour d’autres raisons.

Peut-être est-il sage de choisir le naturel où est mis en valeur la beauté amnésique qui échappe à la représentation. Il y a décidemment deux intrigues dans ces théâtres-frères ennemis. L’un prend le point de vue du metteur en scène, l’autre s’enivre du destin. Théâtre ou théâtre ? De deux mots il faut choisir le moindre.


 

Christian Antourel

Photos : C.A